Lorsque Pouchkine commence un de ses meilleurs poèmes par ces mots calmes et lugubres: «Il n'y a pas de justice sur la terre… mais encore il n'y en a pas là-haut! C'est clair comme une simple gamme musicale!»[60] Ne croiriez-vous pas, Monsieur, sentir votre cœur glacé, entrevoir derrière cette apparente tranquillité, une existence brisée, deviner un homme qui s'habitue déjà à souffrir?
Lermontoff, accablé du dégoût de la société au milieu de laquelle il vivait, adresse, à peine âgé de 30 ans, à ses contemporains les paroles suivantes:
«Je contemple avec douleur notre génération; son avenir est vide et sombre; elle vieillira dans l'inaction, elle s'affaissera sous le poids du doute et d'une science stérile.
La vie nous fatigue comme un long voyage sans but.
Nous sommes comme ces fruits précoces qui s'égarent parfois, orphelins étrangers parmi les fleurs; ils ne charment ni l'oeil ni le goût; ils tombent au moment de mûrir…
Nous nous précipitons vers la tombe, sans bonheur, sans gloire, et nous jetons avant le trépas un regard d'amer dédain sur notre passé.
Nous passerons inaperçus sur cette terre, foule morne, silencieuse et bientôt oubliée.
Nous ne léguerons rien à nos descendants, ni une idée féconde ni aucune œuvre de génie, et ils insulteront nos cendres par un vers dédaigneux ou par le sarcasme qu'adresse un fils ruiné à un père dissipateur».
Je ne connais qu'un seul poète moderne qui ait fait vibrer avec autant de force les cordes sombres de l'âme humaine. Ce poète naquit aussi esclave, et mourut également avant le réveil de sa patrie. C'est l'apologiste de la mort, le célèbre Léopardi, lui qui se représentait le monde comme une ligue de malfaiteurs faisant une guerre acharnée à quelques fous vertueux.
La Russie n'a eu qu'un peintre généralement connu: Bruloff. Quel est donc le sujet où l'artiste a cherché l'inspiration, quel est, dis-je, le sujet de son tableau chef-d'œuvre, qui lui a valu quelque réputation en Italie?