Les lettres de l'Italie sont bien mal traduites; je les ai dictées à Kapp, et nous n'avons pas eu les épreuves, Kapp a été un excellent citoyen, mais il avait un style peu goûtable pour tout homme qui ne soit Westphalien.
Donnez votre main, cher monsieur Jacoby, écrivez-moi, vous me consolerez beaucoup, lorsqu'on se rencontre dans le désert et on peut maintenir les relations individuelles. Ma femme vous salue amicalement, elle a outre cela prié Kapp de vous dire combien nous nous souvenons avec sympathie de la courte rencontre au bord du Léman. -- Mazzini regrette beaucoup de ne pas vous avoir rencontré -- il m'en a parlé plus d'une fois. A propos, je tremble pour Mazz; il me semble qu'encore un pas et il restera non pas en avant comme il a été toujours -- mais en arrière. Il pense que les choses sont encore éternellement les mêmes comme du temps des frères Bandiera. Noble individualité[36], mais pas progressive.
Vous savez que Proudhon a été envoyé dans la prison de Doullens. -- Quel progrès depuis Galilée.
Les boulevards sont couverts de mouchards et de sergents de ville qui font la chasse aux journaux; le soir à 9 h. on traîne de pauvres femmes, on jette par terre les boutiques portatives --
et on se demande quelle est donc cette ville barbare. L'exaspération est grande -- mais on laisse faire.
Après avoir terminé mes affaires, j'irai à Nice. Je suis rompu, fatigué, dégoûté -- on peut beaucoup travailler mais il faut avoir devant soi un but, une espérance, il faut avoir une foi quelconque!
A l'instant même je reèois un ordre de quitter la France. -- Vive la liberté!
Ecrivez toujours à l'adresse de Rotschild. Salut fraternel.
A. Herzen.
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