Note de transcription:

Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée.

E. PILASTRE

PETIT GLOSSAIRE
DES
Lettres de Madame de Sévigné

FONTAINEBLEAU

MAURICE BOURGES, IMPRIMEUR BREVETÉ
32, Rue de l'Arbre-Sec.

1908

TIRÉ A TROIS CENTS EXEMPLAIRES

Exemplaire No 224.

PETIT GLOSSAIRE
DES
Lettres de Madame de Sévigné

AUTRE OUVRAGE DU MÊME AUTEUR

Lexique sommaire
de la Langue du Duc de Saint-Simon.

Paris, 1905, Firmin Didot et Cie,
éditeurs.

Dédié à ma Fille

MADAME MARGUERITE MERLIN

AVANT-PROPOS

Le petit livre que nous publions est destiné aux gens du monde qui sont restés fidèles à la littérature du XVIIe siècle et qui ont gardé le culte de Madame de Sévigné. Les Sévignistes, comme les appelait Sainte-Beuve, voudront bien excuser ce que notre essai a d'incomplet et d'imparfait. Il nous a semblé, toutefois, que, même dans les limites étroites où se renfermait notre travail, il pourrait offrir quelque intérêt, soit pour l'intelligence de l'œuvre de Madame de Sévigné, soit pour l'étude de la langue française d'autrefois.

Dans ses incessantes évolutions, notre langue s'est appauvrie, peu à peu, de plus d'un terme expressif qu'on retrouvera dans les Lettres de la célèbre Marquise. En outre il nous apparaît, comme on l'a déjà souvent remarqué, que nos contemporains se sont accoutumés à ne pas faire usage, même, de tous les mots qui ne sont pas tombés en désuétude. Un vocabulaire restreint et monotone paraît suffire aux besoins de nos écrivains modernes; d'autre part, beaucoup d'additions nouvelles à la belle langue du XVIIe siècle, dont ils usent, ne sont pas toujours marquées au bon coin. Elles ne nous consolent pas, d'ailleurs, de ce que l'usage nous a fait perdre.

La correspondance de Madame de Sévigné présente cette exacte proportion entre la pensée et la forme qui, comme l'a dit le philosophe Bersot, a constitué au XVIIe siècle la perfection de tant d'ouvrages. L'œuvre de Madame de Sévigné n'a pas vieilli. On peut lui appliquer d'ailleurs ce qu'elle écrivait à sa fille, le 11 janvier 1690, d'un auteur qu'elle admirait: «Il ne faut pas dire cela est vieux; non cela n'est pas vieux, mais c'est divin.»

La supériorité des femmes du XVIIe siècle, dans l'art épistolaire, n'a jamais été méconnue: «Ce sexe va plus loin que nous dans ce genre d'écrire», déclarait La Bruyère. Paul-Louis Courier, si bon connaisseur en matière de beau langage, disait de même: «Gardez-vous bien de croire que quelqu'un ait écrit en français, depuis le règne de Louis XIV. La moindre femmelette de ce temps-là vaut mieux, pour le langage, que les Jean-Jacques, Diderot, d'Alembert, contemporains ou postérieurs.»

En particulier, le style de Madame de Sévigné est incomparable. Son langage est vif, rapide, animé, clair, naturel, riche en tours nouveaux, exempt de déclamation, affranchi de la lourdeur compassée de certains auteurs de son temps, plein de rencontres heureuses et accru encore de l'agrément des souvenirs de ses lectures et de ses travaux.

En effet, aux dons naturels de son esprit, Madame de Sévigné avait ajouté le fruit d'une éducation développée et le profit de lectures sérieuses dans notre langue, comme dans d'autres.

Elle savait l'italien, qui lui avait été enseigné par Ménage et Chapelain; l'espagnol et le latin que Ménage lui avait appris. Elle lisait Virgile «dans toute la majesté du texte», comme elle l'écrivait à sa fille, le 16 juillet 1672. Elle étudiait le Tasse, l'Arioste, Cervantès dans leurs langues; elle les citait à propos, toujours de mémoire. Elle connaissait à fond Corneille, La Fontaine, Molière, Quinault que notre siècle n'apprécie pas à sa juste valeur, Racine qu'elle ne mettait pas à un assez haut rang. Elle avait lu Rabelais et en avait retenu plus d'un trait qui plaisait à sa nature franche, hardie et rieuse. L'histoire, la religion, la philosophie étaient les constants objets de ses lectures. Descartes, Nicole, Arnauld, les Solitaires de Port-Royal, Pascal, surtout, excitaient chez elle une admiration passionnée. Elle avait profité de la façon la plus heureuse des connaissances qu'elle avait ainsi acquises pendant toute sa vie. Elle n'était pas tombée dans ce que Molière appelle «tout le savoir obscur de la pédanterie». Elle avait fait, cependant, partie de la Société des Précieuses de l'hôtel de Rambouillet, sans être atteinte par l'affectation de leurs propos et de leurs écrits. Elle y avait gagné le goût du bon langage et cette politesse exquise qui avait succédé, grâce aux efforts des Précieuses, à la grossièreté trop réelle des mœurs et des discours des âges précédents.

Ce qui plaît, dans les Lettres de Madame de Sévigné, c'est le naturel parfait de sa manière. Elle justifie, pour nous, le mot profond de Pascal: «Quand on voit le style naturel on est étonné et ému, car on s'attendait à voir un auteur et on trouve un homme.»

Il en est de Madame de Sévigné comme de Voltaire: l'artifice n'apparaît jamais dans leurs écrits. On pourrait, assurément, appliquer à la Marquise cette pensée du Tasse, un de ses auteurs favoris, sur les jardins d'Armide: «Ce qui ajoute à la beauté et au prix de l'ouvrage, l'art, qui a présidé à tout ne s'y découvre pas.»

