<1850–1851>

Произведения 1851–1852 годов

Dédicace*

(A Nicolas Ogareff)

J'avais treize ans lorsque je te rencontrai. Tu étais plus jeune d'une année. Nous entrâmes ensemble dans la vie.

Nous marchions sans crainte, la tête haute, le cœur plein de feu, nous n'étions pas avares de nous-mêmes, nous répondions à chaque appel, nous nous abandonnions avec franchise et en entier à chaque entraînement. La route choisie par nous n'était pas facile, mais nous ne l'avons jamais délaissée; blessés, brisés nous marchions – et nul ne prit les devants sur nous.

Je suis arrivé, moi… non au but, mais là où commence la descente, et je cherche ta main, afin de nous en aller ensemble, comme nous sommes venus, et te souriant avec tristesse, te dire en te pressant cette main: «Ami, voilà tout!», car je n'attends rien pour moi, rien ne m'étonnera, ni me réjouira profondément. L'étonnement et le bonheur sont bridés en moi par les réminiscences du passé, par les craintes de l'avenir. J'ai acquis tant de foice d'indifférence, de résignation, de scepticisme, je veux dire, tant de vieillesse, que je survivrai à tous les coups de fatalité, quoique je n'aie ni le désir de vivre longtemps, ni celui de mourir demain. La fin viendra par hasard sans conscience, ni raison, comme le commencement. Je ne la provoque, ni la fuis – et cela parce que je suis vieux.

En veux tu encore la preuve: je ne trouve en moi ni l'énergie, ni la fraîcheur nécessaires pour entreprendre un nouveau travail et involontairement l'idée senile de rassembler tout ce que j'ai écrit dans un seul livre s'est présentée à moi.

Une partie de ce qui nous soudait si intimement s'est enfouie dans ces feuilles éparses et oubliées et tu l'y retrouveras plus jeune, plus sonore qu'en moi-même.

Je t'offre ces feuilles.