Et tous, du Nord au Midi de la Péninsule, saluaient l'aube prochaine sans voir que l'inconstante fortune planait aussi par dessous leurs rêves.
Je ne sache pas dans l'histoire de votre pays, une période plus dramatique, plus émouvante que celle qui allait s'ouvrir.
Rien ne devait manquer à l'épopée, ni la grandeur du sujet, — la guerre de l'indépendance italienne, — ni le caractère saisissant du décor: l'Europe en feu de 1848, ni surtout l'illustration des personnages qui allaient entrer en scène.
Au premier rang, le pape Pie IX, un pape comme on n'en reverra plus, réformateur, patriote et libéral. Le Prince de Metternich représentant vieilli de la Sainte Alliance, qui allait être emporté par la tourmente. L'abbé Gioberti, l'auteur, un instant célèbre, du Primato. Mazzini, le plus grand agitateur de son siècle; Manin, le noble défenseur de Venise; et enfin, le feld-maréchal Radetzky, tenant, dans ce drame politique et militaire, le double rôle de la force et du destin.
Et puis, émergeant de l'ombre, faisant leurs premières armes ou leur apprentissage politique, le duc de Savoie, le duc de Gênes, Cavour, Urbain Rattazzi, La Marmora, Cialdini....
Mais je n'ai pas nommé tous les acteurs.
Il en manque un, celui qui, dans la tragédie, va jouer le rôle masqué du traître, je veux dire la révolution.
Son rôle primera tous les autres, celui du Roi, celui du Pape.
C'est elle qui parlera, commandera, agitera. C'est elle qui créera les popularités, qui les portera aux nues, qui les foulera aux pieds, qui défera le lendemain l'ouvrage de la veille, toujours criant, hurlant, pour acclamer, comme pour maudire.
Oui, vraiment, la Providence divine et la liberté humaine, ces deux puissances dont le concours explique l'histoire, semblent s'être mises d'accord, en 1847, pour changer en Italie, la direction des choses, et Charles-Albert sent le poids des responsabilités écrasantes que lui créent Dieu et les hommes!