Mon frère vous a-t-il remis ma lettre, et pourquoi ne m’envoyez-vous pas le reçu comme vous me l’aviez promis? je l’attends avec impatience et le moment où je l’aurai me dédommagera de l’ennui de mon séjour ici. Il faut que je vous raconte ma visite à Наталья Кирилловна. J’arrive, je me fais annoncer, elle me reçoit à sa toilette comme une très jolie femme du siècle passé. C’est vous qui épousez ma petite nièce? — Oui, Madame. — Comment donc? j’en suis très étonnée; je n’en suis pas informée, Наташа ne m’en a rien écrit. (Ce n’est pas de vous qu’elle parlait, c’était de maman). Là-dessus je lui ai dit que le mariage ne s’était décidé que depuis très peu de temps, que les affaires dérangées d’ Афанасий Николаевич, celles de Наталья Ивановна etc. etc. Elle n’en a tenu compte: Наташа sait combien je l’aime, Наташа m’a toujours écrit dans toutes les occasions de la vie, Наташа m’écrira — et maintenant, Monsieur, que nous sommes parents, j’espère que vous viendrez me voir souvent.
Puis elle a beaucoup demandé des nouvelles de maman, deНиколай Афанасьевич, de vous; elle m’a répété les compliments de l’Empereur à votre égard — et nous nous sommes séparés ires bons amis. — N’est-ce pas que Наталья Ивановна lui écrira?
Je n’ai pas encore vu Иван Николаевич. Il était aux manoeuvres et il n’est rentré à Strelna que d’hier. Je viendrai avec lui à Pargolovo, car tout seul je n’en ai ni l’envie, ni le courage.
Ces jours-ci j’ai fait écrire mon père à Афанасий Николаевич mais peut-être viendra-t-il lui-même à Pétersbourg. Que fait la grand’maman de Zavode, celle de bronze, s’entend? Cette question ne vous engagera-t-elle pas à me répondre? Que faites-vous? qui voyez-vous? où vous promenez-vous? irez-vous à Rostof? m’écrirez-vous? Au rèste n’allez pas vous effrayer de toutes ces questions vous pouvez fort bien n’y pas répondre — puisque vous me prenez toujours pour un сочинитель. — J’ai été ces jours-ci voir mon Egyptienne. Elle s’est beaucoup intéressée à vous. Elle m’a fait dessiner votre profil, elle m’a témoigné le désir de faire votre connaissance, je prends donc la liberté de vous la recommander. Прошу любить и жаловать. Sur ce, je vous salue. Mes respects, mes hommages à maman, à vos soeurs. Au revoir.{83}
345. Н. Н. ГОНЧАРОВОЙ
30 июля 1830 г. Из Петербурга в Москву.
Voici une lettre d’Aфaнacий Николаевич que vient de m’envoyer Иван Николаевич. Vous ne vous imaginez pas combien elle m’embarrasse. Il aura la permission à laquelle il tient tant. Mais quant à ce qui regarde Zavode je n’ai ni le crédit qu’il me croit, ni la volonté d’agir contre le gré de Наталья Ивановна et à l’insu de votre frère aîné. Ce qu’il y a de pis, c’est que je prévois de nouveaux délais — en vérité, c’est impatientant. Je n’ai pas encore vu Катерина Ивановна, elle est à Pargolovo chez la comtesse Polier qui est presque folle, qui dort jusqu’à 6 heures du soir et qui ne reçoit personne. Hier M-me Bagréef, la fille de Spéransky, m’a envoyé chercher pour me laver la tête de ce que je n’ai pas encore rempli les formalités — mais en vérité je n’en ai presque pas la force. Je vais peu dans le monde. On vous y attend avec impatience. Les belles dames me demandent à voir votre portrait, et ne me pardonnent pas de ne pas l’avoir. Je m’en console en passant des heures entières devant une madone blonde qui vous ressemble comme deux gouttes d’eau, et que j’aurais achetée, si elle ne coûtait pas 40 000 roubles. Афанасий Николаевич aurait du troquer contre elle la vilaine grand’maman, puisque jusqu’à présent il n’a pu parvenir à la fondre. Sérieusement je crains que cela ne retarde notre mariage, à moins que Наталья Ивановна ne consente à me charger de votre trousseau. Mon ange, tâchez de grâce.
Je suis un étourdi, mon ange: en relisant la lettre d’Афанасий Николаевич, je vois qu’il ne songe plus à engager son bien de Zavod, et qu’il veut, d’après mon avis, demander un secours momentané. C’est autre chose. En ce cas-là je vais à l’instant chez mon cousin Канкрин lui demander une audience. Je n’ai pas encore vu Benkendorf et tant mieux, je tâcherai d’arranger tout dans une seule audience.
Adieu, мой ангел. Mes hommages à toute votre famille, que j’ose regarder comme mienne.
30 juillet.