devant tant de débauche, devant ce luxe de prostitution et de dégradation.
J'ai commis une faute irréparable, je l'avoue, j'en ai souffert tout ce qu'on peut souffrir d'un remords. Il ne fallait pas permettre à cet homme de sortir de ma maison, il fallait le tuer. Les larmes et les sanglots de deux femmes me désarmèrent, il s'éloignait la tête baissée, se sentant coupable, protestant encore de son amitié, me faisant dire par sa femme, que je peux le tuer, mais que jamais il ne tirera contre son meilleur ami. Je le laissai aller. C'était une grande faiblesse, je l'expie. Aucun duel au monde ne pouvait réparer cette faute. Il ne me restait qu'à dévoiler le scélérat et à le frapper au grand jour par la réprobation générale -- c'était le commencement nécessaire de la vengeance.
Dans les derniers événements il s'est surpassé et m'a aidé plus que mes amis à se dégrader devant les yeux de tout honnête homme. Que penser effectivement d'un individu qui répond par une polémique de journal à des soufflets reèus, qui nie ses dettes, ayant pris la précaution de faire signer ses lettres de change par sa femme, donnant ainsi lieu à l'accuser, elle, d'escroquerie. Ce n'est qu'un homme pareil qui soit capable, après avoir passé des années dans la plus grande intimité avec moi, de dire que je tenais à ma femme pour m'emparer de sa fortune (il sait qu'elle n'avait absolument rien) et d'imprimer dans une feuille réactionnaire que je répands des subsides russes, de l'or russe, connaissant très bien, mieux que tout autre, que l'or qu'il prenait si fraternellement (il me doit encore 13 000 frs) chez moi n'était ni russe, ni prussien, mais tout simplement mon or à moi. -- Et ce même homme fait imprimer par sa femme, il y a un mois "que son nom est cher à la démocratie".
Justice donc, amis et frères, que tout le monde prononce son verdict, comme vous, comme Mazzini, comme Willich -- et que "pour la première fois, comme j'ai écrit ailleurs, elle soit faite sans procureurs ni bourreaux, au nom de la solidarité des peuples et de l'autonomie des individus". -- Et qu'il s'en aille marqué au front s'abriter sous la protection non seulement de la police de Zurich, mais de la police européenne, il y a là de la place, de l'emploi et du véritable or russe pour lui.
Merci encore une fois, merci pour votre admirable lettre, reconnaissance, amitié et sympathie éternelle.
Je vous serre la main de tout mon cœur<.>
Alexandre Herzen.
Par un hasard étrange je termine cette lettre le 7 sept. C'était le jour de nom de la pauvre martyre. C'est pour la première fois que je passe ce jour sans elle. Cette lettre est ma messe des morts. -- Quand viendra le jour, le seul que j'attends, où je
pourrai solennellement m'approcher de sa tombe en disant "j'ai écrasé le serpent" et ajouter mon Nunc dimittis... car la vie au fond est dégoûtante et insupportable.
Вверху письма: