59. Г. ГЕРВЕГУ
15 (3) июля 1850 г. Ницца.
15 juillet.
L'ultima lettera a Zurigo.
Cher Georges, Ende gut alles gut -- viens ici et laisse à Zurich toutes les Grübelei < en >. Tu as voulu un étage dans la même maison -- tu l'as, tu as voulu un jardin commun, tu en as un comme deux. Tu as même plus ce que tu as voulu -- la rue Anglaise que tu n'as pas voulue; eh bien, va prendre une place dans la diligence. Moi je refuse complètement, sans intervention de force
majeure (comme incendie, guerre, peste, démosocie...) d'écrire à Zurich.
Ma femme m'a lu ta dernière lettre -- elle devait le faire, cela serait presque une trahison de ne pas me faire part de tes doutes étranges sur mon compte. J'en étais profondément chagriné. -- Mais qu'as-tu donc, саrо mio, tu prends mes reparties, mes intolérances, enfin mes impatiences pour une preuve que moi j'ai quelque rancune contre toi. Tu es dans l'erreur la plus profonde. Tout ce que j'avais sur le cœur, je l'ai écrit, je l'ai écrit le même jour -- mais je n'avais pas de rancune. Et pourquoi -- suis-je fou? Quelle dose de dureté ingrate tu devais me supposer -- non, non, tu n'y crois non plus.
Vous avez un mauvais laps de chemin à passer, j'ai cru qu'il ne fallait pas augmenter par des maux fantastiques des maux véritables. -- Depuis mon arrivée à Paris, je répétais la même chose. -- Laissons cela -- à quoi bon ce rôle d'ami perroquet, d'ami aumônier -- quelque chose restera, tu y penseras quelquefois. Quand je regarde cette agitation, que ta correspondance soutient entre Emma et toi -- faut-il te le dire, un sourire me vient sur les lèvres, en pensant qu'au commencement de l'hiver j'en étais aussi agité. -- En attendant, ni toi, ni elle ne pensent, en vérité, à une nécessité très prosaïque de fixer votre manière de vivre, le peu d'argent s'en va dans ce trouble, dans cette agitation stérile. Comment palper à chaque instant, mettre en question à chaque lettre toutes les bases de votre existence?
Je ne m'approche pas trop légèrement des hommes, mais une fois lié avec eux, je tiens cela pour un fait, le jeux de Gretchen -- "liebt mich, liebt mich nicht" -- n'était possible qu'au commencement -- chez vous cela continue.
Subjectivement j'étais souvent froissé par ce que j'ai appelé dans une de mes dernières lettres l'intempérance du style. Je trouve qu'il y a quelque chose de leste de traiter tout de suite son ami en goujat. Comprends-tu que c'est la même chose que de flétrir l'amour d'une femme en lui reprochant l'infidélité -- à tort et à travers. On peut dire que c'est de l'amour outré... Mais... mais... j'aime avec fanatisme l'indépendance, même dans les affections.