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HISTOIRE SAINTE

OU

HISTOIRE DES ISRAÉLITES.

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IMP. DE BAUMAN ET Cer.—DELTOMBE, GÉRANT.

Rue du Nord, 8.

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HISTOIRE SAINTE

OU

HISTOIRE DES ISRAÉLITES

DEPUIS LA CRÉATION,

JUSQU'A LA DERNIÈRE DESTRUCTION DE JÉRUSALEM.

PAR

LE Dr HENRI LOEB,

GRAND-RABBIN DE BELGIQUE.

«Je me souviens des jours anciens, je médite sur toutes vos œuvres: et j'étends mes mains vers vous!»

(Ps. 143.)

(Ps. 143.)

BRUXELLES.

SOCIÉTÉ BELGE DE LIBRAIRIE

BAUMAN ET Cer.

1843

[pg I]

PRÉFACE.

Dans un siècle comme le nôtre, où le matérialisme, ce puissant moteur de l'activité humaine, absorbe à un si haut degré la vie morale et religieuse, que souvent on serait tenté de dire avec un ancien sage: «Tout tend à un même point, tout est tiré de la terre et retourne à la terre;» dans un tel siècle, il est difficile que l'éducation ne se ressente pas de la tendance générale des esprits, et que les études de la [pg II] jeunesse n'aient pour objet principal de satisfaire aux exigences d'une vie matérielle. De cet état de choses, il résulte nécessairement que les moments employés à l'instruction religieuse et morale étant fort restreints, ne suffisent plus à nos enfants pour s'occuper, comme autrefois, de toute notre littérature sacrée; et dès lors ils sont privés du seul moyen qui puisse leur donner une idée juste et parfaite de l'existence historique et religieuse du peuple israélite.

En publiant cet ouvrage, je me propose de remédier, au moins en partie, à cet inconvénient, et de donner à la jeunesse israélite une notion suffisante de l'histoire de la religion révélée et du peuple, choisi par la sagesse divine pour en être le dépositaire. La religion de Moïse est non-seulement basée sur l'histoire de sa révélation, mais elle est encore intimement unie à cette histoire; il faut donc faire connaissance avec celle-ci avant que celle-là puisse trouver accès. En d'autres termes, l'histoire de la religion doit ouvrir les portes de [pg III] l'âme de notre jeunesse avant que la religion elle-même puisse y entrer. L'Écriture Sainte seule nous présente, avec une noble simplicité, dans la véracité de ses traditions, cette histoire qui renferme et les plus beaux exemples de la vertu que l'homme puisse exercer sur la terre, et les preuves les plus éclatantes de l'existence d'une Providence divine: tous les devoirs qui nous incombent y puisent leurs motifs. Racontons-la donc à nos enfants, et soyons convaincus qu'elle exercera l'influence la plus salutaire sur leurs cœurs innocents.

J'ai cru indispensable de faire suivre l'histoire de la Sainte Écriture d'un précis de l'histoire politique de la nation, en considérant que celle-ci est aussi inséparablement attachée à l'histoire de la révélation, que celle qui traite la partie cosmique et patriarcale.

Pour les indications chronologiques, il m'a paru convenable de n'indiquer que l'ère de la création; mais une fois que les élèves savent le nombre d'années qui existent entre la création [pg IV] et l'ère vulgaire, ils peuvent facilement faire eux-mêmes la supputation.

En ajoutant cet ouvrage à mon catéchisme, je crois remettre entre les mains de nos enfants un tout complet qui, avec l'assistance de Dieu, ne manquera pas de produire des fruits bienfaisants.

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CHAPITRE PREMIER.

HISTOIRE GÉNÉALOGIQUE DU PEUPLE ISRAÉLITE.

La Création.

Mes amis, l'histoire de notre peuple, que j'ai l'intention de vous faire connaître, est une des plus anciennes de la terre; elle remonte aux premiers événements du monde, elle touche aux temps les plus reculés. C'est vers ce lointain obscur que nous devons diriger les yeux, si nous aimons à remonter à notre origine. Nous devons partir de la création du premier homme, de la formation de toute créature, qui date de près de six mille ans. Mais pour atteindre ce but, il n'y a pas un seul peuple, même le plus ancien sur la terre, qui ait conservé des traditions aussi symboliquement belles et en même temps aussi éternellement vraies que celles que possède le peuple d'Israël dans la Sainte Écriture laissée par Moïse, notre divin législateur. C'est donc l'histoire de la Sainte Écriture que je vais vous mettre sous les yeux. Écoutez, mes amis, de quelle manière elle nous raconte toutes ces merveilles.

[pg 6] Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Et la terre était informe et en désordre, et les ténèbres étaient sur la surface de l'abîme et l'esprit de Dieu planait sur la surface des eaux. Dieu dit: Que la lumière soit, et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne, et Dieu sépara la lumière d'avec les ténèbres. Dieu nomma la lumière jour et les ténèbres nuit. Il fut soir et il fut matin, ce fut le premier jour. Dieu dit: Que le firmament soit au milieu des eaux et qu'il sépare les eaux d'avec les eaux. Dieu fit le firmament et sépara les eaux qui étaient sous le firmament d'avec les eaux qui étaient au-dessus du firmament; il en fut ainsi. Dieu nomma le firmament ciel; il fut soir, il fut matin; deuxième jour. Dieu dit: Que les eaux qui sont sous le ciel se rassemblent en un seul lieu, et que l'élément solide paraisse; il en fut ainsi. Dieu nomma l'élément solide terre, et le rassemblement d'eaux, mers. Dieu vit que c'était bien; Dieu dit: Que la terre fasse végéter toutes sortes de végétations: l'herbe portant sa semence, l'arbre fruitier formant son fruit selon son espèce, renfermant sa semence pour se reproduire sur la terre; il en fut ainsi, et Dieu vit que c'était bien: il fut soir, il fut matin, troisième jour. Dieu dit: Qu'il y ait des astres dans l'étendue du ciel pour faire distinguer le jour de la nuit; qu'ils servent de signes pour indiquer les époques, les jours et les années; qu'ils servent de luminaires dans l'étendue du ciel pour éclairer la terre; il en fut ainsi; Dieu fit les deux grands luminaires, le plus grand pour présider au jour, et le plus petit pour présider à la nuit, avec les étoiles; Dieu les plaça dans l'étendue du ciel pour éclairer la terre, pour présider au jour et à la nuit et pour séparer la lumière d'avec les ténèbres; Dieu [pg 7] vit que c'était bien: il fut soir, il fut matin; quatrième jour. Dieu dit: Que les eaux se peuplent d'êtres doués de vie, et que des volatiles volent sur la terre sous le firmament du ciel; Dieu créa les grands animaux de mer et tout être animé rampant, dont les eaux sont peuplées, selon leur espèce, ainsi que tous les volatiles ailés, selon leur espèce; Dieu vit que c'était bien. Dieu les bénit et dit: Soyez féconds, multipliez-vous, et remplissez les eaux de la mer, et que le volatile se multiplie sur la terre. Il fut soir, il fut matin, cinquième jour. Dieu dit: Que la terre produise des êtres animés selon leur espèce, le bétail, les reptiles et les animaux sauvages terrestres selon leur espèce; il en fut ainsi. Dieu fit les animaux sauvages terrestres selon leur espèce, le bétail selon son espèce, les reptiles terrestres selon leur espèce. Dieu vit que c'était bien. Dieu dit: Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance; et qu'il règne sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur les animaux, sur toute la terre et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. Dieu créa l'homme à son image, il le créa mâle et femelle.

Adam.

Dieu forma l'homme de la poussière de la terre et lui souffla dans les narines le souffle de la vie; ainsi l'homme devint un être animé. Dieu vit tout ce qu'il avait fait et il vit que cela était bien: il fut soir, il fut matin; sixième jour. Ainsi furent achevés le ciel et la terre et tous leurs ordres. Le septième jour, Dieu avait fini l'œuvre qu'il avait faite, il se reposa le septième jour; il le bénit et le [pg 8] sanctifia, afin que pour nous aussi ce fût un jour de repos, de bénédiction et de sanctification, que ce jour nous rappelât à jamais qu'il n'y a qu'un Dieu, qui a créé le monde et qui le gouverne, et que ce n'est que conformément à la volonté divine que l'homme peut régner sur la terre.

Eve (Chava).

L'Éternel Dieu planta un jardin dans Éden, du côté de l'orient, il y plaça l'homme qu'il avait créé. Dieu fit sortir de la terre tous les arbres agréables à la vue et bons à manger, et l'arbre de la vie au milieu du jardin, ainsi que l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Et un fleuve sortait d'Éden pour arroser le jardin, et de là il se divisait pour former quatre principales branches. La première se nommait Pichon, la seconde Guichon, la troisième Hidekel et la quatrième Euphrate. L'Éternel Dieu prit l'homme et le plaça dans le jardin d'Éden pour le cultiver et pour le garder, et lui donna des ordres en ces termes: De chaque arbre du jardin vous pouvez manger. Mais vous ne mangerez pas de celui de la science du bien et du mal; car dès que vous en aurez mangé vous mourrez. Dieu dit aussi: Il n'est pas bon à l'homme d'être seul, je lui donnerai une compagne. L'Éternel Dieu fit tomber l'homme dans un grand assoupissement, et il l'endormit; il prit ensuite une de ses côtes dont il remplit la place par d'autre chair. L'Éternel Dieu forma une femme de la côte qu'il avait prise à l'homme, et l'amena à l'homme. L'homme alors dit: C'est l'os de mes os, c'est la chair de ma chair. [pg 9] Celle-ci s'appellera du nom qui marquera l'homme parce qu'elle a été tirée de l'homme. C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et ils ne feront qu'une seule chair. Tous deux, l'homme et la femme étaient nus, et n'en avaient pas de honte.

Péché des premiers hommes.

Le serpent était le plus rusé de tous les animaux de la terre que l'Éternel Dieu avait faits; il dit à la femme: Quand même Dieu aurait dit: Ne mangez d'aucun fruit de ce jardin... La femme répondit au serpent: Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin; quant au fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit: N'en mangez pas, et n'y touchez pas, vous en mourriez. Le serpent dit à la femme: Vous n'en mourrez pas; mais Dieu sait qu'aussitôt que vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront, vous serez comme des êtres divins, connaissant le bien et le mal. La femme vit que le fruit était bon à manger, beau et agréable à la vue; elle cueillit du fruit et en mangea, et en donna aussi à son mari, qui en mangea également. Les yeux de tous les deux s'ouvrirent; ils remarquèrent qu'ils étaient nus; alors ils tressèrent des feuilles de figuier et s'en firent des ceintures. Ils entendirent la voix de Dieu parcourant le jardin du côté de l'orient; Adam et sa femme cherchèrent à se cacher devant l'Éternel Dieu, au milieu des arbres du jardin. Dieu appela Adam et lui dit: Où êtes-vous? Il répondit: J'ai entendu votre voix dans le jardin, j'ai eu peur, car je suis nu, et [pg 10] je me suis caché. Dieu lui dit: Qui vous a dit que vous étiez nu? Avez-vous mangé du fruit dont je vous ai défendu de manger? Adam répondit: La femme que vous avez mise près de moi m'a donné du fruit de cet arbre, et j'en ai mangé. L'Éternel Dieu dit à la femme: Qu'avez-vous fait? La femme répondit: Le serpent m'a séduite, et j'en ai mangé. L'Éternel Dieu dit au serpent: Puisque tu as fait cela, tu seras maudit parmi toutes les bêtes et tous les animaux des champs; tu ramperas sur le ventre; tu mangeras de la poussière pendant tous les jours de ta vie. Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre sa race et la tienne; elle te brisera la tête, et tu la mordras par le talon. Il dit à la femme: Je multiplierai les douleurs et les souffrances de votre grossesse; vous enfanterez avec douleur; vos désirs se tourneront vers votre mari, et il vous dominera. Il dit à Adam: Puisque vous avez écouté la voix de votre femme, et que vous avez mangé de l'arbre dont je vous avais défendu de manger, que la terre soit maudite à cause de vous: vous vous en nourrirez péniblement pendant toute votre vie; elle vous produira des épines et des ronces; vous mangerez l'herbe des champs; vous mangerez votre pain à la sueur de votre front jusqu'à ce que vous retourniez à la terre d'où vous avez été tiré, car vous êtes poussière et vous retournerez à la poussière. Adam nomma sa femme Chava (Ève), parce qu'elle a été la mère de tous les vivants. L'Éternel Dieu fit à Adam et à sa femme des tuniques de peau, et les en revêtit. L'Éternel Dieu dit: Maintenant l'homme est comme l'un de nous, pour connaître le bien et le mal, maintenant il pourrait étendre sa main, cueillir du fruit de l'arbre de vie, en manger et vivre éternellement. [pg 11] L'Éternel Dieu le renvoya du jardin d'Éden, pour cultiver le sol dont il avait été tiré. Il chassa Adam, plaça vers l'orient du jardin d'Éden, les chérubins et la lame flamboyante du glaive qui tourne, pour garder le chemin de l'arbre de vie.

Caïn et Abel (Hébel).

Adam connut Ève, sa femme; elle conçut et enfanta Caïn. Elle dit: J'ai acquis un homme de l'Éternel. Elle enfanta de nouveau son frère Abel (Hébel). Abel fut gardien de troupeaux, et Caïn laboureur. Au bout de quelque temps, Caïn apporta un présent à l'Éternel, des fruits de la terre. Abel apporta aussi des premiers-nés de son plus beau bétail. L'Éternel fit attention à Abel et à son oblation; mais il ne fit point attention à Caïn ni à son offrande. Caïn en fut très-irrité, et son visage en fut abattu. L'Éternel dit à Caïn: Pourquoi cela vous irrite-t-il? et pourquoi êtes-vous si abattu? Certes, si vous vous conduisez bien, vous serez considéré; si vous ne vous conduisez pas bien, le péché vous assiégera à la porte; il veut vous atteindre, mais vous pouvez le maîtriser. Caïn parla à son frère Abel, et comme ils se trouvaient aux champs, Caïn s'éleva contre son frère Abel et le tua. L'Éternel dit à Caïn: Où est votre frère Abel? Il répondit: Je ne le sais pas; suis-je le gardien de mon frère? Il dit: Qu'avez-vous fait? La voix du sang de votre frère crie de la terre vers moi; maintenant soyez maudit de dessus la terre, qui a ouvert son sein pour recevoir de votre main le sang de votre frère. Lorsque vous cultiverez le sol, il [pg 12] ne vous prêtera plus ses forces; vous serez agité et fugitif sur la terre. Caïn dit à l'Éternel: Mon châtiment est trop grand pour être supporté; puisque vous m'expulsez aujourd'hui de cette contrée, je dois me cacher devant vous, et être errant et fugitif sur la terre; quiconque donc me trouvera, me tuera. Mais l'Éternel lui répondit: Celui qui tuera Caïn sera exposé à une septuple vengeance. Ensuite il mit sur Caïn un signe, pour que tout venant ne le tuât pas. Caïn sortit de la présence de l'Éternel, et s'établit dans le pays de Nod, vers l'orient d'Éden.

Suite des patriarches vivant avant le déluge.

Caïn connut sa femme qui conçut et enfanta Henoch; il bâtit ensuite une ville et nomma cette ville du nom de son fils Henoch; Henoch engendra Irad; celui-ci engendra Méhouiael; ce dernier engendra Métouchael, qui engendra Lemech. Lemech prit deux femmes: le nom de l'une fut Ada et le nom de la seconde Tzila; Ada enfanta Jabal: il fut le père des peuples habitant sous des tentes, et des pasteurs; le nom de son frère fut Joubal; celui-ci fut le père de ceux qui jouaient de la harpe et de la flûte. Tzila eut aussi un fils, Toubal Caïn, qui travaillait les instruments de cuivre et de fer, la sœur de Toubal Caïn s'appela Naéma. Lemech[1] dit à ses femmes: Ada et Tzila, écoutez ma voix, femmes de Lemech, soyez attentives à mes paroles: je tue un homme après avoir été blessé, je tue un jeune homme après avoir été meurtri, (ne craignez rien, car) si Caïn doit être vengé au septuple, Lemech le sera soixante-dix-sept fois.

[pg 13]

Voici le livre de la généalogie de l'homme. Adam, à l'âge de cent trente ans, engendra à sa ressemblance, à son image, un fils qu'il nomma Seth. Après la naissance de Seth, Adam vécut encore huit cents ans, il eut encore des fils et des filles; Adam ayant atteint l'âge de neuf cent trente ans, mourut. Seth, à l'âge de cent cinq ans, engendra Énosch; après avoir engendré Énosch, Seth vécut encore huit cent sept ans, et il eut des fils et des filles; (930) lorsque Seth eut atteint l'âge de neuf cent douze ans, il mourut. Énosch, à l'âge de quatre-vingt-dix ans, engendra Kénan; après avoir engendré Kénan, Énosch vécut encore huit cent quinze ans, et il eut des fils et des filles; (1042) lorsque Énosch eut atteint l'âge de neuf cent cinq ans, il mourut. Kénan, à l'âge de soixante-dix ans, engendra Mahalalel; après avoir engendré Mahalalel, (1140) Kénan vécut encore huit cent quarante ans, et il eut des fils et des filles; lorsque Kénan eut atteint l'âge de neuf cent dix ans, il mourut. Mahalalel, à l'âge de soixante-cinq ans, engendra Jéred; après avoir engendré Jéred, Mahalalel vécut encore huit cent trente ans, il eut des fils et des filles; (1235) après que Mahalalel eut atteint l'âge de huit cent quatre-vingt-quinze ans, il mourut. [pg 14] (1290) Jéred, à l'âge de cent soixante-deux ans, engendra Hénoch; Jéred, après avoir engendré Hénoch, vécut encore huit cents ans, il eut des fils et des filles; Jéred, après avoir atteint l'âge de neuf cent soixante-deux ans, mourut. (1422) Hénoch, à l'âge de soixante-cinq ans, engendra Métouselah; Hénoch, après avoir engendré Métouselah, marcha encore dans la voie de Dieu pendant trois cents ans, il eut des fils et des filles; Hénoch atteignit l'âge de trois cent soixante-cinq ans; Hénoch marchait dans la voie de Dieu, et il ne fut plus, car Dieu l'avait pris. Métouselah, après avoir atteint l'âge de cent quatre-vingt-sept ans, engendra Lemech; Métouselah, après avoir engendré Lemech, vécut encore sept cent quatre-vingt deux ans, il eut des fils et des filles; (1656) Métouselah mourut après avoir atteint l'âge de neuf cent soixante-neuf ans. Lemech, à l'âge de cent quatre-vingt-deux ans, engendra un fils; il le nomma Noach, disant: Celui-ci nous consolera de nos travaux et des pénibles occupations de nos mains et dans la terre que l'Éternel a maudite. Lemech, après avoir engendré Noach, vécut encore cinq cent quatre-vingt-quinze ans; il eut des fils et des filles; après que Lemech eut atteint l'âge de sept cent soixante-dix-sept ans, il mourut. Noach, à l'âge de cinq cents ans, engendra Schem, Ham (Cham) et Japhet[2].

[pg 15]

Noé (Noach) et le déluge.

Ces dix générations passées, les hommes commencèrent à se répandre sur la terre, et les fils des grands voyant que les filles du peuple étaient belles, prirent pour femmes celles d'entre elles qui leur plurent. La corruption devint de jour en jour plus grande et plus générale; la terre était pleine de violence, chaque créature avait corrompu sa voie. Alors l'Éternel vit que la malice de l'homme était grande sur la terre, et que toutes les pensées de son cœur tendaient constamment vers le mal. L'Éternel dit: Mon esprit ne combattra pas toujours dans l'homme, car dans son erreur il est chair. Le temps de l'homme ne sera plus que de six-vingts ans. (Ce terme lui fut encore accordé, afin qu'il eût le temps de se repentir de ses péchés et de s'amender; mais après ce laps de temps l'homme étant demeuré dans son endurcissement), l'Éternel dit: Je veux exterminer de dessus la terre l'homme que j'ai créé, les animaux, les reptiles et jusqu'à l'oiseau du ciel, car je me repens de les avoir faits.

Noé, homme droit et intègre dans son temps, et qui marcha avec Dieu, trouva seul grâce aux yeux de l'Éternel. Alors Dieu dit à Noé: La fin de toute créature est venue devant moi, car la terre est remplie de violence à cause d'eux. Je veux donc les détruire avec la terre. Faites-vous une arche de bois de gopher: vous y ferez des cases; enduisez-la de bitume en dedans et en dehors. Et voici comment vous la ferez: elle aura trois cents coudées de long, cinquante de large et trente de haut; vous ferez un transparent à l'arche, et la réduirez au faîte jusqu'à une [pg 16] coudée; vous placerez la porte de l'arche sur le côté, vous y pratiquerez un compartiment inférieur, un second et un troisième. Je ferai venir sur la terre une confusion d'eau pour détruire toute créature ayant un souffle de vie sous le ciel; tout ce qui est sur la terre périra. J'établirai mon pacte avec vous, vous viendrez dans l'arche, vous, vos fils, votre femme et les femmes de vos fils. Et vous ferez venir dans l'arche de tout ce qui vit, de toute chair, deux de chaque espèce pour être conservés; qu'ils soient mâle et femelle; du volatile selon son espèce, des quadrupèdes selon leur espèce, de tous les reptiles de la terre, ils doivent venir avec vous pour être conservés. Et vous, prenez pour vous de tout comestible dont on se nourrit, amassez-le, qu'il serve à vous et à eux de nourriture. Et Noé fit ainsi; il fit tout, comme Dieu le lui avait ordonné. Mais les hommes n'y firent aucune attention, ne se corrigèrent point, et continuèrent à faire le mal comme auparavant. Et l'arche fut construite. Alors Dieu dit à Noé: Entrez, vous et votre famille, dans l'arche; car vous êtes le seul que j'aie vu pur devant moi, dans ce siècle. De chaque animal pur vous prendrez sept couples, le mâle et la femelle; et de celui qui n'est pas pur, vous prendrez seulement deux, le mâle et la femelle; du volatile, sous le ciel, aussi sept, le mâle et la femelle, afin d'en conserver le germe sur la terre; car sept jours encore, et je ferai pleuvoir sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits; je détruirai toute substance que j'ai faite sur la terre. Noé fit ainsi que Dieu le lui avait ordonné.

Noé avait six cents ans, lorsque le déluge couvrit toute la surface de la terre. La six centième année de la vie de Noé, le dix-septième jour du second mois, toutes les [pg 17] sources du grand abîme jaillirent, et les cataractes du ciel s'ouvrirent; la pluie tomba sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits. Ce même jour, Noé entra dans l'arche, avec Sem, Cham et Japheth ses fils, sa femme et les trois femmes de ses fils, et de chaque créature y entrèrent, mâle et femelle, selon l'ordre de Dieu; ensuite l'Éternel ferma l'arche. Le déluge durait depuis quarante jours sur la terre; les eaux s'élevant soulevaient l'arche qui se mouvait sur les eaux. L'inondation s'éleva de plus de quinze coudées au-dessus des plus hautes montagnes, en sorte que toute chair qui se meut sur la terre périt, les oiseaux, le bétail, les animaux et les reptiles rampant sur la terre, ainsi que tout le genre humain. Tout ce qui avait en ses narines un souffle de vie, tout ce qui se trouvait sur le sol, mourut. Ainsi périt tout être qui se trouvait sur la terre, il ne resta que Noé et ce qui était avec lui dans l'arche. Les eaux s'accrurent sur la terre pendant cent cinquante jours. Mais Dieu s'étant souvenu de Noé, de tous les animaux et de toutes les bêtes qui étaient avec lui dans l'arche, fit souffler un vent sur la terre, et les eaux s'abaissèrent. Les sources de l'abîme et les écluses du ciel se refermèrent, et la pluie ne tomba plus du ciel. Les eaux se retirèrent de dessus la terre, agitées de côté et d'autre, et diminuèrent au bout de cent cinquante jours. Alors l'arche se posa sur les montagnes d'Ararate (Arménie), le dix-septième jour du septième mois. Les eaux allèrent en diminuant jusqu'au dixième mois; le premier jour du dixième mois, le sommet des montagnes fut visible. Au bout de quarante jours, Noé ouvrit la fenêtre de l'arche et lâcha un corbeau, qui sortit, allant et rentrant jusqu'à l'entier desséchement du sol. Il envoya aussi une [pg 18] colombe afin de voir si les eaux avaient baissé sur la terre. Mais la colombe ne trouvant pas d'appui pour se reposer, revint à l'arche, car l'eau couvrait encore toute la terre; Noé étendit sa main, la prit et la rentra dans l'arche. Il attendit encore sept autres jours, et il lâcha de nouveau la colombe; la colombe revint près de lui vers le soir tenant en son bec une branche d'olivier; alors Noé comprit que les eaux avaient diminué sur la terre. Il attendit encore sept autres jours, et il lâcha la colombe, qui alors ne revint plus vers lui. Dans la six cent unième année de Noé, le premier jour du premier mois, les eaux avaient disparu de dessus la terre; Noé ôta la toiture de l'arche, et il vit que la surface de la terre était sèche. C'était le vingt-septième jour du second mois. Dieu parla a Noé et dit: Sortez de l'arche, vous, votre femme, vos fils et les femmes de vos fils avec vous; toute espèce d'animaux étant avec vous, oiseaux, bêtes et reptiles rampant sur la terre, sortez-les avec vous; qu'ils se perpétuent sur la terre, se fécondent et se multiplient sur la terre. Et Noé sortit avec ses fils, sa femme et les femmes de ses fils, tout animal, tout reptile, tout oiseau, tout ce qui rampe sur la terre sortit de l'arche, par famille. Or, Noé construisit un autel à l'Éternel, il prit de toute espèce d'animaux purs et de toute espèce d'oiseaux purs, et les lui offrit en holocauste sur cet autel. L'Éternel reçut ce sacrifice comme un encens agréable, et il dit: Je ne maudirai plus la terre, à cause de l'homme, quoique l'instinct du cœur de l'homme soit mauvais dès sa jeunesse; je ne frapperai plus tout ce qui vit, comme j'ai fait; pendant toute la durée de la terre, les semailles, la moisson, le froid, le chaud, l'été, l'hiver, le jour et la nuit ne s'arrêteront pas.

[pg 19]

Alliance de Dieu avec Noé.

Dieu dit à Noé et à ses fils: je vais faire alliance avec vous et avec vos descendants après vous; avec toute créature vivante qui se trouve avec vous, les oiseaux, les bêtes, les animaux de la terre qui sont sortis avec vous de l'arche et qui vivent sur la terre. Je ferai alliance avec vous: le déluge ne détruira plus tout être; il n'y aura plus de déluge pour détruire la terre. Dieu dit: Voici le signe de l'alliance que j'établis entre moi, vous, et toutes les créatures vivantes qui sont avec vous, à perpétuité. J'ai placé mon arc dans le nuage; qu'il soit le signe entre moi et vous. Il adviendra qu'en formant un nuage au-dessus de la terre, l'arc étant apparent dans le nuage, je me rappellerai alors cette alliance entre moi et vous, et toute créature douée de vie; les eaux ne formeront plus un déluge pour tout détruire; cet arc sera dans le nuage, et je le regarderai pour me rappeler l'alliance perpétuelle entre Dieu et toute créature vivante sur la terre. Dieu dit encore à Noé: Ce sera là le signe de l'alliance que j'ai faite avec toute chair qui est sur la terre.

Noé avait trois fils qui sortirent de l'arche, Sem, Cham et Japheth; et c'est d'eux qu'est sortie toute la race des hommes qui sont sur la terre. Noé vécut encore trois cent cinquante ans depuis le déluge. Et tout le temps de sa vie ayant été de neuf cent cinquante ans, il mourut. (2006)

[pg 20]

Tour de Babel et dispersion des hommes.

Les hommes s'étant multipliés de nouveau sur la terre, et celle-ci n'ayant qu'une seule langue et qu'une même manière de parler, ils trouvèrent, en partant du côté de l'orient, une vallée dans le pays de Sennaar et ils y habitèrent; dans la crainte d'être un jour séparés, ils résolurent de bâtir une ville et une tour qui s'élevât jusqu'au ciel. Mais le Tout-Puissant, qui par sa sagesse souveraine jugea bon et nécessaire que la dispersion de la race humaine s'effectuât, confondit tellement leur langage, qu'ils ne s'entendaient plus les uns les autres. C'est ainsi qu'ils cessèrent de bâtir cette ville, appelée pour cette raison Babel, c'est-à-dire, confusion, parce que c'est là que fut confondu le langage de toute la terre. Dieu dispersa ensuite les hommes dans toutes les régions du monde. C'est ainsi que se formèrent les différents peuples et les divers langages. Les descendants de Sem peuplèrent le centre et le sud de l'Asie; les descendants de Cham, l'ouest de l'Asie et l'Afrique; et les descendants de Japheth, l'Europe.

Le quatrième fils de Cham s'appela Chanaan; de lui sont sortis les Chananiens; son petit-fils s'appela Nimrod, c'était un ardent chasseur, il fut le premier roi de Babel. Parmi les descendants de Sem, il y avait un homme qui se nommait Tharé (Therach), il avait trois fils: Abram, Nachor et Haran. Haran était le père de Lot. Abram et Nachor se choisirent des femmes, le nom de la femme d'Abram était: Saraï (plus tard Sarah), et le nom de celle de Nachor était Milcha. Tharé ayant donc pris Abram [pg 21] son fils, Lot son petit-fils, et Saraï sa belle fille, les fit sortir d'Ur en Chaldée, pour aller avec lui dans le pays de Chanaan, et étant venus jusqu'à Haran, ils y habitèrent. Et Tharé, après avoir vécu deux cent cinq ans, mourut à Haran (Charan).

