217. П.-Ж. ПРУДОНУ (черновое)

6 -- 7 сентября (25 -- 26 августа) 1852 г. Лондон.

6 septembre 1852. Londres.

4, Spring Gardens.

Cher et vénérable ami,

Le sentiment avec lequel j'ai lu et relu votre lettre était beaucoup plus profond et plus chaleureux que le sentiment de la reconnaissance la plus sincère. J'étais ému, touché, j'étais fier d'avoir été si parfaitement compris par vous. Je me sentais immensément fort, appuyé de cette manière et par une main qui était la vôtre.

J'ai hasardé une chose difficile, audacieuse. Il me fallait des mois de méditation, des malheurs terribles et toute l'énergie

qui me restait encore pour me décider à une chose, d'ailleurs tout à fait conforme à nos convictions, à nos principes, mais insolite, peu commune. Tant il est vrai que pratiquement nous sommes encore des hommes du vieux monde.

Refuser un duel avec un scélérat que vous avez si bien caractérisé, qui, commenèant par une trahison a fini par un assassinat en passant par le mensonge, l'escroquerie, la calomnie, et en appeler à la justice de tout ce qui s'avoue socialiste, révolutionnaire -- quoi de plus simple, de plus naturel pour un homme qui professe depuis quinze ans le socialisme, d'autant plus que l'individu en question ose aussi se compter dans les rangs révolutionnaires. Et pourtant c'était bien téméraire de s'appuyer sur la solidarité qui doit nous lier dans une cause où était engagé beaucoup plus que mon honneur, tout mon passé, tout mon avenir même au delà de la tombe, un cercueil sacré pour moi et le nom pour et intact de mes enfants. Si mon appel restait sans réponse je compromettais tout au lieu de sauver quelque chose, la tombe, le berceau, l'honneur, même le droit de me venger individuellement. Il ne me resterait alors qu'à me brûler la cervelle. Eh bien, j'ai osé. J'ai osé parce que j'avais gardé au fond de mon âme travaillée par le scepticisme et la négation un reste de foi naïve dans le parti révolutionnaire. Ma foi [m'a sauvé] ne m'a pas trompé, j'ai réussi. Votre lettre m'en est une nouvelle preuve, et une preuve précieuse. Votre lettre et celle de Mazzini, écrite dans le même sens. C'est le commencement non seulement du jugement, mais de la condamnation. Je somme maintenant Herwegh à paraître, à se justifier, je suis prêt à soutenir face à face l'accusation. Mais s'il n'accepte pas notre wehme, s'il se tait qu'on le condamne sur les documents, sur ce que diront les témoins, qu'on l'expulse de nos raugs, qu'on le déclare au ban de la démocratie, qu'on lui fasse enfin tout ce que vous avez écrit dans votre lettre.

Lui, il se moque dans un article infâme de la solidarité à laquelle je fais appel, il dit ne pas comprendre ce qu'il y a de commun entre la démocratie et une affaire individuelle, il déclare ne pas appartenir à cette lie démocratique à laquelle j'appartiens avec mes amis. Il a raison -- je ne connais pas même la sienne. La démocratie à laquelle j'appartiens comprend parfaitement la solidarité de tous pour chacun et le devoir moral de flétrir les traîtres. J'appartiens à cette nouvelle société à laquelle vous appartenez et vos amis, j'appartiens à la révolution à laquelle Mazzini appartient et les siens; et voilà pourquoi je n'étais nullement étonné que sans égards aux graves controverses qui vous divisent avec Mazzini, vous et lui, vous avez émis la même opinion dans cette affaire. Et voilà pourquoi le représentant du communisme allemand, cet homme qui connaît si bien le fuyard de