Nous n'avons pas à faire ressortir ici tout l'intérêt que présente la correspondance de Madame de Sévigné par la peinture des mœurs et des caractères de ses contemporains, la vie de la Cour de Louis XIV et les principaux événements de ce grand règne. C'est une mine dans laquelle les historiens et les philosophes n'ont jamais cessé de puiser. Ses écrits demeureraient un tableau unique de son époque, si nous n'avions pas La Bruyère et Saint-Simon.

C'est ce dernier qui peut surtout, à juste titre, être rapproché de Madame de Sévigné. Il admirait beaucoup la célèbre marquise et lisait souvent ses lettres. Il lui rend un témoignage d'admiration dans ses Mémoires.

Quand Saint-Simon ne s'abandonne pas à sa fougue passionnée contre ses adversaires, quand ses yeux ne sont pas troublés par l'aveugle amour de ses privilèges de duc et pair, quand il se borne à narrer ce qu'il a vu et observé et à retracer, dans un style alerte et animé, quelque incident notable de la Cour ou quelque aventure singulière, il nous a rappelé plus d'une fois le charme et l'aisance des narrations simples, vivantes et expressives de Madame de Sévigné.

La langue de Saint-Simon présente plus d'une analogie avec celle de Madame de Sévigné. Elle est hardie, riche en termes originaux d'ancienne ou de nouvelle date; elle ne recule pas, au besoin, devant le mot propre, avec cette fausse pruderie qui a trop souvent gagné, depuis, les fils des Gaulois.

Dans le Glossaire que nous avons rédigé, on trouvera plus d'un renvoi aux Mémoires de Saint-Simon. Si le lecteur veut bien s'y référer, il apercevra aisément les ressemblances de style que nous signalons.

Celui qui voudra faire une étude plus complète de la langue de la marquise, trouvera dans le Lexique de la langue de Madame de Sévigné, publié en 1886 par E. Sommer, à la librairie Hachette, un tableau complet et achevé de cette langue. Nous nous sommes borné à présenter au public une esquisse. On composait autrefois des petites bibliothèques pour les hommes du monde et les gens de goût, en volumes de format exigu, à l'apparence modeste, mais en réalité assez instructifs. Si cette mode n'était pas passée et si, sous l'influence étrangère, l'érudition moderne ne nous submergeait pas souvent sous des publications d'une étendue qui les rend peu accessibles aux profanes, nous serions heureux que notre petit volume fût accueilli avec bienveillance par ceux des amateurs du temps passé qui ne seraient pas trop attachés aux nouvelles habitudes. Nous n'aurions rien à désirer si notre travail ramenait encore quelques lecteurs à une étude nouvelle du texte de Madame de Sévigné. Nous avons réduit nos observations personnelles dans ce but, car nous partageons entièrement l'avis de La Bruyère: «L'étude des textes ne peut être assez recommandée. C'est la paresse des hommes qui a encouragé le pédantisme à grossir plutôt qu'à enrichir les bibliothèques et à faire périr le texte sous le poids des commentaires.»


Les renvois relatifs aux Lettres de Madame de Sévigné s'appliquent à la grande édition, en douze volumes, de ces Lettres donnée par Monmerqué chez MM. Hachette. Pour les Lettres inédites, les renvois se réfèrent, avec une indication spéciale, à la publication en deux volumes, faite chez les mêmes éditeurs, par M. Capmas.

Les citations des Mémoires de Saint-Simon sont données d'après l'édition en vingt et un volumes, parue en 1873 chez MM. Hachette. Dans un Lexique sommaire de la langue de Saint-Simon, composé par nous, on trouvera les passages des Mémoires de Saint-Simon rappelés, ici, avec un bref commentaire.

A défaut d'indication spéciale pour ces divers ouvrages, le premier chiffre, romain, indiquera le tome et le chiffre arabe, la page de ces livres.


PETIT GLOSSAIRE
DES
LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

Par E. Pilastre


A

ABIMÉE EN DIEU, tome I, page 444. «Madame votre tante m'a paru abîmée en Dieu.»—Jetée dans le fond, plongée.... (Cf. Saint-Simon, VIII, 406, I.)

ABOYER, VII, 279. «Les tourières ont aboyé sur moi, que je n'étais pas encore abordée.»

On écrivait autrefois abboyé. On trouve dans Saint-Simon ce mot employé comme verbe actif. (Cf. Saint-Simon, I, 453.)

ACADÉMISTES, I, 407. «Si vous n'avez jamais vu les procédés des Académistes...»

Ceux qui fréquentent les écoles d'équitation, ou d'autres exercices corporels, dites académies.

Académie au XVIIe siècle signifiait un lieu d'exercices pour les jeunes gens. (Cf. Saint-Simon, XIV, 385).

ACCESSIT, IX, 258. «Pour être pape, l'accessit gâta tout.»

Dans le scrutin de ballottage du Conclave, il y avait l'accès ou l'accessit des voix des cardinaux à l'un des candidats déjà bénéficiaires d'un certain nombre de suffrages.

ACCOUCHADE, IV, 143. «Embrassez l'accouchade.»—C'est-à-dire l'accouchée.—Forme provençale du participe.

AIGLE ÉPLOYÉE, IX, 404. «Cette aigle éployée nous fera voir de quel côté elle prendra son vol....»—L'aigle à deux têtes de l'Empire, avec les ailes étendues.

«L'aigle, dit Furetière, comme symbole de la royauté, est représentée quelquefois avec deux têtes et, en ce cas, on la qualifie esployée, quoiqu'elle n'ait jamais qu'un corps, deux jambes et deux ailes ouvertes et étendues, montrant entièrement l'estomac. Celle de l'Empire est de cette sorte.... On appelle en général esployés, tous les oiseaux qui ont les ailes étendues; le mot vient du latin explicare

AIMABLEMENT, Lettres inédites, II, 126. «Aimablement, voilà un mot qui vient souvent sous ma plume; je voudrais bien pouvoir le mettre dans le grand monde.»

