Dix ou douze personnages importants, car la pièce est très mouvementée — mais un seul au premier plan: Gennaro Gaudenzi, ancien secrétaire communal d'un village qui, après des années de luttes, de misères, d'aventures s'est fixé à Rome avec sa femme et ses enfants.

Il se fait passer pour avocat, commandeur, propriétaire; et, faisant de la bienfaisance sa vache à lait, il protège les artistes.

Le fils est vraiment avocat; mais moins scrupuleux encore que son père, au lieu de chercher des clients, il exploite les femmes. La fille est une pianiste nevrosée et capricieuse, qui rate un mariage d'argent et finira par courir le monde pour s'enrichir par l'art... ou autrement!

La femme de Gaudenzi, bonne mère de famille, simple et un peu ignorante, se désespère des dangers que risque son mari par sa morale élastique, de la conduite de ses enfants et de tous les incidents déplorables qui adviennent par leur faute.

Gaudenzi, au contraire, s'adapte à tout: chaque incident, même douloureux, lui inspire quelque nouvelle trouvaille: dans tout naufrage il voit une planche de salut.

Ce type original au théâtre et si connu dans la société est admirablement peint par l'auteur.

M. Calabresi l'a étudié à fond, s'est pénétré de la pensée et des intentions d'Antona-Traversi, c'est fait son collaborateur et nous a créé le personnage qu'il vit, qu'il présente aussi complet que possible.

Le commendatore Gaudenzi reste une des plus belles créations du théâtre italien contemporain.

C'était l'avis de tous à la sortie du Costanzi et on ne saurait faire un plus bel éloge à l'auteur et à l'interprète.

A l'actif de l'auteur, il faut porter aussi les types du fils Gaudenzi, de Mme Gaudenzi, de Miss Stower, une américaine vraie et non de convention; de Naldini, le secrétaire de Gaudenzi, de Labani, tous croqués d'après nature, comme la silhouette du violoniste célèbre, du critique grincheux, mais sincère, etc.