«Le désespoir de mon prince, écrivait le fidèle écuyer, frise la folie.»

Quelques-uns pourtant n'ont voulu voir dans ce désespoir qu'une ambition déçue. Mais pour être ambitieux, il faut croire à la vie. Charles-Albert ne semblait plus croire à grand chose de ce qu'elle promettait.

Sans crainte d'exagérer, je puis dire que la vie lui était à charge, et qu'une étrange rupture s'était faite entre les ambitions humaines, et son âme endolorie.

Le mysticisme qui n'avait fait jusque-là qu'effleurer le Prince, était en quelque sorte devenu le seul flambeau qui guidât ses pas, «dans la forêt sombre où il entrait au milieu de sa vie.»

Ce fut à la lueur de ce flambeau que Charles-Albert poursuivit dès lors sa marche, interprétant à son gré l'éternelle vérité et adaptant le dogme, quelques fois la morale, aux passions de son cœur et aux rêves de son patriotisme.

Le mysticisme est l'exagération du sentiment religieux.

Comme toute exagération, il défigure ce qu'il prétend grandir, et compromet ce qu'il croit épurer. Vivant dans un surnaturel de convention, l'âme estime tout permis, croyant purifier jusqu'à ses fautes.

«La guenille,» comme disait Henri IV, «ne perd jamais ses droits, et il arrive parfois à l'ange de faire la bête.»

Peut-être la chose arriva-t-elle à Florence, quand le Prince associait le scapulaire à l'échelle de soie, le balcon de Juliette à la cellule de Savonarole, et envoyait dans un missel ses messages d'amour.

Que voulez-vous?