Il y est arrivé par l'usage.—Ce mot nouveau, employé par Madame de Sévigné, n'est pas donné par Ménage, non plus qu'aimable. Ce dernier terme est seul admis dans le Dictionnaire universel, de Furetière. Madame de Staal-Delaunay (t. I, p. 213), écrit encore amiable: «des propos aussi peu amiables.»

AIR (bon), IX, 517. «Il n'a pas bon air, cet hiver.»—Bonne conduite et belle apparence.

AIR (l'), I, 475. «Il apprit cette bonne nouvelle par l'air.»—Par des signes.

ALLELUIA (style d'), X, 281. «Si vous lui écriviez, sur sa résurrection, d'un style d'Alleluia.»—D'allégresse.

ALL'ERTA, Lettres inédites, I, 418. «Les grands marchands étaient déjà all'erta

Dans l'attente, anxieux. (V. Saint-Simon, II, 316). En italien: erta, lieu éminent, montée; en français: tenir alerte, être en garde, guetter.

ALMANACH, IV, 10. «Vous êtes un très bon almanach

Ce mot vient du bas latin almanachus; il s'appliquait d'abord à des calendriers égyptiens.

AMITIÉ, IX, 505. «Le Roi lui envoya faire une amitié.»—Un compliment affectueux.

ANONNEMENT, X, 267. «L'ânonnement que je connais, ferait une étrange pauvreté de cette lettre.»—Lecture mauvaise à haute voix.

APOSTILLES, I, 519. «Quelles apostilles ne ferais-je point à vos lettres....?»

Annotation marginale. Etymologie: post illa (verba.)

ARÇONS (remis dans les), VI, 133. «Il se fut encore remis dans les arçons

Retrouver son équilibre et sa force, reprendre les étriers.

ATTOURNANCE, VIII, 76. «J'attends votre réponse sur l'attournance de ces six mille livres.»—Cession.

ATTOURNER, VIII, 87. «Il faut l'obliger à nous attourner ces prétentions.»—Céder.

Attourner: disposer, parer. Atour, qui vient de ce verbe, reste seul en usage.

AUTOMNE (une), V, 245. «Que vous allez passer une jolie automne

Automne est devenu du genre masculin, autrefois il était des deux genres.

AVALER, VIII, 263. «Madame de Coulanges ne pouvait avaler mes excuses.»—Faire descendre. (Cf. Saint-Simon, XI, 275.)

AVOINE, VIII, 213. «On mange son avoine tristement, mais, enfin, on la mange.»

Prendre sa nourriture en silence, se résigner à son sort, végéter dans un état passif.

B

BAC (dont la corde est rompue), IX, 81. «Vous me paraissez dans un grand bac dont la corde est rompue.»—Situation très périlleuse.

BAGUE (courir la), V, 340. «Nous étions accoutumés à courir la bague.»—Aller très vite.

Furetière décrit la bague: «Un exercice de manège que font les gentilshommes pour montrer leur adresse, lorsque, avec une lance et en courant à toute bride, ils emportent une bague suspendue au milieu de la carrière, à une potence.»

BAIN (à la Sénèque), V, 326. «Je me suis baignée à la Sénèque

Bain extrêmement chaud dont parle Sénèque (Epit. 86), ou allusion à la mort de Sénèque, dans une étuve brûlante.

BAISE-MAINS, VIII, 3. «Elle vous fait mille baise-mains

Recommandations et civilités offertes à quelqu'un. Ce mot était employé même par les femmes. Madame de Maintenon (Lettres de Boileau), chargeait l'auteur des Satires de faire ses baise-mains à Racine. «On écrivait autrefois aux dames, dit Ménage: je vous baise les mains et suis, etc. On ne souffrirait pas cela maintenant. Malherbe écrivait à une femme qu'il aimait: Je vous baise les pieds.»

BALLOTTER, VIII, 454. «Je ballotte.»—Je pelote en attendant partie.

Ménage dit que c'est une métaphore prise du jeu de la paume, où l'on renvoie, à coups de raquette, la balle de tous les côtés.

Ballotter, selon Furetière, se dit quand des joueurs de paume ne font que renvoyer la balle l'un à l'autre et ne jouent point partie.

BAPTISER (difficile à), IX, 592. «Je n'ai jamais vu un enfant si difficile à baptiser.»—Madame de Sévigné parle ici des nouvelles bulles annoncées et retardées.

BAPTISTAIRE, X, 266. «Vous allez en avant pour la gaieté, en reculant contre le baptistaire.»—L'extrait de l'acte de baptême; au figuré: l'âge.

BARAGOUINER, VI, 442. «Je n'aime pas les baragouinés d'Aix.»

Baragouiner, parler d'une façon inintelligible, à la façon des bas-bretons d'autrefois, chez lesquels les mots bara, pain, et guin ou gwin, vin, revenaient sans cesse. Les Français, par dérision, qualifiaient de baragouin leur manière de parler.

BARRE (au-dessous de la), IX, 271. «Un esprit n'est-il pas au-dessous de la barre à cet âge?»

Au propre, la barre est la pièce d'un tonneau qui traverse le fond par le milieu. Au figuré: être au-dessous du niveau, comme le vin, qui est au-dessous de la barre du fond du tonneau et qui est de moins bonne qualité.

BIGARRÉS (yeux), I, 509. «Je vis moi-même, de mes propres yeux bigarrés.»—De diverses couleurs.

BILLEBAUDE, IV, 454. «C'est une billebaude, qui m'est agréable.»—Vie décousue, irrégulière, comme une bille lancée d'une manière hardie.

BLANC-SIGNÉ, Lettres inédites, II, 102. «Envoyez votre blanc-signé.»—Actuellement: blanc-seing.

BOISSEAU (lumière sous le), VIII, 140. «Voilà de plaisantes lumières à mettre sur le boisseau, il faudrait les mettre dessous.» Cf. Ev. Saint-Mathieu, VI, 1.—Gens peu éclairés et peu recommandables.