Notes

[pg 22]

CHAPITRE II.

DEPUIS ABRAHAM JUSQU'A MOÏSE.

(1948-2368)

A cette époque la connaissance d'un seul vrai Dieu ne se retrouvait plus chez tous ces peuples, qui, comme nous l'avons vu, avaient été répandus par la volonté de Dieu de la vallée de Sennaar (Babylonie) par toutes les régions de la terre; tous étaient tombés dans l'idolâtrie, et par suite dans le péché et dans le vice. Et comme le service des faux dieux se continuait déjà depuis des siècles, l'Éternel, toute bonté, résolut enfin d'introduire au milieu des peuples un autre peuple qui, par les révélations divines dont il serait le dépositaire, serait aussi, par sa vie et par ses destinées remarquables, choisi pour conserver la vraie connaissance de Dieu et pour la répandre parmi les hommes. C'est alors que pour atteindre ce but élevé, Dieu choisit pour tige de ce peuple l'homme le plus digne de ses révélations et le plus apte à les communiquer. Cet homme pieux, qui jouissait de la confiance et de l'amour [pg 23] de Dieu, cet homme par qui toutes les nations de la terre devaient être bénies un jour, s'appelait alors Abram, et plus tard Abraham.

Abraham.

Déjà, le père d'Abraham, Tharé était sorti, comme nous l'avons vu plus haut, de la Mésopotamie, sa patrie, pour habiter le pays de Chanaan, mais il ne vint qu'à Haran (Carra en Syrie) et y resta pendant tous les jours de sa vie. Ce n'est qu'Abraham, qui, quittant pour toujours sa patrie, entra en Chanaan lorsque l'Éternel lui apparut et lui dit: Allez vous-en de votre pays, du lieu de votre naissance et de la maison de votre père au pays que je vous montrerai. Je ferai de vous une grande nation, je vous bénirai, j'agrandirai votre nom, vous serez une bénédiction. Je bénirai ceux qui vous béniront et je maudirai ceux qui vous maudiront, et toutes les familles de la terre seront bénies en vous. Abraham partit alors comme l'Éternel le lui avait dit, Lot alla avec lui. Abraham était âgé de soixante-quinze ans lorsqu'il sortit de Haran. Abraham emmena sa femme Saraï, Lot son neveu, tout le bien qu'ils avaient acquis, le personnel qu'ils avaient formé à Haran; ils sortirent pour se rendre dans le pays de Chanaan, où ils arrivèrent bientôt. Abraham traversa le pays jusqu'à la contrée de Chechem, jusqu'au bocage de Moré. Les Chananéens occupaient alors ce pays-là. Or l'Éternel apparut à Abraham et lui dit: Je donnerai ce pays à votre postérité. Abraham dressa en ce lieu un autel à l'Éternel, comme souvenir de son apparition. Étant passé de là vers [pg 24] une montagne qui est à l'orient de Bethel, il y tendit ses tentes, ayant Bethel à l'occident, et la ville d'Aï à l'orient. Il dressa encore en ce lieu un autel et invoqua le nom de l'Éternel. Abraham alla encore plus loin, marchant toujours et s'avançant vers le midi. Il y parcourut avec ses nombreux troupeaux les fertiles vallées et les plaines, annonçant partout le nom de Dieu unique et éternel. Une famine générale le força, quelque temps après, de se diriger vers la fertile Égypte située dans ces environs. Toutefois, après y avoir été éprouvé de Dieu à diverses reprises, il se rendit bientôt de nouveau à Chanaan et demeura d'abord à Bethel, et plus tard, au bocage de Mamré près d'Hébron, abandonnant à Lot, son neveu, les contrées de Sodome à cause d'une querelle qui s'était élevée entre leurs pasteurs. Car leurs troupeaux s'étant multipliés de jour en jour, le pays ne leur suffisait plus; de sorte qu'ils se gênaient l'un l'autre. Abraham dit donc à Lot: Qu'il n'y ait point, je vous prie, de dispute entre vous et moi, ni entre mes pasteurs et les vôtres, parce que nous sommes frères. Vous voyez devant vous tout le pays. Retirez-vous, je vous prie, d'auprès de moi. Si vous allez vers la gauche, je prendrai la droite: si vous choisissez la droite, j'irai vers la gauche. Lot choisit alors sa demeure vers le Jourdain, en se retirant du côté de l'orient. C'est ainsi qu'ils se séparèrent l'un de l'autre. Abraham demeura dans la terre de Chanaan, et Lot dans les villes qui étaient aux environs du Jourdain: et il habita Sodome. Or, les habitants de Sodome étaient devant Dieu des hommes perdus de vices; et leur corruption était montée à son comble. L'Éternel dit donc à Abraham, après que Lot se fut séparé d'avec lui: Levez les yeux et regardez de l'endroit où vous [pg 25] êtes, vers le nord, le midi, le levant et le couchant; car tout le pays que vous voyez, je le donnerai à vous et à votre postérité, pour toujours: je rendrai votre postérité comme la poussière de la terre: que si quelqu'un peut compter la poussière de la terre, il pourra aussi compter votre postérité; levez-vous, parcourez le pays en long et en large, car c'est à vous que je le donnerai. Abraham éleva alors un autel à l'Éternel pour le remercier de cette prédiction.

A cette époque il arriva que le roi de Sodome fut vaincu dans une guerre et que les vainqueurs ayant pris toutes les richesses et les vivres de Sodome, se retirèrent, et emmenèrent aussi Lot, fils du frère d'Abraham, qui demeurait dans Sodome, et tout ce qui était à lui. Un fuyard vint en apporter la nouvelle à Abraham. Et aussitôt que celui-ci apprit que son parent avait été fait prisonnier, il arma trois cent dix-huit serviteurs choisis parmi les plus habiles de ceux qui étaient nés dans sa maison, et poursuivit les vainqueurs jusqu'à Dane. Il forma deux corps de ses gens et de ses alliés, et venant fondre sur les ennemis durant la nuit, il les défit et les poursuivit jusqu'à Hoba qui est à la gauche de Damas. Il ramena avec lui tout le butin qu'ils avaient pris, Lot, son neveu, avec tout ce qui était à lui, les femmes et tout le peuple. Et le roi de Sodome sortit au-devant de lui dans la vallée de Savé appelée aussi la vallée du Roi. Malchisedek, roi de Chalème, fit apporter du pain et du vin; il était prêtre du Dieu suprême; il bénit Abraham, en disant: Qu'Abraham soit béni du Dieu très-haut, qui a créé le ciel et la terre: et que le Dieu très-haut soit béni, lui qui par sa protection vous a mis vos ennemis entre les mains. Il lui donna la dîme de tout [pg 26] ce qu'il avait. Or, le roi de Sodome dit à Abraham: Donnez-moi les personnes, et prenez le reste pour vous. Abraham lui répondit: Je lève la main et je jure par l'Éternel, le Dieu très-haut, possesseur du ciel et de la terre, que je ne recevrai rien de ce qui est à vous, depuis le moindre fil jusqu'à un cordon de soulier; afin que vous ne puissiez pas dire que vous avez enrichi Abraham. Rien pour moi, seulement ce que mes gens ont pris pour leur nourriture, et ce qui est dû à ceux qui sont venus avec moi, Aner, Escol et Mamré, qui pourront prendre leur part du butin.

Promesse de l'Éternel et piété d'Abraham.

Ensuite l'Éternel parla à Abraham dans une vision, et lui dit: Ne craignez point, Abraham; je suis votre protecteur, votre récompense sera infiniment grande. Abraham répondit: O Éternel, mon Dieu, que me donnerez-vous? je marche sans enfants, et l'intendant de ma maison est Eliézer de Damas. Abraham continua: Voyez! vous ne m'avez pas donné d'enfants; ainsi mon serviteur sera mon héritier. Alors l'Éternel lui répondit ainsi: Non, celui-ci ne sera point votre héritier, mais celui qui sortira de vos entrailles héritera de vous. Regardez donc vers le ciel, et comptez les étoiles, si vous pouvez les compter; ainsi, ajouta-t-il, sera votre postérité. Abraham crut à Dieu, et sa foi lui fut imputée à justice. Il offrit un jour un sacrifice, selon la demande de l'Éternel qui lui confirma ses promesses par un signe sensible et continua ainsi: Sachez dès maintenant que votre postérité demeurera dans un [pg 27] pays étranger, et qu'elle sera réduite en servitude et accablée de maux pendant quatre cents ans. Mais j'exercerai mes jugements sur le peuple auquel ils seront assujettis, et ils sortiront ensuite de ce pays avec de grandes richesses. Quant à vous, vous irez en paix auprès de vos pères, vous serez enseveli après une vieillesse heureuse. Mais vos descendants reviendront en ce pays-ci après la quatrième génération, parce que la mesure des iniquités des Amorrhéens n'est pas encore remplie présentement.

En ce jour-là l'Éternel fit alliance avec Abraham en lui disant: Je donnerai ce pays à votre postérité, depuis le fleuve d'Égypte jusqu'au grand fleuve d'Euphrate. Abraham après avoir séjourné pendant dix ans dans le pays de Chanaan, prit pour seconde femme sa servante, Hagar; elle lui enfanta un fils, qu'il nomma Ismaël. Abraham avait quatre-vingt-six ans lorsque Hagar lui enfanta Ismaël.

Alliance de la circoncision.

Lorsque Abraham fut âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans, l'Éternel lui apparut et lui dit: Je suis le Dieu Tout-Puissant, marchez devant moi et soyez parfait; je ferai alliance avec vous, et je vous multiplierai jusqu'à l'infini. Voici le pacte que je fais avec vous, afin que vous l'observiez et votre postérité après vous: tous les mâles d'entre vous seront circoncis. Ce sera le signe de l'alliance entre moi et vous. L'enfant de huit jours sera circoncis parmi vous; et dans la suite de toutes les générations, tous les enfants mâles, tant les esclaves qui seront nés en votre maison, que tous ceux que vous aurez achetés, et qui ne seront [pg 28] point de votre race, seront circoncis. Mon alliance sera pour votre chair une alliance perpétuelle. Tout mâle dont la chair n'aura pas été circoncise, sera exterminé du milieu de son peuple, parce qu'il aura violé mon alliance. Dieu dit encore à Abraham: Je bénirai aussi votre femme Saraï, je vous donnerai aussi un fils né d'elle, que vous nommerez Isaac; et je ferai un pacte avec lui, et avec sa postérité après lui, afin que mon alliance avec eux soit éternelle. L'entretien de Dieu avec Abraham étant fini, celui-ci prit Ismaël son fils, et tous les esclaves nés dans sa maison, tous ceux qu'il avait achetés, et généralement tous les mâles qui étaient parmi ses domestiques; il les circoncit tous aussitôt en ce même jour, selon que Dieu le lui avait commandé. Abraham avait quatre-vingt-dix-neuf ans, lorsqu'il se circoncit; et Ismaël avait treize ans accomplis lorsqu'il reçut la circoncision. Abraham et son fils Ismaël furent circoncis en un même jour. En ce même jour encore furent circoncis tous les mâles de sa maison, tant les esclaves nés chez lui, que ceux qu'il avait achetés, et qui étaient nés dans des pays étrangers.

C'est à cette occasion que le nom d'Abram, c'est-à-dire père élevé, fut changé en celui d'Abraham, c'est-à-dire, père élevé de la multitude, et que le nom de Saraï, c'est-à-dire ma princesse, fut changé en celui de Sarah, la princesse.

[pg 29]

Hospitalité d'Abraham. Naissance d'Isaac prédite pour la dernière fois. Intercession d'Abraham. Destruction de Sodome.

L'Éternel apparut un jour à Abraham dans le bocage de Mamré, lorsqu'il était assis à la porte de sa tente dans la plus grande chaleur du jour. Abraham ayant levé les yeux, trois hommes lui apparurent près de lui. Aussitôt qu'il les eut aperçus, il courut de la porte de sa tente au-devant d'eux, et se prosterna en terre, et dit: Seigneurs, si j'ai trouvé grâce devant vos yeux, ne passez pas la maison de votre serviteur. J'apporterai de l'eau pour laver vos pieds; et alors vous vous reposerez sous cet arbre, jusqu'à ce que je vous serve un peu de pain pour reprendre vos forces; car c'est pour cela que vous êtes venus vers votre serviteur, et vous continuerez ensuite votre chemin. Ils lui répondirent: Faites ce que vous avez dit. Abraham entra promptement dans sa tente, et dit à Sarah: Pétrissez vite trois mesures de farine, et faites-en des gâteaux. Il courut en même temps à son troupeau, y prit un veau d'une chair tendre et succulente, et le donna à un serviteur, qui se hâta de le faire cuire. Ayant pris ensuite du beurre et du lait, avec le veau qu'il avait fait cuire, il le servit devant eux, et ils mangèrent, tandis qu'il se tenait debout près d'eux. Ils lui dirent: Où est Sarah votre femme? Il leur répondit: Elle est dans la tente. L'un d'eux dit à Abraham: Je vous reviendrai voir dans un an, à cette même époque: je vous trouverai tous deux en vie, et Sarah votre femme aura un fils. Ce que Sarah ayant entendu, elle se mit à rire derrière la porte de la tente. Car ils [pg 30] étaient tous deux vieux et fort avancés en âge. Elle rit donc secrètement, disant en elle-même: Lorsque je suis devenue vieille, et que mon seigneur est vieux aussi, aurais-je de la volupté? Mais l'Éternel dit à Abraham: Pourquoi Sarah a-t-elle ri, en disant: Serait-il bien vrai que je puisse avoir un enfant, étant vieille comme je suis? Y a-t-il rien de difficile à Dieu? Je vous reviendrai voir, comme je vous l'ai promis, dans un an en ce même temps, je vous trouverai tous deux en vie, et Sarah aura un fils. Je n'ai point ri, répondit Sarah; et elle le nia, parce qu'elle était tout épouvantée. Non, dit-il, cela n'est pas ainsi, car vous avez ri.—Ces hommes s'étant donc levés de ce lieu, tournèrent leurs pas vers Sodome, et Abraham allant avec eux les reconduisit. Dieu lui fit connaître alors qu'il punirait les villes de Sodome et d'Amora, à cause de leurs grands péchés. Abraham intercéda pour les habitants de ces villes et sollicita instamment auprès de Dieu pour qu'il voulût leur pardonner et les ménager. Abraham avait tant fait, qu'il lui fut promis que ces deux villes seraient épargnées s'il s'y trouvait seulement dix justes. Mais ce petit nombre de dix ne s'y trouva même pas; tous étaient impies, tous viciés et corrompus. C'est pourquoi dès le lendemain matin, lorsque le soleil se levait sur la terre, une punition terrible leur fut infligée. Après que Lot, neveu d'Abraham, eut été emmené avec sa famille, l'Éternel fit descendre du ciel sur Sodome et sur Amora, une pluie de soufre et de feu, et il perdit ces villes avec tous leurs habitants, tout le pays d'alentour avec ceux qui l'habitaient, et tout ce qui avait vie sur la terre. Depuis ce jour toute cette contrée n'est qu'un lac salé et plein de soufre, en signe de la malédiction du ciel que s'attirent les crimes des hommes.

[pg 31]

Naissance d'Isaac. Sacrifice d'Abraham.

Après qu'Abraham eut changé de domicile, qu'il eut habité en Gerar, où il fut de nouveau éprouvé de Dieu, l'Éternel pensa à Sarah comme il avait dit; elle conçut et enfanta un fils en sa vieillesse, dans le temps que Dieu lui avait prédit. Abraham donna le nom d'Isaac (Jitzchak) à son fils né de Sarah, et il le circoncit le huitième jour, selon le commandement qu'il en avait reçu de Dieu, ayant alors cent ans; car ce fut à cet âge-là qu'il devint père d'Isaac. Et Sarah dit alors: Dieu m'a donné un sujet de ris et de joie; quiconque l'apprendra, s'en réjouira avec moi. Et elle ajouta: Qui croirait qu'on aurait jamais pu dire à Abraham, que Sarah nourrirait de son lait un fils qu'elle lui aurait enfanté lorsqu'il serait déjà vieux? Cependant l'enfant crût, et on le sevra, et Abraham fit un grand festin au jour qu'il fut sevré.

Après cela Dieu tenta Abraham, et lui dit: Abraham. Abraham répondit: Me voici. Dieu ajouta: Prenez Isaac votre fils unique, que vous aimez, et allez-vous en vers le pays de Morya et là sacrifiez-le en holocauste sur une des montagnes que je vous indiquerai. Abraham se leva de bon matin, prépara son âne, et prit avec lui deux serviteurs et son fils Isaac; il fendit aussi du bois pour l'holocauste, et partit pour se rendre à l'endroit que Dieu lui avait désigné. Le troisième jour, Abraham, levant les yeux, aperçut cet endroit de loin. Abraham dit alors à ses gens: Restez ici avec l'âne, tandis que moi et mon fils nous irons jusque là-bas pour nous prosterner, et nous [pg 32] reviendrons près de vous. Abraham prit ensuite le bois pour l'holocauste, le chargea sur son fils Isaac, prit le feu et le couteau dans sa main, et ils marchèrent ensemble. Isaac s'adressa ensuite à son père, et dit: Mon père! celui-ci dit: Me voici, mon fils; l'autre reprit: Voici bien le feu, le bois, mais où est donc l'agneau pour l'holocauste? Abraham répondit: Mon fils, Dieu se pourvoira d'un agneau pour un holocauste; et ils marchèrent ensemble. Ils arrivèrent à l'endroit que Dieu avait désigné; Abraham y éleva un autel sur lequel il rangea le bois: ensuite il lia Isaac et le plaça sur le bois; Abraham tendit la main, prit le couteau pour immoler son fils. Alors un ange cria vers lui du ciel, et dit: Abraham, Abraham! celui-ci répondit: Me voici. L'ange reprit: Ne tendez pas la main vers votre fils, et ne lui faites rien; car je sais maintenant que vous êtes un homme pieux, puisque vous ne m'avez pas même refusé votre fils, votre fils unique. Abraham levant les yeux, vit un bélier retenu par les cornes à un buisson; Abraham y alla, prit ce bélier et le sacrifia en holocauste en place de son fils. Abraham appela cet endroit Adonaï-Jiré (l'Éternel pourvoira). Un ange appela du ciel Abraham, pour la seconde fois, et dit: J'en jure par moi, que puisque vous avez obéi, et que vous n'avez pas refusé votre fils unique, je vous bénirai certainement, et je multiplierai vos enfants en aussi grand nombre que les étoiles du ciel et le sable qui se trouve sur le bord de la mer; votre postérité possédera la porte de ses ennemis; et c'est par votre postérité que toutes les nations de la terre seront bénies, parce que vous avez obéi à ma voix. Abraham retourna vers ses gens; ils se levèrent et allèrent ensemble à Beér-Chébâ, et Abraham s'y établit.

[pg 33] Après ces événements, il fut annoncé à Abraham, que Milca avait aussi donné des enfants à Nachor; savoir: son premier-né Outs, et son frère Bouse; ainsi que Kémouel, père d'Arame; et Késchède, Hazo, Pildach, Jidlaph et Bethouel; et Bethouel qui engendra Rebecca (Ribka); tel est le nom des huit enfants que Milca enfanta à Nachor, frère d'Abraham.

Mort de Sarah.—Isaac épouse Rebecca.—Mort d'Abraham.

Sarah ayant vécu cent vingt-sept ans, mourut à Kiriath-Arba, qui est Hebron, au pays de Chanaan. Abraham la pleura, en fit le deuil et l'enterra dans la caverne du champ de Machpéla, devant Mamré; laquelle terre Abraham avait achetée d'Ephron, en présence des enfants de Heth, pour quatre cents sicles d'argent. Le champ avec la caverne qui y était fut donc livré en cette manière, et assuré à Abraham par les enfants de Heth, afin qu'il le possédât comme un sépulcre qui lui appartenait légitimement.—Or Abraham était vieux et fort avancé en âge, et l'Éternel l'avait béni en toutes choses. Il dit donc au plus ancien de ses domestiques, qui avait l'intendance sur toute sa maison: Mettez votre main sous ma cuisse, afin que je vous fasse jurer par l'Éternel, le Dieu du ciel et de la terre, que vous ne prendrez aucune des filles des Chananéens parmi lesquels j'habite, pour la faire épouser à mon fils; mais que vous irez au pays où sont mes parents, afin d'y prendre une femme pour mon fils Isaac. Son serviteur lui répondit: Si la fille ne veut pas venir en ce pays-ci avec moi, voulez-vous que je remène votre fils au lieu [pg 34] d'où vous êtes sorti? Abraham lui répondit: Gardez-vous bien de remener mon fils en ce pays-là. L'Éternel, le Dieu du ciel, qui m'a tiré de la maison de mon père et du pays de ma naissance, qui m'a parlé et qui m'a juré en me disant: Je donnerai ce pays à votre postérité, enverra lui-même son ange devant vous, afin que vous preniez une femme de ce pays-là pour mon fils. Si la fille ne veut pas vous suivre, vous ne serez point obligé à votre serment; seulement ne ramenez jamais mon fils en ce pays-là. Ce serviteur mit donc sa main sous la cuisse d'Abraham son maître, et s'engagea par serment à faire ce qu'il lui avait ordonné. En même temps il prit dix chameaux du troupeau de son maître, porta avec lui tous ses biens, et s'étant mis en chemin, il alla droit à Arame Naharaïme en Mésopotamie, à la ville de Nachor. Étant arrivé sur le soir près d'un puits hors de la ville, au temps où les filles avaient accoutumé de sortir pour puiser de l'eau, et ayant fait reposer ses chameaux, il pria Dieu: Éternel, Dieu d'Abraham, mon maître, assistez-moi aujourd'hui, je vous prie, et faites miséricorde à Abraham mon seigneur. Et Dieu l'assista, lui fit connaître d'une manière miraculeuse Rebecca, fille de Béthouel, petite-fille de Nachor, frère d'Abraham. Il lui demanda s'il pouvait loger dans la maison de son père, elle lui répondit qu'il le recevrait avec plaisir. Elle courut donc l'annoncer à sa famille, et alla lui dire tout ce qu'elle avait entendu. Or Rebecca avait un frère nommé Laban, qui sortit aussitôt pour aller trouver cet homme près de la fontaine. Et ayant déjà vu aux mains de sa sœur les pendants d'oreilles et les bracelets que cet homme lui avait donnés, il vint à lui, lorsqu'il était encore près de la fontaine avec ses chameaux, et lui [pg 35] dit: Vous qui êtes béni de Dieu, pourquoi demeurez-vous dehors? Venez chez mon père, j'ai préparé la maison, et un lieu pour vos chameaux. Il le fit aussitôt entrer dans le logis; il déchargea ses chameaux, leur donna de la paille et du foin; et fit laver les pieds de cet homme et de ceux qui étaient venus avec lui. En même temps on lui servit à manger. Mais le serviteur lui dit: Je ne mangerai point jusqu'à ce que je vous aie proposé ce que j'ai à vous dire. Vous pouvez le faire, lui dit Laban. Et il leur parla ainsi: Je suis serviteur d'Abraham. L'Éternel a comblé mon maître de bénédictions et l'a rendu grand et riche. Il lui a donné des brebis, des bœufs, de l'argent, de l'or, des serviteurs et des servantes, des chameaux et des ânes. Sarah, la femme de mon maître, lui a enfanté un fils dans sa vieillesse, et mon maître lui a donné tout ce qu'il avait. Et il m'a fait jurer devant lui en me disant: Promettez-moi que vous ne prendrez aucune des filles des Chananéens dans le pays desquels j'habite, pour la faire épouser à mon fils, mais que vous irez à la maison de mon père, et que vous prendrez parmi ceux de ma parenté une femme pour mon fils... C'est pourquoi si vous avez véritablement dessein d'obliger mon maître, dites-le-moi. Si vous avez résolu autre chose, faites-le-moi connaître, afin que j'aille chercher une fille ailleurs. Laban et Béthouel répondirent: C'est Dieu qui parle en cette rencontre; nous ne pouvons vous dire autre chose que ce qui paraît conforme à sa volonté. Rebecca est entre vos mains, prenez-la et l'emmenez avec vous, afin qu'elle soit la femme du fils de votre maître, selon que l'Éternel s'en est déclaré. Le serviteur d'Abraham ayant entendu cette réponse, se prosterna contre terre, et adora l'Éternel. Il tira ensuite [pg 36] des vases d'or et d'argent, et de riches vêtements, dont il fit présent à Rebecca. Il donna aussi des présents à son frère et à sa mère. Ils firent ensuite le festin; ils mangèrent et burent, et demeurèrent ensemble ce jour-là. Le lendemain le serviteur s'étant levé le matin, leur dit: Permettez-moi de retourner vers mon maître. Le frère et la mère de Rebecca lui répondirent: Que notre enfant demeure au moins quelques jours avec nous, et après elle s'en ira. Je vous prie, dit le serviteur, de ne me point retenir davantage, puisque l'Éternel m'a conduit dans tout mon chemin. Permettez-moi d'aller retrouver mon maître. Ils lui dirent: Appelons Rebecca et sachons d'elle-même son sentiment. On l'appela donc; et elle, étant venue, ils lui demandèrent: Veux-tu bien aller avec cet homme? Je le veux bien, répondit-elle. Ils la laissèrent donc aller accompagnée de sa nourrice, avec le serviteur d'Abraham et ceux qui l'avaient suivi; et souhaitant toutes sortes de prospérités à Rebecca, ils lui dirent: Notre sœur, crois en mille et mille générations; et que ta postérité se mette en possession des villes de ses ennemis. Rebecca et ses filles montèrent donc sur les chameaux et suivirent cet homme, qui s'en retourna en grande diligence vers son maître. En ce même temps Isaac revenait du voyage au puits, appelé le puits de celui qui vit et qui voit; car il demeurait au pays du midi. Il était alors sorti dans le champ pour méditer, le jour étant sur son déclin. Et ayant levé les yeux, il vit de loin venir les chameaux. Rebecca ayant aussi aperçu Isaac, descendit de son chameau, et dit au serviteur: Qui est cette personne qui vient le long du champ au-devant de nous? C'est mon maître, lui dit-il. Elle prit aussitôt son voile et se couvrit. Le serviteur rendit compte à Isaac [pg 37] de tout ce qu'il avait fait. Alors Isaac fit entrer Rebecca dans la tente de Sarah sa mère, et la prit pour femme; et l'affection qu'il eut pour elle fut si grande, qu'elle tempéra la douleur que la mort de sa mère lui avait causée.

Abraham épousa ensuite une autre femme nommée Kétoura, qui lui enfanta plusieurs fils. Il donna à Isaac tout ce qu'il possédait, fit des présents aux fils de ses autres femmes, et de son vivant il les sépara de son fils Isaac, les faisant aller dans le pays qui regarde l'orient. Tout le temps de la vie d'Abraham fut de cent-soixante et quinze ans, et les forces lui manquant, il mourut après une heureuse vieillesse, étant fort âgé et rassasié de jours, et il fut réuni aux siens. Isaac et Ismaël, ses fils, l'enterrèrent dans la caverne de Machpéla, située dans le champ d'Ephrone, fils de Tsohar Héthéen, vis à vis de Mamré, qu'il avait acheté des enfants de Heth. C'est là qu'il fut enterré ainsi que Sarah, sa femme.

Naissance de Jacob et d'Ésaü.

Après la mort de son père, Isaac continua la vie nomade, vie habituelle aux Patriarches; il s'adonna aussi avec succès à l'agriculture. Dieu l'éprouva bien des fois, ainsi que son père Abraham, par la famine et par d'autres malheurs, mais toujours reconnu pieux et juste, l'Éternel le bénit comme il l'avait promis à Abraham. Isaac avait quarante ans lorsqu'il épousa Rebecca, mais elle était stérile. Il pria donc l'Éternel, et l'Éternel l'exauça en donnant à Rebecca la vertu de concevoir. Lorsque le temps, où elle devait être délivrée, fut arrivé, elle se trouva mère de [pg 38] deux enfants jumeaux. L'aîné des deux était roux, et tout velu, et fut nommé Ésaü (Esave), c'est-à-dire homme fait. Le second tenait de sa main le pied de son frère, et fut nommé Jacob, c'est-à-dire supplantateur. Isaac avait soixante ans lorsqu'il eut ces deux enfants. Quand ils furent grands, Ésaü devint habile à la chasse, homme des champs: Jacob, au contraire, homme simple, demeurait à la maison. Isaac aimait Ésaü; mais Rebecca aimait Jacob.

Primogéniture et bénédiction paternelle.

Un jour que Jacob avait préparé des lentilles, Ésaü les vit à son retour de la chasse, qui faisait son occupation ordinaire et désira les manger. Il dit donc à Jacob: Donne-moi de ce mets roux que tu as fait cuire, parce que je suis extrêmement las. Jacob lui dit: Vends-moi ton droit d'aînesse. Ésaü répondit: Je me meurs, de quoi me servira mon droit d'aînesse? Jure-le-moi donc, lui dit Jacob; Ésaü le lui jura, et lui vendit son droit d'aînesse. Et ainsi, ayant pris du pain et ce plat de lentilles, il mangea et but, et s'en alla, se mettant peu en peine d'avoir vendu son droit d'aînesse. Depuis lors, il fut nommé Édom, c'est-à dire roux (par allusion au plat de lentilles). Or, Ésaü ayant quarante ans, épousa Judith, fille de Beeri Héthéen, et Basemath, fille d'Elon du même pays; ce qui fut une cause de contrariétés pour Isaac et Rebecca.

