Discours prononcé au banquet des Compagnons des Professions intellectuelles, présidé par M. Jacques Bertal, à Paris le 21 Mars 1927.

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs!

Je remercie de tout mon cœur les Compagnons des Professions intellectuelles qui m’ont honoré de ce charmant dîner. C’est à peine que je peux exprimer, combien je suis profondément touché de cet accueil que j’ai trouvé à Paris, de ces manifestations de sympathies que j’y rencontre chaque jour. Seulement, il y a une chose. On me parle trop de mon travail et de mes mérites; cela me rend vraiment un peu honteux et confus: et puis, j’ai alors toujours l’impression qu’on parle de quelqu’un d’autre, pas de moi. Car, à la vérité, ma vie ne fut qu’une longue flânerie et qu’un plaisir continuel. J’avais ces dispositions dès ma jeunesse. J’étais paresseux, je ne respectais pas grand-chose, j’aimais les femmes: j’avais beaucoup de chances de tourner mal. Et c’est à ce tournant dangereux de ma vie, que je fus envahi par l’amour de la littérature française; et bientôt, sans bien savoir comment cela arriva, je me donnai presque entièrement à elle; et cela fut peut-être parce qu’elle ne me demandait pas de renoncer à mes vices: elle les accepta avec un sourire indulgent. La littérature française fut pour moi la délicieuse Abbaye de Thélème, où je me plaisais à vivre, où je me promenais en tous sens, en y trouvant des charmes toujours nouveaux. Parcourir ses sentiers jolis, souvent mystérieux et pleins de terreur, ce fut une douce flânerie pour ma paresse; jouir de sa diversité et de ses détours imprévus, ah, combien cela amusait mon scepticisme puéril; que de volupté trouvai-je enfin dans les caresses de ses styles si multiples et dans le charme presque sensuel de cette langue unique. Et c’est ainsi que, tout en m’adonnant à mes douteux penchants, tout en restant le mauvais garçon que j’étais il y a vingt ans, je devins, peu à peu et sans le vouloir assurément, le personnage grave et vénérable qui est ici devant vous. Il n’y a que la littérature française qui soit capable de faire de tels miracles. Et le secret en est peut-être sa profonde humanité. Elle est indulgente, elle est intelligente, elle est pleine de compassion. Elle ne veut pas que l’on soit autre que l’on n’est. Et puis, elle est un peu femme; elle ne demande pas que l’on soit sans défauts; elle demande seulement qu’on l’aime. Ah, je l’ai aimée, je peux le dire; à ce point que ce serait peut-être indiscret d’en parler ici au dessert, de cet amour; je ne veux pas violer sa pudeur. Nous sommes à table; eh bien, je lève mon verre à la gloire de la littérature française, au rayonnement triomphal de la pensée française, et à la victoire finale de l’effort commun des Compagnons intellectuels que nous sommes tous, pour la fraternité des peuples.

Przypisy:

1. Ça sent la m...e et les lilas... (fr.) — pachnie g...m i bzem. [przypis edytorski]

2. Rosa Bailly (1890–1976) — fr. poetka, propagująca kulturę polską we Francji. [przypis edytorski]

3. Les amis de la Pologne (fr.) — przyjaciele Polski. [przypis edytorski]

4. Les deux nigauds (fr.: dwie niezgraby) — książeczka dla dzieci, autorstwa księżnej Sophie de Ségur, opublikowana w 1863 r. Opowiada o przygodach rodzeństwa z prowincji w Paryżu, gdzie Innocenty i Simplicja zaprzyjaźniają się z dwoma polskimi żołnierzami-emigrantami. [przypis edytorski]

5. Sophie de Ségur, z domu Sofija Fiodorowna Rostopczina (1799–1874) — córka rosyjskiego arystokraty, który wyemigrował do Paryża z powodu niełaski, w jaką popadł, ratując Moskwę przed Napoleonem w 1812 r. Została pisarką już jako babcia, spisując bajki, które opowiadała swoim wnukom. Książki księżnej de Ségur ukazywały mniej wyidealizowany obraz świata, niż większość ówczesnych publikacji dla dzieci, co zyskało jej przydomek Balzaka literatury dziecięcej. [przypis edytorski]

6. pour les petits Polonais (fr.) — dla polskich dzieci. [przypis edytorski]