BONHOMME, V, 1. «J'ai vu le bonhomme de l'Orme.»—Personne âgée; terme employé souvent autrefois sans manque de respect. (V. Saint-Simon, I, 146).

BOTTÉ A CRU, IX, 41. «N'avoir de la dévotion que ce retranchement (des pièces de comédie) me paraît être botté à cru.»—Etre mal équipé, représenter mal.

BOUCHON, IX, 312. «C'est un joli petit bouchon qui me réjouit fort.»

Terme de cajolerie, dit Furetière, qu'on donne aux petits enfants et aux jeunes filles de basse condition. Molière l'a employé. (Ecole des Femmes, II, 9, Médecin malgré lui, I, 59). Dans la Coquette, Regnard fait plaisamment dériver bouchon de bouche. On doit rattacher ce mot, dans ses sens divers, d'après Hatzfeld, à l'ancien français bousche, faisceau de branchages et de javelles.

BOUFFE (la), IX, 178. «Il n'a point, avec nous, la bouffe de gouverneur.»—Le visage gonflé, l'allure importante.

Ménage définit bouffer: Souffler à puissance d'haleine et les joues enflées. Les médecins, écrit Furetière, appellent bouffe la partie inférieure de la joue, qu'on enfle de vent quand on veut.

BOUFFÉE, VII, 73. «Nous avons une petite bouffée d'hombres et de reversis.»

Bouffée: Mouvement à intervalles, flot. Hombres et reversis: jeux de cartes en usage au XVIIe siècle.

BOURRÉ, III, 514. «Si nous les attrapons, ils seront bien bourrés.»—Bourrer, faire comme le chien qui poursuit un lièvre, lui donne un coup de dent, lui arrache le poil.

Etymologie: latin populaire burra, amas de poils détachés de la peau.

BOUTON (haut), V, 538. «C'est vous qui nous avez mis le bouton si haut

Mettre le bouton haut à quelqu'un, c'est lui rendre une chose difficile. Cette métaphore paraît tirée de l'escrime, où l'extrémité arrondie du fleuret est appelée bouton ou mouche.

BRAVE, VII, 416. «Vous me faites plus brave que je voulais.»—Plus élégante.

Ce mot a deux significations: vaillant et superbement vêtu. L'Académie, au temps de Ménage, le trouvait un peu bas, dans ce dernier sens.

BRÉSILLÉ, IV, 234. «Mandez-moi si vous n'êtes pas brésillée.»—Devenue rouge, teinte avec le bois rouge appelé brésil.

Autre sens: brésiller, rompre par petits morceaux, réduire en poudre à force de sécheresse.

BRÉTAUDER, II, 117. «Madame de Nevers y vint, coiffée à faire rire. Le Martin l'avait brétaudée par plaisir, comme un patron de mode excessive.»—Rogner, couper, tondre irrégulièrement. On disait de même: une pistole brétaudée.

Ménage donne à ce mot, comme origine, les mots latins: varie tondere. Plus exactement, Hatzfeld voit son étymologie dans bertondre, composé de bre ou ber, expression péjorative, et de tondre.

BRIDE (lâcher la), IX, 307. «Je ne veux pas me lâcher la bride à vous parler.»

D'un terme de manège, le mot bride est devenu, au figuré, l'obstacle à la volonté ou à la puissance d'une personne.

BRI (de la potence), IX, 295. «Avoir fourni bri de la potence.»—Avoir donné contre la potence, dans le carrousel, au lieu d'avoir emporté la bague; avoir manqué son coup.

Madame de Sévigné dit ailleurs: brider la potence. (Lettres inédites, I, 47.)

BRIDER SA COIFFE, V. 101. «Si Quanto avait bridé sa coiffe.»—Se cacher sous ses coiffes, ne pas se montrer.

Brider, dit Furetière, signifie quelquefois éteindre, serrer, cacher. Exemple: Ce justaucorps est mal taillé, il vous bride trop sur les épaules.

BRILLOTTER, VI, 7. «Il brillotte fort à nos Etats.»—Mot propre à Madame de Sévigné; briller en frétillant.

BUISSONS (battre les), VI, 136. «On bat les buissons et un autre prend les oiseaux.»

Le mot buisson a pour origine, d'après Ménage, la clôture des jardins, autrefois en buis.

C

CABINET, VII, 428. «On peut trouver le reste assez bon pour être jeté dans un fond de cabinet.»—De bureau (Cf. Le Misanthrope, I, 1: Il est bon à mettre au cabinet).

CAMP DE MAINTENON, VIII, 466. «Il fait de votre maison un camp de Maintenon, dont l'air ne sera pas moins mortel.»—Allusion aux travaux énormes et aux épidémies meurtrières des ouvriers employés au château de Maintenon.

CANAILLES CHRÉTIENNES, IX, 221. «Je crois qu'il se contentera d'aller en Paradis et qu'il ne quittera pas ces canailles chrétiennes

Ce terme désignait, avec un sens un peu moins méprisant que de nos jours, le bas peuple. Mot attribué à l'orgueilleux évêque de Noyon, Clermont-Tonnerre, dans un de ses sermons.

CARÊME PRENANT, VI, 307. «Je vous trouve heureuse d'être délivrée de Carême prenant.»—Carnaval, masque du mardi-gras.

C'est à la fois le moment où le carême prend et l'homme déguisé, appelé, quelquefois aussi, carnaval. (Voir Molière: Le Bourgeois gentilhomme, III, 3.)

CASE, V, 186. «La case de Brancas.»—Maison, famille, petite habitation.

CHACUNIÈRE, III, 316. «Les filles s'en vont, chacune à sa chacunière.»—Demeure particulière, logis.

CHAIR (être à la), X, 118. «Quand vos petits garçons seront à la chair.»—Formés et en état d'agir, comme l'oiseau du fauconnier.