Isaac étant devenu fort vieux, ses yeux s'obscurcirent de telle sorte, qu'il ne pouvait plus voir. Il appela donc Ésaü son fils aîné, et lui dit: Mon fils. Me voici, dit Ésaü. Son père ajouta: Tu vois que je suis fort âgé, et [pg 39] que j'ignore le jour de ma mort. Prends tes armes, ton carquois et ton arc, et sors; et lorsque tu auras pris quelque chose à la chasse, tu me l'apprêteras comme tu sais que je l'aime, et tu me l'apporteras afin que j'en mange, et que je te bénisse avant que je meure[3]. Rebecca entendit ces paroles, et Ésaü étant allé dans les champs pour faire ce que son père lui avait commandé, elle conseilla à son fils Jacob de lui apporter deux des meilleurs chevreaux. Elle les prépara comme elle savait que les aimait Isaac. Elle fit prendre ensuite à Jacob les plus beaux habits d'Ésaü, qu'elle gardait elle-même au logis. Elle lui mit autour des mains la peau de ces chevreaux, et lui en couvrit le cou, partout où il était découvert. Puis elle lui donna ce qu'elle avait préparé à manger. Jacob porta le tout devant Isaac et lui dit: Mon père! Je t'entends, dit Isaac: Qui es-tu, mon fils? Jacob lui répondit: Je suis Ésaü votre fils aîné[4]: j'ai fait ce que vous m'avez commandé. Levez-vous, asseyez-vous et mangez ma chasse, afin que vous me donniez votre bénédiction. Isaac dit encore à son fils: Mais comment as-tu pu, mon fils, en trouver sitôt? Il lui répondit: Dieu a voulu que ce que je désirais se présentât tout d'un coup à moi. Isaac dit encore: Approche-toi d'ici, mon fils, afin que je te touche, et que je reconnaisse si tu es mon fils Ésaü ou non. Jacob s'approcha de son père, et Isaac l'ayant tâté, dit: Pour la voix, c'est la voix de Jacob; [pg 40] mais les mains sont les mains d'Ésaü, et il ne le reconnut point, parce que ses mains étant couvertes de poils, parurent toutes semblables à celles de son aîné. Isaac le bénissant donc, lui dit: Es-tu mon fils Ésaü? Je le suis, répondit Jacob. Mon fils, ajouta Isaac, apporte-moi à manger de ta chasse, afin que je te bénisse. Jacob lui en présenta; et après qu'Isaac en eut mangé, il lui présenta aussi du vin qu'il but, Isaac lui dit ensuite: Approche-toi de moi, mon fils, et viens me baiser. Il s'approcha donc de lui et le baisa. Et aussitôt qu'Isaac eut senti la bonne odeur qui s'échappait de ses habits, il lui dit en le bénissant: L'odeur qui sort de mon fils, est semblable à celle d'un champ que l'Éternel a comblé de ses bénédictions. Que Dieu te donne une grande abondance de blé et de vin, de la rosée du ciel et de la graisse de la terre. Que les peuples te soient assujettis et que les tribus t'adorent. Sois le seigneur de tes frères, et que les enfants de ta mère s'abaissent profondément devant toi. Que celui qui te maudira soit maudit lui-même; et que celui qui te bénira, soit comblé de bénédictions. Isaac ne faisait que d'achever ces paroles, et Jacob était à peine sorti, qu'Ésaü entra; et que, présentant à son père ce qu'il avait apprêté de sa chasse, il lui dit: Levez-vous, mon père, et mangez de la chasse de votre fils, afin que vous me donniez votre bénédiction. Isaac lui dit: Qui es-tu donc? Ésaü lui répondit: Je suis Ésaü votre fils aîné. Isaac fut grandement surpris de ce qui était arrivé; il lui dit: Qui est donc celui qui m'a déjà apporté de ce qu'il avait pris à la chasse, et qui m'a fait manger de tout avant que tu vinsses? Je lui ai donné ma bénédiction, et il sera béni. Ésaü, à ces paroles de son père, jeta un cri de fureur, et dans une extrême consternation, il lui dit: [pg 41] Donnez-moi aussi votre bénédiction, mon père. Isaac lui répondit: «Ton frère est venu me surprendre, et il a reçu la bénédiction qui t'était due.—C'est avec raison, dit Ésaü, qu'il a été appelé Jacob, c'est-à-dire supplantateur; car voici la seconde fois qu'il m'a supplanté. Il m'a enlevé auparavant mon droit d'aînesse; et présentement il vient encore de me dérober la bénédiction qui m'était due. Mais, mon père, ajouta Ésaü, ne m'avez-vous donc point réservé aussi une bénédiction?» Isaac lui répondit: «Je l'ai établi ton seigneur, et j'ai assujetti à sa domination tous ses frères; je l'ai affermi dans la possession du blé et du vin; et après cela, mon fils, que me reste-t-il que je puisse faire pour vous?» Ésaü lui repartit: «N'avez-vous donc, mon père, qu'une seule bénédiction? Je vous conjure de me bénir aussi.» Il jeta ensuite de grands cris mêlés de larmes, et Isaac en étant touché, lui dit: «Ta demeure sera dans la graisse de la terre et dans la rosée du ciel qui vient d'en haut; tu vivras de l'épée, tu serviras ton frère, et le temps viendra que tu secoueras son joug, et que tu t'en délivreras.»

Ésaü haïssait donc toujours Jacob à cause de cette bénédiction qu'il avait reçue de son père; et il disait en lui-même: «Les jours de deuil de mon père approcheront, et alors je tuerai mon frère Jacob.»

Voyage de Jacob.—Il arrive chez Laban et y demeure.

Les paroles d'Ésaü ayant été rapportées à Rebecca, elle envoya querir son fils Jacob, et lui dit: «Voilà ton frère Ésaü qui menace de te tuer. Mais, mon fils, crois-moi, hâte-toi de te retirer vers mon frère Laban qui est à Haran. [pg 42] Tu demeureras quelque temps avec lui, jusqu'à ce que la fureur de ton frère s'apaise, que sa colère se passe, et qu'il oublie ce que tu as fait contre lui. J'enverrai ensuite pour te faire revenir ici. Pourquoi perdrais-je mes deux enfants en un même jour?» Rebecca dit ensuite à Isaac: «La vie m'est devenue ennuyeuse à cause des filles de Heth. Si Jacob épouse une fille de ce pays-ci, je ne veux plus vivre.» Isaac ayant donc appelé Jacob, le bénit, et lui fit ce commandement: «Ne prends point, lui dit-il, de femme d'entre les filles de Chanaan; mais va en Mésopotamie qui est en Syrie, en la maison de Béthouel, père de ta mère, et épouse une des filles de Laban, ton oncle. Que le Dieu tout-puissant te bénisse, qu'il accroisse et qu'il multiplie ta postérité; afin que tu sois le chef d'une assemblée de peuples. Qu'il te donne, et à ta postérité après toi, les bénédictions qu'il a promises à Abraham, et qu'il te fasse posséder la terre où tu demeures comme étranger, et qu'il a promise à ton aïeul.» Jacob ayant pris congé d'Isaac, partit pour se rendre en Mésopotamie, chez Laban, et étant venu en un certain lieu, comme il voulut s'y reposer après le coucher du soleil, il prit une des pierres qui étaient là, et la mit sous sa tête, et s'endormit dans ce même lieu. Alors il vit en songe une échelle, dont le pied était appuyé sur la terre, et dont le haut touchait au ciel, et des anges de Dieu montaient et descendaient le long de l'échelle. L'Éternel se tenait au-dessus, et dit: «Je suis l'Éternel, le Dieu d'Abraham votre père, et le Dieu d'Isaac; je vous donnerai, ainsi qu'à votre postérité, la terre sur laquelle vous êtes couché. Votre postérité sera nombreuse comme la poussière de la terre, vous vous étendrez à l'occident, à l'orient, vers le nord et vers le midi; avec vous et votre postérité seront bénies toutes les familles de la terre. Je [pg 43] serai votre protecteur partout où vous irez, je vous ramènerai dans ce pays, et je ne vous quitterai point que je n'aie accompli tout ce que je vous ai dit.» Jacob s'étant éveillé après son sommeil, dit ces paroles: «L'Éternel est vraiment en ce lieu-ci, et je ne le savais pas.» Et dans la frayeur dont il se trouva saisi, il ajouta: «Que ce lieu est redoutable! C'est véritablement la maison de Dieu, et voici la porte du ciel.» Jacob se levant donc le matin, prit la pierre qu'il avait mise sous sa tête, et l'érigea comme un monument, répandant de l'huile dessus. Il donna aussi le nom de Bethel, c'est-à-dire, maison de Dieu, à la ville qui auparavant s'appelait Luze. Et il fit ce vœu en même temps, disant: «Si Dieu est avec moi, s'il me protége dans le chemin par lequel je marche, et me donne du pain pour me nourrir, et des vêtements pour me vêtir; et si je retourne heureusement en la maison de mon père, l'Eternel sera mon Dieu; et cette pierre que j'ai dressée comme un monument sera la maison de Dieu; et je vous offrirai, Eternel, la dîme de tout ce que vous m'aurez donné.»

Jacob continua alors son chemin, et arriva au pays qui était vers l'orient. Il entra dans un champ où il vit un puits, et trois troupeaux de brebis qui se reposaient auprès; car c'était de ce puits qu'on abreuvait les troupeaux, et l'entrée en était fermée avec une grande pierre. C'était la coutume de ne lever la pierre que lorsque tous les troupeaux étaient assemblés; et après qu'ils avaient bu, on la remettait sur l'ouverture du puits. Jacob dit donc aux pasteurs: «Mes frères, d'où êtes-vous?» Ils lui répondirent: «De Haran.» Jacob ajouta: «Ne connaissez-vous point Laban, fils de Nachor?» Ils lui dirent: «Nous le connaissons. Se porte-t-il bien?» dit Jacob. Ils lui répondirent: «Il se porte bien, et voilà sa fille Rachel qui vient ici avec son troupeau.» [pg 44] Jacob leur dit: «Il reste encore beaucoup de jour, et il n'est pas temps de remener les troupeaux dans l'étable: faites donc boire présentement les brebis, et ensuite vous les remènerez paître.» Ils lui répondirent: «Nous ne pouvons le faire, jusqu'à ce que tous les troupeaux soient assemblés, et que nous ayons ôté la pierre de dessus le puits, pour leur donner à boire à tous ensemble.» Ils parlaient encore, lorsque Rachel arriva avec les brebis de son père, car elle menait paître elle-même le troupeau. Jacob l'ayant vue, et sachant qu'elle était sa cousine germaine, et que ces troupeaux étaient à Laban son oncle, ôta la pierre qui fermait le puits. Et ensuite ayant fait boire son troupeau, il l'embrassa en haussant sa voix et en pleurant; car il lui avait dit qu'il était le fils de Rebecca, la sœur de Laban. Rachel courut aussitôt le dire à son père, lequel ayant appris que Jacob, fils de sa sœur, était venu courut au-devant de lui, et l'ayant embrassé plusieurs fois, le mena en sa maison. Lorsqu'il eut appris de lui-même le sujet de son voyage, il lui dit: «Vous êtes ma chair et mon sang,» et il le traita avec hospitalité. Jacob demeura donc pendant plusieurs années dans la maison de Laban; il en épousa les deux filles, Léa et Rachel, après s'être obligé à servir sept ans pour chacune d'elle. Ces deux femmes, avec leurs deux servantes Bilha et Silpa, donnèrent à Jacob douze fils et une fille.

Retour de Jacob et sa rencontre avec Ésaü.

Après avoir été vingt ans au service de Laban, Jacob était devenu entièrement riche, il eut de grands troupeaux, [pg 45] des serviteurs et des servantes, des chameaux et des ânes. Il entendit alors les enfants de Laban qui s'entre-disaient: «Jacob a enlevé tout ce qui était à notre père, et il est devenu puissant en s'enrichissant de son bien. Il remarqua aussi que Laban ne le regardait pas du même œil qu'auparavant. Et de plus Dieu lui fit connaître sa volonté de retourner au pays de ses pères et vers sa famille. Il envoya donc querir Rachel et Léa, et les fit venir dans le champ où il faisait paître ses troupeaux; et il leur dit: «Je vois que votre père ne me regarde plus du même œil dont il me regardait ci-devant; cependant le Dieu de mon père a été avec moi, et vous savez vous-mêmes que j'ai servi votre père de toutes mes forces. Il a même usé envers moi de tromperie, en changeant dix fois ce que je devais avoir pour récompense, quoique Dieu ne lui ait pas permis de me faire tort. Lorsqu'il a dit que les animaux de diverses couleurs seraient pour moi, toutes les brebis ont eu des petits de diverses couleurs. Et lorsqu'il a dit au contraire que tout ce qui serait blanc serait pour moi, tout ce qui est né des troupeaux a été blanc. Ainsi Dieu a ôté le bien de votre père pour me le donner. Et l'ange de Dieu m'a dit en songe: «Jacob, j'ai vu tout ce que Laban vous a fait. Je suis le Dieu de Bethel, où vous avez oint la pierre et où vous m'avez fait un vœu. Sortez donc promptement de cette terre, et retournez au pays de votre naissance.» Rachel et Léa lui répondirent: «Nous reste-t-il quelque chose du bien et de la part que nous devions avoir dans la maison de notre père? Ne nous a-t-il pas traitées comme des étrangères? Ne nous a-t-il pas vendues, et n'a-t-il pas mangé tout ce qui nous était dû pour notre travail? Mais Dieu a pris les richesses de notre père et nous les a données et à nos enfants: c'est pourquoi [pg 46] faites tout ce que Dieu vous a commandé.» Jacob fit donc monter aussitôt ses femmes et ses enfants sur des chameaux; et emmenant avec lui tout ce qu'il avait, ses troupeaux, et généralement ce qu'il avait acquis en Mésopotamie, il se mit en chemin pour s'en aller retrouver Isaac son père au pays de Chanaan. Il envoya en même temps des gens devant lui pour donner avis de sa venue à son frère Esaü en la terre de Seïr au pays d'Edom; et il leur donna cet ordre: «Voici la manière dont vous parlerez à Esaü mon seigneur: Jacob votre frère vous envoie dire ceci: J'ai demeuré comme étranger chez Laban, et j'y ai été jusqu'aujourd'hui. J'ai des bœufs, des ânes, des brebis, des serviteurs et des servantes; et j'envoie maintenant vers mon seigneur, afin que je trouve grâce devant lui.» Ceux que Jacob avait envoyés revinrent lui dire: «Nous avons été vers votre frère Esaü, et le voici qui vient lui-même en grande hâte au-devant de vous avec quatre cents hommes.» A ces mots Jacob eut une grande peur; et dans la frayeur dont il fut saisi, il divisa en deux bandes tous ceux qui étaient avec lui, et les troupeaux, les brebis, les bœufs et les chameaux, en disant: «Si Esaü vient attaquer une des troupes, l'autre qui restera sera sauvée. Jacob dit ensuite: «Dieu d'Abraham mon père, Dieu de mon père Isaac, Éternel qui m'as dit: «Retournez dans votre pays, et au lieu de votre naissance, et je vous comblerai de bienfaits;» je suis indigne de toutes vos miséricordes, et de la vérité que vous avez gardée dans toutes les promesses que vous avez faites à votre serviteur. J'ai passé ce fleuve du Jourdain, n'ayant qu'un bâton, et je retourne maintenant avec ces deux troupes. Délivrez-moi, je vous prie, de la main de mon frère Esaü, parce que je le crains extrêmement, de peur qu'à son arrivée il ne passe au fil de l'épée la mère avec les enfants. [pg 47] Souvenez-vous que vous m'avez promis de me combler de biens, et de multiplier ma postérité comme le sable de la mer, dont la quantité est innombrable.» Jacob prit alors de ce qu'il avait avec lui pour en faire un présent à son frère Esaü. «Car, dit-il, je veux l'apaiser par le présent qui marche devant moi, et ensuite je le verrai en face; peut-être qu'il m'accueillera favorablement.» Jacob passa la nuit en ce lieu-là, qu'il appela Phanuel, c'est-à-dire, la face de Dieu (c'est en ce lieu qu'il reçut le nom d'Israël). Le lendemain Jacob levant les yeux, vit Esaü qui s'avançait avec quatre cents hommes, et il partagea les enfants de Léa, de Rachel, et des deux servantes. Il mit à la tête les deux servantes avec leurs enfants; Léa et ses enfants, au second rang; Rachel et Joseph au dernier. Et lui, s'avançant vers Esaü, se prosterna sept fois en terre jusqu'à ce que son frère fût proche de lui. Alors Esaü courut au-devant de son frère, l'embrassa, le serra étroitement, en versant des larmes. Et ayant levé les yeux, il vit les femmes et leurs enfants, et il dit à Jacob: «Qui sont ceux-là? sont-ils à vous?» Jacob lui répondit: «Ce sont les petits enfants que Dieu a donnés à votre serviteur.» Et les servantes s'approchant avec leurs enfants, le saluèrent profondément. Léa s'approchant ensuite avec ses enfants, le salua aussi, Joseph et Rachel le saluèrent les derniers. Alors Esaü lui dit: «Quelles sont ces troupes que j'ai rencontrées?» Jacob lui répondit: «Je les ai envoyées pour trouver grâce devant mon seigneur.» Esaü lui répondit: «J'ai des biens en abondance, mon frère; gardez pour vous ce qui est à vous.» Jacob ajouta: «N'en usez pas ainsi, je vous prie; mais si j'ai trouvé grâce devant vous, recevez de ma main ce petit présent, car j'ai vu aujourd'hui votre face comme on voit la face de Dieu, vous m'avez accueilli [pg 48] avec bonté.» Esaü, après ces instances de son frère, accepta ce qu'il lui donnait. Depuis lors les deux frères furent donc de nouveau réconciliés. En se séparant l'un de l'autre Jacob se dirigea vers Hébron pour voir son père, lequel mourut bientôt après, à l'âge de cent quatre-vingts ans, ensuite il s'établit dans les environs de Bethel.

Joseph vendu par ses frères.

Jacob avait douze fils et une fille: les fils de Léa étaient Ruben l'aîné de tous, Siméon (Schimon), Lévi, Juda, Issachar et Zebulun. Les fils de Rachel étaient Joseph et Benjamin. Les fils de Bilha, servante de Rachel, Dan et Nephthali. Les fils de Zilpa, servante de Léa, Gad et Aser (Ascher). La fille s'appelait Dina, Léa en était la mère.

Joseph, fils de Rachel, âgé de dix-sept ans, conduisait le troupeau de son père avec ses frères, et il était avec les enfants de Bilha et de Zilpa, femmes de son père. Il rapportait alors à leur père leurs mauvais discours. Jacob aimait Joseph plus que tous ses autres enfants, parce qu'il l'avait eu étant déjà vieux, et il lui avait fait faire une robe de plusieurs couleurs. Ses frères voyant donc que leur père l'aimait plus que tous ses autres enfants, le haïssaient, et ne pouvaient lui parler avec douceur. Il arriva aussi que Joseph rapporta à ses frères un songe qu'il avait eu, ce qui fut encore la source d'une plus grande haine. Car il leur dit: «Écoutez le songe que j'ai eu. Il me semblait que je liais avec vous des gerbes dans les champs; que ma gerbe se levait et se tenait debout, et que les vôtres étant [pg 49] autour de la mienne, se prosternaient devant elle.» Ses frères lui répondirent: «Est-ce que tu seras notre roi, et serons-nous soumis à ta puissance?» Ces songes et ces entretiens allumèrent donc encore davantage l'envie et la haine qu'ils avaient contre lui. Il eut encore un autre songe qu'il raconta à ses frères en leur disant: «J'ai cru voir en songe que le soleil et la lune et onze étoiles se prosternaient devant moi.» Lorsqu'il eut rapporté ce songe à son père et à ses frères, son père lui en fit réprimande, et lui dit: «Que voudrait dire ce songe que tu as eu? Est-ce que ta mère, tes frères et moi nous viendrons nous prosterner à terre devant toi?» Ainsi ses frères étaient transportés d'envie contre lui: mais le père considérait tout ceci avec attention et dans le silence.—Il arriva alors que les frères de Joseph s'arrêtèrent à Sichem, où ils faisaient paître les troupeaux de leur père. Et Jacob dit à Joseph: «Tes frères font paître nos brebis dans le pays de Sichem. Viens donc, et je t'enverrai vers eux.»—«Je suis tout prêt, lui dit Joseph.» Jacob ajouta: «Va voir si tes frères se portent bien, et si les troupeaux sont en bon état; et tu me rapporteras ce qui se passe.» Ayant donc été envoyé dans la vallée d'Hébron, il vint à Sichem: et un homme l'ayant trouvé errant dans la campagne, lui demanda ce qu'il cherchait. Il lui répondit: «Je cherche mes frères; je vous prie de me dire où ils font paître leurs troupeaux.» Cet homme lui répondit: «Ils se sont retirés de ce lieu, et j'ai entendu qu'ils se disaient: «Allons vers Dothain.» Joseph alla donc après ses frères; et il les trouva dans la plaine de Dothain. Lorsqu'ils l'eurent aperçu de loin, avant qu'il se fût approché d'eux ils résolurent de le tuer: et ils se dirent les uns aux autres: «Voici notre songeur qui vient. Allons, tuons-le, et le jetons dans cette vieille citerne: nous dirons qu'une bête sauvage l'a [pg 50] dévoré; et après cela on verra à quoi ses songes lui auront servi.» Ruben les ayant entendus parler ainsi, tâchait de le tirer d'entre leurs mains, et il leur disait: «Ne le tuez point, et ne répandez pas son sang; mais jetez-le dans cette citerne qui est dans le désert, et conservez vos mains pures.» Il disait ceci dans le dessein de le tirer de leurs mains, et de le rendre à son père. Aussitôt donc que Joseph fut arrivé près de ses frères, ils lui ôtèrent sa robe de plusieurs couleurs, qui le couvrait jusqu'en bas, et ils le jetèrent dans cette vieille citerne qui était sans eau. S'étant ensuite assis pour manger, ils virent des Ismaélites qui passaient, et qui, venant de Giléad, portaient sur leurs chameaux des parfums, de la résine et de la myrrhe, et s'en allaient en Égypte. Alors Juda dit à ses frères: «Que nous servira d'avoir tué notre frère et d'avoir caché sa mort? Il vaut mieux le vendre à ces Ismaélites, et ne point souiller nos mains de son sang; car il est notre frère et notre chair.» Ses frères consentirent à ce qu'il disait. L'ayant donc tiré de la citerne, et voyant ces marchands midianites qui passaient, ils le vendirent vingt pièces d'argent aux Ismaélites, qui le menèrent en Égypte. Ruben étant retourné à la citerne, et n'y ayant point trouvé Joseph, déchira ses vêtements, et vint dire à ses frères: «L'enfant ne paraît plus, que deviendrai-je?» Après cela ils prirent la robe de Joseph, et l'ayant trempée dans le sang d'un chevreau qu'ils avaient tué, ils l'envoyèrent à son père, lui faisant dire par ceux qui la lui portaient: «Voici une robe que nous avons trouvée, voyez si c'est celle de votre fils, ou non.» Le père l'ayant reconnue, dit: «C'est la robe de mon fils; une bête cruelle l'a dévoré, une bête a dévoré Joseph!» Et ayant déchiré ses vêtements, il se couvrit d'un cilice, pleurant son fils très-longtemps. Alors tous ses enfants s'assemblèrent, pour [pg 51] tâcher de soulager leur père dans sa douleur: mais il ne voulait point recevoir de consolation, et il leur dit: «Je pleurerai tous les jours jusqu'à ce que je descende avec mon fils au fond de la terre.» Ainsi il continua toujours de pleurer.—Cependant les Midianites vendirent Joseph en Égypte à Putiphar, seigneur de la cour de Pharaon, chef des gardes du corps.

Joseph est mis en prison.

Dieu était avec Joseph; celui-ci était un homme auquel tout réussissait dans la maison de Putiphar, son maître. Il trouva donc grâce devant son maître, se donna tout entier à son service, et ayant reçu de lui l'autorité sur toute sa maison, il la gouvernait et prenait soin de tout ce qui lui avait été mis entre les mains. Or Joseph était beau de visage, et très-agréable. Au bout de quelque temps sa maîtresse jeta les yeux sur lui, et essaya de l'entraîner à commettre une mauvaise action. Mais il n'y consentit pas, il disait: «Comment pourrai-je commettre un si grand crime, et pécher contre Dieu?» Or il arriva un jour que Joseph étant entré dans la maison et y faisant quelque chose sans que personne fût présent, sa maîtresse le prit par son manteau, et voulut le forcer à pécher. Mais il lui laissa son manteau entre les mains et s'enfuit. Cette femme se voyant le manteau entre les mains, et dans la douleur d'avoir été méprisée, appela les gens de sa maison, et leur dit en parlant de son mari: «On nous a amené ici cet Hébreu pour nous faire insulte; il est venu à moi dans le dessein [pg 52] de me corrompre, et m'étant mise à crier, lorsqu'il a entendu ma voix, il m'a laissé son manteau que je tenais, et s'en est enfui dehors.» Lors donc que son mari fut retourné en sa maison, elle lui montra ce manteau qu'elle avait retenu comme une preuve de sa fidélité, et lui dit: «Cet esclave hébreu que vous nous avez amené, est venu pour me corrompre.» Le maître de Joseph, trop crédule aux accusations de sa femme, entra, à ces paroles, dans une grande colère, et fit mettre Joseph en la prison où l'on gardait ceux que le roi faisait arrêter.—Il était donc renfermé en ce lieu-là. Mais Dieu fut avec Joseph: il en eut compassion, et lui fit trouver grâce devant le gouverneur de la prison, qui lui remit le soin de tous ceux qui y étaient enfermés. Il ne se faisait rien que par son ordre. Et le gouverneur lui ayant tout confié, ne prenait connaissance de quoi que ce fût, parce que Dieu était avec Joseph, et qu'il le faisait réussir en toutes choses.

Joseph explique des songes. Il est délivré et élevé à la dignité de prince.

Il arriva ensuite que deux grands officiers du roi d'Égypte, son grand échanson et son grand panetier, offensèrent leur seigneur. Et Pharaon étant en colère contre ces deux officiers, les fit mettre dans la prison du général de ses troupes, où Joseph était prisonnier. Le gouverneur de la prison les mit entre les mains de Joseph, qui les servait et avait soin d'eux. Quelque temps se passa pendant lequel ils demeurèrent toujours prisonniers. Il arriva qu'ils [pg 53] eurent, tous les deux, un songe dans une même nuit. Ce songe marquait ce qui devait arriver à chacun d'eux. Joseph étant entré le matin où ils étaient, et les ayant vus tristes, leur en demanda le sujet, et leur dit: «D'où vient que vous avez le visage plus abattu aujourd'hui qu'à l'ordinaire?» Ils lui répondirent: «Nous avons eu cette nuit un songe, et nous n'avons personne pour nous l'expliquer.» Joseph leur dit: «N'est-ce pas à Dieu qu'il appartient de donner l'interprétation des songes? Dites-moi ce que vous avez vu[5].» Le grand échanson lui rapporta le premier son songe en ces termes: «Il me semblait que je voyais devant moi un cep de vigne, où il y avait trois provins, qui poussaient peu à peu, premièrement des boutons, ensuite des fleurs, et à la fin des raisins mûrs; et qu'ayant dans la main la coupe de Pharaon, j'ai pris ces grappes de raisin, je les ai pressées dans la coupe que je tenais et en ai donné à boire au [pg 54] roi.» Joseph lui dit: «Voici l'interprétation de votre songe: Les trois provins de la vigne marquent trois jours, après lesquels Pharaon se souviendra du service que vous lui avez rendu: il vous rétablira dans votre première charge, et vous lui présenterez à boire selon que vous étiez accoutumé de le faire auparavant, dans le rang que vous teniez. Seulement souvenez-vous de moi, je vous prie, quand ce bonheur vous sera arrivé, et rendez-moi ce bon office, de supplier Pharaon qu'il daigne me tirer de la prison où je suis, parce que j'ai été enlevé par fraude et par violence du pays des Hébreux et que l'on m'a renfermé ici innocent.» Le grand panetier voyant qu'il avait interprété ce songe si sagement, lui dit: «J'ai eu aussi un songe. Il me semblait que je portais sur ma tête trois corbeilles de farine, et qu'en celle qui était au-dessus des autres, il y avait de tout ce qui se peut apprêter avec la pâte pour servir sur une table, et que les oiseaux venaient en manger.» Joseph lui répondit: «Voici l'interprétation de votre songe. Les trois corbeilles signifient que vous avez encore trois jours à vivre, après lesquels Pharaon vous fera couper la tête, et vous fera ensuite attacher à une potence, où les oiseaux déchireront votre chair.» Le troisième jour suivant étant celui de la naissance de Pharaon, il fit un grand festin à ses serviteurs, pendant lequel il se souvint du grand échanson et du grand panetier. Il rétablit l'un dans sa charge, et il fit attacher l'autre à une potence, ce qui vérifia l'interprétation que Joseph avait donnée à leurs songes. Cependant le grand échanson se voyant rentré en faveur après sa disgrâce, ne se souvint plus de son interprète.

