Comme il avoit à craindre, qu'un nouveau Pape ne voulût lui ôter ce qu'Alexandre lui avoit donné, il tâcha d'y obvier par quatre moiens: 1. En exterminant toute la race des Seigneurs, qu'il avoit dépouillés...; 4. En se rendant si grand Seigneur avant que le Pape mourût, qu'il pût de lui même résister à un premier assaut (Chap. VII). [Le dernier estoit le plus seur.]

Il y a du danger à laisser la vie à ceux que l'on a dépouillés. Periculum ex misericordia... (Ivi, in nota). [Cette hydre ne s'esteint iamais.]

Et si cela eût réussi, comme il fût arivé sans doute l'année même qu'Alexandre mourut, il devenoit si puissant et si acrédité, qu'il eût pû se soutenir lui même, sans dépendre nullement d'autrui (Chap. VII). [C'est l'unique segret; quant il ne suffit pas, rien ne suffit.]

Or il étoit si brave et si habile à connoitre, quand il faloit gagner ou ruiner les hommes; [Grandes qualités.] et les fondemens qu'il avoit jetés en si peu des tems étoient si bons, que, s'il eût été en santé ou qu'il n'eût pas eu deux puissantes armées à dos, il eût surmonter toutes les dificultés (Ivi). [Je n'en doute pas.]

Bien que les Baglioni, les Vitelli et les Ursins fussent venus à Rome, ils n'y purent rien faire contre lui, tout moribond qu'il étoit. Et s'il ne pût pas faire élire le Pape celui qu'il vouloit, du moins il fit exclure ceux qu'il ne vouloit pas (Ivi). [C'estoit bien assé pour un moribond.]

Tout cela bien considéré, je ne sai que reprendre dans le conduite du Duc (Ivi). [Sa mechanceté et sa cruautè: tout le reste estoit admirable.]

Aiant un grand courage et de grans desseins, il ne se pouroit pas gouverner autrement. Car ses projets n'ont échoüé que par sa maladie et par la briéveté du Pontificat d'Aléxandre. [Il n'y a poin de grandeur ny de fortune qui merite d'estre achetè aux prix des crimes, et on n'est jamais ny grands ny heureux a ce prix. — Les méchants jouisse rarement de leur mechancete.] C'est pourquoi le nouveau Prince, qui veut s'assurer de ses ennemis, se faire des amis, vaincre par la force ou par la ruse, étre aimé et craint des peuples, respectè et obéi des soldats, se défaire de ceux qui peuvent ou qui doivent lui nuire, introduire de nouveaux usages, étre grave et sevére, magnanime et libéral, détruire une milice infidéle et en faire une à sa mode, entretenir l'amitié et l'estime des Princes...; [Tout cela se tait mieux par la vertu que par le crime.] celui là, dis-je, ne sauroit trouver dex éxemples plus récens que les actions du Valentinois. Tout ce qu'on lui peut reprocher est les mauvais choix qu'il fit en la personne de Jules II. [Machiavelli se trompe.] Car s'il ne pouvoit pas faire un Pape à sa mode, il étoit maitre de l'exclusion de tous ceux qu'il ne vouloit point. Or il ne devoit jamais consentir à l'éxaltation des Cardinaux, qu'il avoit ofensés, ou qui, devenant Papes, avoient lieu de le craindre (Ivi). [C'est sur tout dans l'election des Papes que Dieu se moque de la prudence humaine.]

Tant se trompent ceux, qui croient que les bienfaits nouveaux font oublier aux Grans les anciennes ofenses (Ivi, in nota). [Maxime veritable.]

Les bienfaits ne pénétrent jamais si avant que les injures, parce que la reconnaissance se fait à nos dépens, et la vangeance aux dépense des ceux que nous haïsson. [Conter sur la reconoissance des hommes cest conter sur un fon perdu.] Tanto proclivius est injuriae quam beneficio vicem exolvere, quia gratia oneri, ultio in quaestu habetur (Ivi). [Sentiment de ames basses.]

Agatoclés, sicilien,... fut scélérat dans tous les divers Etats de sa fortune, mais toujours homme de coeur et d'esprit (Chap. VIII). [On est rarement scelerat avec de l'esprit et du coeur.]