Екатерина.

Я только-что позавтракала.

XXI.

Czerkassow à l'Impératrice.

Le 6 (17) Iuin 1773.

Hier à 4 heures après midi j'ai reèu Madame la Landgrave et les trois Princesses au port de Catnerinendahl. Elles se portent bien et il parait au'elles n'ont pas du tout souffert du trajet, qui quoiqu'assez long, n'а pourtant pas été fort incommode, à ce que m'а dit Monsieur de Rehbinder. Les PaquetBoate ne sont pas encore arrivés: et il faut les attendre pour pouvoir partir: car les Princesses n'ont amené à leur bord que les trois Dames et les deux Cavaliers de leur suite, au resta fort peu de monde et de leus effets. Madame la Landgrave a été fort contente de la lettre que je lui ai présentée de la part de V. M. aussitôt qu'elle fût entrée dans les appartements du Château. Elle me fa témoigné dans des termes dont je ne me souviens pas exactement, mais qui voulaient dire à peu près, qu'elle а été extrêmement flattée de l'attention de V. M. dans cette conjancture. Elle est fort éloquente et parle aesez vite: il ne faut done pas e'étonner si je ne rends pas toutes ses paroles: heureux si j'en attrape toujours le sens! Après qu'elle eût congé dié le Gouverneur-General, la Noblesse et ceux qui Pavaient attendue à Catherinendahl (et il y en avait beaucoup) et qu'elle se fût retirée, elle m'а fait peu de tems après appeler dans sa chambre à coucher. Je l'y ai trouvé avec les Piincessee. Elle était assise sur le canapé, et m'а obligé de me mettre auprès d'elle. Elle me dit alors qu'elle avait lû la lettre de V. M. que je lui avais présentée: qu'elle ne trouvait pas des expressions assez fortes pour témoigner sa reconnaissance pour toutes les bontés de V. M. mais quelle tâcherait par ses actions et par toute sa conduite de prouver qu'elle n'en étoit pas indigne; qu'elle étoit flattée de ce que V. M. m'avez envoyé à sa rencontre et espéroit qu'elle ne me causerait pas trop d'embarras. Là dessus le Baron de Riedesel entrant dans la chambre pour lui dire quelque chose, la conversation devint insensiblement générale: tantôt elle se félicitait d'être à terre; en assurant pourtant qu'elle et ses filles se sont trouvées beaucoup mieux en mer qu'elle n'avait esperé, tantôt elle admiroit la beauté du château et de sa situation qu'elle trouvoit délicieuse. Elle m'а fait quantité de questions sur Pierre le Grand. Après cela vers les 7 heures de soir, elle voulut se promener dans le jardin: et m'а prié de lui dire de quel côté il falloit aller. Je l'ai menée en haut dans une longue allée du côté de la Mer. Etant arrivée au bout de l'allée oû j'avais depuis quelques jours fait placer des bancs, elle s'assit pour se reposer. Les Princesses, qui l'accompagnèrent toutes, allèrent plus avant, étant apparemment bien aises d'avoir retrouvé l'occasion de màrcher. Elles revinrent un moment pour lui dire que plue loin il у avait une situation très belle et des plus champêtres. Elle у alla, et marchant toujours, nous nous trouvâmes au bord de la Mer sur le chemin de Narva. Elle s'y arrêta un moment pour regarder la Mer et revint vers le château par la même allée: mais au lieu de monter dans les appartenons, elle alla s'asseoir sous un berceau du jardin d'en haut. Les Princesses qui s'etaient aussi assises sur des bancs n'y restèrent pas long^ tems, puisque bientôt elle les engagea d'aller se promener encore avec les Dames et les Cavaliers. Alors, restant tête-à-tête, elle reprit avec moi la conversation qui fut interrompue dans sa chambre à coucher par le Baron de Riedesel. Elle me dit entre autres que sa démarche en venant avec ses Filles à Votre Cour paraissait étrange à plusieurs: cependant, dit-elle, je ne m'en repent pas: j'ai tant de confiance en Sa Majesté Impériale que je n'aurois pas balancé de tout sacrifier pour faire ce qu'elle paraîtrait désirer. Avouez, Monsieur le Baron, ajouta-t-elle, que j'ai fait un grand pas et me suis exposée non seulement à la critique, mais même aux propos de mauvaises langues, en venant avec mes Filles de si loin. Vous les voyez à présent. Elles n'ont point d'extérieur frappant. C'est à former leur cœur que je me suis principalement appliquée, et je me flatte, non sans raison, d'y avoir réussi. En pariant de cela, il mi paru qu'elle alloit avoir lee larmes aux yeux. J'ai baissé les miens par an mouvement involontaire. Je suis perdu, Madame! si Elle n'est que bonne Actrice. Depuis notre première entrevue lorsque ie lui ai donné la main pour l'aider à sortir de la chaloupe, Elle me traite avec beaucoup de politesse et de booté, me priant continuellement de m'asseoir auprès d'elle. А Table, Elle me place entre Elle et la Princesse Amélie. Elle paraît extrêmement satisfaite de tout ce aue je fais, me demande ce qu'il faut qu'elle fît. Ce matin elle me fît dire par Monsieur de Rehbinder d'entrer dans sa chambre à coucher, si je voulais l'exeuser sur ce qu'elle se feroit coiffer en ma présence. Je l'eus bientôt excusée, et entrai tout de suite. Après diné Elle acepta une partie de promenade en carosse pour aller voir la ville. Au retour, elle vit les Dames de Réval, au nombre d'environ cent. Presque toutes bien mises, et en leur présence Elle se mit à jouer au Whist avec moi, Monsieur Rehbinder et Monsieur Krouse. А propos de ce dernier; un peu avant le dîné Elle s'approcha de moi et me demanda s'il ne me plairoit pas de le retenir à dîner avec nous. Cela est déjà fait, Madame, lui ai-je dit; et effectivement, aussitôt que ie l'ai vu venir au Château, j'ai ordonné de mettre son nom sur la liste de ceux qui dineroient aujourd'hui. Hier, en quittant la frégate, Elle lui а fait présent d'une belle Doête d'or garnie de diamans et fît donner deux-cents ducats à l'Equipage; outre des petits présens fort jolis aux autres Officiers de la Frégate.

