La France retombée dans l'enfance, et la Russie, qui n'en

est pas sortie encore -- toutes les deux sous un joug dégradant -- [sont arrivées] arrivent au même niveau. La Russie n'a rien gagné, la France a tout perdu. Le despotisme préparera des moyens colossaux pour le communisme -- et non pour le conservatisme. Il n'y a de conservatisme qu'en Angleterre, et elle seule restera comme un échantillon magnifique du monde civilisé, du monde chrétien et féodal; je pense que pour nous (avant l'Amérique) il n'y a pas d'autre endroit; car si nous pouvons entrevoir le fil rouge du progrès à travers la barbarie, il me semble qu'il est impossible de traîner, sans y être forcés, une existence triste et humiliante dans ce luxe de bassesse et de servitude, dans cette débauche d'arbitraire et de despotisme. Certes on pourrait commencer par la Suisse (moi, je suis naturalisé Suisse) -- mais j'ai peu de confiance dans cette république fossile -- "libres comme les montagnes" disent les Suisses, oui "et stériles comme les montagnes".

Votre œuvre a été immense, vous avez tout fait pour montrer le danger, vous leur avez indiqué les moyens de salut, de transition, les solutions organiques, la nécessité de la morphologie sociale, qui demandait à haute voix de nouvelles formes. Le monde civilisé depuis New York jusqu'à Moscou vous admirait. Et la partie civilisée de la France vous a-t-elle jamais compris? Lorsque vous disiez -- développement, elle comprenait destruction, vous parliez en pacificateur -- et on prenait vos paroles pour des cris de guerre. Eh bien maintenant c'est trop tard, ils auront un cataclysme terrible. Les braves gens craignaient de perdre sur les fonds publics -- et ils ont perdu l'honneur, les libertés, les droits, ce qui n'empêche pas qu'ils perdront aussi sur les fonds.

Jusqu'à présent nous vivons tranquillement sous la protection de la Croce di Savoia -- mais je pense quitter Nice dans deux, trois mois. De grâce, comptez sur moi, sur mon dévoûment et mon amitié. -- Je vous suis obligé plus que vous ne le pensez. Hegel et vous -- vous avez fait la moitié de mon éducation philosophique, je serai heureux de pouvoir travailler ensemble avec vous ou vous être utile. Je vous serre la main avec beaucoup, beaucoup de sympathie.

Перевод

Ницца, 26 декабря 1851 г.

Я очень благодарен вам за ваше превосходное письмо от 7 ноября, оно подействовало на меня весьма благотворно. Такое сочувствие [людей, которых мы любим, которых безгранично уважаем,] делает наши страдания более человечными, менее тягостными.

Вы говорите [заканчивая]: "Торопитесь оплакать ваши частные горести, ибо вскоре, если последнее усилие примиряющего разума не сведет покоя на землю, вы увидите вещи, от которых сердце ваше окаменеет и вы сделаетесь нечувствительными к собственным бедствиям своим".

Ваши пророческие слова страшным образом сбылись. Примиряющий разум не прилагал больших усилий. [И действительно]. У меня нет больше слез. Мне иногда кажется, что страшная катастрофа, которая 16-го числа прошлого месяца отняла у меня мать, сына и друга, случилась уж очень давно. За время, прошедшее после личного несчастья, потерпел крушение целый мир. Его гибель была предвидена. Вы сказали ему два года назад: "Не Катилина стоит у ваших ворот, а смерть". Но горе всегда застает врасплох. Смерть, которая тогда стучалась в ворота, теперь их приотворила. Печальная и скорбная обязанность [служить лишь] присутствовать на заупокойных мессах и прямо с похорон своих близких идти на общие похороны, не дав ни малейшего отдыха разбитому сердцу.

Но надо оставить мертвым погребать мертвых! Мы не принадлежим прошлому, которое рушится, мы принадлежим будущему.