D'après un grand nombre de professeurs émérites, — entre autres ceux dont nous avons cité les noms, — au témoignage de plusieurs délégués éminents d'universités ou d'académies, et des différents membres de la Société Royale ainsi que du Comité de Recherches des Sciences, appuyés de l'attestation de William Crookes, les principaux phénomènes reconnus comme désormais avérés seraient, — (non compris leurs subdivisions):
1. L'altération du poids d'un corps quelconque, obtenue à distance; 2. d'inexplicables visions de météores, traversant les laboratoires, avec des allées et venues — sortes de lumières ovoïdes, radieuses, inconnues, inimitables, — bondissant et rebondissant d'objets en objets; 3. des déplacements continuels d'instruments scientifiques, de meubles lourds ou légers, se mouvant comme sous l'action d'une force occulte; 4. de véritables «apparitions» de formes étranges, de «regards», de mains lumineuses d'une ténuité inconcevable et cependant tangible — au point de supporter, dans l'air, un thermomètre en liège du poids de quatre grammes, lequel demeurait, sous leur pression, d'un niveau absolument insensible, — ces mains offraient l'aspect tantôt vivant, tantôt cadavérique: et si rapide que fût l'éclair dont on essayât d'en répercuter la vision sur l'objectif, aucune plaque photographique n'a été impressionnée, en aucune façon, de leur présence. Et ces mains, pourtant! saisissaient des fleurs sur une table et allaient, à travers l'espace, les offrir à des spectateurs; puis, tout à coup, venaient nous «serrer les mains avec toute la cordialité d'un vieil ami»; 5. des mises en jeu d'instruments de musique placés, positivement, dans des conditions où toute communication était impossible et dangereuse pour le médium; 6. des doigts fluides lumineux, relevant une plume sur une table et traçant des lignes d'écritures différentes où plusieurs ont affirmé reconnaître celles de personnes défuntes (quelque uns, même, en ont fourni la preuve). — Tout ceci, de jour et de nuit.
« — J'ai vu, devant témoins (affirme expressément le Dr. William Crookes), l'une de ces nébuleuses mains claires prendre une fleur à longue tige, nouvellement cueillie, et la faire passer lentement à travers la fente imperceptible d'une planche de chêne massive, sans qu'il fût possible d'apercevoir ensuite, sur cette fleur, soit à l'œil nu, soit au microscope, une trace quelconque d érosion sur la tige ou sur les feuilles, lesquelles étaient dix ou douze fois plus larges que la fente de cette planche. — Plusieurs membres de la Société Royale et moi nous avons vu, ensemble, l'ombre d'une forme humaine secouer des rideaux pendant plus de deux minutes, puis disparaître en s'atténuant. — Cent fois nous avons vu des flambeaux et des lampes, placées sur des meubles, s'élever avec eux, se pencher, sans tomber, tenant leurs flammes droites et horizontales selon le degré d'inclinaison de ces objets dans l'air. Quant aux célèbres «tables tournantes», nous avons voulu, par surcroît, vérifier le fait dans des conditions de difficulté spéciales et que la rare puissance de nos médiums pouvait, seule, surmonter. — Le Comité de Recherches des Sciences dialectiques de Londres et les professeurs étrangers s'étant donc assemblés pour un essai concluant à ce sujet, quatre de ces médiums sont venus se placer à genoux sur des chaises dont les dossiers seuls touchaient la table — (une lourde et vaste table). — Ils croisèrent leurs mains sur ces dossiers et rien de leurs personnes n'était en contact direct avec la table. De plus, certaines mesures minutieuses, de nous seuls connues, avaient été prises pour avérer l'authenticité absolue du phénomène. En quelques instants, nous vîmes l'énorme table s'enlever de terre, se pencher, frapper le parquet, monter, stupéfiante, au-dessus de nous, flotter, se livrer dans l'espace à des évolutions diverses, puis redescendre lentement à sa place. Le Comité et l'assistance ont donc attesté comme «concluante» cette expérience... qui, d'ailleurs, ne pouvait plus nous étonner.»