CHAMAILLIS, Lettres inédites, II, 258. «Vous devriez être en repos de ce premier chamaillis.»—Combat en champ clos, puis querelle où l'on se chamaille. (Cf. Saint-Simon, VIII, 233.)

Bruit produit par des gens qui chamaillent, qui se battent. Ce mot n'était plus en usage déjà au temps de Furetière. Chamailler signifiait se battre contre un ennemi armé de toutes pièces, frapper réciproquement sur les armes les uns des autres. Selon Le Héricher (Les Etymologies difficiles) ce terme aurait pour origine cha, préfixe péjoratif, et mailler, battre à coup de maillet. Littré enseigne que l'expression vient de Camail, armure de tête. D'après Hatzfeld, l'étymologie serait un mot du latin populaire clamaculare, crier, clamare, en bonne latinité.

CHANDELLE DES ROIS, II, 268. «Bariolé comme la Chandelle des Rois

Autrefois, selon Furetière, la veille de la fête des Rois, on brûlait une chandelle riolée (rayée), et piolée (bigarrée), de diverses couleurs.

CHANTER DES OREILLES, IV, 296. «Je les entendais tous qui chantaient des oreilles, car je n'ai jamais entendu de sons comme ceux-là.»—Chantaient mal. (Rabelais, Pantagruel, V, 27): Les frères ne chantaient que des oreilles.—Ne rendaient aucun son, ne parlaient pas.

CHATTE, Lettres inédites, II, 309. «La duchesse faisait comme la femme qui ne pouvait oublier qu'elle avait été chatte.»—Traiter quelqu'un avec un abandon familier, comme avant les grandeurs qui ont pu changer l'état, mais non l'ancien naturel de la personne.

CHAUD (trop), IX, 545. «Il prend goût au métier (de la guerre) et ne trouve rien de trop chaud.»—Allusion à la chaleur de la bataille.

CHAUDE (à la), II, 532. «J'y fais une réponse à la chaude.»—Vivement, à l'instant. (Cf. Saint-Simon, V, 533.)

CHIEN DE VISAGE, III, 78. «Voir toujours votre chien de visage

Plaisanterie fréquente chez Madame de Sévigné. Allusion au mot de Molière: chienne de face. (Dépit amoureux, IV, 47.)

CHIEN ET LOUP, IV, 231. «Je crains l'entre chien et loup.»—Début de la soirée, l'heure à laquelle on ne distinguerait plus un chien d'un loup.

CHIEN DE JARDINIER, V, 316. «Un chien de jardinier comme lui.»

Un envieux jaloux; il ne mange pas d'une chose et il ne veut pas que les autres y touchent, comme le chien du jardinier qui ne mange pas les choux et en interdit cependant l'approche.

CHRÊME ET BAPTÊME (renier), VIII, 374. «Un homme qui renie chrême et baptême.»—Chrême, huile d'olive employée dans certaines cérémonies religieuses.—Ici le sens est: homme qui jure par les choses les plus sacrées.

CLAIRET, Lettres inédites, I, 301. «L'autre avait beaucoup de blanc et de clairet sur le visage.»—De rouge pâle, qui n'est point naturel.

COCU, V, 483. «Il a permission de prouver qu'il est cocu

Appellation injurieuse et basse donnée au mari d'une femme infidèle. Ménage soutient que ce nom vient de Cucullus, parce que le coucou va pondre dans le nid des autres oiseaux.

CŒUR DE ROI, Lettres inédites, I, 277. «Avec un cœur de roi, il décide tout, en prenant sur lui ce qui est en contestation.»—Vigueur et élévation de l'âme.

CŒUR (emporter le), III, 155. «Un homme qui emporte le cœur.»—Qui entraîne la sympathie et la conviction.

COFFRE (sur le), IV, 5. «Je ne mourrai pas sur le coffre.»—Au service du maître, dans les antichambres où les coffres servaient de sièges aux nombreux courtisans de Louis XIV, qui attendaient son lever à la porte de sa chambre.

COFFRES (pesant sur les), VIII, 246. «Il va être un peu pesant sur vos coffres et inutile.»—Se dit d'un homme qui est à charge aux autres.

COIN (avoir un), IV, 44. «Il a un coin d'Arnauld dans sa tête.»—Une partie des opinions et des sentiments gravés dans la tête.

On dit d'un homme qui a plusieurs qualités, qu'il est marqué au bon coin.

COMMERCE, Lettres inédites, II, 201. «S'il a du commerce en Flandre.»—Des connaissances et des rapports.

COMPASSÉ, IX, 357. «Les arrangements ont été si bien compassés.»—Mesurés comme avec un compas.

COMPLAISANCE, IX, 501. «Elle demanda pardon au Roi de son peu de complaisance.»—Déférence à ses volontés.

COQUELUCHONNÉ, VIII, 464. «Des jupes noires si plaisamment coqueluchonnées

Ce mot vient de coqueluchon, capuchon de moine, en grosse bure.

COQUESIGRUES ou COQUECIGRUES, VI, 453. «Je trouve mille coquesigrues.»—Animal fantastique, d'invention burlesque.

Ce serait un poisson (l'anguille de mer), suivant les uns, suivant d'autres, un oiseau fantastique. Au figuré: être chimérique. On dit proverbialement: Cela arrivera quand viendront les coquecigrues. Picrochole (Rabelais, livre I, chap. 99), espérait, d'après une prophétie, que son royaume lui serait rendu à la venue des coquecigrues. Madame de Sévigné donne à ce mot coquecigrue le sens de niaiserie. Dans l'Intermédiaire des curieux et des chercheurs, une discussion savante a été publiée en 1907 sur ce mot bizarre. On verra dans les Mémoires de Madame de Boigne (III, 170), que Charles X s'étant laissé aller, au jeu, à traiter son partenaire inhabile de coquecigrue, celui-ci s'irrita, et que le souverain, pour le calmer, avoua en riant, qu'il ne savait pas bien lui-même le sens du mot qu'il venait d'employer.

