18 ноября 1830 г. Из Болдина в Москву.
Boldino, 18 Nov.
Encore à Boldino, toujours à Boldino. Ayant appris que vous n’aviez pas quitté Moscou, j’ai pris la poste et je suis parti. Arrivé sur la grand’route, je vis que vous aviez raison; que les 14 quarantaines n’étaient que des avant-postes — qu’il n’y avait de vraies quarantaines que trois. J’arrivais bravement à la première (à Sévasleika, gouvernement de Vladimir). I’inspecteur demande ma feuille de route, en m’apprenant que je n’aurai que 6 jours d’arrêts à subir. Puis il jette les yeux sur la fouille. Вы не по казенной надобности изволите ехать? — Нет, по собственной самонужнейшей. — Так извольте ехать назад на другой тракт. Здесь не пропускают. — Давно ли? — Да уж около 3 недель. — И эти свиньи губернаторы не дают этого знать? — Мы не виноваты-с. — Не виноваты! а мне разве от этого легче? нечего делать — еду назад в Лукоянов; требую свидетельства, что еду не из зачумленного места. Предводитель здешний не знает, может ли после поездки моей дать мне это свидетельство — я пишу губернатору, а сам в ожидании его ответа, свидетельства и новой подорожной сижу в Болдине да кисну. Voilà comment j’ai fait 400 verstes sans avoir bougé de ma tanière.
Ce n’est pas tout: de retour ici j’espérais du moins avoir de vos lettres. Ne voilà-t-il pas qu’un ivrogne de maître de poste à Mourome s’avise de mêler les paquets, de manière qu’Арзамас reçoit la poste de Казань, Нижний celle de Лукоянов et que votre lettre (s’il y en a une) se promène maintenant je ne sais où et me viendra quand il plaira à Dieu. Je suis tout découragé et puisque nous voilà en carême — (dites maman que ce carême-ci, je ne l’oublierai de longtemps) je ne veux plus me dépêcher; je laisserai aller les choses, et je resterai les bras croisés. Mon père m’écrit toujours que mon mariage est rompu. Ces jours-ci il m’apprendra peut-être que vous êtes mariée… Il y a là de quoi perdre la tête. Béni soit le prince Chalikof qui enfin m’a appris que la choléra a diminué. Voilà depuis trois mois la seule bonne nouvelle qui soit parvenue jusqu’à moi. — Adieu, мой ангел, portez-vous bien, ne vous mariez pas à M-r Davidof, et pardonnez-moi ma mauvaise humeur. Mettez-moi aux pieds de maman, bien des choses à tout le monde. Adieu.{94}
369. Н. Н. ГОНЧАРОВОЙ
26 ноября 1830 г. Из Болдина в Москву.
D’après votre lettre du 19 novembre je vois bien qu’il faut que je m’explique. Je devais quitter Boldino le 1-r octobre. La veille j’allais à une trentaine de verstes de chez moi chez la princesse Galitzin pour savoir au juste le nombre des quarantaines, le chemin le plus court etc. Comme sa campagne se trouve sur le grand chemin, la princesse s’était chargée de savoir tout cela au juste.
Le lendemain 1-r octobre en revenant chez moi, je reçois la nouvelle que la choléra a pénétré jusqu’à Moscou, que l’empereur y est et que les habitants l’ont tous abandonnée. Cette dernière nouvelle me rassure un peu. Ayant appris cependant que l’on délivrait des certificats pour un passage libre ou, au moins, pour un temps moindre de quarantaine, j’écris à cet effet à Нижний. On me répond que le certificat me serait délivré à Лукоянов (comme quoi Boldino n’est pas infecté). En même temps on m’apprend que l’entrée et la sortie de Moscou sont interdites. Cette dernière nouvelle et surtout I’incertitude de votre séjour (je ne recevais de lettre de personne à commencer par M-r mon frère, qui se soucie de moi comme de l’an 40) m’arrêtent à Boldino. Arrivé à Moscou, je craignais ou plutôt j’espérais de ne pas vous y trouver, et quand même on m’y aurait laissé pénétrer, j’étais sûr qu’on ne m’en laisserait pas sortir. En attendant le bruit que Moscou était désert se confirmait et me rassurait.
Tout à coup je reçois de vous un petit billet où vous m’apprenez que vous n’y avez pas songé… Je prends la poste; j’arrive à Лукоянов où l’on me refuse un passe-port sous prétexte que j’étais choisi pour inspecter les quarantaines de mon district. Je me décide à continuer ma route après avoir envoyé une plainte а Нижний. Arrivé sur le territoire de Vladimir, je trouve que la grand’route est interceptée et que personne n’en savait rien, tellement les choses sont ici en ordre. Je reviens à Boldino, où je resterai jusqu’à ce que je n’aie reçu le passeport et le certificat, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’il plaira à Dieu.
Vous voyez donc (si toutefois vous daignez me croire) que mon séjour ici est forcé, que je ne demeure pas chez la princesse Galitzin, quoique je lui aie rendu une visite; que mon frère cherche à s’excuser quand il dit m’avoir écrit dès le commencement de la choléra, et que vous avez tort de vous moquer de moi.