C'est l'épée à la main qu'Emmanuel-Philibert a retrouvé la route de ses Etats.

C'est au Trocadéro que Charles-Albert a reconquis son trône.

Au premier coup de canon, l'âme héroïque de Savoie rentra dans ce corps alangui, mourant, et le fit revivre.

«Mon prince est fou à lier,» écrivait le fidèle Costa. «Mais cette fois, il est fou de joie. Il nous faut des princes de cœur et de main, comme disait Henri IV; le mien est de ceux là.»

Le descendant du Prince Eugène se battit à côté du petit fils de Louis XIV; on vit Charles-Albert montant à l'assaut, s'envelopper dans les plis du drapeau blanc avec le même amour que s'il eût été le sien, et l'on entendit l'armée française acclamer le prince italien. L'écho de ces acclamations se prolonge, Messieurs, et de l'autre côté des Alpes, les épaulettes rouges du Trocadéro se confondent encore dans un même souvenir avec les galons de laine de Palestro.

Les chevaliers au moyen-âge avaient cette héroïque coutume de donner un nom à l'épée qui personnifiait leur bravoure.

Il y avait, dit le poète, deux grandes épées,

Dont les lames d'un flot divin furent trempées.

L'une a pour nom Joyeuse, et l'autre Durandal.

Sœurs jumelles de gloire, héroïnes d'acier,