Deux ans après Pharaon eut un songe. Il lui semblait qu'il était sur le bord du fleuve du Nil, d'où sortaient sept [pg 55] vaches fort belles et extrêmement grasses, qui paissaient dans des marécages; qu'ensuite il en sortit sept autres toutes laides et extraordinairement maigres, qui paissaient aussi sur le bord du même fleuve, et que ces dernières dévorèrent les premières, qui étaient si grasses et si belles. Pharaon s'étant éveillé, se rendormit, et il eut un second songe. Il vit sept épis pleins de grains et très-beaux, qui sortaient d'une même tige. Il en vit aussi paraître sept autres fort maigres, qu'un vent brûlant avait desséchés, et ces derniers dévorèrent les premiers, qui étaient si beaux. Pharaon s'étant éveillé, fut saisi de frayeur; et ayant envoyé dès le matin chercher tous les magiciens et tous les sages d'Égypte, il leur raconta son songe, sans qu'il s'en trouvât un seul qui pût l'interpréter. Le grand échanson s'étant enfin souvenu de Joseph, dit au roi: «Je confesse ma faute. Lorsque le roi, étant en colère contre ses serviteurs, commanda que je fusse mis avec le grand panetier dans la prison, nous eûmes tous deux en une même nuit un songe, qui nous prédisait ce qui nous arriva ensuite. Il y avait alors en cette prison un jeune homme hébreu à qui nous racontâmes chacun notre songe. Il nous dit tout ce que l'événement confirma depuis: car je fus rétabli dans ma charge, et le grand panetier fut pendu.» Aussitôt Joseph fut tiré de la prison par ordre du roi; on le rasa, on le fit changer d'habits et on le présenta devant ce prince. Alors Pharaon lui dit: «J'ai eu des songes, et je ne trouve personne qui les interprète; mais l'on m'a dit que vous aviez une grande lumière pour les expliquer.» Joseph lui répondit: «Ce sera Dieu, et non pas moi, qui rendra au roi une réponse favorable.» Pharaon lui raconta donc ses deux songes, l'un des sept vaches grasses et des maigres, et l'autre des épis pleins et des desséchés. Et il ajouta: «J'ai [pg 56] dit mon songe à tous les magiciens et à tous les sages, et je n'en trouve point qui me l'explique. Joseph répondit: «Les deux songes du roi signifient la même chose: Dieu a montré à Pharaon ce qu'il fera dans la suite. Les sept vaches si belles et les sept épis si pleins de grains, que le roi a vus en songe, marquent la même chose, et signifient sept années d'abondance. Les sept vaches maigres et défaites, qui sont sorties du fleuve après les sept grasses, et les sept épis maigres et frappés d'un vent brûlant, marquent sept années d'une famine qui doit arriver. Et ceci s'accomplira de cette sorte. Il viendra premièrement sept années d'une fertilité extraordinaire dans toute l'Égypte, qui seront suivies de sept autres d'une si grande stérilité, qu'elle fera oublier toute l'abondance qui l'aura précédée, car la famine consumera tout le pays; et cette fertilité si extraordinaire sera comme absorbée par l'extrême indigence qui doit la suivre. Quant au second songe que vous avez eu, qui signifie la même chose, c'est une marque que cette parole de Dieu sera ferme et qu'elle s'accomplira infailliblement et bientôt. Il est donc de la prudence du roi de choisir un homme sage et habile, à qui il donne le commandement sur toute l'Égypte, afin qu'il établisse des officiers dans toutes les provinces, qui, pendant les sept années de fertilité qui vont venir, amassent dans les greniers publics la cinquième partie des fruits de la terre; que tout le blé ainsi amassé soit mis sous la puissance du roi, et qu'on le conserve dans les villes, afin qu'il soit tout préparé pour les sept années de la famine qui doit accabler l'Égypte, et que ce pays ne soit pas consumé par la faim.» Ce conseil plut à Pharaon et à tous ses ministres: et il leur dit: «Où pourrions-nous trouver un homme comme celui-ci, qui fût aussi rempli qu'il l'est de l'esprit de Dieu?» [pg 57] Il dit donc à Joseph: «Puisque Dieu vous a fait voir tout ce que vous avez dit, où pourrais-je trouver quelqu'un plus sage que vous, ou même semblable à vous? Ce sera donc vous qui aurez l'autorité sur ma maison. Quand vous ouvrirez la bouche pour commander, tout le peuple vous obéira, et je n'aurai au-dessus de vous que le trône et la qualité de roi.» Pharaon dit encore à Joseph: «Je vous établis aujourd'hui pour commander à toute l'Egypte.» En même temps il ôta son anneau de sa main et le mit en celle de Joseph: il le fit revêtir d'une robe de fin lin et lui mit au cou un collier d'or. Il le fit ensuite monter sur l'un de ses chars, qui était le premier après le sien, et fit crier par un héraut, que tout le monde eût à fléchir le genou devant lui, et que tous reconnussent qu'il avait été établi pour commander à toute l'Égypte. Le roi dit encore à Joseph: «Je suis Pharaon; nul ne remuera ni le pied ni la main dans toute l'Égypte que par votre commandement.» Il changea aussi son nom, et l'appela en langue égyptienne, Tsaphnath Panéach, c'est-à-dire, homme à qui les choses cachées sont découvertes. Et il lui fit ensuite épouser Aseneth, fille de Potiphéra, prêtre d'One. Après cela, Joseph alla visiter l'Égypte (il avait trente ans lorsqu'il parut devant le roi Pharaon). Les sept années de fertilité vinrent donc; et le blé ayant été mis en gerbes, fut serré ensuite dans les greniers d'Égypte. On mit aussi en réserve, dans toutes les villes, une grande abondance de grains. Car il y eut une si grande quantité de froment, qu'elle égalait le sable de la mer, et qu'elle ne pouvait pas même se mesurer. Avant que la famine vînt, Joseph eut deux enfants de sa femme Aseneth. Il nomma l'aîné Manassé (Menaché), qui signifie oubli, en disant: Dieu m'a fait oublier toute ma peine et toute la maison de mon [pg 58] père.» Il nomma le second Ephraïm, qui signifie fructification ou accroissement, en disant: «Dieu m'a fait croître et fructifier dans le pays de mon affliction et de ma pauvreté.» Ces sept années de la fertilité d'Egypte étant donc passées, les sept années de stérilité vinrent ensuite, selon la prédiction de Joseph. Une grande famine survint dans tous les pays; mais il y avait du blé dans toute l'Egypte. Le peuple étant pressé de la famine, cria à Pharaon et lui demanda de quoi vivre. Alors il leur dit: «Allez trouver Joseph et faites tout ce qu'il vous dira.» Cependant la famine croissait tous les jours dans tous le pays; et Joseph ouvrant tous les greniers, vendait du blé aux Egyptiens, parce qu'ils étaient tourmentés eux-mêmes de la famine. Et on venait de tous les pays en Egypte pour acheter de quoi vivre et pour trouver quelque soulagement dans la rigueur de cette famine.

Les frères de Joseph vont en Égypte.

La famine se fit aussi sentir dans le pays de Chanaan. Cependant Jacob ayant ouï dire qu'on vendait du blé en Égypte, dit à ses enfants: «Pourquoi négligez-vous ce qui regarde notre soulagement? J'ai appris qu'on vend du blé en Egypte; allez-y acheter ce qui nous est nécessaire, afin que nous puissions vivre, et que nous ne mourions pas de faim.» Les dix frères de Joseph allèrent donc en Egypte pour y acheter du blé; car Jacob retint Benjamin avec lui, ayant dit à ses enfants qu'il craignait qu'il ne lui arrivât quelque accident dans le chemin. Ils entrèrent dans [pg 59] l'Egypte avec les autres qui y allaient pour acheter du blé, parce que la famine était dans tous les pays. Joseph commandait dans toute l'Egypte, et le blé ne se vendait aux peuples que par son ordre. Ses frères vinrent et se prosternèrent devant lui la face contre terre. Joseph voyant ses frères les reconnut, et leur parlant assez rudement, comme à des étrangers, il leur dit: «D'où venez-vous?» Ils lui répondirent: «Nous venons du pays de Chanaan pour acheter ici de quoi vivre.» Et, quoiqu'il connût bien ses frères, il n'en était pas néanmoins reconnu. Alors se souvenant des songes qu'il avait eus autrefois, il leur dit: «Vous êtes des espions, et vous êtes venus ici pour examiner les endroits les plus faibles de l'Egypte.» Ils lui répondirent: «Seigneur, cela n'est pas ainsi; mais vos serviteurs sont venus ici seulement pour acheter du blé. Nous sommes tous enfants d'un seul homme; nous venons avec des pensées de paix, et vos serviteurs n'ont aucun mauvais dessein.» Joseph leur répondit: «Non, cela n'est pas; mais vous êtes venus pour remarquer ce qu'il y a de moins fortifié dans l'Egypte.» Ils lui dirent: «Nous sommes douze frères, tous enfants d'un même homme dans le pays de Chanaan; le dernier de tous est avec notre père, et l'autre n'y est plus.»—«Voilà, dit Joseph, ce que je disais: vous êtes des espions. Je vais éprouver si vous dites la vérité. Vive Pharaon! vous ne sortirez point d'ici jusqu'à ce que le dernier de vos frères y soit venu. Envoyez l'un de vous pour l'amener; cependant vous demeurerez en prison jusqu'à ce que j'aie reconnu si ce que vous dites est vrai ou faux, autrement, vive Pharaon! vous êtes des espions.» Il les fit donc mettre en prison pour trois jours. Et le troisième jour il les fit sortir de prison, et leur dit: «Faites ce que je vous dis, et vous vivrez; car je crains Dieu. Si vous venez ici dans un [pg 60] esprit de paix, que l'un de vos frères demeure lié dans la prison, et allez-vous-en vous autres; emportez en votre pays le blé que vous avez acheté, et amenez-moi le dernier de vos frères, afin que je puisse reconnaître si ce que vous dites est véritable, et que vous ne mouriez point.» Ils firent ce qu'il leur avait ordonné. Et ils se disaient les uns aux autres: «C'est justement que nous souffrons tout ceci, parce que nous avons péché contre notre frère, et que voyant la douleur de son âme, lorsqu'il nous priait d'avoir compassion de lui, nous ne l'écoutâmes point: c'est pour cela que nous sommes tombés dans cette affliction.» Ruben, l'un d'entre eux leur disait: «Ne vous dis-je point alors: Ne commettez point un si grand crime contre cet enfant? Et cependant vous ne m'avez point écouté. C'est son sang maintenant que Dieu nous redemande.» En s'entretenant ainsi, ils ne savaient pas que Joseph les entendait, parce qu'il leur parlait par un interprète. Mais il se retira pour un moment, et versa des larmes. Et étant revenu, il leur parla de nouveau. Il fit prendre Siméon et le fit lier devant eux; et il commanda à ses serviteurs d'emplir leur sac de blé et de remettre dans le sac de chacun d'eux l'argent qu'ils avaient donné, en y ajoutant encore des vivres pour se nourrir pendant le chemin: ce qui fut exécuté aussitôt. Les frères de Joseph s'en allèrent donc, emportant leur blé sur leurs ânes. Et l'un d'eux ayant ouvert son sac dans l'hôtellerie pour donner à manger à son âne, vit son argent à l'entrée du sac, et il dit à ses frères: «On m'a rendu mon argent; le voici dans mon sac.» Ils furent tous saisis d'étonnement et de trouble; et ils s'entre-disaient: «Qu'est-ce que Dieu nous a fait?»

Lorsqu'ils furent arrivés chez Jacob leur père, au pays de Chanaan, ils lui racontèrent tout ce qui leur était [pg 61] arrivé, en disant: «Le seigneur de ce pays-là nous a parlé durement, et il nous a pris pour des espions, qui venaient observer le royaume. Nous lui avons répondu: Nous sommes gens paisibles et très-éloignés d'avoir aucun mauvais dessein. Nous étions douze frères, tous enfants d'un même père; l'un n'y est plus, et le plus jeune est avec notre père au pays de Chanaan. Il nous a répondu: Je veux éprouver s'il est vrai que vous n'ayez que des pensées de paix. Laissez-moi donc ici l'un de vos frères; prenez le blé qui vous est nécessaire pour vos maisons, et vous en allez; et amenez-moi le plus jeune de vos frères, afin que je sache que vous n'êtes point des espions; que vous puissiez ensuite ramener avec vous celui que je retiens prisonnier, et qu'il vous soit permis à l'avenir d'acheter ici ce que vous voudrez.» Après avoir ainsi parlé à leur père, comme ils jetaient leur blé hors de leurs sacs, ils trouvèrent chacun leur argent lié à l'entrée du sac, et ils en furent tous épouvantés. Alors Jacob, leur père, leur dit: «Vous me réduisez à être sans enfants; Joseph n'est plus, Siméon n'est plus, et vous voulez encore m'enlever Benjamin. Tous ces maux sont retombés sur moi.» Ruben lui répondit: «Faites mourir mes deux enfants, si je ne vous le ramène pas. Confiez-le-moi, et je vous le rendrai certainement.»—«Non, dit Jacob, mon fils n'ira point avec vous. Son frère est mort, et je n'ai plus que lui. S'il lui arrive quelque malheur au pays où vous allez, vous accablerez ma vieillesse d'une douleur qui m'emportera dans le tombeau.»

[pg 62]

Les enfants de Jacob retournent en Égypte avec Benjamin.

Cependant la famine désolait extraordinairement tout le pays, et le blé que les enfants de Jacob avaient apporté d'Egypte étant consommé, Jacob leur dit: «Retournez en Egypte pour nous acheter encore un peu de blé.» Juda lui répondit: «Celui qui commande en ce pays-là nous a déclaré sa volonté avec serment, en disant: «Vous ne verrez point mon visage, à moins que vous n'ameniez avec vous le plus jeune de vos frères.» Si vous voulez donc l'envoyer avec nous, nous irons ensemble, et nous achèterons ce qui vous est nécessaire. Si vous ne voulez pas nous n'irons point: car cet homme, comme nous vous l'avons dit plusieurs fois, nous a déclaré que nous ne verrions point son visage, si nous n'avions avec nous notre jeune frère.» Israël leur dit: «C'est pour mon malheur que vous lui avez appris que vous aviez encore un autre frère.» Mais ils lui répondirent: «Il nous demanda par ordre toute la suite de notre famille: si notre père vivait; si nous avions encore un frère: et nous lui répondîmes conformément à ce qu'il nous avait demandé. Pouvions-nous deviner qu'il nous dirait: Amenez avec vous votre jeune frère?» Juda dit encore à son père: «Envoyez l'enfant avec moi, afin que nous puissions partir et avoir de quoi vivre, et que nous ne mourions pas, nous et nos petits enfants. Je me charge de cet enfant, et c'est à moi que vous en demanderez compte. Si je ne le ramène, et si je ne vous le rends pas, je consens que vous ne me pardonniez jamais cette faute. Si nous n'avions point tant [pg 63] différé, nous serions déjà revenus une seconde fois.» Israël leur père dit donc: «Si c'est une nécessité absolue, faites ce que vous voudrez. Prenez avec vous des meilleurs fruits de ce pays-ci, pour en faire présent à celui qui commande; un peu de résine, de miel, de storax, de myrrhe, de térébenthine et d'amandes. Portez aussi deux fois autant d'argent qu'au premier voyage, et reportez celui que vous avez trouvé dans vos sacs, de peur que ce ne soit une méprise. Enfin menez votre frère avec vous, et allez vers cet homme. Je prie mon Dieu, le Dieu tout-puissant, de vous le rendre favorable, afin qu'il renvoie avec vous votre frère qu'il tient prisonnier, et Benjamin que je vous confie. Quant à moi, si je dois être privé d'enfants, que j'en sois privé.» Ils prirent donc avec eux les présents, et le double de l'argent qu'ils avaient la première fois, avec Benjamin; et étant partis, ils arrivèrent en Égypte, où ils se présentèrent devant Joseph. Joseph les ayant vus, et Benjamin avec eux, dit à son intendant: «Faites entrer ces hommes chez moi; faites tuer quelque bête et faites-la préparer, parce qu'ils mangeront à midi avec moi.» L'intendant exécuta ce qui lui avait été commandé, et les fit entrer dans la maison. Alors étant saisis de crainte, ils s'entre-disaient: «C'est sans doute à cause de cet argent que nous avons remporté dans nos sacs, qu'il nous a fait entrer ici, pour faire retomber sur nous ce reproche, et nous opprimer en nous réduisant en servitude, et s'emparant de nos ânes.» C'est pourquoi étant encore à la porte, ils s'approchèrent de l'intendant de Joseph, ils lui dirent: «Seigneur, nous vous supplions de nous écouter. Nous sommes déjà venus une fois acheter du blé: et après l'avoir acheté, lorsque nous fûmes arrivés à l'hôtellerie, en ouvrant nos sacs, nous y trouvâmes notre argent, que nous vous rapportons [pg 64] maintenant au même poids. Et nous vous en rapportons encore d'autre, pour acheter ce qui nous est nécessaire: mais nous ne savons en aucune sorte qui a pu remettre cet argent dans nos sacs.» L'intendant leur répondit: «Ayez l'esprit en repos; ne craignez point. Votre Dieu, et le Dieu de votre père vous a donné des trésors dans vos sacs: car pour moi j'ai reçu l'argent que vous m'avez donné; et j'en suis content.» Il fit sortir aussi Siméon de la prison et le leur amena. Après les avoir fait entrer dans la maison, il leur apporta de l'eau, ils se lavèrent les pieds, et il donna à manger à leurs ânes. Cependant ils tinrent leurs présents tout prêts, attendant que Joseph entrât sur le midi, parce qu'on leur avait dit qu'ils devaient manger en ce lieu-là. Joseph étant donc entré dans sa maison, ils lui offrirent leurs présents qu'ils tenaient en leurs mains, et ils se prosternèrent devant lui la face contre terre. Il les salua aussi en leur faisant bon visage, et il leur demanda: «Votre père, ce bon vieillard dont vous m'aviez parlé, vit-il encore? se porte-t-il bien?» Ils lui répondirent: «Notre père votre serviteur est encore en vie, et il se porte bien.» Ils s'inclinèrent et se prosternèrent. Joseph levant les yeux, vit Benjamin son frère, fils de Rachel sa mère, et il leur dit: «Est-ce là le plus jeune de vos frères dont vous m'aviez parlé? Mon fils, ajouta-t-il, que Dieu te soit miséricordieux!» Et il se hâta de sortir, parce que ses entrailles avaient été émues en voyant son frère, et qu'il ne pouvait plus retenir ses larmes. Passant donc dans une autre chambre, il pleura. Et après s'être lavé le visage, il revint se faisant violence, et il dit à ses gens: «Servez à manger.» On servit Joseph à part, et ses frères à part, et les Égyptiens qui mangeaient avec lui furent aussi servis à part (car il n'est pas permis aux Égyptiens de manger avec les Hébreux; ils croient qu'un pareil festin serait [pg 65] profané). Ils s'assirent, donc en présence de Joseph, l'aîné le premier selon son rang et le plus jeune selon son âge. Et ils furent extrêmement surpris. On leur apporta des portions de sa part, et il se trouva que la part de Benjamin était cinq fois plus grande que les parts de tous les autres. Ils burent ainsi avec Joseph, et firent grande chère.

Joseph fait mettre sa coupe dans le sac de Benjamin.

Or Joseph donna cet ordre à l'intendant de sa maison, et lui dit: «Mettez dans le sac de ces gens autant de blé qu'ils pourront en contenir, et l'argent de chacun à l'entrée du sac; et mettez ma coupe d'argent à l'entrée du sac du plus jeune avec l'argent qu'il a donné pour le blé.» Cet ordre fut donc exécuté, et le lendemain dès le matin on les laissa aller avec leurs ânes chargés. Lorsqu'ils furent sortis de la ville, comme ils n'avaient fait encore que peu de chemin, Joseph appela l'intendant de sa maison, et lui dit: «Courez vite après ces gens, arrêtez-les, et leur dites: Pourquoi avez-vous rendu le mal pour le bien? La coupe que vous avez dérobée est celle dans laquelle mon seigneur boit, vous avez fait une très-méchante action.» L'intendant fit ce qui lui avait été commandé, et les ayant arrêtés, il leur dit tout ce qu'il lui avait été ordonné de leur dire. Ils lui répondirent: «Pourquoi notre seigneur parle-t-il ainsi à ses serviteurs, et les croit-il capables d'une action si honteuse? Nous vous avons rapporté du pays de Chanaan l'argent que nous trouvâmes à l'entrée de nos sacs. Comment donc se pourrait-il faire que nous eussions [pg 66] dérobé et enlevé de la maison de notre seigneur de l'or ou de l'argent? Que celui de vos serviteurs, quel qu'il puisse être, à qui l'on trouvera ce que vous cherchez, meure; et nous serons esclaves de mon seigneur.» Il leur dit: «Que ce que vous prononcez soit exécuté, ou plutôt que celui qui se trouvera avoir pris ce que je cherche, soit mon esclave; pour vous, vous en serez innocents.» Ils déchargèrent donc aussitôt leurs sacs à terre, et chacun ouvrit le sien; l'intendant les ayant fouillés en commençant depuis le plus grand jusqu'au plus petit, trouva la coupe dans le sac de Benjamin. Alors ils déchirèrent leurs vêtements, chacun rechargea son âne et ils retournèrent à la ville.

Juda s'offre à demeurer esclave au lieu de Benjamin.

Juda se présenta le premier avec ses frères devant Joseph qui n'était pas encore sorti du lieu où il était; et ils se prosternèrent tous ensemble à terre devant lui. Joseph leur dit: «Pourquoi avez-vous agi ainsi avec moi?» Juda lui dit: «Que répondrons-nous à mon seigneur? Que lui dirons-nous, et que pouvons-nous lui représenter avec quelque ombre de justice pour notre défense? Dieu a trouvé l'iniquité de vos serviteurs. Nous sommes tous les esclaves de mon seigneur, nous et celui sur qui on a trouvé la coupe.» Joseph répondit: «Dieu me garde d'agir de la sorte, que celui qui a pris ma coupe soit mon esclave; et pour vous autres, allez en liberté retrouver votre père.» Juda s'approchant alors plus près de Joseph, lui dit avec assurance: [pg 67] «Mon seigneur, permettez, je vous prie, à votre serviteur, de vous adresser la parole, et ne vous mettez pas en colère contre votre esclave, car après Pharaon, c'est vous qui êtes mon seigneur. Vous avez demandé d'abord à vos serviteurs: Avez-vous encore votre père ou quelque autre frère? Et nous avons répondu: Mon seigneur, nous avons un père qui est vieux, et un jeune frère qu'il a eu dans sa vieillesse, dont le frère, qui était né de la même mère, est mort; il ne reste plus que celui-là, et son père l'aime tendrement. Vous disiez alors à vos serviteurs: Amenez-le-moi, je serais bien aise de le voir. Mais nous vous répondîmes: Mon seigneur, cet enfant ne peut quitter son père; car s'il le quitte, il le fera mourir. Vous disiez à vos serviteurs: Si le dernier de vos frères ne vient avec vous, vous ne verrez plus mon visage. Lors donc que nous fûmes retournés vers notre père, nous lui rapportâmes tout ce que vous aviez dit; et notre père nous ayant dit quelque temps après: Retournez en Egypte pour nous acheter encore un peu de blé, nous lui répondîmes: Nous ne pouvons y aller seuls. Si notre jeune frère vient avec nous, nous irons ensemble: mais à moins qu'il ne vienne, nous n'osons nous présenter devant celui qui commande dans ce pays-là. Il nous répondit: Vous savez que j'ai eu deux fils de Rachel ma femme: l'un d'eux étant allé aux champs, vous m'avez dit qu'une bête l'avait dévoré, et il ne paraît point jusqu'à cette heure. Si vous emmenez encore celui-ci, et qu'il lui arrive quelque accident dans le chemin, vous accablerez ma vieillesse d'une affliction qui la conduira dans le tombeau. Si je me présente donc à mon père, et que l'enfant n'y soit pas, il mourra, et vos serviteurs accableront sa vieillesse d'une douleur qui le mènera au tombeau. Que ce soit donc plutôt moi qui sois votre [pg 68] esclave, puisque je me suis rendu caution de cet enfant, et que j'en ai répondu à mon père, en lui disant: Si je ne le ramène, je veux bien que mon père m'impute cette faute, et qu'il ne me la pardonne jamais. Ainsi je demeurerai votre esclave, et je servirai monseigneur en la place de l'enfant, afin qu'il retourne avec ses frères, car je ne puis pas retourner vers mon père sans que l'enfant soit avec nous, de peur que je ne sois moi-même témoin de l'extrême affliction qui accablera notre père.»

Joseph se fait connaître à ses frères.

Joseph ne pouvait plus se retenir; et parce qu'il était environné de plusieurs personnes, il commanda que l'on fît sortir tout le monde, afin que nul étranger ne fût présent lorsqu'il se ferait connaître à ses frères. Alors les larmes lui tombant des yeux, il éleva fortement la voix, qui fut entendue des Égyptiens et de toute la maison de Pharaon. Et il dit à ses frères: «Je suis Joseph. Mon père vit-il encore?» Mais ses frères ne purent lui répondre, tant ils étaient saisis de frayeur. Il leur parla donc avec douceur, et leur dit: «Approchez-vous de moi.» Et tous s'étant approchés de lui, il ajouta: «Je suis Joseph votre frère que vous avez vendu à des marchands qui m'ont amené en Égypte. Ne craignez point, et ne vous affligez point de ce que vous m'avez vendu pour être conduit en ce pays-ci: car Dieu m'a envoyé en Égypte avant vous pour votre salut. Il y a déjà deux ans que la famine a commencé sur la terre, il en reste encore cinq, pendant lesquels on ne pourra ni labourer ni recueillir. Dieu m'a fait venir ici [pg 69] avant vous pour vous conserver la vie, et afin que vous puissiez avoir des vivres pour subsister. Ce n'est point par votre conseil que j'ai été envoyé ici, mais par la volonté de Dieu, qui m'a rendu comme le père de Pharaon, le grand maître de sa maison, et le prince de toute l'Égypte. Hâtez-vous d'aller trouver mon père, et dites-lui: Voici ce que vous mande votre fils Joseph: Dieu m'a rendu comme le maître de toute l'Égypte: venez me trouver, ne différez point. Vous demeurerez dans la terre de Goschène, vous serez près de moi, avec tout ce que vous possédez. Et je vous nourrirai là, parce qu'il reste encore cinq années de famine; de peur qu'autrement vous ne périssiez avec toute votre famille et tout ce qui est à vous. Vous voyez de vos yeux, vous et mon frère Benjamin, que c'est moi-même qui vous parle de ma propre bouche. Annoncez à mon père quelle est la gloire dont je suis ici comblé, et tout ce que vous avez vu dans l'Égypte. Hâtez-vous de me l'amener.» Et s'étant jeté au cou de Benjamin son frère pour l'embrasser, il pleura; et Benjamin pleura aussi en le tenant embrassé. Joseph embrassa aussi tous ses frères, il pleura sur chacun d'eux; et après cela ils se rassurèrent pour lui parler. Aussitôt il se répandit un grand bruit dans toute la cour du roi, et on dit publiquement que les frères de Joseph étaient venus. Pharaon s'en réjouit avec toute sa maison. Et il dit à Joseph qu'il donnât cet ordre à ses frères: «Chargez vos ânes de blé, et retournez en Chanaan; amenez de là votre père et toute votre famille, et venez me trouver. Je vous donnerai tous les biens de l'Égypte, et vous serez nourris de tout ce qu'il y a de meilleur dans cette terre. Ordonnez-leur aussi d'emmener des chariots de l'Égypte, pour faire venir leurs femmes et leurs petits enfants, et dites-leur: «Amenez votre père, et hâtez-vous [pg 70] de revenir le plus tôt que vous pourrez, ne regrettez pas vos ustensiles, car toutes les richesses de l'Égypte seront à vous.»

Les enfants d'Israël firent ce qui leur avait été ordonné. Et Joseph leur fit donner des chariots, selon l'ordre qu'il en avait reçu de Pharaon, et des vivres pour le chemin. Il commanda aussi que l'on donnât deux robes à chacun de ses frères; mais il donna cinq des plus belles à Benjamin, et trois cents pièces d'argent. Il envoya à son père ce qui suit: dix ânes chargés de ce qu'il y avait de mieux dans l'Égypte, et autant d'ânesses qui portaient du blé et du pain pour le chemin. Il renvoya donc ainsi ses frères, et leur dit en partant. «Ne vous mettez point en colère pendant le chemin.» Ils vinrent donc de l'Égypte au pays de Chanaan, vers Jacob leur père. Et ils lui dirent cette grande nouvelle: «Votre fils Joseph est vivant, et commande dans toute la terre de l'Égypte.» Ce que Jacob ayant entendu, il se réveilla comme d'un profond sommeil, et cependant il ne pouvait croire ce qu'ils lui disaient. Ses enfants insistaient au contraire, en lui rapportant comment toute la chose s'était passée. Enfin ayant vu les chariots, et tout ce que Joseph lui envoyait, il reprit ses esprits; et il dit: «Je n'ai plus rien à souhaiter, puisque mon fils Joseph vit encore: j'irai, et je le verrai avant que je meure.»

Jacob va en Égypte et s'y établit.