Il va sans dire que nous pourrions relever un grand nombre d'autres faits énigmatiques, attestés des plus sérieusement. Mais nous ne saurions prendre la responsabilité de telles citations; nous ne voulons et ne devons mentionner, en un mot que les observations dûment contrôlées et reconnues par la Science comme incontestables. Lorsque nous ne traduisons pas, nous résumons, aussi exactement que possible, sans opinion ni commentaires.
Voici maintenant les conclusions du Dr. William Crookes lui-même à ce sujet:
— La foule, toujours avide du «surnaturel», nous demande: «Croyez-vous ou ne croyez-vous pas?» Nous répondons: Nous sommes chimistes, nous sommes physiciens; notre fonction n'est pas de «croire ou de ne pas croire» mais de constater, d'une façon positive, si tel ou tel phénomène est ou n'est pas imaginaire. Cela fait, le reste ne nous regarde plus. Or, quant à la réalité de ceux-ci, nous nous prononçons pour l'affirmative, au moins provisoirement, puisqu'à la parfaite consternation de nos sens et notre entendement, l'évidence nous y contraint.
«Rien n'est trop merveilleux pour être vrai, a dit Faraday, si cela est conforme aux lois de la Nature. Mais il faudrait connaître toutes les lois de la Nature, (et rien qu'avec celles que nous ignorons on pourrait créer l'Univers), pour déterminer si tel phénomène leur est ou non conforme. Or il se trouve qu'ici, comme en électricité, par exemple, l'expérience, l'observation sont les seules pierres de touche de cette conformité.
«Qu'on veuille donc bien se souvenir que nous ne risquons ni hypothèses, ni théories, quelles qu'elles soient. Nous attestons, simplement, certains faits et ne pouvons avoir qu'un seul but, conforme à celui de toute notre longue carrière, la Vérité. Les Comités d'examen, les hommes éminents, les praticiens de toute nation qui se sont adjoints au sévère contrôle de nos expériences ont conclu avec moi: Nous ne vous disons pas, encore une fois, que cela est vraisemblable; nous vous disons que cela EST!
«Au lieu de nier, de douter ou de croire au hasard, ce qui est tout un, — et de s'imaginer que nous sommes capables d'avoir perdu notre temps à contrôler des tours d'escamoteurs (comme si cette niaiserie était possible) donnez-vous plutôt la peine d'examiner, d'abord, comme notre incrédulité primitive s'est, au moins soumise à le faire!... Montrez-nous, par une critique sévère, ce qu'il faut regarder comme des erreurs dans nos examens; spécifiez-les et suggérez ensuite, si vous le pouvez, des moyens d'essais plus concluants. Imaginez des ensembles de difficultés plus insurmontables et plus subtiles que celles où nous avons placé les médiums à leur insu! Mais ne venez pas, à la hâte, traiter nos sens de témoins menteurs ou aisément abusés, ni taxer nos esprits d'une démence (qu'entre parenthèses nous aurions seuls qualité pour constater dans les vôtres), parce que les faits témoignent contre vos idées préconçues, comme, autrefois, le furent les nôtres. Il est difficile d'être plus sceptiques ou plus positifs que nous en matière d'examen expérimental: si vous vous faites une supériorité de votre ignorance ou de votre savoir d'amateurs, à quoi l'Homme devra-t-il s'en tenir? Nous soutenons que tout masque de suffisance ou de bonhomie disparaît de la face humaine devant certains phénomènes effectués par des médiums réels en nos laboratoires et que les plus railleurs deviennent, alors, pareils à ces malins villageois qui, dans les fêtes foraines, après s'être bien moqués, en clignant de l'œil, d'un appareil de Rhümkorff, par exemple, changent instantanément de visage dès qu'ils en ont seulement effleuré les fils. — Pour le surplus, rejeter, â l'étourdie, les témoignages d'hommes à qui l'on en a déféré pour contrôler un fait et en connaître, revient à ne tenir compte d'aucun témoignage humain quel qu'il soit, car il n'est point de faits dans l'Histoire sacrée ou profane ni dans les annales de la Science qui s'appuient sur des preuves plus permanentes et plus imposantes que celles qui nous ont, je ne dirai pas convaincus, mais confondus. Osez donc, alors, venir justifier de la supériorité de vos sens et de votre scepticisme sur les nôtres et que ces oiseuses controverses finissent!
Donc: