Je vous embrasse de tout mon сœur pour votre lettre, cher Georges; je l'ai lue, relue, oui, oui, nous restons, nous resterons cе que nous sommes -- amis... bessons. -- Je le jure!
Rien n'est décidé par moi, rien n'est rompu entre nous... une maladie terrible a traversé nos cœurs, nous avons beaucoup souffert, mais les forces reviennent, mais il fait plus clair... A bas la maladie, et vive la santé!
Une seule chose doit vous paraître étrange -- je m'eu veux vous l'expliquer -- et prenez cela pour le plus grand témoignage de mon amour pour vous, parce que ordinairement j'aime beaucoup mieux me taire que de parler de pareil sujet. -- Votre seconde lettre m'a beaucoup chagriné, il у avait une telle injustice dans l'ironie mêmе, que j'en étais blessé. En mêmе temps que je voyais à vue d'œil la désolation, le désespoir d'Emma (vous avez parfaitement tort en disant qu'elle m'a influencé, et quelle autre influence pourrait-elle avoir, que l'influence d'un fait, qu'on voit et qu'on accepte parce qu'il est vrai) -- par lequel je vous voyais emporté comme par je ne sais quel "bufera infernale" -- à vous détruire au nom de l'amour. En mêmе temps toute la correspondance de ma femme avait un caractère d'aigreur,
qui me faisait tressaillir au commencement et répondre avec aigreur aussi.
Cela devait prendre une fin -- je proposal à Natalie de venir à Paris, elle seule -- c'était nécessaire pour moi. Enfin, sacré Dieu, croyez le moi, puisque je vous le dis. -- Au lieu de cela elle vient avec les enfants; je n'ai pas voulu m'opposer à cela; d'autant plus que je suis amoureux de Tata. Mais cela a extrêmement compliqué l'affaire.
Restons jusqu'au mois de mars ou même d'avril séparés (si rien de bon ne nous ramène au No 9).
Cher Georges, ne vous trompez pas sur mon compte; non, vous n'avez pas mal placé votre sympathie, -- mais je ne supporte pas quelques côtés de votre caractère. -- Mi perdoni!
Si ma femme est encore à Zurich -- je vous engage de venir avec elle à Mulhouse, même plus loin -- pour avoir une entrevue, comme les deux empereurs dont le roi de Prusse faisait partie à Tilsitt. Invitez Emma de venir là (ensuite vous pouvez vous quitter pour l'accuser d'abstention). Qu'en pensez-vous, dites donc?
Eh bien, si cette lettre vous trouve <à> Berne ou autre part, je propose encore de venir vous voir où vous voulez, sans sortir de la France. Vous avez raison en disant qu'une heure d'entretien, rien qu'une heure. L'homme peut écrire seulement des généralités -- et sur les généralités tout le monde est d'accord.
Répondez-moi tout de suite. Laissez votre boudisme contre Emma, dites-lui quelques mots, pour ne pas donner à vos amis l'exemple de férocité, qu'ils peuvent employer contre vous. Et engagez-nous à venir à Mulhouse (je n'attends que la première réponse de Péters.)