20 août 1849. Genève.
Avez-vous reèu une lettre audacieusement adressée à votre nom sans insertion pour vous? Figurez-vous, je vous ai écrit une épître en sollicitant d'envoyer tout de suite chercher le cher M. Chojecky, et de lui remettre mon oltimatom -- comme disent les Franèais -- eh bien, après avoir expédié la lettre, je vois sur ma table... horreur... que l'épître est restée tranquillement. Au premier moment j'avais l'intention de punir Tata, de me divorcer avec ma femme, de tuer dans un duel votre mari, de quitter l'Hôtel des Bergues, Genève, la Suisse, l'Europe... et j'ai fini par quitter ces intentions; eh bien, pardonnez donc à un vieillard chétif qui a perdu la mémoire et les facultés intellectuelles par de longs malheurs, emprisonnement, exil, émigration, chambertin, absinthe, famille nombreuse, enfants, parents... vraiment, je m'étonne qu'on me permette encore de vivre librement et qu'on ne m'envoie pas à Charenton.
Et pourtant il n'y avait rien de très intéressant dans ma lettre, elle était grave, solennelle, comme cela arrive toujours lorsqu'un homme prend une grande résolution. -- Vous devez savoir que je me suis décidé d'emprunter chez ma mère l'argent pour le cautionnement. --
Ce qui m'a le plus engagé, с'est l'exemple de Lola Montès qui a aussi payé à Londres un cautionnement de 25 m fr (et je suis sûr qu'elle le perdra avant moi)...
La journalistique envahit tout le monde, ici il y a quatre projets, tout le monde parle de spécimen, de Revue, de format, et tout le monde a la bonté de vouloir me faire participer aux pertes. Je suis touché de ces marques d'amitié.
Georges fait tous les jours des scènes pour le dîner; non seulement qu'il jette des regards furieux, mais des assiettes, il gronde Kapp pour la soupe, ma femme pour le gigot, m-selle Ern pour les legumes -- cela augmente beaucoup au piquant -- moi j'ai la responsabilité des vins.
Plaignez-moi! Plaignez-moi,
votre Pseudo-Hafis.
На конверте: A Paris. Madame
Madame Emma Herwegh.