Israël partit donc avec tout ce qu'il avait, et vint à Beer-Scheba; et ayant immolé en ce lieu des victimes au Dieu de son père Isaac, il l'entendit dans une vision pendant la nuit, qui l'appelait et lui disait: «Jacob, Jacob.» Il [pg 71] répondit: «Me voici.» Et Dieu ajouta: «Je suis le Très-Fort, le Dieu de votre père, ne craignez point, allez en Égypte, car je vous y ferai devenir un grand peuple, j'irai là avec vous, et je vous en ramènerai. Joseph aussi vous fermera les yeux de ses mains.» Jacob étant donc parti de Beer-Scheba, ses enfants l'amenèrent avec ses petits-enfants et leurs femmes, dans les chariots que Pharaon avait envoyés pour faire venir ce bon vieillard, avec tout ce qu'il possédait au pays de Chanaan; et il arriva en Égypte avec toute sa race, ses enfants et petits-enfants; toutes les personnes de la maison de Jacob étaient au nombre de septante. Or Jacob envoya Juda devant lui vers Joseph pour l'avertir de sa venue, afin qu'il vînt au-devant de lui en la terre de Goschène. Quand Jacob y fut arrivé, Joseph fit mettre les chevaux à son chariot, et vint au même lieu au-devant de son père: en le voyant, il se jeta à son cou, et l'embrassa en pleurant. Jacob dit à Joseph: «Je mourrai maintenant avec joie, puisque j'ai vu ton visage, et que tu vis encore. Joseph dit à ses frères et à toute la maison de son père: «Je vais dire à Pharaon que mes frères et tous ceux de la maison de mon père sont venus me trouver de la terre de Chanaan où ils demeuraient: que ce sont des pasteurs de brebis, qui s'occupent à nourrir des troupeaux, et qu'ils ont amené avec eux leurs brebis, leurs bœufs, et tout ce qu'ils pouvaient avoir. Et lorsque Pharaon vous fera venir, et vous demandera: Quelle est votre occupation? Vous lui répondrez: Vos serviteurs sont pasteurs depuis leur enfance jusqu'à présent, et nos pères l'ont toujours été comme nous, vous direz ceci pour pouvoir demeurer dans la terre de Goschène, parce que les Égyptiens ont en abomination tous les pasteurs de brebis.» Joseph étant donc allé trouver Pharaon lui dit: «Mon père et mes frères sont [pg 72] venus du pays de Chanaan avec leurs brebis, leurs troupeaux et tout ce qu'ils possèdent, et ils se sont arrêtés en la terre de Goschène.» Il présenta aussi au roi cinq de ses frères. Et le roi leur ayant demandé: «A quoi vous occupez-vous?» Ils lui répondirent: «Vos serviteurs sont pasteurs de brebis, comme l'ont été nos pères. Nous sommes venus passer quelque temps dans vos terres, parce que la famine est si grande dans le pays de Chanaan, qu'il n'y a plus d'herbe pour les troupeaux de vos serviteurs. Et nous vous supplions d'agréer que vos serviteurs demeurent dans la terre de Goschène.» Le roi dit donc à Joseph: «Votre père et vos frères sont venus vous trouver. Vous pouvez choisir dans toute l'Égypte; faites-les demeurer dans l'endroit du pays qui vous paraîtra le meilleur, et donnez-leur la terre de Goschène. Si vous connaissez qu'il y ait parmi eux des hommes habiles, donnez-leur l'intendance sur mes troupeaux.» Joseph introduisit ensuite son père devant le roi, et il le lui présenta. Jacob salua Pharaon, et lui souhaita toute sorte de prospérités. Le roi lui ayant demandé quel âge il avait, il lui répondit: «Les jours des années de mes pèlerinages sont au nombre de cent trente; les jours des années de ma vie ont été peu nombreux et mauvais, et n'ont point atteint les jours des années de la vie de mes pères, du temps de leurs pèlerinages.» Et après avoir souhaité toute sorte de bonheur au roi, il se retira. Joseph, selon le commandement de Pharaon, mit son père et ses frères en possession de Ramassès dans le pays le plus fertile de l'Égypte. Et il les nourrissait avec toute la maison de son père, donnant à chacun ce qui lui était nécessaire pour vivre.

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Le pieux désir de Jacob.

Israël demeura donc en Égypte, c'est-à-dire dans la terre de Goschène, dont il jouit comme de son bien propre, et où sa famille s'accrut et se multiplia extraordinairement. Il y vécut dix-sept ans; et tout le temps de sa vie fut de cent quarante-sept ans. Comme il vit que le jour de sa mort approchait, il appela son fils Joseph, et lui dit: «Si j'ai trouvé grâce devant toi, mets ta main sous ma cuisse, et donne-moi cette marque de la bonté que tu as pour moi, de me promettre avec vérité que tu ne m'enterreras point dans l'Égypte; mais que je reposerai avec mes pères; que tu me transporteras hors de ce pays, et me mettras dans le sépulcre de mes ancêtres.» Joseph lui répondit: «Je ferai ce que vous me commandez.»—«Jure-le-moi donc,» dit Jacob. Et pendant que Joseph jurait, Israël adora Dieu, se tournant vers le chevet de son lit.

Jacob adopte les deux fils de Joseph.

Un jour on vint dire à Joseph que son père était malade: alors prenant avec lui ses deux fils Manassé et Ephraïm, il alla le voir. On dit à Jacob: «Voici votre fils Joseph qui vient vous rendre visite.» Jacob reprenant ses forces, se mit sur son séant, et il dit à Joseph lorsqu'il fut entré: «Le Dieu tout-puissant m'a apparu à Luze qui est au pays de Chanaan et m'ayant béni, il m'a dit: Je ferai croître et multiplier votre race: je vous rendrai le chef d'une multitude de peuples, et vous donnerai cette terre, [pg 74] et à votre race après vous, afin que vous la possédiez pour jamais. C'est pourquoi tes deux fils Ephraïm et Manassé que tu as eus en Egypte avant que je vinsse ici avec toi, seront à moi; et ils seront mis au nombre de mes enfants, comme Ruben et Siméon[6]. Mais les autres que tu auras après eux, seront à toi, et ils porteront le nom de leurs frères dans les terres qu'ils posséderont.» Alors Jacob voyant les fils de Joseph, lui demanda: «Qui sont ceux-ci?» Joseph lui répondit: «Ce sont mes enfants, que Dieu m'a donnés en ce pays.» Approchez-les de moi, dit Jacob, afin que je les bénisse.» Car les yeux d'Israël s'étaient obscurcis à cause de sa grande vieillesse, et il ne pouvait bien voir. Les ayant donc fait approcher de lui, il les embrassa; et il dit à son fils: «Dieu a voulu me donner la joie de te voir, et il y ajoute encore celle de voir tes enfants.» Joseph les ayant retirés d'entre les genoux de son père, se prosterna devant lui à terre. Et ayant mis Ephraïm à sa droite, c'est-à-dire, à la gauche d'Israël, et Manassé à sa gauche, c'est-à-dire, à la droite de son père, il les approcha tous deux de Jacob: celui-ci étendant la main droite, la mit sur la tête d'Ephraïm qui était le plus jeune, et sa main gauche sur la tête de Manassé qui était l'aîné, changeant ainsi ses deux mains de place. Et bénissant les enfants de Joseph, il dit: «Que le Dieu, en présence de qui ont marché mes [pg 75] pères Abraham et Isaac, le Dieu qui m'a nourri depuis ma jeunesse jusqu'à ce jour; que l'ange qui m'a délivré de tous maux, bénisse ces enfants: qu'ils portent mon nom, et les noms de mes pères Abraham et Isaac, et qu'ils se multiplient de plus en plus sur la terre.» Mais Joseph voyant que son père avait mis sa main droite sur la tête d'Ephraïm, en eut de la peine; et prenant la main de son père, il tâcha de la lever de dessus la tête d'Ephraïm, pour la mettre sur la tête de Manassé, en disant à son père: «Vos mains ne sont pas bien, mon père; car celui-ci est l'aîné: mettez votre main droite sur sa tête.» Mais refusant de le faire, il lui dit: «Je le sais bien, mon fils, je le sais bien: celui-ci sera aussi chef de peuples; et sa race se multipliera; mais son frère qui est le plus jeune sera plus grand que lui, et sa postérité se multipliera dans les nations.» Jacob les bénit donc alors, et dit: «Israël sera béni en vous, et on dira: Que Dieu vous bénisse comme Ephraïm et Manassé.» Ainsi il mit Ephraïm devant Manassé. Il dit ensuite à Joseph son fils: «Vous voyez que je vais mourir: Dieu sera avec vous, et il vous ramènera au pays de vos pères. Je vous donne de plus qu'à vos frères cette part de mon bien que j'ai gagnée sur les Amorrhéens avec mon épée et mon arc.»

Mort de Jacob et de Joseph.

Or Jacob appela ses enfants, et leur dit: «Assemblez-vous tous, afin que je vous annonce ce qui doit vous arriver dans les derniers temps.» Il leur parla de cette sorte, et il bénit chacun d'eux en leur donnant les bénédictions qui leur étaient propres. Enfin il leur fit ce commandement, [pg 76] et leur dit: «Je vais être réuni à mon peuple; ensevelissez-moi avec mes pères dans la caverne double, qui est dans le champ d'Ephron Héthéen, qui regarde Mamré au pays de Chanaan, et qu'Abraham acheta avec tout le champ où elle est, pour y avoir son sépulcre. C'est là qu'il a été enseveli avec Sara sa femme. C'est aussi là qu'Isaac a été enseveli avec Rebecca sa femme, et que Léa est encore ensevelie.» Après avoir achevé de donner ses ordres et ses instructions à ses enfants, il joignit ses pieds sur son lit et mourut; et il fut réuni avec son peuple. Joseph voyant son père expiré, se jeta sur son visage, et le baisa en pleurant. Il commanda aux médecins qu'il avait à son service d'embaumer le corps de son père. Et ils exécutèrent l'ordre qu'il leur avait donné; ce qui dura quarante jours, parce que c'était la coutume d'employer ce temps pour embaumer les corps morts. Et l'Égypte pleura Jacob soixante et dix jours. Le temps du deuil étant passé, Joseph dit aux principaux officiers de Pharaon: «Si j'ai trouvé grâce devant vous, je vous prie de représenter au roi, que mon père m'a dit en mourant: Tu vois que je meurs: promets-moi avec serment que tu m'enseveliras dans le sépulcre que je me suis préparé au pays de Chanaan. J'irai donc avec l'agrément du roi ensevelir mon père, et je reviendrai aussitôt.» Pharaon lui dit: «Allez et ensevelissez votre père selon qu'il vous y a engagé par serment. Et lorsque Joseph partit, les premiers officiers de la maison de Pharaon, et les plus grands de l'Égypte l'accompagnèrent tous, avec la maison de Joseph, et tous ses frères qui le suivirent, laissant au pays de Goschène leurs petits enfants et tous leurs troupeaux. Il y eut aussi des chariots et des cavaliers qui le suivirent; et il se trouva là une grande multitude. Les enfants de Jacob accomplirent donc ce qu'il leur avait commandé; et l'ayant [pg 77] porté au pays de Chanaan, ils l'ensevelirent dans la caverne double qu'Abraham avait achetée d'Ephron Héthéen, pour en faire le lieu de son sépulcre. Aussitôt que Joseph eut enseveli son père, il retourna en Égypte avec ses frères et toute sa suite. Après la mort de Jacob, les frères de Joseph eurent peur, et ils s'entre-dirent: Joseph pourrait bien présentement se souvenir de l'injure qu'il a soufferte, et nous rendre tout le mal que nous lui avons fait. Ils lui envoyèrent donc dire: Ton père avant de mourir nous a commandé de te dire de sa part: Je te conjure d'oublier le crime de tes frères, et cette noire perfidie dont ils ont usé envers toi. Nous te conjurons aussi de pardonner cette iniquité aux serviteurs du Dieu de ton père. Joseph pleura, en entendant ces paroles. Et ses frères étant venus le trouver se prosternèrent devant lui et lui dirent: Nous sommes tes serviteurs. Il leur répondit: Ne craignez point; pouvons-nous résister à la volonté de Dieu? Il est vrai que vous avez eu dessein de me faire du mal: mais Dieu a changé ce mal en bien, afin de m'élever comme vous voyez maintenant, et de sauver plusieurs peuples. Ne craignez donc point: je vous nourrirai vous et vos enfants. Et il les consola en leur parlant avec beaucoup de douceur et de tendresse. Il demeura en Égypte avec toute la maison de son père, et il vécut cent dix ans. Il vit les enfants d'Ephraïm jusqu'à la troisième génération. Joseph dit ensuite à ses frères: Dieu se souviendra de vous après ma mort, et il vous fera passer de cette terre à celle qu'il a juré de donner à Abraham, à Isaac et à Jacob. Il ajouta: Transportez mes os avec vous hors de ce lieu, et promettez-le-moi avec serment. Il mourut ensuite âgé de cent dix ans accomplis; et son corps ayant été embaumé, fut mis dans un cercueil en Égypte.

[pg 78]

CHAPITRE III.

DEPUIS MOÏSE JUSQU'A L'OCCUPATION DE CHANAAN.

(2368-2489)

Israël en esclavage.

Après la mort de Joseph et celle de tous ses frères, et de toute cette première génération, les enfants d'Israël s'accrurent et se multiplièrent extraordinairement; et étant devenus extrêmement nombreux, ils remplirent le pays où ils étaient. Cependant il s'éleva dans l'Égypte un roi nouveau, à qui Joseph était inconnu; et il dit à son peuple: Vous voyez que le peuple des enfants d'Israël est devenu très-nombreux, et il est plus fort que nous. Opprimons-le donc prudemment, de peur qu'il ne se multiplie encore davantage; et que si nous nous trouvions surpris par quelque guerre, il ne se joigne à nos ennemis, et qu'après nous avoir vaincus, il ne sorte de l'Égypte. Il [pg 79] établit donc des intendants des travaux, afin qu'ils accablassent les Hébreux d'ouvrages insupportables. Et ils bâtirent à Pharaon, pour servir de magasins, des villes telles que Phitom et Ramessès. Mais plus on les opprimait, plus leur nombre se multipliait et croissait visiblement. Les Égyptiens haïssaient les enfants d'Israël, ils les affligeaient, les insultaient, et leur rendaient la vie pénible, en les employant à de lourds travaux de mortier et de brique, et à toutes sortes d'ouvrages de terre dont ils étaient accablés.

Le roi d'Égypte parla aussi aux sages-femmes qui accouchaient les femmes des Hébreux, l'une d'elles se nommait Sephora et une autre Phua, et il leur fit ce commandement: Quand vous accoucherez les femmes des Hébreux, au moment que l'enfant naîtra, si c'est un enfant mâle, tuez-le; si c'est une fille, laissez-la vivre. Mais les sages-femmes furent touchées de la crainte de Dieu, et ne firent point ce que le roi d'Égypte leur avait commandé; elles conservèrent les enfants mâles. Dieu récompensa ces sages-femmes; et le peuple s'accrut et se fortifia extraordinairement. Alors Pharaon fit ce commandement à tout son peuple: Jetez dans le fleuve tous les enfants mâles qui naîtront, et ne réservez que les filles.

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Naissance de Moïse.

Quelque temps après, un homme de la maison de Lévi ayant épousé une femme de sa tribu, sa femme enfanta un fils; et voyant qu'il était beau, elle le cacha pendant trois mois. Mais comme elle vit qu'elle ne pouvait plus tenir la chose secrète, elle prit un panier de jonc; et [pg 80] l'ayant enduit de bitume et de poix, elle mit dedans le petit enfant, l'exposa parmi les roseaux sur le bord du fleuve, et fit tenir la sœur de l'enfant loin de là, pour voir ce qui en arriverait. En ce même temps la fille de Pharaon vint au fleuve pour se baigner, accompagnée de ses filles, qui marchaient le long du bord de l'eau. Et ayant aperçu ce panier parmi les roseaux, elle envoya une de ses filles qui le lui apporta. Elle l'ouvrit; et trouvant dedans ce petit enfant qui criait, elle fut touchée de compassion, et elle dit: C'est un des enfants des Hébreux. La sœur de l'enfant s'étant approchée, lui dit: Vous plaît-il que j'aille querir une femme des Hébreux qui puisse nourrir ce petit enfant? Elle lui répondit: Allez. La fille s'en alla donc, et fit venir sa mère. La fille de Pharaon lui dit: Prenez cet enfant et me le nourrissez, et je vous en récompenserai. La mère prit l'enfant et le nourrit; et lorsqu'il fut assez fort, elle le donna à la fille de Pharaon, qui l'adopta pour son fils, et le nomma Moïse (Mosché), c'est-à-dire, tiré de l'eau, parce que, disait-elle, je l'ai tiré de l'eau.

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La fuite de Moïse.

Lorsque Moïse fut devenu grand, il sortait pour aller voir ses frères, et voyait l'affliction où ils étaient. Un jour, trouvant que l'un d'eux était outragé par un Egyptien, il regarda de tous côtés, et ne voyant personne près de lui, il tua l'Egyptien, et le cacha dans le sable. Le lendemain il trouva deux Hébreux qui se querellaient, et il dit à celui qui outrageait l'autre: Pourquoi frappez-vous votre frère? Cet homme lui répondit: Qui vous a établi sur nous pour [pg 81] prince et pour juge? Est-ce que vous voulez me tuer comme vous tuâtes hier un Egyptien? Moïse eut peur, et il dit: Comment cela s'est-il découvert? Pharaon, en ayant été averti, cherchait à faire mourir Moïse. Mais il s'enfuit de devant lui, et se retira au pays de Midian, où il s'assit près d'un puits. Or le prêtre de Midian, nommé Jéthro, avait sept filles, qui étant venues pour puiser de l'eau, et en ayant rempli les canaux, voulaient faire boire les troupeaux de leur père. Mais les pasteurs étant survenus, les chassèrent. Alors Moïse se levant, et prenant la défense de ces filles, fit boire leurs brebis. Lorsqu'elles furent retournées chez leur père, il leur dit: Pourquoi êtes-vous revenues plus tôt qu'à l'ordinaire? Elles lui répondirent: Un Egyptien nous a délivrées de la violence des pasteurs; et il a même tiré de l'eau avec nous, et a donné à boire à nos brebis. Où est-il? dit leur père: pourquoi avez-vous laissé aller cet homme? Appelez-le, afin que nous le fassions manger. Moïse résolut alors de demeurer avec lui. Il épousa ensuite sa fille, qui s'appelait Sephora. Et elle lui enfanta un fils qu'il nomma Gerscham, car, disait-il: J'ai été étranger dans une terre étrangère. Sephora lui enfanta un second fils qu'il nomma Eliezer, c'est-à-dire, Dieu est mon secours.

Cependant les enfants d'Israël gémissant sous le poids des ouvrages qui les accablaient, crièrent vers le ciel, et les cris que tirait d'eux l'excès de leurs travaux, s'élevèrent jusqu'à Dieu. Il entendit leurs gémissements, il se souvint de l'alliance qu'il avait faite avec Abraham, Isaac et Jacob, et il les reçut en grâce.

[pg 82]

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Moïse est appelé de Dieu pour délivrer les Israélites.

Cependant Moïse conduisait les brebis de Jéthro son beau-père, et ayant mené son troupeau au fond du désert, il vint à la montagne de Dieu, nommée Horeb. Alors un ange de l'Eternel lui apparut dans une flamme de feu qui sortait du milieu d'un buisson; et il voyait brûler le buisson sans qu'il se consumât. Moïse dit donc: Il faut que j'aille reconnaître quelle est cette merveille que je vois, et pourquoi ce buisson ne se consume point. Mais l'Eternel le voyant venir pour considérer ce qu'il voyait, l'appela du milieu du buisson, et lui dit: Moïse, Moïse. Il lui répondit: Me voici: Et l'Eternel ajouta: N'approchez pas d'ici: ôtez les souliers de vos pieds, parce que le lieu où vous êtes, est une terre sainte. Il dit encore: Je suis le Dieu de votre père, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob. Moïse se cacha le visage, parce qu'il n'osait regarder la face de Dieu. L'Eternel lui dit: J'ai vu l'affliction de mon peuple qui est en Egypte, j'ai entendu le cri qu'il jette à cause de la dureté de ceux qui ont l'intendance des travaux. Et sachant quelle est sa douleur, je suis venu pour le délivrer des mains des Egyptiens, et pour les faire passer de cette terre en une terre bonne et spacieuse, en une terre où coulent des ruisseaux de lait et de miel, au pays des Chananéens, des Amorrhéens, des Phérézéens, des Gergésiens, des Héthéens, des Hévéens et des Jébuséens. Le cri des enfants d'Israël est donc venu jusqu'à moi; j'ai vu leur affliction et de quelle manière ils sont opprimés par les Egyptiens. Mais venez, et je vous [pg 83] enverrai vers Pharaon, afin que vous fassiez sortir de l'Egypte les enfants d'Israël, qui sont mon peuple...

Moïse obéit au commandement de l'Eternel. Mais ce n'étaient que l'obéissance et l'humilité dues à une volonté suprême, qui pussent l'engager à se charger de cette haute et sainte mission. Il fit alors ses adieux chez Jéthro, son beau-père, quitta le pays de Midian et se dirigea vers l'Egypte. Il rencontra dans le désert Aaron, son frère. Il lui fit part de sa mission; et, étant venus en Egypte, ils firent rassembler tous les anciens d'entre les enfants d'Israël. Aaron rapporta tout ce que l'Eternel avait dit à Moïse, il fit des miracles devant le peuple, le peuple le crut et comprit que l'Eternel regardait leur affliction, et se prosternant en terre, ils l'adorèrent.

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Moïse et Aaron déclarent à Pharaon les ordres de Dieu.

Moïse et Aaron allèrent ensuite trouver Pharaon et lui parlèrent en ces termes: Voici ce que dit l'Eternel, le Dieu d'Israël: Laissez aller mon peuple, afin qu'il me sacrifie dans le désert. Mais Pharaon répondit: Qui est l'Eternel, pour que je sois obligé d'écouter sa voix et de laisser sortir Israël? Je ne connais point l'Eternel, et je ne laisserai point sortir Israël. Moïse, pour faire voir que c'était au nom de l'Eternel qu'il parlait, fit alors plusieurs miracles en présence de Pharaon. Il jeta sa verge par terre, et elle fut changée en serpent. Mais le roi n'en tint pas grand compte, et tourmentait le peuple encore plus qu'auparavant. Moïse élevant sa verge, frappa l'eau du fleuve devant Pharaon et ses serviteurs, et l'eau fut changée en sang. Les [pg 84] poissons qui étaient dans le fleuve moururent, le fleuve se corrompit, et les Egyptiens ne pouvaient boire de ses eaux. Cependant le roi se retira et ne se laissa point fléchir le cœur pour cette fois. Toutes sortes de plaies couvrirent alors, par une punition du ciel, la terre d'Egypte, il y avait des grenouilles, des moucherons et des mouches partout, à la campagne, dans les maisons, et même le palais du roi en était rempli. Une peste terrible dévasta le pays; des ulcères et des tumeurs se formèrent sur les hommes et sur les animaux par toute l'Egypte. Un orage épouvantable, mêlé de grêle et de feu, éclata sur l'Egypte; la grêle frappa de mort tout ce qui se trouvait dans les champs, depuis les hommes jusqu'aux bêtes, elle fit mourir toute l'herbe de la campagne, et rompit tous les arbres. C'est ainsi que des plaies de différentes sortes se succédèrent jusqu'au nombre de neuf et devinrent toujours plus grandes et plus terribles. Toutefois le cœur de Pharaon s'endurcit, il n'écouta point Moïse et Aaron, et quoiqu'il promît, à diverses reprises dans les moments de détresse, d'accorder la liberté au peuple israélite, il ne tenait jamais parole, lorsque la plaie avait cessé. C'est alors que Moïse et Aaron se présentèrent pour la dernière fois devant Pharaon et le menacèrent d'une dixième plaie en disant: Voici ce que dit l'Eternel: Sur le minuit tous les premiers-nés mourront dans les terres des Egyptiens. Mais parmi tous les enfants d'Israël, depuis les hommes jusqu'aux bêtes, on n'entendra pas seulement le cri d'un chien. Alors tous vos serviteurs viendront à moi, et ils se prosterneront devant moi en disant: Sortez, vous et tout le peuple qui vous est soumis. Et après cela nous sortirons. Moïse et Aaron se retirèrent de devant Pharaon dont le cœur s'endurcit néanmoins, et ne permit point aux Israélites de sortir de ses terres.

[pg 85]

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Préceptes touchant la fête de la Pâque.

L'Eternel dit alors à Moïse et à Aaron: Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois: ce sera le premier des mois de l'année. Parlez à toute l'assemblée des enfants d'Israël, et dites-leur: Qu'au dixième jour de ce mois chacun prenne un agneau pour sa famille et pour sa maison. Vous le garderez jusqu'au quatorzième jour de ce mois; et voici comment vous le mangerez; vous vous ceindrez les reins, vous aurez des souliers aux pieds, et un bâton à la main, et vous mangerez à la hâte: car c'est la Pâque (c'est-à-dire, le passage) de l'Eternel. Je passerai cette nuit-là par l'Egypte; je frapperai dans les terres des Egyptiens tous les premiers-nés depuis l'homme jusqu'aux bêtes, moi qui suis l'Eternel. Je passerai alors au delà de vos maisons, et la plaie de mort ne vous touchera point lorsque j'en frapperai toute l'Egypte. Ce jour vous sera un monument éternel; et vous le célébrerez dans vos générations futures par une fête à l'Eternel. Vous mangerez des pains sans levain pendant sept jours. Dès le premier jour il ne se trouvera point de levain dans vos maisons. Quiconque mangera du pain avec du levain depuis le premier jour jusqu'au septième, sera retranché d'Israël. Le premier jour sera saint et solennel, et le septième une fête également vénérable. Vous ne ferez aucune œuvre servile durant ces deux jours, excepté ce qui regarde le manger. Vous garderez donc cette fête du pain sans levain; car en ce même jour je ferai sortir toute votre armée de l'Egypte, et vous observerez ce jour à l'avenir comme statut perpétuel. Depuis le quatorzième jour du premier mois, sur le [pg 86] soir, vous mangerez du pain sans levain jusqu'au soir du vingt et unième jour de ce mois.

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Sortie de l'Égypte.

Vers le milieu de la nuit, l'Éternel frappa tous les premiers-nés de l'Egypte, depuis le premier-né de Pharaon qui était assis sur son trône, jusqu'au premier-né de la femme esclave qui était en prison, et jusqu'au premier-né de toutes les bêtes. Pharaon s'étant donc levé la nuit, aussi bien que tous ses serviteurs et tous les Egyptiens, un grand cri se fit entendre dans toute l'Egypte, parce qu'il n'y avait aucune maison où il n'y eût un mort. Et Pharaon ayant fait venir cette même nuit Moïse et Aaron, il leur dit: Retirez-vous promptement d'avec mon peuple, vous et les enfants d'Israël; allez adorer l'Eternel, comme vous le dites. Menez avec vous vos brebis et vos troupeaux, selon que vous l'avez demandé, et en vous en allant priez pour moi. Les Egyptiens pressaient aussi le peuple de sortir promptement de leur pays, en disant: Nous mourrons tous. Le peuple prit donc la farine qu'il avait pétrie avant qu'elle fût levée; et la liant en des manteaux, la mit sur ses épaules. (Moïse emporta aussi avec lui les os de Joseph, selon que Joseph l'avait fait promettre avec serment aux enfants d'Israël, en leur disant: Dieu se souviendra de vous, alors vous emporterez d'ici mes os avec vous.) Les enfants d'Israël partirent donc de Ramessès et vinrent à Sucoth, au nombre de près de six cent mille hommes de pied, sans les enfants. Ils furent suivis d'une multitude innombrable de petit peuple, et ils avaient avec eux une infinité de brebis, de troupeaux, et de bêtes de toutes sortes. [pg 87] Ils firent cuire la pâte qu'ils avaient emportée d'Egypte, en gâteaux non levés, car ils ne l'avaient point fait lever, parce que, chassés par les Egyptiens, ils n'avaient pu se retarder, ni faire de provisions.

Le séjour que les enfants d'Israël avaient fait en Egypte était de quatre cent trente ans. La nuit dans laquelle l'Eternel les tira de l'Egypte, fut consacrée en l'honneur de l'Eternel, et tous les enfants d'Israël doivent l'observer et l'honorer dans la suite de tous les âges.

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Passage de la mer Rouge.

