«Non, monsieur le maire, dit Jeanne; si elle avait fait quelque chose pour moi, elle me l'aurait bien dit....
--Mais elle ne se croyait peut-être pas si près de sa fin; vous ne lui avez donc pas rappelé ce qu'elle devait faire pour vous?
--Non vraiment, monsieur le maire, j'en aurais été bien fâchée! Si la pauvre femme s'était crue en danger, cette idée l'aurait peut-être fait mourir plus tôt. Elle n'a pas eu un seul instant la pensée que tout serait bientôt fini pour elle, et pour tout l'or du monde je ne le lui aurais pas dit. D'ailleurs, je suis jeune et je peux travailler: il est juste que son neveu hérite; il faudra l'avertir.
--Je vais lui envoyer un exprès,» dit le maire. Et il sortit.
[Illustration: Jeanne se mit à genoux]
Jeanne se mit à genoux au pied du lit et lut les prières des morts; de temps en temps elle se levait pour embrasser la défunte, puis elle continuait ses prières en pleurant. Elle fit la veillée du corps en compagnie des deux bonnes voisines qui ne voulurent pas la quitter.
On enterre la mère Nannette.
Comme la mère Nannette avait été une honnête femme, bien obligeante, tout le monde du bourg, jusqu'aux petits enfants, vint, le lendemain matin, la voir sur son lit de mort et lui apporter des bouquets d'herbes fortes. Quoique Jeanne pleurât toujours, elle présentait le buis à tous ceux qui voulaient jeter de l'eau bénite sur le corps. Vers midi, le charpentier apporta la bière, et Jeanne, aidée de ses deux voisines, y plaça le corps après l'avoir embrassé une dernière fois. Pendant qu'on clouait le couvercle, la pauvre fille criait sans pouvoir se retenir. On mit la bière devant la porte; alors le maire entra avec maître Gerbaud, neveu et héritier de la défunte, et la maison s'emplit de monde. Jeanne, la tête enfoncée dans sa capote, pleurait dans un coin. M. le curé vint avec la croix, et l'on partit pour l'église. La pauvre fille n'aurait pas pu suivre l'enterrement si les voisines ne l'eussent soutenue.
Après la cérémonie, on la ramena dans la maison, où le maire et Gerbaud étaient déjà rendus. M. le curé ne tarda pas à les y rejoindre.