L'étymologie de coquecigrue est inconnue. On a essayé, en vain, de l'attribuer à la réunion des trois mots: coq, cygne et grue.

CORBILLARD, VIII, 280. «Cet aimable corbillard qui s'en allait tous les jours faire si bonne chère.»

Grand bateau allant de Corbeil à Paris, puis grand carrosse pour huit personnes de la suite des Princes.

COTHURNE, Lettres inédites, II, 409. «Votre rôle est héroïque et d'un cothurne qui passe toutes mes forces.»—Eclatant, comme une scène de tragédie.

COTE ROMPUE, VI, 60. «Cette affaire a une côte rompue.»—Allusion, dans un cas de rupture de mariage, à la naissance de la première femme tirée de la côte d'Adam qui lui donna ainsi la vie.

COU (rompre le), IX, 566. «On ne peut pas rompre le cou à un homme plus agréablement.»—Faire perdre son rang ou sa cause.

COULPE, IX, 557. «Je m'abandonne à Jésus-Christ pour la coulpe et les peines.»—Latin: Culpa, faute.

COURIR, Lettres inédites, I, 300. «Toute la ville me court, mais je ne veux pas rendre de visites.»—Courir a ici le sens de poursuivre.

COUSSINET (jeter son), VIII, 405. «La duchesse a toujours voulu M. de Mirepoix; elle y a jeté son coussinet.»—S'emparer de quelqu'un, comme on retient sa place dans un lieu public, en mettant un coussin. (Cf. Saint-Simon, X, 211)

COUSU (avec quelqu'un), VI, 350. «Elle n'est point condamnée à être cousue avec la Reine.»

COUSUES (bouches), IX, 162. «Voilà donc nos bouches cousues

COUSU, Lettres inédites, II, 16. «Etre moins cousue et moins près de moi.»—Moins attachées à l'excès l'une à l'autre.

CRAPAUDS (nourrir des), I, 524. «Les crapauds et les couleuvres que vous nourrissez contre moi.»—Au figuré: chose pénible.

On dit encore, dans un sens analogue, avaler des crapauds et des couleuvres.

CREVER, VI, 310. «Ce fils ressortit pour crever.»—Exhaler la douleur qui l'oppressait.

CRISTAL (de l'automne), V, 99. «Ces beaux jours de cristal de l'automne

Allusion à la transparence et à la limpidité de la lumière et de l'air.

CROIX DE L'ÉPÉE (mariage sur la), VIII, 522. «Fait un mariage sur la croix de l'épée

Croix de la poignée de l'épée; promesse militaire de mariage prononcée en touchant cette arme.

CROUSTILLES, VII, 2. «Les mets de vos croustilles

Petits repas où l'on casse une croûte, collation légère.

D

DÉBELLER, VIII, 314. «Il y a bien des créanciers à débeller

Etymologie: latin debellare, soumettre par la guerre. (Cf. Saint-Simon, V, 122.)

DEBREDOUILLÉ, VII, 55. «Les trois jours ont debredouillé le chevalier.»

Oter la bredouille, faire disparaître la mauvaise chance.—Bredouille, insuccès au jeu ou à la chasse.

DÉCONTENANCEMENT, IV, 376. «Le décontenancement de Vardes.»—Trouble qui fait perdre contenance.

DÉGINGANDÉ, IV, 118. «Notre commerce dégingandé.»—Allant de travers, interrompu.

«Terme burlesque, dit Furetière, dont on se sert pour se moquer d'une personne malpropre et chiffonnée, ou qui n'a pas une démarche ferme, assurée et modeste.» (Cf. Saint-Simon, X, 186.)

DÉMÉRITER, IX, 528. «Il mérita et démérita l'amitié et l'estime de saint Augustin.»

Démériter: perdre ses titres à l'amitié et à la bienveillance de quelqu'un.

DÉMONTER (son esprit), X, 109. «Il faut démonter mon esprit.»—Le mettre en place, le calmer.

DÉPLORÉ, Lettres inédites, II, 252. «Si les affaires étaient moins déplorées, on serait heureux.»—Dans un état moins affligeant.

DÉS (trois), V, 16. «Jouer sa part à trois dés.»—A raison de l'indifférence sur le choix à faire ou le parti à prendre. (Cf. Saint-Simon, VIII, 124.)

DÉSASSORTI, V, 243. «C'est une chose toute désassortie.»—Qui n'est pas à sa place.

DÉSASSORTISSEMENT, IX, 358. «C'est un désassortissement ridicule.»—Etat d'une chose déplacée et sans accord avec le reste.

DÉSOCCUPATION, IX, 525. «Je ne sais si c'est la désoccupation.»—Etat de celui qui n'est pas occupé.

DÉSOCCUPÉ, VI, 101. «Il était désoccupé.»—Mot vieilli; celui qui ne fait plus rien.

DÉSOPILER (se), III, 342. «M. de Luxembourg ne saurait se désopiler.»—Se dégager, ôter les obstructions.

Etymologie: la particule des (latin dis), et le latin oppilare, boucher.—Opiler: obstruer les conduits naturels.

DÉTRAPER, III, 81. «La fortune détrapera de bien des gens.»—Débarrasser.

Etymologie: la particule et trappe, piège. On peut rapprocher de ce terme: attraper, resté seul en usage.

DÉVIDER, VI, 390. Je vous parcours, je vous dévide, je vous redévide.»

Dévider: dérouler, développer, parcourir.

DIAMANT, Lettres inédites, I, 244. «Il y aurait un diamant pour celui qui ferait les noces de sa cousine.»—Cadeau honorifique, sens rare au XVIIe siècle.

DIANTRE, III, 184. «Il fait un temps de diantre.»—Altération arbitraire du mot diable qu'on évitait de prononcer au XVIIe siècle.

DIEUX (les), Lettres inédites, II, 520. «Cette pensée hante les gens accoutumés à n'avoir que les dieux au-dessus de leur tête.»—Les fils et petits-fils de Rois. (Cf. La Bruyère, Caractères, ch. II.)

