Comment Virgille fist ung serpent à Romme.

Par art de nigromance Virgille fist ung serpent d'airain, et quiconque boutoit sa main en sa gueulle par cause de serment, sil se parjuroit il perdoit sa main, et sil faisoit vrai serment il la ramenait toute saine et sans peril. Advint que ung chevalier de Lombardie mescrut sa femme dun sien varlet chartier, mais bien s'en deffendoit et se offroit à faire serment à la gueulle du serpent à Romme comme dit est. Le chevalier luy accorda, et quant ilz furent en la voie, le chartier, par le conseil de la dame, en guise de fol leur alla au devant de tous ses gens, et Virgille qui par lart de lennemy sçavait bien leur malice, si pria à la dame quelle se voulist deporter de jurer; mais elle nen voulut rien faire, mais bouta sa mains avant dedans la gueulle du serpent, et elle jura devant son mary en faisant serment quelle navoit eu affaire au chartier dont on chargeoit, non plus que à celuy qui au plus près delle se tenoit, et pource quelle disait vray, elle retira sa main toute saine de la gueulle du serpent. Lors en ramena le chevalier sa femme, et oncque puis ne la mescrut. Et Virgille par grant despit abattis son serpent pource que la dame deçeut son seigneur, et Virgille dist ainsi que les femmes sont sages en leur malice. Aussi sont les preudes femmes là où elles sont desirantes de leur salut.

Comment Virgille mourut.

Quant Virgille eut fait toutes les choses devant dictes, il sen entra en ung basteau et sen alla esbattre sur mer luy quatrieme par compagnie; et ainsi quilz alloient devisant sur leau, vint ung estourbillon de vent si merveilleux et tant horrible, quil fist lever les ondes de la mer en telle maniere, quilz ne attendoient que lheure de la mort. Si furent enlevez en haulte mer, puis apres nul deulx ne fut veu ne aperçeu, ne oncques homme mortel ne vit telle aventure, et deulx ny avoit creature qui sçeust dire quilz estoient devenus. Combien que depuis on a dit que aucuns furent par tous les portz de mer et aulx isles, mais nullement nen fut trouvé nouvelles et furent ravis soudainement. En tous les clerz et escolliers de la cité de Naples et Romme et toutes nations et contrées en furent moult troublez et dolens. Lempereur et tous ses barons, ennemys et amys de Virgille, et tous autres bourgeois et autres manieres de gens grans et petis, en furent tous esmerveillez et en firent grant dueil, et par especial ceulx de Naples que ainsi les avoit faitz et sainctement establis. Lempereur cuydoit prendre le tresor quil avoit à Romme; mais il ne peut, et ny avoit homme si hardy quy osast toucher; ainsi en furent tous esperdus et estoit advis à chacun qui y alloit que les hommes de cuivre les occiroient. Et par ainsi ne sçeut nul que le tresor que Virgille avoit à Romme estoit devenu. Et qui de ce ne croira dampné jà ne sera. Si fist Virgille des faitz merveilleux, qui point tous ne sont escriptz en ce livre.

LEGGENDA DI PIETRO BARLIARIO

(Ved. vol. II, pag. [126]).

Mille cinquantacinque anni volgea

La mentitrice etate in lieta calma

Vittorio Secondo il soglio avea,

Alla Chiesa portando amica palma,