--Mais à ce compte-là, maître Tixier, les méchants seraient aussi bien traités que les bons.

--Le Seigneur est mort pour eux aussi, mon officier; mais on n'est pas heureux en faisant le mal, demandez à notre curé! Il vous dira qu'il n'y a point de repos pour les méchants, et que le mal qu'ils font les tourmente plus qu'il ne nuit aux autres. D'ailleurs, est-ce que nous n'avons pas les récompenses et les peines de l'autre vie pour nous rassurer là-dessus? Laissons faire à la bonté de Dieu, et confions-nous dans sa justice.

--Maître Tixier, vous êtes un digne homme, et je vous offre mon amitié en échange de la vôtre. Si vous l'acceptez, je m'en tiendrai fort honoré.

--Mon capitaine, tout l'honneur sera pour moi. Touchez là, et si jamais vous avez besoin de Sylvain Tixier, venez le trouver sans crainte; la nuit comme le jour, il sera prêt à vous servir. Parlons affaires, maintenant. Jeanne, va chercher ton mari.»

Maître Tixier vend ses juments.

«Voyons, grand Louis, mets-toi là; tu vas boire un coup et manger des gâteaux de ta femme. Louise, donne-lui un verre. Voilà monsieur l'officier qui a grande envie de la Grise: faut-il la lui vendre?

--Notre maître, à votre volonté; mais je vous avertis que, si vous la vendez, la Blanche dépérira. Vous savez bien qu'elles ne peuvent pas se passer l'une de l'autre; quand vous emmenez l'une des deux pour aller seulement à la ville, l'autre ne travaille pas la moitié autant qu'à l'ordinaire, et elle ne mange pas un seul brin de foin tant que vous n'êtes pas revenu.

--C'est une raison, ça; je n'y avais pas pensé.

--Mon capitaine, dit Étienne Durand, le colonel a besoin de chevaux de voiture: si l'on prenait la Grise et la Blanche, sauf meilleur avis?

--Vous avez raison, Durand; voyons, maître Tixier, quel prix en voulez-vous?