L'Eternel parla à Moïse, et lui dit: Dites aux enfants d'Israël, qu'ils se détournent, et qu'ils campent devant Phihahiroth, qui est entre Migdal et la mer, vis-à-vis de Baalsephon. Vous camperez vis-à-vis de ce lieu sur le bord de la mer. Car Pharaon va dire des enfants d'Israël: Ils sont embarrassés en des lieux étroits, et renfermés par le désert. Je lui endurcirai le cœur, et il vous poursuivra: je serai glorifié dans Pharaon et dans toute son armée, et les Egyptiens sauront que je suis l'Eternel. Les enfants d'Israël firent donc ce que l'Eternel avait ordonné. Et l'on vint dire au roi des Egyptiens, que le peuple avait pris la fuite. En même temps le cœur de Pharaon et de ses serviteurs fut changé à l'égard de ce peuple, et ils dirent: A quoi avons-nous pensé, de laisser ainsi aller les Israélites, pour qu'ils ne nous fussent plus assujettis? Il fit donc préparer son chariot de guerre, et prit avec lui tout son peuple. Il emmena aussi six cents chariots choisis, et tout ce qui se trouva de chariots de guerre dans l'Egypte, avec les chefs de toute l'armée. L'Eternel endurcit le cœur de Pharaon, [pg 88] roi d'Egypte, et il se mit à poursuivre les enfants d'Israël; mais ils étaient sortis sous la conduite d'une main puissante. Les Egyptiens poursuivant donc les Israélites qui étaient devant, et marchant sur leurs traces, les trouvèrent dans leur camp sur le bord de la mer. Toute la cavalerie et les chariots de Pharaon, avec toute son armée, étaient à Phihahiroth, vis-à-vis de Baalsephon. Lorsque Pharaon était déjà proche, les enfants d'Israël levant les yeux, et ayant aperçu les Egyptiens derrière eux, furent saisis d'une grande crainte. Ils crièrent à l'Eternel, et ils dirent à Moïse: Est-ce parce qu'il n'y a pas de sépulcres en Egypte que vous nous avez pris pour mourir dans le désert? Que nous avez-vous fait en nous faisant sortir de l'Egypte? N'est-ce pas ce que nous vous avons dit en Egypte: Laissez-nous, nous voulons servir l'Egypte; car il vaut mieux pour nous servir l'Egypte que de mourir dans le désert. Moïse dit au peuple: Ne craignez rien, restez tranquilles, et voyez le secours que l'Eternel vous donnera aujourd'hui; car tels que vous avez vu les Egyptiens aujourd'hui, vous ne les verrez plus jamais. L'Eternel combattra pour vous, et vous, taisez-vous! Et Moïse implora Dieu, le pria de l'assister dans cette détresse. L'Eternel lui dit: Pourquoi criez-vous vers moi? parlez aux enfants d'Israël; qu'ils marchent. Et vous, élevez votre verge, et étendez votre main sur la mer, fendez-la, et que les enfants d'Israël marchent à sec au milieu de la mer. Les Egyptiens vous poursuivront, et je serai glorifié dans Pharaon et dans toute son armée, dans ses chariots et dans sa cavalerie. Toute la nuit se passa sans que les deux armées s'approchassent. Moïse étendit sa main sur la mer; l'Eternel poussa la mer toute la nuit par un violent vent de l'orient, et il mit la mer à sec; ainsi les eaux furent séparées. Les enfants [pg 89] d'Israël marchèrent à sec au milieu de la mer, ayant l'eau à droite et à gauche, qui leur servait comme de mur. Et les Egyptiens marchant après eux, se mirent à les poursuivre au milieu de la mer avec toute la cavalerie de Pharaon, ses chariots et ses chevaux. Mais lorsque la veille du matin fut venue, l'Eternel jeta un regard sur le camp des Egyptiens à travers une colonne de feu et de nuées et mit en désordre le camp des Egyptiens; il renversa les roues des chariots, et ils furent entraînés dans le fond de la mer. Alors les Egyptiens s'entre-dirent: Fuyons les Israélites, parce que l'Eternel combat pour eux contre nous. En même temps l'Eternel dit à Moïse: Etendez votre main sur la mer, afin que les eaux retournent sur les Egyptiens, sur leurs chariots et sur leur cavalerie. Moïse étendit donc la main sur la mer; et aussitôt la mer reprit la place qu'elle avait auparavant. Ainsi lorsque les Egyptiens s'enfuyaient, les eaux vinrent au-devant d'eux, les couvrirent, et il n'en échappa pas un seul. Mais les enfants d'Israël passèrent à sec au milieu de la mer, ayant les eaux à droite et à gauche, qui leur tenaient lieu de mur. En ce jour-là l'Eternel délivra Israël de la main des Egyptiens. Et ils virent les corps morts des Egyptiens sur le bord de la mer, et les effets de la main puissante qui s'était appesantie sur eux. Alors le peuple craignit l'Eternel, il crut à l'Eternel, et à Moïse son serviteur. Moïse alors et les enfants d'Israël chantèrent un cantique à l'Eternel. Miriame (Marie) la prophétesse, sœur de Moïse et d'Aaron prit en main le tambour, et toutes les femmes la suivirent avec des tambourins en formant des danses et des chœurs de musique; elles mêlaient leur voix au chant de victoire: «Chantez des hymnes à l'Eternel, parce qu'il a signalé sa grandeur et sa gloire!»

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Voyage vers le mont Sinaï. Murmures des Israélites. La manne.

Après donc que Moïse eût fait sortir les Israélites de la mer Rouge, ils entrèrent dans le désert de Sur; et ayant marché trois jours dans la solitude, ils ne trouvaient point d'eau. Ils arrivèrent à Mara, et ils ne pouvaient boire des eaux de Mara, parce qu'elles étaient amères. C'est pourquoi on lui donna un nom qui lui était propre, en l'appelant Mara, c'est-à-dire, amertume. Alors le peuple murmura contre Moïse, en disant: Que boirons-nous? Mais Moïse pria Dieu, qui lui montra un certain bois qu'il jeta dans les eaux; et les eaux, d'amères qu'elles étaient, devinrent douces. Dieu leur donna en ces lieux des préceptes et des ordonnances, et il y éprouva son peuple, en disant: Si vous écoutez la voix de l'Eternel, votre Dieu, et que vous fassiez ce qui est juste devant ses yeux, si vous obéissez à ses commandements, si vous gardez tous ses préceptes, je ne vous frapperai point de toutes les langueurs dont j'ai frappé l'Egypte: parce que je suis l'Eternel qui vous guéris. Les enfants d'Israël vinrent ensuite à Elim, où il y avait douze fontaines et soixante et dix palmiers; et ils campèrent auprès des eaux. Etant partis d'Elim, ils vinrent au désert de Sin, qui est entre Elim et Sinaï, le quinzième jour du second mois depuis leur sortie d'Egypte. Et les enfants d'Israël étant dans ce désert, murmurèrent tous contre Moïse et Aaron, en leur disant: Plût à Dieu que nous fussions morts dans l'Egypte par la main de l'Eternel, où nous étions assis près de marmites pleines de viande, et où nous mangions du pain tant que nous voulions! Pourquoi nous avez-vous amenés dans ce désert, pour y faire mourir de faim tout le [pg 91] peuple? Alors l'Eternel dit à Moïse: Je vais vous faire pleuvoir des pains du ciel: que le peuple en aille amasser ce qui lui suffira pour chaque jour, afin que j'éprouve s'il marche, ou non, dans ma loi. Qu'ils en ramassent le sixième jour pour le garder chez eux, et qu'ils en recueillent deux fois autant qu'en un autre jour. Alors Moïse et Aaron dirent à tous les enfants d'Israël: Vous saurez ce soir que c'est l'Eternel qui vous a tirés de l'Egypte; et vous verrez demain matin éclater la gloire de l'Eternel, parce qu'il a entendu vos murmures contre lui. Car qui sommes-nous nous autres, pour que vous murmuriez contre nous? Moïse ajouta: L'Eternel vous donnera ce soir de la chair à manger, et le matin il vous rassasiera de pain; parce qu'il a entendu les paroles de murmures que vous avez fait éclater contre lui. Car pour nous, qui sommes-nous? ce n'est point nous que vos murmures attaquent, c'est l'Eternel. Il vint donc le soir un grand nombre de cailles qui couvrirent tout le camp, et le matin il se trouva aussi une rosée qui l'environnait, la surface de la terre en étant couverte; on vit paraître dans le désert quelque chose de menu et comme pilé au mortier, qui ressemblait à ces petits grains de gelée blanche, qui pendant l'hiver tombent sur la terre. Ce que les enfants d'Israël ayant vu, ils se dirent les uns aux autres: Manhu? c'est-à-dire: Qu'est-ce que cela? Car ils ne savaient ce que c'était. Moïse leur dit: C'est là le pain que l'Eternel vous donne à manger. Et voici ce que l'Eternel ordonne: Que chacun en ramasse ce qu'il lui en faut pour manger; prenez-en un omor (mesure) pour chaque personne, selon le nombre de ceux qui demeurent dans chaque tente. Moïse leur dit encore: Que personne n'en garde jusqu'au lendemain matin. Mais ils ne l'écoutèrent point; et quelques-uns en ayant gardé jusqu'au matin, ce [pg 92] qu'ils avaient réservé se trouva plein de vers et tout corrompu. Chacun donc en recueillait le matin autant qu'il lui en fallait pour se nourrir; et lorsque la chaleur du soleil était venue, elle se fondait. Le sixième jour ils en recueillirent une fois plus qu'à l'ordinaire, c'est-à-dire, deux omors pour chaque personne. Or, tous les princes du peuple vinrent en donner avis à Moïse, qui leur dit: C'est ce que l'Eternel a déclaré: Demain sera le jour du sabbat, dont le repos est consacré à l'Eternel. Faites donc aujourd'hui tout ce que vous avez à faire. Faites cuire tout ce que vous aurez à cuire, et gardez pour demain matin ce que vous aurez réservé d'aujourd'hui. Et étant fait ce que Moïse avait commandé, la manne ne se corrompit point, et l'on n'y trouva aucun ver. Moïse leur dit ensuite: Mangez aujourd'hui ce que vous avez gardé; parce que c'est le sabbat de l'Éternel, et que vous n'en trouverez point aujourd'hui dans les champs. Recueillez donc pendant les six jours la manne; car le septième jour, c'est le sabbat de l'Eternel, c'est pourquoi vous n'en trouverez point. Le septième jour étant venu, quelques-uns du peuple allèrent pour recueillir de la manne; ils n'en trouvèrent point. Alors l'Eternel dit à Moïse: Dites ceci aux enfants d'Israël: Jusqu'à quand refuserez-vous de garder mes commandements et ma loi? Considérez que l'Eternel a établi le sabbat parmi vous, et qu'il vous donne pour cela le sixième jour une double nourriture. Que chacun donc demeure chez soi, et que nul ne quitte sa place au septième jour. Ainsi le peuple garda le sabbat au septième jour. Et les enfants d'Israël donnèrent à cette nourriture le nom de manne. Elle ressemblait à la graine de coriandre; elle était blanche, et elle avait le goût qu'aurait la plus pure farine mêlée avec du miel. Moïse dit encore: Voici ce qu'a ordonné [pg 93] l'Eternel: Emplissez de manne un omor, et qu'on la garde pour les générations à venir; afin qu'elles sachent quel a été le pain dont je vous ai nourris dans le désert, après que vous avez été tirés de l'Egypte. Aaron mit alors un vase, empli d'un omor de manne, en réserve dans le tabernacle. Or, les enfants d'Israël mangèrent de la manne pendant quarante ans, jusqu'à ce qu'ils vinssent dans la terre où ils devaient habiter. C'est ainsi qu'ils furent nourris jusqu'à ce qu'ils entrassent sur les premières terres du pays de Chanaan.

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Continuation.

Tous les enfants d'Israël étant partis du désert de Sin, campèrent à Raphidim, où il ne se trouva point d'eau à boire pour le peuple. Alors ils murmurèrent contre Moïse et lui dirent: Donnez-nous de l'eau pour boire! Pourquoi nous avez-vous fait sortir de l'Egypte, pour nous faire mourir de soif, nous et nos enfants, et nos troupeaux? Moïse leur répondit: Pourquoi murmurez-vous contre moi? pourquoi tentez-vous l'Eternel? Il pria l'Eternel et lui dit: Que ferai-je à ce peuple? il s'en faut peu qu'il ne me lapide. L'Eternel dit à Moïse: Marchez devant le peuple: menez avec vous des anciens d'Israël; prenez en votre main la verge dont vous avez frappé le fleuve, et allez jusqu'à la pierre d'Horeb. Je serai avec vous; vous frapperez la pierre, et il en sortira de l'eau, afin que le peuple ait à boire. Moïse fit devant les anciens d'Israël ce que l'Eternel lui avait ordonné. Et il appela ce lieu Massah, c'est-à-dire tentation, et Méribah, c'est-à-dire murmure, à cause du murmure des enfants d'Israël, et parce qu'ils tentèrent là [pg 94] l'Eternel, en disant: L'Eternel est-il au milieu de nous, ou n'y est-il pas?

C'est en ce lieu qu'Israël fut attaqué avec acharnement par la tribu des Amalécites et que Josué remporta une victoire signalée. Il fut alors statué en Israël que l'on regarderait désormais comme ennemi implacable toute la tribu d'Amalec qui avait violé le droit des gens en attaquant un peuple sans armes. Il arriva aussi en ce même lieu que Moïse d'après le conseil de son beau-père Jéthro, choisit d'entre tout le peuple, des hommes fermes et courageux craignant Dieu, aimant la vérité et ennemis de l'avarice. Il leur donna la conduite, aux uns de mille hommes, à d'autres de cent, à ceux-ci de cinquante, aux autres enfin de dix, afin qu'ils fussent occupés à rendre la justice au peuple en tout temps, qu'ils jugeassent eux-mêmes les petites affaires et qu'ils ne réservassent à Moïse que les choses difficiles. Ainsi le fardeau des affaires qui l'accablait devint plus léger, partagé avec d'autres.

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Révélation de l'Éternel sur le mont Sinaï.

La délivrance miraculeuse du pays d'Egypte ne rendit aux enfants d'Israël que liberté d'action et indépendance matérielle. Cependant, Dieu, dans sa toute-bonté, voulut aussi qu'ils recouvrassent liberté d'esprit, indépendance morale et spirituelle. Le peuple israélite sorti de l'esclavage devait entrer en possession de la terre promise aux patriarches; mais aussi devait-il avant tout s'assurer du royaume céleste prédit à Abraham, afin que toutes les familles de la terre fussent bénies en lui. C'est pourquoi l'Eternel, Dieu, se révéla d'une manière si merveilleuse aux yeux de tout le [pg 95] peuple, afin que tout Israël le vît et en fût témoin; que chacun en Israël fût pour ainsi dire prêtre à son Dieu. A cet effet, il arriva que le troisième mois depuis la sortie de l'Egypte, Moïse se rendit sur le mont Sinaï au pied duquel les Israélites étaient campés, et que Dieu lui fit entendre ces paroles: Voici ce que vous direz à la maison de Jacob et ce que vous annoncerez aux enfants d'Israël: Vous avez vu vous-mêmes ce que j'ai fait aux Egyptiens et de quelle manière je vous ai portés comme l'aigle porte ses aiglons sur ses ailes, et comment je vous ai pris pour être à moi. Si donc vous écoutez ma voix et si vous gardez mon alliance, vous serez à moi, par prédilection au-dessus de tous les peuples, car toute la terre est à moi. Vous serez pour moi un royaume sacerdotal, un peuple saint... Moïse étant donc venu vers le peuple, fit assembler les anciens et leur exposa tout ce que l'Eternel lui avait commandé de leur dire. Le peuple répondit tout d'une voix: Nous ferons tout ce que l'Eternel a dit. Moïse fut alors chargé de préparer et de sanctifier le peuple pour le troisième jour. Le troisième jour étant arrivé sur le matin, on commença à entendre les éclats du tonnerre, et à voir briller les éclairs; une nuée très-épaisse couvrit la montagne, la trompette se fit entendre avec un grand bruit, et le peuple qui était dans le camp fut saisi de frayeur. Alors Moïse le fit sortir du camp pour aller au-devant de l'apparition divine, et ils demeurèrent au pied de la montagne. Tout le mont Sinaï était couvert de fumée, la fumée s'en élevait dans les airs comme d'une fournaise, et toute la montagne en fut fortement ébranlée. C'est au milieu de ces phénomènes effroyables et majestueux qu'Israël reçut la révélation des dix commandements, qui qui nous indiquent les devoirs envers Dieu et envers les hommes. Du reste, Moïse, au nom de l'Éternel, ajouta [pg 96] encore beaucoup d'autres lois et d'autres préceptes que tout Israélite se regarde comme obligé d'observer tant dans la vie morale que dans la vie religieuse[7].

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Le veau d'or.

Les dix commandements étant promulgués, Moïse remonta le mont Sinaï pour recevoir les autres lois; il y resta quarante jours et quarante nuits. Le peuple voyant que Moïse différait longtemps à descendre de la montagne et croyant qu'il était mort, s'assembla en s'élevant contre Aaron et lui dit: Venez et faites-nous des dieux qui marchent devant nous; car pour ce qui est de Moïse, cet homme qui nous a tirés de l'Egypte, nous ne savons pas ce qui lui est arrivé. Aaron leur répondit: Otez les pendants d'oreilles de vos femmes, de vos fils et de vos filles et apportez-les-moi. Le peuple fit ce qu'Aaron lui avait commandé, et lui apporta les pendants d'oreilles. Aaron les ayant pris, les jeta au feu et en forma un veau d'or. Alors les Israélites dirent: Voici vos dieux, ô Israël, qui vous ont tirés de l'Egypte. Ce qu'Aaron ayant vu, il dressa un autel devant le veau, et cria: Demain sera la fête solennelle de l'Eternel. S'étant levés matin, ils offrirent des holocaustes et des sacrifices. Tout le peuple s'assit pour manger et pour boire, et se [pg 97] leva ensuite pour se divertir. Pendant ces pratiques criminelles, Moïse descendit de la montagne, portant en sa main les deux tables du témoignage. Les dix commandements étaient gravés sur ces tables. S'étant approché du camp, il vit le veau d'or et les danses; alors saisi d'indignation, il brisa les tables de la loi au pied de la montagne; et après avoir prié l'Eternel d'avoir pitié de son peuple et de lui pardonner cette grande aberration, il prit le veau d'or qu'ils avaient fait, le mit dans le feu, le réduisit en poudre et punit très-sévèrement les coupables. Ensuite Moïse se rendit de nouveau sur le mont Sinaï où, d'après l'ordre de Dieu il fit de nouvelles tables de pierre semblables aux premières qu'il avait brisées, et il y grava de nouveau les mêmes lois.

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Le séjour du peuple israélite près du mont Sinaï.

Le peuple israélite ne demeura qu'une année environ près du mont Sinaï. Moïse, cependant, fit beaucoup en ce peu de temps. Il y régla bien des choses, au nom de l'Eternel, et différentes lois et ordonnances y furent proclamées, telles que: les lois touchant les esclaves, la propriété, l'homicide et les sévices; les lois concernant le larcin, les dommages, la subornation et l'idolâtrie; les défenses d'opprimer l'étranger; la charité envers le pauvre; les lois concernant les dîmes et les prémices; les devoirs des juges; le repos de la septième année; les lois sur les sacrifices et les prêtres, etc., et enfin les ordonnances touchant la construction d'un tabernacle, les lois pour le sabbat et pour toutes les fêtes.

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Le tabernacle.

Moïse pour la construction du tabernacle demanda au nom de l'Eternel, le concours de tous ceux qui voulaient y contribuer de leur pleine volonté. Tout le monde vint alors, les hommes avec leurs femmes donnèrent leurs chaînes, leurs pendants d'oreilles, leurs bagues et leurs bracelets; tous les vases d'or furent mis à part pour être présentés à l'Eternel. On apporta des bois rares, de belles étoffes et des pierres précieuses. Moïse fit alors venir Bezaléel et Oholiab et tous les hommes habiles à qui Dieu avait donné la sagesse et l'intelligence pour faire tout ce qui concernait le sanctuaire. Moïse leur mit entre les mains toutes les oblations des enfants d'Israël. Et pendant qu'ils s'appliquaient à avancer cet ouvrage, le peuple offrait tous les jours de nouveaux dons. C'est pourquoi les ouvriers furent obligés de dire à Moïse: Le peuple offre plus de dons qu'il n'est nécessaire. Moïse commanda donc qu'on fît cette déclaration publiquement par la voix d'un héraut: Que nul homme et nulle femme n'offrît plus rien à l'avenir pour les ouvrages du sanctuaire. Ainsi l'on cessa d'offrir des présents à Dieu. Et lorsque tous les ouvrages furent achevés, Moïse les consacra et les bénit[8].

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Le sabbat et les fêtes.

Moïse indiqua les solennités de l'Eternel aux enfants d'Israël, en disant:

Sabbat. Vous travaillerez pendant six jours: le septième jour s'appellera saint, parce que c'est le repos du sabbat. Vous ne ferez ce jour-là aucun ouvrage; car c'est le sabbat de l'Eternel, qui doit être observé partout où vous demeurerez.

Pâque. Au premier mois (Nisan), le soir du quatorzième jour, c'est la pâque de l'Eternel, et le quinzième jour du même mois, c'est la fête solennelle des azymes de l'Eternel. Vous mangerez des pains sans levain pendant sept jours. Le premier jour il y aura une convocation sainte pour vous, vous ne ferez aucune œuvre servile; le septième jour sera aussi une convocation sainte; vous ne ferez aucune œuvre servile. Moïse dit encore aux enfants d'Israël: Lorsque vous serez entrés dans la terre que Dieu vous donnera, et que vous aurez coupé les grains, vous porterez au prêtre une gerbe d'épis (un omer), comme prémices de votre moisson: et le lendemain de ce sabbat, qui est la pâque[9], le prêtre élèvera devant l'Éternel cette gerbe, et il la consacrera à l'Eternel, afin que l'Eternel vous soit favorable en la recevant. Vous ne mangerez ni pain ni bouillie, ni farine desséchée des grains nouveaux, jusqu'au jour où vous en offrirez les prémices à votre Dieu. Vous [pg 100] compterez donc depuis le second jour du sabbat, auquel vous avez offert la gerbe des prémices (l'omer), sept semaines pleines jusqu'au jour d'après que la septième semaine sera accomplie, c'est-à-dire, cinquante jours: et alors vous offrirez à l'Eternel pour un sacrifice nouveau.

Fête des semaines, ou Pentecôte[10]. Vous vous assemblerez en ce même jour (la fête); ce sera pour vous une convocation sainte; vous ne ferez aucun ouvrage servile. Cette ordonnance sera observée éternellement dans tous les lieux où vous demeurerez, et dans toute votre postérité. Quand vous moissonnerez la moisson de votre pays, vous laisserez inachevé le bout de votre champ en moissonnant: et vous ne ramasserez point les épis qui seront restés, mais les laisserez pour les pauvres et les étrangers.

Nouvel an. Moïse parla encore aux enfants d'Israël, au nom de l'Eternel: Au septième mois (Tischri), le premier du mois sera pour vous un sabbat, un souvenir de jubilation, une convocation sainte, vous ne ferez aucun ouvrage servile[11].

Jour d'expiation (Jom Kipour). Toutefois le dixième [pg 101] jour de ce septième mois est un jour d'expiation; ce sera pour vous une convocation sainte; vous vous mortifierez, vous ne ferez aucun ouvrage en ce même jour-là, car c'est un jour d'expiation pour attirer sur vous la clémence de l'Eternel votre Dieu. Car toute personne qui n'aurait pas été mortifiée en ce même jour-là, sera retranchée de ses tribus, et toute personne qui ferait un ouvrage quelconque en ce même jour-là Dieu la fera périr du milieu de son peuple. Vous ne ferez aucun ouvrage en ce jour-là; et cette ordonnance sera éternellement observée dans toute votre postérité, et dans tous les lieux où vous demeurerez. Ce jour-là vous sera un repos de sabbat. Vous vous mortifierez le neuvième du même mois vers le soir; du soir au soir, vous célébrerez votre sabbat (fête)[12].

Fête des tabernacles. Moïse parla encore au nom de l'Eternel, en disant: Le quinzième jour de ce septième mois, fête des tentes[13], sept jours à l'Eternel. Le premier jour est une convocation sainte, vous ne ferez aucun ouvrage servile; le huitième jour (Schemini-azereth) sera aussi pour vous un jour sanctifié, vous ne ferez aucun ouvrage servile. (Cette fête devait être en même temps, pour la [pg 102] Palestine, une fête de récolte.) Le quinzième jour du septième mois, continue Moïse, quand vous récolterez les produits de la terre, vous célébrerez la fête de l'Eternel pendant sept jours; le premier jour, repos, et le huitième jour, repos. Vous prendrez, le premier jour, le fruit de l'arbre hadar, les spathes des dattiers, une branche de l'arbre aboth et des saules de rivière[14], et vous vous réjouirez pendant sept jours devant l'Eternel votre Dieu. Vous célébrerez la fête de l'Eternel pendant sept jours; c'est une loi qui sera transmise à vos générations; vous la célébrerez dans le septième mois, et alors vous demeurerez dans des tentes pendant sept jours. Que chaque indigène, en Israël, demeure sous des tentes, afin que vos générations sachent que j'ai fait demeurer les enfants d'Israël dans des tentes lorsque je les fis sortir de l'Egypte, moi l'Eternel, votre Dieu.

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Départ de Sinaï et marche jusqu'aux confins de la terre promise.

Le vingtième jour du second mois de la seconde année après la sortie de l'Egypte, les enfants d'Israël partirent du désert de Sinaï, arrivèrent en un lieu appelé Tabera, c'est-à-dire incendie, à cause d'une maladie inflammatoire qui éclata au milieu du peuple, comme une juste punition de Dieu, parce qu'ils avaient murmuré contre l'Eternel. C'est aussi en ce lieu que le menu peuple qui était venu de l'Egypte avec les Israélites, désirant manger de la chair, s'assit en pleurant, et que les enfants d'Israël s'étant joints à eux, ils commencèrent à dire: Qui nous donnera de la chair à manger? Nous nous souvenons des poissons que nous mangions en Egypte, presque pour rien: les concombres, les melons, les poireaux, les oignons et l'ail nous reviennent dans l'esprit. Notre vie est languissante; nous ne voyons que manne sous nos yeux. Un vent excité alors par le Tout-Puissant, poussa des nuées de cailles d'au delà de la mer Rouge, et les fit tomber dans le camp et autour du camp. Le peuple se levant donc ramassa durant tout ce jour, la nuit suivante et le lendemain, une si grande quantité de cailles, que ceux qui en avaient le moins, en avaient dix mesures. Ils avaient encore la chair entre les dents, et ils n'avaient pas achevé de manger cette viande, qu'une maladie affreuse se répandit parmi le peuple et en dévora un très-grand nombre. C'est pourquoi ce lieu fut appelé Kibroth-hattavah, c'est-à-dire les Sépulcres de concupiscence, parce qu'ils y ensevelirent le peuple qui avait désiré de la chair.

[pg 104] Etant sortis des Sépulcres de la concupiscence, ils vinrent à Haseroth et de là dans le désert de Pharan, situé entre Sinaï, la Palestine et le pays d'Edom. De ce lieu Moïse envoya, au nom de l'Eternel, douze hommes pour examiner le pays de Chanaan et il leur dit: Montez du côté du midi; et lorsque vous serez arrivés aux montagnes, considérez quelle est cette terre, et quel est le peuple qui l'habite; s'il est fort ou faible; s'il y a peu ou beaucoup d'habitants. Considérez aussi quelle est la terre, si elle est bonne ou mauvaise; quelles sont les villes, si elles ont des murs ou si elles n'en ont point; si le terroir est gras ou stérile; s'il est planté de bois ou s'il est sans arbres. Soyez fermes et résolus, et apportez-nous des fruits de la terre. Ces hommes étant donc partis, considérèrent le pays de Chanaan et revinrent quarante jours après. En faisant leur rapport, ces envoyés (Josué et Caleb exceptés) excitèrent le peuple à la révolte contre Moïse, en disant: Nous ne pouvons point aller combattre ce peuple chananéen, parce qu'il est plus fort que nous. Et ils décrièrent devant les enfants d'Israël le pays qu'ils avaient vu. Tout le peuple se mit donc à crier, et pleura toute la nuit, et tous les enfants d'Israël murmurèrent contre Moïse et Aaron, en disant: Plût à Dieu que nous fussions morts dans l'Egypte! et puissions-nous périr dans cette vaste solitude, plutôt que l'Eternel nous fasse entrer dans ce pays! de peur que nous ne mourions par l'épée, et que nos femmes et nos enfants ne soient emmenés captifs. Ne vaut-il pas mieux que nous retournions en Egypte? Ils commencèrent donc à dire les uns aux autres: Etablissons-nous un chef, et retournons en Egypte. Moïse et Aaron rapportèrent alors, au nom de l'Eternel, ces paroles au peuple d'Israël: Je jure par [pg 105] moi-même, dit l'Eternel, que je vous traiterai selon le souhait que je vous ai entendu faire. Vos corps seront étendus morts dans ce désert. Vous tous qui avez été comptés depuis l'âge de vingt ans et au-dessus, et qui avez murmuré contre moi, vous n'entrerez point dans cette terre dans laquelle j'avais juré que je vous ferais habiter, excepté Caleb fils de Jophoné, et Josué fils de Nun. Mais j'y ferai entrer vos petits-enfants, dont vous avez dit qu'ils seraient la proie de vos ennemis, afin qu'ils voient cette terre qui vous a déplu. Vos enfants seront errants dans ce désert pendant quarante ans, selon le nombre de quarante jours

pendant lesquels vous avez considéré cette terre, en comptant une année pour chaque jour. Vous recevrez donc pendant quarante ans la peine de vos iniquités.

Pendant ces trente-huit ans qui restaient encore à passer dans le désert, il n'arriva que peu d'événements remarquables. La révolte de Coré (Corach) fut punie par l'Eternel d'une manière tout à fait inattendue: la terre s'entr'ouvrit, et les méchants furent engloutis. Arrivé dans le désert de Sin, le peuple manquant d'eau s'assembla de nouveau autour de Moïse et d'Aaron et se révolta. Dieu leur fit alors sortir de l'eau d'un rocher, en sorte que le peuple eut à boire. C'est à cette occasion que Moïse et Aaron, n'ayant pas suivi exactement la volonté de l'Eternel, furent punis, eux aussi, comme les autres: l'entrée dans la terre promise leur fut interdite, et la mort prête à les frapper tous les deux, leur fut annoncée. A la quarantième année après la sortie d'Egypte, le peuple d'Israël demeura à Cades où Marie (Miriam) la sœur de Moïse et d'Aaron vint à mourir. Le roi des Iduméens refusant de laisser passer Israël par son pays, Moïse se tourna vers l'Est pour pénétrer dans le pays de Chanaan par la rive gauche du [pg 106] Jourdain, au delà de la mer Morte. Ayant décampé de Cades, les Israélites vinrent à la montagne de Hor, située sur les confins du pays d'Edom. Aaron y vint à mourir et fut remplacé dans le pontificat par Éléazar son fils. Moïse forcé de faire la guerre à Sihan, roi des Amorrhéens, de même qu'à Og, roi de Basan, les vainquit tous les deux, et donna leur pays aux enfants de Ruben et de Gad et à la moitié de la tribu de Manassé qui le sollicitèrent pour y laisser leurs troupeaux. Balac, roi de Moab, effrayé de l'approche de ce peuple, fit venir un mage, nommé Bileam, pour maudire les Israélites. Voyant que la malédiction prononcée contre eux ne s'accomplissait point, Bileam conseilla aux filles de Moab et de Midian de séduire Israël en l'appelant à leurs sacrifices (dans l'intention peut-être d'obtenir une alliance) et de l'engager à se consacrer au culte de Baal-Peor. Effectivement elles réussirent dans leur dessein: le peuple succomba à leur séduction, et sacrifia au Baal-Peor (idole moabite dont le culte consistait en actions immorales et impudiques). Moïse fit alors punir les coupables, et Phinéas, fils d'Eléazar, à la tête de douze mille hommes, marcha contre ces peuples idolâtres et les vainquit.

