On ne peut pas honnêtement, ni sans faire tort à autrui, contenter les Grans, mais bien le peuple, qui est plus reasonable que les Grans (Ivi). [On ne contente iamais les hommes. — C'est de quoi on peut doutter.]

Tôt au tard il faut toujours gagner l'afection du peuple, sans la quelle on ne sauroit être en sûreté (Ivi, in nota). [Il a raison.]

Le Prince ne se sauroit jamais assurer d'un peuple ennemi, aiant a faire à trop de têtes, au-lieu qu'y aiant peu de Grans il est facil d'en venir ci bout. [Il n ya pas d'austre segret que d'estre le plus fort et le plus alert.] Tout le pis qu'un Prince puisse atendre d'un peuple ennemi, est d'en être abandonné. Mais il n'a pas seulement cela à craindre des Grans, les aiant pour ennemis, mais encore qu'ils ne viennent fondre sur lui, dautant qu'aiant plus de pénétration d'esprit, ils anticipent toujours, pour se métre en sûreté, et cherchent à gagner l'afection de celui, qu'ils espérent qui vaincra. [Il ne raisonne pas trop mal.] Enfin, c'est une nécessité, que le Prince vive toujours avec le même peuple, mais non pas avec le mêmes Grans, lesquels il peut acréditer ou décréditer, conserver ou détruire, quand il lui plait (Chap. IX).

Ceux, qui s'atachent entiérement à la fortune du Prince, doivent être honorés et aimés, pourvu qu'il ne soient point gens de rapine. [Document tres utile.] Ceux qui ne s'obligent pas au Prince, le font manque de courage ou par finesse. [Le bon conseil n'est jamais timide.] Si c'est par crainte, c'est alors que tu te dois servir d'eux, et sur tout de ceux, qui sont de bon conseil, parceque tu t'en fais honneur dans la prospérité, et que tu n'as rien à craindre d'eux dans l'adversité. [Cela n'est pas mal dit.] Mais si c'est par ménagement, et par ambition, c'est signe, qu'ils pensent plus à eux qu'a toi (Ivi). [Quelque sot en douteroit.]

Un Valerius Flaccus Festus qui parloit en faveur de Vitellius, dans ses letres, et donnoit à Vespasien des avis secrets de ce qui se passoit, pour se faire un mérite auprès de l'un et de l'autre, et avoir toujours pour ami celui qui resteroit Empereur, devint justement suspect à tous les deux (Ivi, in nota). [Cette infame conduite se pratique plus que iamais. Mais elle a tousiour le mesme succes.]

Comme les hommes, quand ils reçoivent du bien de celui, de qui ils n'atendoient que du mal, en deviennent plus obligés à leur bienfaiteur, le Prince devient plus agréable au peuple que s'il tenoit de lui sa Principauté (Chap. IX). [Il faut estre generalement bien faisant a tout le monde et ne faire du mal que par une nécessité indispensable.]

Un Prince a besoin de l'amitié du peuple, faute de quoi il n'a point de ressource dans l'adversité (Ivi). [Mechante resource.]

Et que l'on ne m'objecte point le commun proverbe, qui dit, que de faire fond sur le peuple, c'est bâtir sur la boüe (Ivi). [Bien dit.]

L'afection du peuple, se perd aussi aisément qu'elle se gagne (Ivi, in nota). [Sentence d'or.]

Lors que c'est un Prince, qui sait commander, et qui ne manque point de coeur dans l'adversité, ni de ce qu'il faut pour entretenir l'esprit du peuple, il ne se trouvera jamais mal d'avoir fait fond sur son afection. [Grandes paroles et un beau raisonnement.] D'ordinaire, les Principautés civiles périclitent, quand il s'agit d'établir une domination absolüe. [Cela est sujet à con[di]tion, et n'est iamais vrai si non quant on est le plus fort et que l'on veillie l'estre.] Car ses Princes commandent par eux-mêmes, ou par des Magistrats. Si c'est par autrui, le danger est plus grand, dautant qu'ils dépendent de la volonté des citoiens (Chap. IX). [Il raison asse bien.]