Potem, w drodze, zapomniałem o tym. Przypomniałem sobie, kiedym wysiadał na dworcu w Warszawie. O biada! nigdy się nie czułem głupszy. Padał deszcz. Zajechałem do domu. Wróciłem do moich zajęć.
Biletów wizytowych nie zamówiłem dotąd...
A Paris
Conférence faite par M. Boy-Żeleński le 19 février 1927, au grand amphithéâtre de la Sorbonne, à la Séance solennelle présidée par M. le ministre Louis Marin.
Monsieur le Ministre, Mesdames, Messieurs.
Me trouver ici, à Paris, ce Paris si adoré par moi dès ma jeunesse, dans cet auguste amphithéâtre de la Sorbonne, dans cette brillante assistance, devant ce public choisi; — y être l’objet de cet honneur insigne, de cette manifestation de sympathie, parler au public français, tout cela me semble vraiment plutôt un rêve, un songe, qu’une réalité. Vous saisirez encore mieux ce sentiment que j’éprouve, quand je vous raconterai en quelques mots les étapes de ma vie, une vie très simple à la vérité, mais dont le cours pourtant, vu surtout dans les lumières de cette salle, me paraît en ce moment un peu fantastique. Je sens bien tout ce qu’il y a d’audace de se laisser aller à des confidences personnelles devant une telle assemblée; mais enfin se comprendre soi-même, se faire comprendre aux autres, c’est un besoin inné à l’homme, c’est une des sources de la littérature. Or, puisque, Mesdames et Messieurs, vous daignez vous intéresser à ma modeste personne — où plutôt à l’idée qu’elle représente — puisque nous devons faire connaissance, je ne vois pas d’autre moyen que de me raconter tout simplement à vous, que de faire en votre présence comme qui dirait „une heure avec...”, une petite heure avec moi-même.
D’autant plus que ma situation littéraire et personnelle a toujours été, dans mon propre pays, assez compliquée, pour ne pas dire équivoque. D’abord, j’ai le triste privilège d’être considéré comme une sorte de phénomène, ayant, comme vous le savez déjà, traduit bien près d’une centaine de volumes des chefs-d’œuvres de la littérature française. Oui, c’est là l’aspect vénérable, dirai-je, de ma personne, son aspect „décoré”. Quand on parle de moi dans nos journaux, on emploie volontiers des expressions comme: „tâche écrasante”, „travail infatigable” — et surtout „bénédictin”. Boy et bénédictin sont devenus presque des synonymes.
Et pourtant, quand, il y aura bientôt une vingtaine d’années de cela, j’ai débuté par un recueil de petites chansons, elles furent trouvées bien audacieuses, voire frivoles, et faisaient la nique à bien des choses respectées qui me semblaient peu respectables. Lorsque, ensuite, je devins populaire — trop populaire — dans mon pays comme poète, on me fit l’honneur de me trouver sensuel et pervers. Et lorsque, comme critique de théâtre, comme feuilletoniste, je suis parfois obligé de batailler, de me chamailler, je le fais avec un entrain qui vraiment n’a rien de bénédictin.
Et ce n’est pas la fin de ces surprises. Pour les uns, je suis le traducteur des Pensées de Pascal, pour les autres le traducteur des Dames galantes de Brantôme. D’un côté on m’offrait la chaire de littérature française à l’Université de Poznań, de l’autre côté on me traitait de corrupteur de la jeunesse. Et remarquez enfin que, derrière tout cela, se cachait pendant assez longtemps encore un troisième personnage: Boy-médecin, oh, c’est bien le cas de le dire: „médecin malgré lui”.
C’est bien pénible de n’avoir pas de physionomie homogène. Or, il advint une fois que l’envie me prit de voir clair moi-même dans tout cela, et de chercher ce qu’avaient de commun entre eux ces personnages disparates. La voie d’une confession publique me parut la plus efficace. Et non pas par écrit; non, d’une confession de vive voix. Je fis mes malles, et j’entrepris le voyage dans une cinquantaine de villes en Pologne en y faisant des conférences. Or, il se trouva que cette confession touchait à tout moment aux choses de la France; que c’était en France que j’étais obligé de chercher le sens caché de mes avatars, de sorte qu’en somme, cette confession devint un hymne passionné à la gloire de la France. Mais, lorsque je me permis d’ôter cette robe de bénédictin dont on m’affublait, il me fut impossible de continuer la mystification: je fus contraint de montrer que ce qu’elle cachait, cette robe austère, c’était la passion, l’amour, le plaisir, la volupté.