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Mort de Moïse.

Moïse parvenu à l'âge de cent vingt ans, sentant approcher l'heure de sa mort, prit les mesures nécessaires au bien de son peuple: il choisit, au nom de l'Eternel, Josué, fils de Nun, pour son successeur, lui remit devant tout Israël le commandement sur le peuple et lui dit: Soyez ferme et courageux; car c'est vous qui ferez entrer ce [pg 107] peuple dans le pays que l'Eternel a promis à ses pères, c'est vous aussi qui le partagerez au sort entre les tribus. L'Eternel sera avec vous, ne craignez point et ne vous laissez point intimider. Moïse écrivit donc la loi et la donna aux prêtres, enfants de Lévi, qui portaient l'arche de l'alliance, et à tous les anciens d'Israël. Il leur donna cet ordre: Tous les sept ans, lorsque l'année de la remise sera venue, et au temps de la fête des tabernacles, quand tous les enfants d'Israël s'assembleront pour paraître devant l'Eternel votre Dieu, au lieu que l'Eternel aura choisi, vous lirez les paroles de cette loi devant tout Israël attentif. Tout le peuple sera assemblé, tant les hommes que les femmes, les petits enfants et les étrangers qui se trouveront dans vos villes, afin qu'en écoutant la loi ils l'apprennent; qu'ils craignent l'Eternel votre Dieu; qu'ils observent et accomplissent toutes les ordonnances de cette loi; et que leurs enfants mêmes qui n'en ont encore aucune connaissance, puissent les entendre, et craignent l'Eternel leur Dieu, pendant tout le temps qu'ils demeureront dans la terre que vous aller posséder au delà du Jourdain. Après avoir exhorté pour la dernière fois son peuple à l'amour de la vertu, à la crainte de Dieu et à la fidélité de son alliance, Moïse bénit tous les enfants d'Israël selon leurs tribus, et termina par ces paroles si expressives: Tu es heureux, ô Israël; qui est semblable à toi, ô peuple, qui trouves ton salut dans l'Eternel, l'Eternel qui te sert de bouclier pour te défendre et d'épée pour te procurer une glorieuse victoire!... Moïse monta ensuite sur la montagne de Nebo, et du haut de cette montagne il jeta un dernier regard sur le pays promis à son peuple et mourut dans le pays de Moab selon l'ordre de l'Eternel. Nul homme jusqu'aujourd'hui n'a connu le lieu où il a été [pg 108] enseveli. Sa vue ne baissa point et ses forces ne furent point affaiblies jusqu'au dernier moment de sa vie. Les enfants d'Israël le pleurèrent dans la plaine de Moab pendant trente jours. Il ne s'éleva plus dans Israël de prophète semblable à qui l'Eternel se révélât d'une manière si merveilleuse; ni qui ait fait des miracles et des prodiges comme ceux que l'Eternel fit faire par Moïse en Egypte aux yeux de Pharaon, de ses serviteurs et de tout son royaume; ni qui ait agi avec un bras si puissant, et qui ait fait des œuvres aussi grandes et aussi merveilleuses que celles que Moïse a faites devant tout Israël.

[pg 109]

CHAPITRE IV.

DEPUIS LA CONQUÊTE DE CHANAAN JUSQU'A SAUL.

(2489-2882.)

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Entrée du peuple israélite dans la terre promise.

Après la mort de Moïse, Josué fils de Nun, rempli de l'esprit de sagesse, fut reconnu pour chef, comme Moïse l'avait ordonné. Josué fit alors ce commandement aux préposés du peuple, et leur dit: Passez par le milieu du camp, et donnez cet ordre au peuple, et dites-leur: Faites provision de vivres; car dans trois jours vous passerez le Jourdain, et vous irez prendre possession de la terre que l'Eternel votre Dieu doit vous donner. Il dit aussi à ceux de la tribu de Ruben, à ceux de la tribu de Gad, et à la demi-tribu de Manassé: Souvenez-vous de ce que vous a ordonné Moïse. (Moïse en leur donnant le pays de Sihon et d'Og les avait engagés formellement à ne pas quitter les autres tribus, mais à les secourir pour la conquête du pays de Chanaan.) Ils lui répondirent: Nous [pg 110] ferons tout ce que vous nous ordonnerez, et nous irons partout où vous nous enverrez. Comme nous avons obéi à Moïse en toutes choses, nous vous obéirons aussi. Seulement que l'Eternel votre Dieu soit avec vous, comme il a été avec Moïse. Que celui qui contredira les paroles qui sortiront de votre bouche, et qui n'obéira pas à tout ce que vous lui ordonnerez, soit puni de mort. Soyez ferme seulement, et agissez avec un grand courage.

Josué envoya donc secrètement de Schitim deux espions: il leur dit: Allez et examinez bien le pays et particulièrement la ville de Jéricho. Ils partirent aussitôt, examinèrent le pays comme Josué le leur avait ordonné et revinrent en faisant le rapport demandé. Josué, s'étant donc levé avant le jour, décampa; et étant sorti de Schitim, lui et tous les enfants d'Israël, ils vinrent jusqu'au Jourdain, où ils demeurèrent trois jours. Ce temps expiré, les hérauts passèrent par le milieu du camp, et commencèrent à crier: Quand vous verrez l'arche de l'alliance, les prêtres et les lévites qui la porteront, levez-vous aussi vous autres, et marchez après eux; et qu'il y ait entre vous et l'arche un espace de deux mille coudées, afin que vous puissiez la voir de loin, et connaître le chemin par où vous irez; parce que vous n'y avez jamais passé; et prenez garde de ne vous point approcher de l'arche. Josué dit aussi au peuple: Sanctifiez-vous; car l'Eternel fera demain des choses merveilleuses parmi vous. Et il dit aux prêtres: Prenez l'arche de l'alliance, et marchez devant le peuple. Ils firent ce qu'il leur avait commandé; et ayant pris l'arche, ils marchèrent devant le peuple. Et Josué dit encore au peuple: Vous reconnaîtrez à ceci que l'Eternel, le Dieu vivant, est au milieu de vous, et qu'il expulsera à vos yeux les Chananéens et les autres [pg 111] habitants idolâtres de ce pays. L'arche de l'alliance du Seigneur de toute la terre marchera devant vous au travers du Jourdain. Tenez prêts douze hommes des douze tribus d'Israël, un de chaque tribu. Et lorsque les prêtres qui portent l'arche auront mis les pieds dans les eaux du Jourdain, les eaux d'en bas s'écouleront et laisseront le fleuve à sec; mais celles qui viennent d'en haut s'arrêteront et demeureront suspendues. Le peuple sortit donc de ses tentes pour passer le Jourdain; et les prêtres qui portaient l'arche de l'alliance marchaient devant lui. Et aussitôt que ces prêtres furent entrés dans le Jourdain, et que l'eau commença à mouiller leurs pieds (c'était au temps de la moisson, où le Jourdain regorgeait par-dessus ses bords), les eaux qui venaient d'en haut s'arrêtèrent en un même lieu; et s'élevant comme une montagne, elles paraissaient de bien loin, depuis la ville qui s'appelle Adom jusqu'au lieu appelé Sarthan; mais les eaux d'en bas s'écoulèrent dans la mer du désert, qui est appelée maintenant la mer Morte, jusqu'à ce qu'il n'en restât point du tout. Cependant le peuple marchait vis-à-vis de Jéricho, et les prêtres qui portaient l'arche de l'alliance, se tenaient toujours au même état sur la terre sèche au milieu du Jourdain, et tout le peuple passait au travers du canal qui était à sec. Josué dit alors aux douze hommes choisis par les douze tribus: Allez devant l'arche au milieu du Jourdain, et que chacun de vous emporte de là une pierre, selon le nombre des tribus des enfants d'Israël; afin qu'elles servent de signe et de monument parmi vous; et à l'avenir quand vos enfants vous demanderont: Que veulent dire ces pierres? vous leur répondrez: Les eaux du Jourdain se sont séparées devant l'arche de l'alliance, lorsqu'elle passait au travers de ce fleuve. C'est pourquoi ces [pg 112] pierres ont été mises en ce lieu, pour servir aux enfants d'Israël de monument éternel. Le peuple fit donc ce que Josué avait ordonné. Ils prirent du milieu du lit du Jourdain douze pierres; et les portant jusqu'au lieu où ils campèrent, ils les y posèrent. Josué mit aussi douze autres pierres au milieu du lit du Jourdain, où les prêtres qui portaient l'arche s'étaient arrêtés, et elles y sont demeurées jusqu'aujourd'hui. Or le peuple sortit du Jourdain le dixième jour du premier mois (Nisan), et ils campèrent à Gilgal vers le côté de l'orient de la ville de Jéricho. Josué posa aussi à Gilgal les douze pierres qui avaient été prises du fond du Jourdain. Les enfants d'Israël demeurant à Gilgal y firent la Pâque le quatorzième jour du mois sur le soir, dans la plaine de Jéricho. Le lendemain ils mangèrent les fruits de la terre et des pains sans levain. Et après qu'ils eurent mangé des fruits de la terre, la manne cessa, et les enfants d'Israël n'usèrent plus de cette nourriture.

Josué se disposa donc à s'emparer d'une grande partie de la Palestine méridionale, du centre de ce pays et en outre de quelques parties de la Palestine septentrionale. Il commença par la conquête de Jéricho, ville dont il se rendit maître d'une manière tout à fait merveilleuse. Il fit alors attaquer la ville d'Aï située dans les environs de Beth-El, et fit alliance avec les Gibaonites. Il vainquit ensuite les cinq rois de Jérusalem, d'Hébron, de Jarmoth, de Lachis et d'Eglon, qui s'étaient tous réunis pour faire la guerre aux Gibaonites à cause de leur alliance avec Israël, et il finit par assujettir les peuples alliés habitant le nord de la Palestine. Mais alors un des premiers préceptes de la loi de Moïse fut violé. La loi recommandait d'expulser tous les habitants du pays pour qu'ils ne pussent engager [pg 113] les Israélites à quitter l'Éternel et à servir les faux dieux. Cette ordonnance ne fut point suivie, et beaucoup de Chananéens, peuples idolâtres, restèrent dans le pays et demeurèrent au milieu des Israélites.—Sept ans après l'entrée des Israélites en Palestine, le pays conquis fut partagé entre les tribus. Le partage des terres se fit par le sort, eu égard toutefois au nombre des personnes de chaque tribu et à la qualité du terrain. Chaque tribu occupa ce qui lui était échu en partage et s'empara de ce qui restait encore à conquérir. Quarante-huit villes du pays furent assignées pour demeure aux Lévites qui n'entrèrent point dans le partage.—Le pays étant ainsi conquis et divisé, Josué fit venir ceux des tribus de Ruben et de Gad, et la demi-tribu de Manassé, et il leur dit: Vous avez fait tout ce que Moïse serviteur de l'Éternel vous avait ordonné: vous m'avez aussi obéi en toutes choses; et dans un si long temps vous n'avez point abandonné vos frères jusqu'à ce jour. Puisque l'Eternel votre Dieu a donné la paix et le repos à vos frères, selon qu'il avait promis, allez-vous-en, et retournez dans vos tentes et dans le pays qui est à vous, que Moïse vous a donné au delà du Jourdain. Ayez soin seulement d'observer exactement et de garder avec soin les commandements et la loi que Moïse serviteur de l'Eternel vous a prescrite, qui est d'aimer l'Eternel votre Dieu, de marcher dans toutes ses voies, de vous attacher à lui, et de le servir de tout votre cœur et de toute votre âme. Josué les bénit ensuite et les renvoya de Silo (Schilo), endroit où était depuis lors le siége du sanctuaire, et ils retournèrent à leurs tentes.

[pg 114]

Josué exhorte les Israélites à observer la loi.

Or, longtemps après que l'Eternel eut donné la paix à Israël, et qu'il lui eut assujetti toutes les nations qui l'environnaient, Josué étant déjà vieux et fort avancé en âge, fit assembler tout Israël, les anciens, les chefs et les magistrats, et il leur dit: Je suis vieux, et mon âge est fort avancé. Vous voyez tout ce que l'Eternel votre Dieu a fait à toutes les nations qui vous environnent, de quelle sorte il a lui-même combattu pour vous. Fortifiez-vous donc de plus en plus, et gardez avec grand soin tout ce qui est écrit dans le livre de la loi de Moïse, sans vous en détourner ni à droite ni à gauche; de peur que vous mêlant parmi ces peuples qui demeureront parmi vous, vous ne juriez au nom de leurs dieux, et que vous ne les serviez, et ne les adoriez. Mais attachez-vous à l'Eternel votre Dieu, selon que vous l'avez fait jusqu'à ce jour. Alors un seul d'entre vous poursuivra mille de vos ennemis, parce que Dieu combattra pour vous, comme il l'a promis. Prenez garde seulement, et ayez soin sur toutes choses d'aimer l'Eternel votre Dieu. Si vous voulez vous attacher aux erreurs de ces peuples qui demeurent parmi vous, et vous mêler avec eux par le lien du mariage, et par une union d'amitié, sachez dès maintenant que l'Eternel ne les expulsera point devant vous, mais qu'ils deviendront à votre égard comme un piége et comme un filet, comme des pointes qui vous perceront les côtés, et comme des épines dans vos yeux jusqu'à ce qu'il vous enlève et vous extermine de cette terre excellente qu'il vous a donnée. Pour moi, je suis [pg 115] aujourd'hui sur le point d'entrer dans la voie de toute la terre; et vous devez considérer avec une parfaite reconnaissance que tout ce que l'Eternel avait promis de vous donner, est arrivé sans qu'aucune de ses paroles soit tombée à terre. Comme donc Dieu a accompli tout ce qu'il vous avait promis et que tout vous a réussi très-heureusement, ainsi il fera tomber sur vous tous les maux dont il vous a menacés, si vous violez l'alliance que l'Eternel a faite avec vous; si vous servez et adorez des dieux étrangers, vous serez alors promptement enlevés de cette excellente terre que Dieu vous a donnée.

Josué fait assembler le peuple pour la dernière fois.

Josué ayant ensuite assemblé toutes les tribus d'Israël à Sichem, fit venir les anciens, les juges, les magistrats et les préposés du peuple. Et lorsqu'ils furent tous présentés devant l'Eternel, Josué leur raconta l'histoire de leurs pères en disant: Vos pères jusqu'à Tharé, père d'Abraham, ont habité dans les premiers temps au delà du fleuve d'Euphrate, et ils ont servi des dieux étrangers. Mais l'Eternel tira Abraham votre père de la Mésopotamie et l'amena au pays de Chanaan. Il multiplia sa race.—Et Josué continua à leur raconter tout ce qu'ils ont fait et tout ce qui leur est arrivé jusqu'à ce jour. Maintenant donc, dit-il, craignez l'Eternel, et servez-le avec un cœur parfait et sincère. Si vous croyez que ce soit un malheur pour vous de servir l'Eternel, vous êtes dans la liberté de prendre tel parti que vous voudrez. Choisissez aujourd'hui ce qu'il vous plaira; [pg 116] et voyez qui vous devez plutôt adorer, ou les dieux que vos pères ont servis dans la Mésopotamie, ou les dieux des Amorrhéens au pays desquels vous habitez; mais pour ce qui est de moi et de ma maison, nous servirons l'Eternel. Le peuple lui répondit: A Dieu ne plaise que nous abandonnions l'Eternel et que nous servions les dieux étrangers. C'est l'Eternel notre Dieu qui nous a tirés, lui-même, nous et nos pères du pays d'Egypte, de la maison de servitude; qui a fait de très-grands prodiges devant nos yeux, qui nous a gardés dans tout le chemin par où nous avons marché, et parmi tous les peuples par où nous avons passé. C'est lui qui a chassé toutes ces nations, et les Amorrhéens qui habitaient le pays où nous sommes entrés. Nous servirons donc l'Eternel, parce que c'est lui-même qui est notre Dieu. Josué répondit alors au peuple: Vous êtes témoins que vous avez choisi vous-mêmes l'Eternel pour le servir. Ils lui répondirent: Nous en sommes témoins. Josué fit donc alliance de la part de l'Eternel en ce jour-là avec le peuple, et il lui présenta les préceptes et les ordonnances de l'Eternel à Sichem[15]. Il écrivit aussi toutes ces choses dans le livre de la loi de l'Eternel, et il prit une très-grande pierre qu'il mit sous un chêne placé dans le sanctuaire de l'Eternel, et il dit à tout le peuple: Cette pierre que vous voyez vous servira de monument et de témoignage qu'elle a entendu toutes vos promesses de peur qu'à l'avenir vous ne vouliez le nier, et mentir à l'Eternel votre Dieu.—Il renvoya ensuite le peuple chacun dans ses terres.

[pg 117]

Mort de Josué et d'Éléazar.

Après cela Josué fils de Nun, serviteur de l'Eternel, mourut étant âgé de cent dix ans; et ils l'ensevelirent dans la terre qui lui appartenait à Thamnath-Saré, sur la montagne d'Ephraïm, vers le septentrion du mont Gaas. Israël servit l'Éternel pendant toute la vie de Josué et des anciens qui vécurent longtemps après Josué, et qui savaient toutes les choses merveilleuses que l'Eternel avait faites dans Israël. Ils prirent aussi les os de Joseph, que les enfants d'Israël avaient emportés d'Égypte, et ils les ensevelirent à Sichem, dans cet endroit du champ que Jacob avait acheté des enfants d'Hemor père de Sichem, pour cent Kesitah, et qui fut depuis aux enfants de Joseph. Eléazar fils d'Aaron mourut aussi, et ils l'ensevelirent sur une colline qui était à Phinées son fils, et qui lui avait été donnée en la montagne d'Ephraïm.

Les juges.

Lorsque Josué et toute sa génération et les anciens qui avaient été témoins des œuvres merveilleuses que l'Eternel avait faites dans Israël, furent réunis à leurs pères, il s'en éleva d'autres en leur place qui ne connaissaient ni l'Eternel, ni les merveilles qu'il avait faites en faveur d'Israël. Les enfants d'Israël firent donc le mal à la vue de l'Eternel, et ils servirent Baal. Ils abandonnèrent le Dieu de leurs pères, qui les avait tirés du pays de l'Egypte, et ils servirent des dieux étrangers, les dieux des peuples qui demeuraient [pg 118] autour d'eux. Ayant ainsi abandonné l'Éternel, la juste punition ne tarda pas à venir; Dieu les livra entre les mains de leurs ennemis, il les vendit aux nations ennemies qui demeuraient autour d'eux, et ils ne purent résister à ceux qui les attaquaient. Cependant lorsqu'ils furent réduits à la plus extrême misère, Dieu leur suscita des juges, pour les délivrer des mains de ceux qui les opprimaient; car Dieu écoutait les soupirs des affligés, et les délivrait de ceux qui les avaient pillés et qui en avaient fait un grand carnage. Mais après la mort de ces juges, ils retombaient aussitôt dans leurs péchés, suivaient des dieux étrangers, les servaient et les adoraient. Demeurant ainsi au milieu des peuples idolâtres, qu'ils avaient laissés dans les pays, ils épousèrent leurs filles, et leur donnèrent les leurs en mariage, et ils adorèrent leurs dieux. Ils firent le mal aux yeux de l'Eternel et ils oublièrent leur Dieu, adorant Baalim et Astaroth. L'Éternel les livra donc entre les mains de Chusan-Rasathaïm roi de Mésopotamie, auquel ils furent assujettis pendant huit ans. Mais ayant fait pénitence l'Éternel eut compassion de leurs maux, et il leur suscita un sauveur qui les délivra, ce fut:

JUGE 1er. Othoniel fils de Kenaz, frère puîné de Caleb. L'esprit de l'Éternel fut en lui, et il jugea Israël. Et s'étant mis en campagne pour combattre Chusan-Rasathaïm roi de Syrie, l'Eternel le livra entre les mains d'Othoniel qui le défit. Le pays demeura en paix durant quarante ans, et Othoniel fils de Kenaz mourut ensuite. Alors les enfants d'Israël commencèrent encore à faire le mal aux yeux de l'Eternel, qui fortifia contre eux Eglon roi de Moab, parce qu'ils avaient péché devant lui. Ce roi se joignit à Ammon et Amalec, et s'étant avancé sur eux il défit Israël, et se rendit maître de la ville des Palmes. Les enfants d'Israël [pg 119] furent assujettis à Eglon roi de Moab pendant dix-huit ans. Après cela ils prièrent l'Éternel, et il leur suscita un sauveur nommé

JUGE 2e. Ehud fils de Gera. Celui-ci vainquit les Moabites, après avoir tué leur roi. Moab fut alors humilié sous la main d'Israël, et le pays demeura en paix pendant quatre-vingts ans. Après Ehud,

JUGE 3e. Samgar fils d'Anath fut en sa place. Celui-ci fut aussi le défenseur et le libérateur d'Israël.

Les enfants d'Israël recommencèrent cependant encore à faire le mal aux yeux de l'Éternel et furent livrés entre les mains de Jabin, roi des Chananéens, qui régna dans Chazor (ville située dans le district appartenant à la tribu de Naphthali). Jabin, roi très-puissant, les opprima cruellement pendant vingt ans. Il avait pour général de son armée un nommé Sisara. Les enfants d'Israël prièrent donc l'Éternel, et il les secourut de nouveau. La femme de Lapidoth, prophétesse nommée

JUGE 4e. Debora, jugeait en ce temps-là le peuple d'Israël. Elle s'asseyait sous un palmier qu'on avait appelé de son nom, entre Rama et Bethel, sur la montagne d'Ephraïm, et les enfants d'Israël venaient à elle, pour faire juger tous leurs différends. Elle envoya donc vers Barac fils d'Abinoëm de Cedès de Naphthali et l'ayant fait venir, elle lui dit: Allez, et menez l'armée sur la montagne de Thabor. Prenez avec vous dix mille combattants des enfants de Naphthali et des enfants de Zabulon. Quand vous serez au torrent de Cison, Dieu vous amènera Sisara général de l'armée de Jabin avec ses chariots et toutes ses troupes, et il vous les livrera entre les mains. Barac lui répondit: Si vous venez avec moi, j'irai; si vous ne voulez point venir, je n'irai point. Debora lui dit: Je veux bien aller [pg 120] avec vous; mais la victoire pour cette fois ne vous sera point attribuée, parce que Sisara sera livré entre les mains d'une femme. Debora partit donc aussitôt, et s'en alla à Cedés avec Barac; lequel ayant fait venir ceux de Zabulon et de Naphthali, marcha avec dix mille combattants, étant accompagné de Debora. En même temps Sisara fut averti que Barac fils d'Abinoëm s'était avancé sur la montagne de Thabor. Et il fit assembler ses neuf cents chariots armés de faux, et fit marcher toute son armée au torrent de Cison. Alors Debora dit à Barac: Courage; car voici le jour où l'Éternel a livré Sisara entre vos mains; c'est l'Eternel qui vous conduit. Barac descendit donc de la montagne de Thabor, et dix mille combattants avec lui. En même temps l'Eternel frappa de terreur Sisara, tous ses chariots et toutes ses troupes aux yeux de Barac; de sorte que Sisara sautant de son chariot en bas, s'enfuit à pied. Barac poursuivit les chariots qui s'enfuyaient et toutes les troupes et les battit complétement. Sisara voulant se sauver dans une maison y fut tué par une femme. Dieu confondit donc en ce jour-là Jabin roi de Chanaan devant les enfants d'Israël, qui devenant chaque jour plus puissants, se fortifièrent de plus en plus contre Jabin roi de Chanaan, et l'accablèrent jusqu'à ce qu'il fût ruiné entièrement. En ce jour-là Debora et Barac, fils d'Abinoëm, chantèrent un cantique en l'honneur de l'Eternel, sauveur d'Israël. Le pays demeura ensuite en paix pendant quarante ans.

Les enfants d'Israël commencèrent de nouveau à faire mal aux yeux de l'Éternel, et il les livra pendant sept ans entre les mains des Midianites. Ces peuples les tinrent dans une si grande oppression, qu'ils furent obligés de se retirer dans les antres et dans les cavernes des montagnes, et dans les lieux les plus fortifiés pour pouvoir résister aux [pg 121] Midianites. Lorsque les Israélites avaient semé, les Midianites, les Amalécites et les autres peuples de l'Orient venaient sur leurs terres, dressaient leurs tentes, ruinaient tous les grains et ne laissaient aux Israélites rien de tout ce qui était nécessaire à la vie. Israël fut donc extrêmement humilié sous Midian. Et il pria l'Éternel, lui demandant secours contre les Midianites. Alors l'Eternel leur envoya un prophète qui leur dit: «Voici ce que dit l'Eternel le Dieu d'Israël: Je vous ai fait sortir d'Egypte, et je vous ai tirés d'un séjour de servitude: je vous ai délivrés de la main des Egyptiens, et de tous les ennemis qui vous affligeaient: j'ai chassé les Amorrhéens de cette terre à votre entrée, je vous ai donné le pays qui était à eux. Et je vous ai dit: Je suis l'Eternel votre Dieu, ne craignez point les dieux des Amorrhéens dans le pays duquel vous habitez: cependant vous n'avez point voulu écouter ma voix.—Or l'Eternel ayant pitié d'Israël lui envoya encore une fois un sauveur, nommé:

JUGE 5e. Gidéon fils de Joas. C'est aussi à ce libérateur que Dieu révéla d'une manière merveilleuse sa volonté céleste. Cet homme commença par détruire l'autel de Baal (c'est pourquoi il fut aussi appelé Jerobaal), et construisit un autel à l'Eternel, Dieu d'Israël. Or tous les Midianites, les Amalécites et les peuples d'Orient se joignirent ensemble; et ayant passé le Jourdain, ils vinrent se camper dans la vallée de Jezraël. En même temps l'esprit de l'Éternel remplit Gidéon, qui sonnant de la trompette assembla toute la maison d'Abiezer, sa famille, afin qu'elle le suivît. Il envoya aussi des gens dans toute la tribu de Manassé qui le suivit aussi, et il en envoya d'autres dans la tribu d'Aser, de Zabulon et de Naphthali: et ceux de ces tribus vinrent au-devant de lui. Gidéon se leva donc et vint accompagné de tout le peuple se camper à une fontaine nommée [pg 122] Charod. Quant aux Midianites, ils étaient campés dans la vallée, vers le côté septentrional de la colline appelée Moreh. C'est en ce lieu que Gidéon congédia une grande partie de son armée, de sorte qu'il ne lui resta que trois cents hommes. Gidéon en agissant ainsi se conforma à la volonté divine, pour montrer aux Israélites que ce n'est que la main de Dieu qui les secourt. La nuit suivante, Gidéon accompagné de son serviteur Phura, s'en alla secrètement à l'endroit du camp où étaient les sentinelles de l'ennemi. Et lorsqu'il se fut approché du camp, il entendit un soldat qui contait son songe à un autre, et qui lui rapportait ainsi ce qu'il avait vu: J'ai eu un songe, disait-il, et il me semblait que je voyais comme un pain d'orge cuit dans la cendre, qui roulait en bas et descendait dans le camp des Midianites; et y ayant rencontré une tente, il l'ébranla, la renversa par terre. Celui à qui il parlait lui répondit: Tout cela n'est autre chose que l'épée de Gidéon fils de Joas Israélite; parce que l'Éternel lui a livré entre les mains les Midianites avec toute leur armée. Gidéon ayant entendu ce songe et l'interprétation qui en avait été donnée, adora Dieu. Et étant retourné au camp d'Israël, il dit aux siens: Allons promptement; car l'Eternel a livré entre nos mains le camp de Midian. Et ayant divisé ses trois cents hommes en trois bandes, il leur donna des trompettes à la main et des pots de terre vides avec des lampes au milieu des pots, et il leur dit: Faites ce que vous me verrez faire. J'entrerai par un endroit du camp: faites tout ce que je ferai. Quand vous me verrez sonner de la trompette que j'ai en main, sonnez de même de la trompette tout autour du camp, et criez tous ensemble: Pour l'Éternel et pour Gidéon! Gidéon suivi de ses hommes entra donc par un endroit du camp au commencement de la veille du milieu de la nuit. [pg 123] Et les gardes s'étant réveillés, Gidéon et ses gens commencèrent à sonner de la trompette, et à heurter leurs pots de terre les uns contre les autres. Faisant donc autour du camp en trois endroits différents un bruit terrible, et ayant rompu leurs pots de terre, ils tinrent leurs lampes de la main gauche, et de la droite les trompettes dont ils sonnaient, et crièrent tous ensemble: Pour l'Eternel et pour Gidéon! Chacun resta à son poste autour du camp des ennemis. Aussitôt le camp des Midianites se trouva tout en désordre; ils jetèrent de grands cris, et ils s'enfuirent tous. Les trois cents hommes continuèrent à sonner de la trompette, et les ennemis tournèrent leurs épées les uns contre les autres, et ils s'entre-tuèrent. Ils s'enfuirent jusqu'à Bethsetta et jusqu'au bord d'Abelmehula en Tebbath. Mais les enfants d'Israël des tribus de Naphthali et d'Aser, et tous ceux de la tribu de Manassé se rassemblèrent et poursuivirent les Midianites. Et Gidéon envoya des gens sur toute la montagne d'Ephraïm, pour dire au peuple: Marchez au-devant des Midianites, et saisissez-vous des eaux jusqu'à Bethbera et de tous les passages du Jourdain. C'est par suite de cet avis que l'ennemi fut complétement battu. Gidéon ne se reposa qu'après avoir rejoint les princes des armées ennemies et les avoir faits prisonniers. Les Midianites furent donc humiliés devant les enfants d'Israël, et ils ne purent plus lever la tête. Le pays demeura en paix pendant quarante ans du temps de Gidéon. Après cette victoire remportée sur Midian, tous les enfants d'Israël dirent à Gidéon: Soyez notre prince, et commandez-nous, vous, votre fils et le fils de votre fils, parce que vous nous avez délivrés des mains des Midianites. Gidéon leur répondit: Je ne serai point votre prince, et je ne vous commanderai point, ni moi, ni mon fils, mais ce sera l'Éternel qui sera [pg 124] votre prince et qui vous commandera. Gidéon avait soixante et dix fils, parce qu'il avait plusieurs femmes: et une autre femme qu'il avait à Sichem, eut de lui un fils nommé Abimelech. Gidéon fils de Joas mourut enfin dans une heureuse vieillesse, et il fut enseveli dans le sépulcre de Joas son père à Ephra. Après la mort de Gidéon, les enfants d'Israël se détournèrent du culte de Dieu, et se prostituèrent à l'idolâtrie de Baal. Ils oublièrent l'Éternel leur Dieu, qui les avait délivrés des mains de tous leurs ennemis, dont ils étaient environnés. Ils n'usèrent point de miséricorde envers la maison de Gidéon, pour reconnaître tout le bien qu'il avait fait à Israël.

