Parlons de la fortune; j’en fais peu de cas. La mienne m’a suffi jusqu’à présent. Me suffira-t-elle marié? je ne souffrirai pour rien au monde que ma femme connût des privations, qu’elle ne fût pas là où elle est appelée à briller, à s’amuser. Elle a le droit de l’exiger. Pour la satisfaire je suis prêt à lui sacrifier tous les goûts, toutes les passions de ma vie, une existance toute libre et toute aventureuse. Toutefois ne murmurera-t-elle pas si sa position dans le monde ne sera pas aussi brillante qu’elle le mérite et que je l’aurais désiré?
Telles sont, en partie, mes anxiétés. Je tremble que vous ne les trouviez trop raisonnables. Il y en a une que je ne puis me résoudre à confier au papier…
Daignez agréer, Madame, l’hommage de mon entier dévouement et de ma haute considération.
Samedi.
A. Pouchkine.{68}
308. Н. О. и С. Л. ПУШКИНЫМ
6 — 11 апреля 1830 г. Из Москвы в Петербург.
(Черновое)
Mes très chers parents, je m’adresse à vous dans un moment qui va fixer mon sort pour le reste de ma vie.
Je veux me marier à une jeune personne que j’aime depuis un an — M-lle Natalie Gontcharof. J’ai son consentement, celui de sa mère. Je vous demande votre bénédiction non comme une vaine formalité, mais dans l’intime persuasion que cette bénédiction est nécessaire à mon bien-être — et puisse la dernière moitié de mon existence être pour vous plus consolante que ne le lut ma triste jeunesse.