DILATER, VIII, 256. «Je souhaite de voir votre cœur dilaté et dans la paix.»—Le cœur plein d'expansion par la joie.

DISEUR, IV, 5. «Je ne suis pas un diseur.»—Bavard qui répète d'inutiles paroles. (Cf. Molière, Le Misanthrope, I, 1.)

DISPOSITION, IV, 482. «C'est une légèreté, une disposition.»—Qualité de ce qui est dispos, agile.

DIXIÈME (le) DE MAI, V, 436. «Le dixième de mai.»—Au lieu de, le dix mai. Ancienne formule.

DOMESTIQUE (le), Lettres inédites, I, 247. «Il ne faut pas que le domestique soit déguenillé.»—Ici les gens de service.

Domestique avait au XVIIe siècle un sens beaucoup plus étendu et il s'appliquait à tous ceux qui étaient attachés à une personne à un titre quelconque, dans l'intérieur de la maison.

DRAGONS, V, 169. «Ne vous faites pas de dragons.»—Fantômes chimériques, craintes vaines.

DRU, III, 462. «Jamais vous n'avez vu une mariée si drue; elle va droit à son ménage.»

Dru: au propre, qui a des pousses nombreuses et serrées. Dru est aussi un terme de fauconnerie qui se dit d'un oiseau prêt à s'envoler du nid. Au figuré, dru signifie: déjà crû, qui se porte bien, vigoureux, gaillard.

E

ÉBAUBIS, V, 422. «Ces deux historiens plus ébaubis que vous.»

Ebaubi: interdit au point de bégayer. Ebaubi est le participe passé de l'ancien verbe ébaubir, rendre baube. Baube veut dire bègue dans le vieux français et vient du latin balbus.

ÉCUELLE (pleuvoir dans l'), Lettres inédites, II, 99. «Il a bien plu dans l'écuelle de vos cadets.»—Pensions accordées, avantages advenus, successions opulentes, etc.

ÉCUMER, V, 274. «Ecumer votre chambre.»—Débarrasser de fâcheux incommodes.

ÉCUMER LE POT, VI, 164. «Je laisserai écumer mon pot à qui voudra.»—Qui voudra fera les honneurs de chez moi.

EFFERVESCENCES D'HUMEUR, IX, 146. «Des effervescences d'humeur, voilà un mot dont je n'avais jamais entendu parler, mais il est de votre père, Descartes.»—Bouillonnements de l'âme.

ÉMERILLONNÉE, V, 208. «Cette petite émerillonnée, cette petite infante.»—Vive comme un émerillon (petit faucon).

EMMAIGRIR, VI, 265. «Le café emmaigrit l'autre.»—Mot vieilli, remplacé par amaigrir.

EMMANCHER, VII, 477. «Une suite de pensées emmanchées à gauche.»—Fausses, mauvaises, contraires à la droiture.

ÉNERGUMÈNE, Lettres inédites, II, 427. «Je connais le mot d'énergumène pour l'avoir lu en bon lieu et dans le Nouveau Testament, quand Notre-Seigneur fait sortir les démons de ces possédés, en les appelant énergumènes; mais quel mot pour un bout rimé!»

Ce mot, dit M. Capmas, n'était encore, au XVIIe siècle, qu'un terme de théologie; il se trouve chez des annotateurs de l'Evangile et point dans le texte. Ménage et Furetière mentionnent tous deux cette expression de laquelle se servaient les ecclésiastiques pour désigner un possédé du diable qu'ils exorcisaient.

ENTÊTER, IX, 479. «Ce que vous me mandez, achève d'entêter mon fils.»—Occuper la tête d'une idée, donner une prévention aveugle, étourdir, attacher à une opinion.

ÉPÉE (MOURIR D'UNE PLUS BELLE), IX, 467. «Mourir d'une plus belle épée.»—Faire une fin honorable et brillante.

ÉPLUCHEUR D'ÉCREVISSES, V, 266. «Vous appelez Dom Robert «un éplucheur d'écrevisses.»—Auteur d'écrits subtils qui ressemblent aux écrevisses, où il y a plus à éplucher qu'à manger.

ESCABELLES, VIII, 17. «La mort venait déranger ses escabelles.»—Rompre ses desseins. (Cf. Saint-Simon, XVI, 119.)

ESCARMOUCHER, VII, 85. «Escarmouchez avec lui.» (Cf. Saint-Simon, IX, 21.)

Etymologie: italien Scaramucca, qu'on peut rapprocher du nom propre Scaramouche.

ESCOUSSE, VIII, 485. «Ne prenez pas de si loin votre escousse.»—Action qui prépare à mieux sauter, élan. (Cf. Saint-Simon, VI, 434.)

ESTOC, IV, 177. «Je voudrais le marier à une petite fille qui est un peu juive de son estoc.»—De sa souche, de sa race, de sa ligne d'extraction.

Au propre: souche d'arbre, tige. Au figuré: origine d'une famille. Etymologie germanique.

ÉTOILE DU ROI, IX, 505. «Je demande en grâce, à l'étoile du Roi, de nous ôter le prince d'Orange.»

Etoile: astre qui, au moment de la naissance d'un homme, exerçait une influence sur sa destinée.

ÉTRANGLANTE (raison), IX, 222. «C'est une raison étranglante.»—Qui comprime, arrête et tue.

EXAGÉREUSE, II, 281. «N'avez-vous pas quelque exagéreuse comme celle-ci.»

Exagéreur: celui qui va en pensée ou en action au delà de toute mesure.

F

FAGOT D'ÉPINES, VI, 155. «Elle n'est rien moins qu'un fagot d'épines.»—Une personne qu'on ne sait par quel bout prendre.

FAGOTAGE, III, 366. «N'admirez-vous pas le fagotage de mes lettres? Je quitte un discours et tout à coup je le reprends.»—Composition négligée.