JUGE 6e. Alors Abimelech, fils de Gidéon, s'en alla à Sichem trouver les frères de sa mère, et tous ceux de sa famille, et il leur parla à tous en ces termes: Représentez ceci, leur dit-il, à tous les habitants de Sichem: Lequel est le meilleur pour vous, ou d'être dominés par soixante et dix hommes, tous enfants de Jerabaal, ou de n'avoir qu'un seul homme qui vous commande? Et de plus, considérez que je suis votre chair et votre sang. Tous les parents de sa mère ayant donc parlé de lui en cette manière à tous les habitans, ils gagnèrent leur cœur et leur affection pour Abimelech. Ils lui donnèrent alors soixante et dix sicles d'argent, qu'ils prirent du temple de Baal-berith. Abimelech avec cet argent leva une troupe de gens misérables et vagabonds qui le suivirent; et, étant venu en la maison de son père, à Ephra, il tua sur une même pierre les soixante-neuf fils de Jerobaal, ses frères: et de tous les enfans de Jerobaal il ne resta que Joatham, le plus jeune de tous, que l'on cacha. Alors tous les habitans de Sichem s'étant assemblés avec toutes les familles de la ville de Millo, allèrent établir roi Abimelech près du chêne qui [pg 125] est à Sichem. Joatham en ayant reçu la nouvelle, s'en alla au haut de la montagne de Garizim, où, se tenant debout, il cria à haute voix, et parla de cette sorte (voici une des plus belles et des plus anciennes paraboles): Écoutez-moi, habitants de Sichem, comme vous voulez que Dieu vous écoute. Les arbres s'assemblèrent un jour pour s'élire un roi, et ils dirent à l'olivier: Soyez notre roi. L'olivier leur répondit: Puis-je abandonner mon suc et mon huile par laquelle on honore Dieu et les hommes, pour venir m'établir au-dessus des arbres? Les arbres dirent ensuite au figuier: Venez régner sur nous. Le figuier leur répondit: Puis-je abandonner la douceur de mon suc et l'excellence de mes fruits, pour venir m'établir au-dessus des arbres? Les arbres s'adressèrent encore à la vigne, et lui dirent: Venez prendre le commandement sur nous. La vigne leur répondit: Puis-je abandonner mon vin qui est la joie de Dieu et des hommes, pour venir m'établir au-dessus des arbres? Enfin tous les arbres dirent au buisson: Venez, vous serez notre roi. Le buisson leur répondit: Si vous m'établissez véritablement pour votre roi, venez vous reposer sous mon ombre; si vous ne le voulez pas, que le feu sorte du buisson et qu'il dévore les cèdres du Liban. Considérez donc maintenant si vous avez agi avec justice et innocence en établissant ainsi Abimelech pour votre prince; si vous avez bien traité Jerobaal et sa maison; si vous avez reconnu, comme vous le deviez, les grands services de celui qui a combattu pour vous, et qui a exposé sa vie à tant de périls pour vous délivrer des mains des Midianites; et si vous avez dû vous élever, comme vous l'avez fait, contre la maison de mon père, en tuant ses soixante-neuf fils, et en établissant Abimelech, fils de sa servante, pour prince des habitants de Sichem, parce [pg 126] qu'il est votre frère. Si donc vous avez traité comme vous deviez Jerobaal et sa maison, et que vous ne lui ayez point fait d'injustice, qu'Abimelech soit votre bonheur, et puissiez-vous être aussi le bonheur d'Abimelech. Mais si vous avez agi contre toute justice, que le feu sorte d'Abimelech, qu'il consume les habitans de Sichem et la ville de Millo; et que le feu sorte des habitants de Sichem et de la ville de Millo, et qu'il dévore Abimelech... Ayant dit ces paroles, il s'enfuit, et s'en alla à Bera, où il demeura, parce qu'il craignait Abimelech, son frère. Abimelech fut donc prince d'Israël pendant trois ans. Mais Dieu envoya un esprit de haine et d'aversion entre Abimelech et les habitants de Sichem, qui commencèrent bientôt à le détester. Ils lui dressèrent des embûches; un homme qui s'appelait Gaal, se mit à la tête de la révolte, Abimelech le vainquit, attaqua la ville, et l'ayant prise, il en tua tous les habitants, et la détruisit d'une telle sorte, qu'il sema du sel au lieu où elle avait été. Abimelech marcha de là vers la ville de Thèbes, située à trois lieues de distance, l'investit et l'assiégea avec son armée, et la prit. Il y avait au milieu de la ville, une haute tour, où tous les principaux de la ville, hommes et femmes, s'étaient réfugiés: ils en avaient fermé et barricadé la porte et étaient montés sur le haut de la tour pour se défendre par les créneaux. Abimelech était au pied de la tour combattant vaillamment; et, s'approchant de la porte, il tâchait d'y mettre le feu. En même temps, une femme jetant d'en haut un morceau d'une meule de moulin, cassa la tête à Abimelech, et lui en fit sortir la cervelle. Aussitôt il appela son écuyer, et lui dit: Tirez votre épée, et tuez-moi, de peur qu'on ne dise que j'ai été tué par une femme. L'écuyer, faisant ce qu'il lui avait commandé, le tua. Abimelech étant mort, tous ceux d'Israël qui étaient avec lui [pg 127] retournèrent chacun en sa maison. Ainsi Dieu rendit à Abimelech le mal qu'il avait commis contre son père, en tuant ses soixante-neuf frères. Les Sichimites aussi reçurent la punition de ce qu'ils avaient fait; et la malédiction que Joatham, fils de Jerobaal, avait prononcée, tomba sur eux.

JUGE 7e. Après Abimelech, Thola, fils de Phua, de la tribu d'Issachar, et qui demeurait à Schamir, en la montagne d'Ephraïm, fut établi chef d'Israël; et après avoir jugé Israël pendant vingt-trois ans, il mourut, et fut enseveli dans Schamir.

JUGE 8e. Jaïr de Galaad lui succéda, et il fut juge dans Israël pendant vingt-deux ans. Jaïr mourut depuis, et fut enseveli au lieu appelé Camon. Alors les enfants d'Israël recommencèrent à commettre des crimes, firent le mal aux yeux de l'Eternel, et adorèrent les idoles de Baal et d'Astaroth, et les dieux de Syrie et de Sidon, de Moab, des enfants d'Ammon et des Philistins; ils abandonnèrent l'Eternel et cessèrent de l'adorer. La juste punition de Dieu ne tarda donc pas à venir, l'Eternel les livra entre les mains des Philistins et des enfants d'Ammon, qui les affligèrent en les opprimant pendant dix-huit ans. Et lorsque les enfants d'Israël reconnurent leurs péchés, abandonnèrent la mauvaise voie et retournèrent à l'Eternel, le seul vrai Dieu, l'Eternel fut de nouveau avec eux et leur suscita un sauveur qui les délivra des mains de leurs oppresseurs.

JUGE 9e. Cet homme s'appelait Jephté (Jiphtach). Comme les enfants d'Ammon combattaient contre Israël et le pressaient vivement, les anciens de Galaad allèrent trouver Jephté au pays de Tob, pour le faire venir à leur secours. Il commença par envoyer des ambassadeurs au roi des enfants d'Ammon en lui faisant remarquer l'injustice de ses prétentions et des guerres qu'il ne cessait de faire aux enfants d'Israël. Mais, voyant que ce roi ne [pg 128] voulait point se rendre à ces représentations amicales, Jephté s'avança à la tête de son armée, passant de Mispha en Galaad jusqu'aux enfants d'Ammon, et fit à l'Eternel ce vœu inconsidéré: Dieu, si vous livrez entre mes mains les enfants d'Ammon, je vous consacrerai le premier qui sortira de la porte de ma maison, et qui viendra au-devant de moi, lorsque je retournerai victorieux du pays des enfants d'Ammon, et je vous offrirai un holocauste. Jephté passa ensuite dans les terres des enfants d'Ammon pour les combattre; et l'Eternel les livra entre ses mains. Il prit et ravagea vingt villes depuis Aroër jusqu'à Mennith. Les enfants d'Ammon perdirent dans cette défaite un grand nombre d'hommes, et ils furent désolés par les enfants d'Israël. Mais lorsque Jephté revenait dans sa maison, sa fille unique, vint au-devant de lui en dansant au son des tambours. Jephté l'ayant vue, déchira ses vêtements, et dit: Ah! malheureux que je suis! ma fille, vous m'avez affligé, vous êtes au nombre de ceux qui me ruinent; car j'ai fait vœu à l'Eternel de lui offrir ce qui se présenterait à moi, et je ne puis faire autre chose que ce que j'ai promis. Sa fille lui répondit: Mon père, si vous avez fait un vœu à l'Eternel, faites de moi tout ce que vous avez promis, après la grâce que vous avez reçue de vous défaire de vos ennemis, et de remporter sur eux une si grande victoire. Accordez-moi seulement, ajouta-t-elle, la prière que je vous fais: Laissez-moi aller sur les montagnes pendant deux mois, afin que je pleure ma virginité avec mes compagnes. Jephté lui répondit: Allez; et il la laissa libre pendant ces deux mois. Elle alla donc avec ses compagnes et ses amies, et pleura sa virginité sur les montagnes. Après les deux mois elle revint trouver son père, et il accomplit le vœu qu'il avait fait à l'égard de sa fille. En effet, elle ne connut point d'homme [pg 129] (il lui fut défendu de se marier). De là vint la coutume qui s'est toujours depuis observée en Israël, que toutes les filles d'Israël s'assemblent une fois l'année, pour pleurer la fille de Jephté de Galaad pendant quatre jours.—Jephté jugea le peuple d'Israël pendant six ans, et il mourut ensuite, et fut enseveli dans une des villes de Galaad.

JUGE 10e. Abezan (Ibzan) de Beth-lehem fut après lui juge d'Israël; et après avoir jugé Israël pendant sept ans, il mourut et fut enseveli dans Beth-lehem.

JUGE 11e. Ahialon (Elon) de Zabulon lui succéda, et il jugea Israël pendant dix ans; et, étant mort, il fut enseveli à Ahialon, dans le pays de Zabulon.

JUGE 12e. Abdon, fils d'Illel de Pharathon, fut après lui juge d'Israël pendant huit ans; et étant mort, il fut enseveli à Pharathon, au pays d'Ephraïm, sur la montagne d'Amalec. Les enfants d'Israël commirent encore le mal aux yeux de l'Éternel, qui les livra aux mains des Philistins pendant quarante ans. Alors il appela cette fois encore un héros à leur secours pour les affranchir du joug accablant des Philistins.

JUGE 13e. Samson (Schimschon) était le nom de ce héros. Cet homme était doué d'une force si prodigieuse qu'un jour il mit en pièces un jeune lion furieux qui venait à lui. Il causa beaucoup de pertes aux Philistins en leur faisant continuellement la guerre. Un jour il prit trois cents renards qu'il lia deux à deux par la queue en y attachant des flambeaux, et, les ayant allumés, il chassa les renards, afin qu'ils courussent de tous côtés. Ils allèrent courir au travers des blés des Philistins, et y ayant mis le feu, les blés qui étaient déjà en gerbes, et ceux qui étaient encore sur pied, furent brûlés; et le feu même se mettant dans les vignes et dans les plants d'oliviers, consuma tout. Une autre fois il tua mille hommes, armé seulement d'une [pg 130] mâchoire d'âne. Il prit, un jour, les deux portes de la ville d'Aza, les mit sur ses épaules, et les porta sur le haut d'une montagne voisine.

Après avoir ainsi vengé son peuple des Philistins, il se laissa entraîner par une femme des Philistins, nommée Délila, qui le trompa en lui arrachant le secret de sa force surnaturelle. Comme cette femme l'importunait sans cesse, il ne put lui résister, et lui découvrant son secret, il lui dit: Le rasoir n'a jamais passé sur ma tête, parce que je suis nazaréen, c'est-à-dire, consacré à Dieu dès le ventre de ma mère. Si l'on me rase la tête, toute ma force m'abandonnera, et je deviendrai faible comme les autres hommes. Elle attendit donc qu'il se fût endormi, fit alors raser les sept touffes de ses cheveux et le livra de cette manière aux mains des Philistins ses ennemis. Ceux-ci l'ayant pris, lui arrachèrent aussitôt les yeux; et, l'ayant mené à Aza chargé de chaînes, ils l'enfermèrent dans une prison, où ils lui firent tourner la meule d'un moulin. Or, ses cheveux commençaient déjà à revenir, Samson ayant alors prié l'Éternel de lui rendre sa première force, il prit les deux colonnes d'une maison dans laquelle beaucoup de Philistins s'étaient assemblés pour faire des festins de réjouissance à leur dieu Dagon, et s'étant emparé de ces deux colonnes sur lesquelles la maison était appuyée, il les ébranla fortement et la maison tomba sur tous ces Philistins et sur Samson lui-même. Ses frères et tous ses parents étant venus en ce lieu, prirent son corps, et l'ensevelirent entre Saraa et Esthaol, dans le sépulcre de son père Manué (Manoach), après qu'il eut été juge d'Israël pendant vingt ans.

[pg 131]

REMARQUE GÉNERALE.

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État du peuple israélite à l'époque des juges.

Dans ce temps-là, comme nous venons de le voir, il n'y avait pas encore de rois en Israël; chacun faisait ce que bon lui semblait. Or partout où la religion et la justice ne sont protégées par aucun pouvoir, le méchant fait ce qu'il veut, et toute la société humaine tombe dans l'iniquité et la honte. La nation manquait d'unité; des tribus, des villes même agissaient de leur propre autorité. L'arche d'alliance déposée par Josué à Silo, n'était pas en état seule de maintenir le peuple dans son ensemble. Il y en avait très-peu qui se rendissent à Silo avec leurs offrandes; on préférait sacrifier dans la localité sans l'assistance des prêtres. Il en résulta que ceux-ci s'appauvrirent, l'enseignement de la loi de Dieu ne se donna plus, la plus grande ignorance et l'oubli de Dieu se répandirent partout, et ce qui avait particulièrement contribué à ce résultat, c'était la faiblesse qu'on avait montrée à l'égard des peuples idolâtres en ne les dépossédant pas du pays, d'après la volonté de l'Éternel dans la loi de Moïse. Il est donc évident par tout cela, qu'Israël devait nécessairement se trouver dans un triste état, et c'est en nous rappelant seulement quelques événements arrivés à cette époque, que nous en reconnaissons la profonde dépravation. Ainsi le simulacre de Micha; l'abomination des Benjaminites. [pg 132] Il fut donc déterminé par la sagesse divine que cette condition devait cesser, et en effet elle ne se prolongea que pendant la vie du juge suivant, l'avant-dernier et dont le nom était Éli, pontife. JUGE 14e.

C'était un homme pieux, mais sans énergie, hors d'état d'arrêter l'impiété et la méchanceté de ses propres fils; il était insensible à leur conduite, et quand le peuple s'en plaignait, ils en étaient quittes pour une légère réprimande. Aussi Dieu fit annoncer de grands malheurs à Éli et à sa maison. Ces malheurs arrivèrent en effet; car lorsque, peu de temps après, la guerre eut éclaté entre les Philistins et les Israélites, ceux-ci furent vaincus, l'arche d'alliance, qu'ils avaient fait chercher à Silo pour les accompagner dans la guerre, prise par l'ennemi, et les deux fils d'Éli tués au milieu du combat. Le jour même un homme de la tribu de Benjamin, échappé du combat, vint en courant à Silo. Il avait ses habits déchirés et sa tête couverte de poussière. Au moment que cet homme arrivait, Éli était assis sur son siége et tourné vers le chemin: car son cœur tremblait de crainte pour l'arche de Dieu. Cet homme étant donc entré dans la ville, et ayant dit les nouvelles du combat, il s'éleva des cris lamentables parmi tout le peuple. Éli, à ces nouvelles, tomba de son siége à la renverse et mourut. Il avait alors quatre-vingt-dix-huit ans: ses yeux s'étaient obscurcis, et il ne pouvait plus voir. Éli avait jugé Israël pendant quarante ans.

Les Philistins ayant donc pris l'arche de Dieu, la déposèrent dans le temple de Dagon. Or la main de l'Éternel s'appesantit sur eux, et les réduisit à une extrême désolation. Dieu les frappa de différentes maladies. Les Philistins attribuant ces malheurs à une punition divine, à l'arche d'alliance qui se trouvait parmi eux, la renvoyèrent aux [pg 133] enfants d'Israël, à Cariath-iarim. Les habitants de Cariath-iarim la mirent dans la maison d'Abinadab à Gabaa, et consacrèrent son fils Eléazar, afin qu'il gardât l'arche de l'Éternel. Il s'était passé beaucoup de temps depuis que l'arche de Dieu demeurait à Cariath-iarim; il y avait déjà vingt ans, lorsque toute la maison d'Israël commença à chercher son repos dans l'Éternel.

Samuël, quinzième et dernier juge d'Israël.

Samuël, ce vrai serviteur de l'Éternel, fut dès son enfance consacré par ses parents au service de Dieu. Il fut élevé dans la maison d'Éli, et quoique jeune encore, l'Éternel daigna lui faire connaître par une vision qu'il devait annoncer à Éli la ruine de sa maison. Il se distingua dans l'accomplissement de ses fonctions plus qu'aucun des juges ses prédécesseurs. Il inspira aux Israélites un saint amour et de la confiance en Dieu, rétablit le culte dans sa pureté primitive, instruisit le peuple dans les préceptes de la loi et, ce qui est peut-être le premier de ses mérites, il institua des écoles de prophètes dans lesquelles des jeunes gens capables étaient instruits dans la doctrine de la religion et dans d'autres connaissances utiles, mais principalement dans la poésie et dans l'art de chanter des hymnes religieuses.

En ces jours qu'Israël avait commencé à chercher son repos dans l'Éternel, Samuël, connu par tout Israël comme étant le fidèle prophète de l'Éternel, dit à toute la maison d'Israël: «Si vous revenez à l'Éternel de tout votre cœur, ôtez du milieu de vous les dieux étrangers Baal et Astaroth: tenez vos cœurs prêts à obéir à l'Éternel, et ne servez que lui seul; et il vous délivrera de la main des [pg 134] Philistins. Les enfants d'Israël rejetèrent donc Baal et Astaroth, et ne servirent que l'Éternel. Et Samuël leur dit: Assemblez tout Israël à Masphath (Mizpah), afin que je prie l'Eternel pour vous. Et ils s'assemblèrent à Masphath, ils se purifièrent de leur idolâtrie, jeûnèrent ce jour-là et se repentirent de leurs péchés devant Dieu. Or Samuël jugea les enfants d'Israël à Masphath.

Les Philistins ayant appris que les enfants d'Israël s'étaient assemblés à Masphath, leurs princes marchèrent contre Israël; ce que les enfants d'Israël ayant appris, ils eurent peur des Philistins. Et ils dirent à Samuël: Ne cessez point d'invoquer pour nous l'Eternel notre Dieu, afin qu'il nous sauve de la main des Philistins. Samuël offrit alors un sacrifice à l'Eternel, le pria pour Israël, et l'Éternel l'exauça. Lorsque Samuël offrait son holocauste, les Philistins commencèrent le combat contre Israël, et l'Éternel fit éclater en ce jour-là son tonnerre avec un bruit épouvantable sur les Philistins, et les frappa de terreur. Ainsi ils furent défaits par Israël. Les Israélites étant sortis de Masphath, poursuivirent les Philistins jusqu'au lieu qui est au-dessous de Bethchar. Et Samuël prit une pierre qu'il mit entre Masphath et Sen; et il appela ce lieu la Pierre de secours, en disant: L'Eternel est venu jusqu'ici à notre secours. Les Philistins furent alors humiliés, et ils n'osèrent plus venir sur les terres d'Israël. Car la main de l'Eternel fut sur les Philistins tant que Samuël gouverna le peuple. Samuël jugea Israël pendant tous les jours de sa vie. Il alla tous les ans à Bethel, à Galgala et à Masphath, et il y rendait la justice à Israël. Il retournait de là à Ramatha, qui était le lieu de sa demeure, et où il jugeait aussi le peuple. Il y bâtit même un autel à l'Eternel.

[pg 135]

CHAPITRE V.

HISTOIRE DU PEUPLE ISRAÉLITE SOUS LES ROIS

SAUL, DAVID ET SALOMON.

(2882-2964.)

Samuël étant devenu vieux, établit ses enfants pour juges sur Israël. Son fils aîné s'appelait Joël, et le second Abia. Ils exerçaient les fonctions de juges dans Bersabée. Mais ils ne marchèrent point dans les voies de leur père; ils se laissèrent corrompre par l'avarice, reçurent des présents, et rendirent des jugements injustes. Tous les anciens d'Israël s'étant donc assemblés, vinrent trouver Samuël à Ramatha, et lui dirent: Vous voilà devenu vieux, et vos enfants ne marchent point dans vos voies. Établissez donc sur nous un roi, comme en ont toutes les nations, afin qu'il nous juge. Cette proposition déplut à Samuël, mais obéissant à la voix de Dieu, il céda à leur [pg 136] demande, et Saül, fils de Cis (Kisch), de la tribu de Benjamin, campagnard, fut élu roi d'Israël. Le prophète Samuël ayant fait la connaissance de cet homme d'une manière tout à fait extraordinaire, assembla le peuple, jeta le sort sur toutes les tribus d'Israël et le sort tomba sur la tribu de Benjamin, sur la personne de Saül, fils de Cis. On le chercha donc, mais il ne se trouva point. Sa modestie était si grande, qu'à la nouvelle de son élection il se cacha dans sa maison. On y courut donc, on le prit et on l'emmena; et lorsqu'il fut au milieu du peuple, il parut plus grand que tous les autres de toute la tête. Samuël dit alors au peuple: Vous voyez quel est celui que Dieu a choisi, et qu'il n'y en a point dans tout le peuple qui lui soit semblable. Et tout le peuple s'écria: Vive le roi. Samuël prononça ensuite devant le peuple la loi du royaume, qu'il écrivit dans un livre et il la mit en dépôt devant l'Eternel. Après cela Samuël renvoya tout le peuple, chacun chez soi. Saül s'en retourna aussi chez lui à Gabaa, accompagné d'une partie de l'armée, ceux dont Dieu avait touché le cœur. Mais il y avait aussi parmi eux des gens d'une basse condition qui commencèrent à dire: Comment celui-ci pourrait-il nous sauver? Et ils le méprisèrent, et ne lui firent point de présents; mais Saül feignait de ne pas les entendre.

Quelque temps après, Naas (Nachasch) roi des Ammonites se mit en campagne et attaqua Jabès en Galaad. Les habitants de cette ville dirent à Naas: Recevez-nous à composition, et nous vous serons assujettis. Mais Naas leur répondit: La composition que je ferai avec vous, sera de vous arracher à tous l'œil droit, et de vous rendre l'opprobre de tout Israël. Saül entendit ce rapport lorsqu'il retournait de la campagne en suivant ses bœufs. Or, l'esprit de [pg 137] l'Eternel se saisit de lui, il prit ses deux bœufs, les coupa en morceaux, et les envoya par les courriers de Jabès dans toutes les terres d'Israël, en disant: C'est ainsi qu'on traitera les bœufs de tous ceux qui ne se mettront point en campagne pour suivre Saül et Samuël. Alors le peuple fut frappé de la crainte de l'Eternel, et ils sortirent tous en armes, comme s'ils n'eussent été qu'un seul homme. Saül en ayant fait la revue à Bezech, il se trouva dans son armée trois cent mille hommes des enfants d'Israël, et trente mille de la tribu de Juda. Saül s'avança à leur tête, marcha contre les Ammonites, les vainquit et détruisit toute leur armée. Alors le peuple dit à Samuël: Qui sont ceux qui ont dit: Saül sera-t-il notre roi? Donnez-nous ces gens-là, et nous les ferons mourir présentement. Mais Saül leur dit: On ne fera mourir personne en ce jour, parce que c'est le jour dans lequel l'Eternel a sauvé Israël.

Après cela Samuël dit au peuple: Venez, allons à Galgala, et y renouvelons l'élection du roi. Tout le peuple alla donc à Galgala, et y reconnut de nouveau Saül pour roi en la présence de l'Eternel. Ils y offrirent des sacrifices à l'Eternel, et Saül et tous les Israélites firent en ce lieu-là une très-grande réjouissance.—Alors Samuël dit à tout le peuple d'Israël: Vous voyez que je me suis rendu à tout ce que vous m'avez demandé, et que je vous ai donné un roi. Votre roi maintenant marche à votre tête. Pour moi je suis vieux et déjà tout blanc, et mes enfants sont avec vous. Ayant donc vécu parmi vous depuis ma jeunesse jusqu'à ce jour, me voici prêt à répondre de toute ma vie. Déclarez devant l'Eternel et devant son oint si j'ai pris le bœuf ou l'âne de personne; si j'ai imputé à quelqu'un de faux crimes; si j'ai opprimé quelqu'un par violence; si j'ai reçu des présents de qui que ce soit; et je vous ferai [pg 138] connaître le peu d'attache que je lui porte en vous le rendant présentement. Ils lui répondirent: Vous ne nous avez point opprimés ni par de fausses accusations, ni par violence, et vous n'avez rien pris de personne. Samuël ajouta: L'Eternel m'est donc témoin aujourd'hui contre vous, et son oint m'est aussi témoin, que vous n'avez rien trouvé en moi qu'on puisse me reprocher. Le peuple lui répondit: Oui, ils en sont témoins.

Alors Samuël donna des exhortations au peuple, il lui parla avec énergie, il leur retraça en peu de mots l'histoire du passé, leur rappela tout le mal qu'ils avaient fait aux yeux de l'Eternel et finit par ces mots: Ne quittez plus l'Éternel votre Dieu, servez-le de tout votre cœur. Et l'Eternel n'abandonnera point son peuple à cause de son grand nom; parce qu'il a juré qu'il vous rendra son peuple. Craignez donc l'Eternel, et servez-le dans la vérité et de tout votre cœur; car vous avez vu les merveilles qu'il a faites parmi vous. Si vous persévérez à faire le mal, vous périrez tous ensemble, vous et votre roi.

Saül agit contre la volonté de l'Éternel, il est rejeté.

Saül régnait depuis un an sur Israël, lorsqu'il choisit trois mille hommes du peuple d'Israël. Il en prit deux mille avec lui à Michmas, et sur la montagne de Bethel, et en donna mille à Jonathan à Gabaa dans la tribu de Benjamin. Jonathan avec ses mille hommes battit la garnison des Philistins qui était à Gabaa. Les Philistins en ayant été aussitôt avertis, s'assemblèrent pour combattre Israël. Ils avaient trente mille chariots, six mille chevaux, et une [pg 139] multitude de gens de pied aussi nombreuse que le sable qui est sur le rivage de la mer. Et ils vinrent se camper à Michmas. Les Israélites se voyant ainsi réduits à l'extrémité, le peuple fut tout abattu, et ils allèrent se cacher dans les cavernes, dans les lieux les plus secrets, dans les rochers, dans les antres et dans les citernes. Les autres Hébreux passèrent le Jourdain, et vinrent au pays de Gad et de Galaad. Saül était encore à Galgala où le reste du peuple alla le suivre. Il attendit sept jours, comme Samuël lui avait ordonné. Cependant Samuël ne venait point à Galgala, et peu à peu le peuple l'abandonnait. Saül dit donc: Apportez-moi l'holocauste et les sacrifices. Et il offrit l'holocauste. Lorsqu'il achevait d'offrir l'holocauste, Samuël arriva. Et Saül alla au-devant de lui pour le saluer. Samuël lui dit: Qu'avez-vous fait? Saül lui répondit: Voyant que le peuple me quittait; que vous n'étiez point venu au jour que vous aviez dit; et que les Philistins s'étaient assemblés à Michmas; j'ai dit en moi-même: Les Philistins vont venir m'attaquer à Galgala, et je n'ai point encore prié l'Eternel. Étant donc contraint par cette nécessité, j'ai offert l'holocauste. Samuël dit à Saül: Vous avez commis une faute, et vous n'avez point gardé les ordres que l'Éternel vous avait donnés. Si vous n'aviez point fait cette faute, l'Éternel aurait maintenant affermi pour jamais votre règne sur Israël. Mais votre règne ne subsistera point à l'avenir. L'Éternel s'est pourvu d'un homme selon son désir, et il a ordonné qu'il fût le chef de son peuple: parce que vous n'avez point observé les ordres qu'il vous a donnés.

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