29. faux indices de sa direction — les campagnes sont couvertes d’herbes de deux pieds de hauteur, de sorte qu’ils ne peuvent cheminer sans fouler ladite herbe, laquelle fait un estrac ou piste... et de peur qu’on ne les suive avec force, ils ont trouvé pour cela une invention qui est: d’une bande de 400 qu’ils sont, ils feront quatre rayons de leurs troupes, qui pourra être chacune de 100 chevaux; les uns vont vers le nord, les autres au sud, d’autres à l’orient et l’occident. Bref, toutes les quatre petites bandes vont chacune de son rayon viron une lieue et demie, au bout de laquelle cette petite troupe de cent se divise en trois qui seront viron de de trente-tro1s, qui vont de la même sorte comme ci-devant, puis au bout d’une demie lieu, ils commencent de rechef à se diviser en trois, et ainsi s’acheminent jusques à tant qu’ils soient réduits en dix ou douze ensemble, et tout cela se fait en moins d’une heure et demie de temps, et tout, au grand trot, car quant ils sont découverts, toute diligence leur est tardive, et savent tous ce manège au bout du doigt, et connaissent l’être des campagnes comme les pilotes connaissent les ports, et chaque escouade d’onze s’en va travers champs, comme il leur plaît, sans se rencontrer; enfin ils se rendent à jour nommé à leur rendez-vous, qui sera à plus de 10 ou 12 lieues de là, dans quelque fond ou il y a de l’eau et bonne herbe... L’herbe foulée des onze chevaux est relevée d’un jour à l’autre, de sorte qu’il n’y parait point. Étant arrivés, ils demeurent ainsi quelques jours cachés, puis recheminent en corps, et donnent dans quelque village de la frontière, qu’ils surprennent et emportent, puis s’enfuient, comme avons dit. Or les Tatars ont trouvé cette subtilité de se cacher dans les campagnes, et aussi pour mieux tromper les Cosaques, qui les poursuivent chaudement, sachant qu’ils ne sont que 5 à 600. Les Cosaques dont montent à cheval 1000 ou 1200, les poursuivent et cherchent les traces lesquelles ayant été trouvées, et les suivant jusques au cerne ci-dessus décrit; là ils perdent leurs mesures, ne sachant où les chercher, car la trace va de tous côtés; ainsi ils sont contraints de s’en retourner en leurs maisons, et dire qu’ils n’ont rien vu (Beauplan). [przypis autorski]
30. un pressentiment — la puissance de nos facultés intellectuelles est sans doute infiniment limitée, si l’on considère l’immensité qui nous environne; mais lorsque nous regardons comme impossible ce que nous ne pouvons comprendre, notre difficile et faible intelligence nous rend semblables a cet incrédule de comédie, certain de sa propre vie, uniquement parce qu’il s’en assurait en se tâtant le corps à chaque instant. Je ne disserterai pas longuement pour défendre mes deux vers, et pour dire comment il a pu arriver que certains hommes aient parfois prévu des événements prochains ou éloignés, ou pour examiner si la réalisation, surtout d’un pressentiment funeste, ne vient pas précisément de la foi que l’on y ajoute; je ne tirerai pas des exemples déjà connus de l’histoire ancienne et moderne: je rappellerai un événement particulier, rapproché de nous, et qui se rattache à une perte à jamais regrettable que notre pays a faite. L’illustre Thadée Czacki, si éminent par ses vastes connaissances, si précieux à cause de son entier oubli de lui-même pour le bien public, cet homme dont la mémoire excite dans tant de cœurs la plus profonde reconnaissance, a dit plus d’une fois à ses amis que les principales circonstances de sa vie lui avaient toujours été révélées d’avance par un pressentiment. Sa mort même fut précédée d’un avertissement mystérieux. Quelques jours avant la courte maladie qui l’enleva, il assurait à ses domestiques qu’étant dans sa chambre, il lui avait semblé voir son ami et parent le général Karwicki, près de mourir et l’appelant à lui; cette frappante et affreuse prophétie se réalisa: quelques jours après survint la nouvelle de la mort du général, dont la demeure était éloignée de quelques dizaines de milles: et Czacki lui-même ne tarda pas à aller rejoindre l’ami qui l’avait appelé. Mais comment ajouter foi à de pareils récits, sans mettre un sourire sur le visage indifférent du philosophe? J’en demande pardon aux physiciens et aux métaphysiciens, mais on pourrait leur dire avec Shakespeare: «Il est sur la terre et dans le ciel plus de choses que notre philosophie n’en imagine.» (Malczewski). [przypis autorski]
31. au milieu ils forment le demi-cercle — «Les Tatars aiment à combattre en plaine: ils rassemblent leurs bandes en cercle, et se forment en files recourbées, ce que les hommes de guerre appellent la danse de mars; au premier choc, ils décochent une nuée de flèches aussi épaisse que la plus épaisse grêle.», «Les Tatars, selon leur danse ordinaire, formèrent leurs rangs en croissant.» (chroniques citées par Malczewski). [przypis autorski]
32. Malczewski — les Polonais prononcent Maltcheski [le poète écrivait son nom tantôt Malczewski, tantôt Malczeski; Red. WL]. [przypis tłumacza]
33. pays (...) où l’on heurte à chaque pas une tombe — il existe en Ukraine beaucoup de tertres (mogila), qui marquent les lieux où des guerriers ont été ensevelis, selon la coutume des Slaves. [przypis tłumacza]
34. Beauplan — gentilhomme français qui était en Ukraine vers 1640 au service du roi de Pologne, et qui y passa dix ans à faire „remuer la terre, fondre des canons et peter le salpestre”. [przypis tłumacza]
35. Wolynie — province méridionale de la Pologne, à l’est de la Gallicie [aujourd’hui: une région historique située au nord-ouest de l’Ukraine; Red. WL]. [przypis tłumacza]
36. leur fils aîné, Antoine — Charles Malczewski, frère du poète, combattit sous les ordres de Bolivar et obtint le grade de colonel dans l’armée péruvienne [le frère cadet du poète, le colonel péruvien, ne s’appellait pas Charles (en polonais: Karol), mais Constantin (en polonais: Konstanty); Red. WL]. [przypis tłumacza]
37. une lettre écrite en français — je possède seulement la traduction polonaise de cette lettre. [przypis tłumacza]