IV, 104. «Peut-on voir un plus beau fagotage?»—A propos de la réunion de choses contraires.

IX, 262. «Il aurait fallu faire un fagotage de réconciliation.»—Bâcler un accord, rétablir d'anciens liens.

FAIRE FROID, I, 346. «Faire froid, au dernier point, à une personne.»

On dit à présent: battre froid.

FAISEUR DE FILLES, I, 357. «Le beau faiseur de filles

Raillerie de Madame de Sévigné à l'égard de Bussy-Rabutin.

FANTAISIE MUSQUÉE, VI, 17. «Quelle fantaisie musquée.»—Affectée.

FAVORI SANS MÉRITE, V, 493. «Vous savez ce bon mot sur Versailles, ce favori sans mérite

FERS (Qualité entre deux), VI, 222, «On trouvait la qualité entre deux fers, pour entrer dans le carrosse de la Reine.»—Qualité insuffisante. Une pièce de monnaie, qu'on pèse et qui ne trébuche pas, est dite entre deux fers.

FEUILLE QUI CHANTE, V, 232. «Il y a de la feuille qui chante à ce mélange des dieux et des hommes.»

Locution remarquable, répétée à plusieurs reprises par Madame de Sévigné. Au lieu de peindre l'oiseau chantant dans les arbres et les bois, elle prête aux feuilles qu'elle anime le rôle du chanteur ailé. On a dit qu'elle avait ainsi fixé le premier moment de la perception, celui où l'on perçoit à la fois le feuillage et le chant. Louis Bouilhet appliquant cette pensée à une fleur et à un oiseau exotique, a écrit de même:

Et l'on ne sait pas quand on les voit ensemble,
Si c'est la fleur qui chante ou l'oiseau qui fleurit.

FICHÉ, Lettres inédites, II, 28. «Cela s'est fiché dans ma tête.»—Enfoncé par la pointe.

FICHU, VII, 302. «C'est beaucoup de n'avoir pas l'esprit fichu, ni de travers.»—Mal ordonné, déplaisant.

FIGÉ, III, 499. «Pour figées, mes lettres ne le sont pas.»—Synonyme ici de glacées.

FONTAINE, IV, 109. «Un petit page devenait fontaine, en pleurant.»—Pleurs qui coulent comme d'une source.

FONTANGE, VIII, 322. «Vous me faites horreur avec cette fontange.»—Nœud de rubans porté au-dessus du front, mis à la mode par Mademoiselle de Fontanges.

FORLONGER (se), III, 514. «Ils se forlongent.»—Tirent en longueur, comme une bête chassée qui s'éloigne de son séjour ordinaire. (Cf. Saint-Simon, VI, 296.)

FRANCE (la), II, 173. «Nourrir la France

VIII, 288. «Toute la France vint lui faire compliment.»

Toute la Cour, tout ce qui comptait en France, au XVIIe siècle. Saint-Simon emploie fréquemment cette expression dans ce sens.

FRATÉ, IV, 163. «Une manière de fraté» (pour frater, frère).

FRÉTILLER, Lettres inédites, II, 165. «Les mains lui frétillent

Frétiller: s'agiter comme une anguille. (Cf. Saint-Simon, XIV, 197.)

FRICASSÉ DANS LA NEIGE, VII, 55. «Il aurait mieux valu être fricassé dans la neige

Allusion au mot célèbre de Ninon, qui disait de Ch. de Sévigné que c'était une citrouille fricassée dans la neige.

FRUST (chevaux), IX, 87. «Chevaux frust.»—Fringants; chevaux de carton en usage dans les fêtes populaires de la Provence.

FURIES (battu des), IV, 508. «Il ne serait pas battu des furies.»—Tourmenté par les remords.

FUSÉE, VIII, 55. «Il faut que cette fusée soit démêlée.»

Au propre: quantité de fil roulée autour du fuseau, ou même fuseau. Au figuré, ici: Question à éclaircir et à débrouiller.

G

GAGNER (pays), VI, 236. «Il vaut bien mieux gagner pays.»—Prendre de l'avance. (Cf. Saint-Simon, VII, 72.)

GALERIES (faire ses), VII, 62. «La Princesse fait ses galeries, de Vitré ici.»

Locution proverbiale désignant, autrefois, un chemin qu'une personne suit souvent et sans peine.

GARGOTIER, Lettres inédites, II, 190. «Vous pouvez faire des reproches au cuisinier de M. de La Garde, du gargotier qu'il vous avait envoyé.»

Gargote vient de l'ancien français gargate, gosier. Lieu où on remplit le gosier d'aliments.

GAUDEAMUS, VII, 458. «Nos petits hommes soupaient en gaudeamus.»—Débauche familière et chant bachique à table. Mot latin signifiant: Réjouissons-nous!

GODENOT, VII, 443. «Le petit prince, habillé comme un godenot

«Petite figure ou marionnette, dit Furetière, dont se servent les charlatans pour amuser le peuple. Se dit aussi, par dérision, de personnes laides et mal faites, des figures mal taillées ou défigurées.»

GODINEMENT, VII, 427. «Vous pouvez aller coucher godinement à Fougères.»—Mot d'origine bretonne: gaiement, gentiment.

GODRONNÉ, IX, 300. «De la vaisselle toute neuve, toute godronnée, au fruit.»

Godronné: orné de figures en relief.—Godron, ornement fait aux bords des vaisselles d'argent, en forme d'œuf allongé.—Au fruit: au dessert.

GONFLÉ (de vision), VII, 494. «Un homme gonflé de vision

GORGE (coupée), VI, 6. «Ne laissez point vivre ni rire des gens qui ont la gorge coupée et qui ne le sentent pas.»

GORGE (rendre sa), Lettres inédites, I, 253. «Elle rendait un peu sa gorge le matin.»—Expectorer de la salive, de la bile.

GRAPPILLER, IX, 367. «Lire en grappillant les endroits plaisants.»