Quelle révélation! Elle discerne, dévoile, retrouve une petite fille, une éternelle enfant vagabonde dans ses pensées et dans ses voyages, étonnée de se marier de n'être pas aimée de sa beauté étonnée de devenir femme, de devenir mère, étonnée de sa beauté qu'elle ne découvre, qu'on ne découvre que tard. Et tout se précipite dans ses étonnements. C'est avec stupeur qu'elle apprend de lui le désir et le dégoût, qu'elle se donne, au plus beau lancier du monde, quelle le voit mourir dans ses bras, longuement, tué par l'époux soudainement jaloux — pourquoi? C'est une surprise pour elle de trouver au chevet d'une amie d'enfance qui l'a appelée pour mourir celui qu'elle doit faire mourir, le mari de l'agonisante Emilie Kamarowska....

Mais je ne veux pas déflorer l'oeuvre inoubliable d'Annie Vivanti. C'est un lucide et incessant tourbillon d'action, de rêve, d'incoscient, de fatalité. C'est harmonieux et terrible, c'est la vérité et c'est l'art.

Les paradis artificiels chantés par Thomas de Quincey et Charles Baudelaire flottent autour de plus lourdes ivresses et apportent leur relief inconsistant à des paysages d'âme dignes de Dostoïewski. Le mélodrame se purifie en élégie, sans perdre rien de son intensité, de sa fureur, de sa furie. La plus rare, la plus universelle émotion fait palpiter ces pages de fièvre, cette reconstitution idéale et forcenée.... Et sur cette beauté éparse et condensée, au dessus du sang apaisé et la fange bue par le soleil, les grandes ailes de la pitié apportent tout le ciel et tout le rêve....

Nota del Trascrittore

Ortografia e punteggiatura originali sono state mantenute, correggendo senza annotazione minimi errori tipografici.

Copertina creata dal trascrittore e posta nel pubblico dominio.