Elle m'а fait faire un petit changement dans mon plan de la route. Elle m'а dit qu'en voyageant elle ne dînoit jamais; qu'elle ne faisait qu'un Repas et cela le soir au gîte. J'ai donc arrangé mon plan de faèon qu'en partant d'ici après diné, nous coucherons la première nuit aussi à Kolck et la seconde à Hackhoff, mais la troisième à Yambourg, la cpiatrième à Seltzo et viendrons de là diner à Gatchina. Elle а été fort aise d'apprendre qu]avant que de venir dîner le dernier jour du voyage (Elle ne sait pas encore où), Elle auroit un bon gîte à Seltzo à 40 Werstes de là.

La Princesse Amélie est jolie, а un beau teint et de belles oouleurs, les cheveux bruns, grande comme sa mère, bien faite, fort polie, fort douce. La Princesse Wilhelmine est plus petite, pas si bien faite, des yeux à fleur de tête, le visage saillant, n'est pas si jolie que l'ainée, plus blonde qu'eue, un teint échauffé peut-être par le voyage, а un faux air au Prince Prosorowsky Lieutenant-Général; d'ailleurs, fort polie, mais fort réservée: très-attachée à sa Mère. La Princesse Louise sera fort jolie, si je ne me trompe; а un nez un peu retroussé, un air spirituel, les yeux beaux: est plus vive que ses sœurs, n'est pas bien faite non plus: polie, promet de grandir le dü-ai-je, Madame? Par le visage, elle ressemble un peù à Monseigneur le Grand Duc.

Samedi Matin à 2 heures.

Черкасовъ императрицѣ.