--Oh! oui, monsieur le curé, il faut y venir bien souvent; vos visites la soulageront plus que celles d'un médecin; vous lui parlerez du bon Dieu, et elle sera toute prête quand il lui plaira de l'appeler à lui.»

La mère Nannette devient dangereusement malade.

Au bout de dix-huit mois, la mère Nannette était devenue si faible qu'elle ne sortait plus de la maison. Comme elle ne se plaignait de rien, Jeanne ne lui disait pas combien elle la trouvait malade, de peur de l'effrayer; mais, quand elle allait voir Mme Dumont, elle pleurait à chaudes larmes, en disant qu'elle voyait bien que sa chère mère Nannette ne passerait pas l'hiver. «Ne te désole pas trop, ma petite Jeanne; nous ne t'abandonnerons pas, lui disait Isaure.

--Je le sais bien, mademoiselle, et je vous en remercie de tout mon coeur; mais ce n'est pas parce que je vais me trouver toute seule que je pleure; grâce à Dieu, je suis forte, et, grâce à vous aussi, je saurai bien gagner ma vie; je me désole parce que j'aime la mère Nannette de toute mon âme; et puis, qui donc m'aimera jamais comme elle, qui m'a prise toute petite et m'a accoutumée au travail, puis m'a appris à aimer Dieu, et de qui j'ai toujours reçu de si bons exemples?»

Jeanne soignait sa malade avec une extrême tendresse; elle trouvait le moyen de lui faire venir un petit pain blanc tous les deux jours; quand elle allait à la ville vendre son beurre, elle en rapportait de la viande et quelque friandise. Quelquefois elle achetait un poulet ou bien un canard dans le bourg, et elle les accommodait comme elle avait vu faire à la cuisinière de Mme Dumont. Elle allait aussi au moulin chercher un peu de poisson; d'autres fois, elle lui donnait une petite crème, et, quand elle chauffait le four, elle lui faisait toujours cuire quelque bonne pâtisserie; enfin, elle ne lui laissait boire que du bon vin qu'elle sucrait un peu.

La mère Nannette trouve que Jeanne dépense trop.

La mère Nannette la laissait faire; pourtant elle lui disait quelquefois:

«Tu me gâtes, petite Jeanne; tu dépenses trop d'argent, ma fille: cela n'est pas raisonnable.

--Hé bien donc, répondait Jeanne, n'avez-vous pas assez travaillé quand vous étiez jeune, et n'est-il pas juste que vous jouissiez à présent de quelques douceurs?

--Mais écoute donc, petite, si tu dépenses tout, tu te feras tort; car c'est toi qui hériteras de ce que je laisserai, entends-tu!