Et la pauvre malheureuse se mit à pleurer. Sa petite fille pleura aussi en l'embrassant. Elle avait l'air si doux et si aimable, cette petite, que la mère Nannette sentit fondre son coeur en pensant à la misère qu'elle endurerait quand l'hiver serait venu. Aussitôt il lui vint dans l'idée de faire une bonne action.

La mère Nannette donne asile à Catherine.

«Comment vous appelez-vous donc? demanda la mère Nannette.

--On m'appelle Catherine Leblanc.

--Eh bien! Catherine, j'ai là un vieux lit, une paillasse et une couverture; si vous voulez rester ici, je vous logerai de bien bon coeur et je vous soignerai de mon mieux, ainsi que votre petite; j'aime beaucoup les enfants; j'en ai eu quatre, que le bon Dieu m'a retirés, et je suis bien seule au monde.

--Grand merci! ma brave femme; vous me rendrez là un service qui nous sauvera la vie à moi et à mon enfant. J'ai encore mon lit, avec un coffre et une petite chaise. Maître Guillaume, le cousin de feu mon pauvre homme, me les garde dans sa grange; il me les apportera bien dimanche. Si vous me logez avec mon chétif mobilier, je vous donnerai les sous que je ramasserai en allant aux portes.

--Je ne vous demande rien, Catherine; j'aime déjà votre petite Jeanne et j'en aurai bien soin. Dieu veut que nous fassions aux autres ce que nous voudrions que les autres fissent pour nous; et si j'étais dans votre position, je serais bien heureuse de trouver quelqu'un qui voulût me recevoir dans sa maison.»

Catherine était bien contente, et sa petite fille lui sauta au cou.

«Maman! il ne faut plus pleurer,» lui dit-elle.

Puis, se tournant du côté de la mère Nannette, elle dit en baissant la tête: