12. ПИСЬМО Э. ГАУГА К Ж. МИШЛЕ

21 (9) ноября 1851 г. Ницца.

Nice, 21 novembre 1851.

Monsieur,

Notre ami Herzen a reèu hier votre lettre du 17. Il n'est pas en état de vous répondre personnellement, car il est sous le coup d'un grand malheur. Sa mère et son fils, âgé de huit ans, après avoir passé quelques semaines à Paris, retournaient à Nice. Le 15 ils se sont embarqués à Marseille sur le paquebot la Ville de Grâsse, qui allait à Cannes. Le lendemain à quatre heures du matin ce bateau a été heurté, près des îles d'Hyères, par un paquebot la Ville de Marseille, venant de Gênes. Le choc a été si violent, que le premier de ces navires, coupé en deux, a sombré. La mère et le fils de M. Herzen ont péri; au moins, on n'a jusqu'à présent aucune nouvelle sur leur sort, on n'a pas même retrouvé leurs cadavres. L'enfant que Herzen vient de perdre, était né sourd-muet, grâce au traîtement que le gouvernement russe a fait endurer à Herzen et à sa femme. Néanmois un précepteur, originaire de Zurich, (qui paraît également avoir péri dans le naufrage) était parvenu à apprendre à l'enfant à parler avec la plus grande facilité. L'intelligence et la grâce, que déployait l'enfant, le rendaient doublement cher à ses parents. -- C'est en vain que Herzen a été à Hyères, -- il n'y a trouvé aucune trace des naufragés. -- Si vous parlez, monsieur, de cette catastrophe à M. Bernacky, ayez la complaisance de le prévenir, que Mme Reichel, que monsieur connaît comme une personne intime de la famille Herzen, n`est pas encore instruite de cette affaire. On ne veut pas le lui annoncer brusquement, vu l'état de sa santé.

Dans votre lettre du 17 vous dites, monsieur, que l'article qui vous a été envoyé, ne peut pas être publié parce qu'il n'est pas signé, et vous faites mention d'un jeune homme distingué, dont vous paraissez avoir parlé à Herzen dans une lettre précédente. -- Comme notre ami n'a pas reèu de lettre, dans laquelle il eût été question d'un jeune homme, il en conclut -- comme d'ailleurs vous le lui avez déjà fait observer -- qu'il y a une de vos lettres à lui de perdue. -- Je vous prie de considérer les articles, qu'il vous a envoyés, comme destinés à vous servir de matériaux, et en conséquence d'en faire tel emploi que vous voudrez, de les arranger, corriger et faire signer, comme vous l'entendrez. -- L'auteur du dernier article, étant obligé de garder le plus strict incognito, a fait parvenir son manuscrit à Herzen en le priant d'en disposer en toute liberté. -- Les pièces aux annexes ont été traduites sous les yeux de M. Herzen; la lettre de M. Belinsky a même été lue par son auteur personnellement à notre ami. C'est pourquoi il répond de la véracité de ces documents.

M. Herzen vous prie d'agréer ses respects.

A. H.

Перевод

Ницца, 21 ноября 1851.