Étienne Durand revient du régiment pour épouser
Joséphine.

Étienne Durand revint au bout de huit mois, comme il l'avait promis. Il passa au Grand-Bail avant d'aller chez son père, tant il était impatient de savoir par lui-même si Joséphine l'avait attendu. On fut bien content de le revoir, et, un mois après son retour, on fit la noce chez ses parents, dont la ferme n'était qu'à un quart de lieue du Grand-Bail.

«Qu'est devenu ton capitaine? dit maître Tixier en ramenant sa fille chez lui.

--Il a eu de l'avancement, et on l'a envoyé en Afrique.»

Un jour que le père Tixier dînait à sa petite table, comme à son ordinaire, son gendre lui dit:

«Quel profit trouvez-vous donc, mon père, à manger du pain d'orge? C'est une mauvaise nourriture: il en faut une très-grande quantité, et il n'y a pas de pain qui se pétrisse plus mal ni qui soit plus difficile à conserver.

--Et que veux-tu que je fasse de mon orge, Étienne?

--Il n'en faut pas récolter du tout, ou du moins n'en récolter que bien peu. Dans un pays à froment comme celui-ci, c'est une duperie que de semer de l'orge.

--Mais je ne peux pas toujours faire du froment; la troisième année, il faut bien occuper les terres.

--D'abord, mon père, vous en labourez trop; si vous en faisiez un tiers de moins, elles seraient mieux fumées, elles vous coûteraient moins de façon et vous récolteriez autant.