Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée. Les numéros des pages blanches n'ont pas été repris.
Cette version électronique contient également [«L'Explication] des Abréviations et des signes employés dans l'Ouvrage», qui figure dans le Tome Premier du Nouveau Glossaire Genevois, mais qui n'a pas été reprise dans la version imprimée du Tome Second.
NOUVEAU
GLOSSAIRE GENEVOIS
GENÈVE.—IMPRIMERIE DE FERD. RAMBOZ & Cie.
NOUVEAU
GLOSSAIRE GENEVOIS
PAR
JEAN HUMBERT,
PROFESSEUR DE LANGUE ARABE A L'ACADÉMIE DE GENÈVE,
CORRESPONDANT DE L'INSTITUT DE FRANCE, MEMBRE DES ACADÉMIES
DE NANCY, BESANÇON, MARSEILLE, TURIN, ETC.
TOME SECOND.
GENÈVE
CHEZ JULLIEN FRÈRES, LIBRAIRES,
Place du Bourg-de-Four, 71.
1852
NOUVEAU
GLOSSAIRE GENEVOIS.
I
† ICI, adv. Ces jours-ici, ces temps-ici, cette semaine-ici. Faute fréquente, qui est une tradition du vieux français. On parlait encore de la sorte à la cour de Louis XIV, vers 1645. Dites: Ces jours-ci, ces temps-ci, cette semaine-ci.
ICI-DESSOUS, loc. adv. Dites: Ci-dessous. Dites de même: Ci-dessus; ci-après; ci-contre, et non pas: Ici-dessus; ici-après; ici-contre.
IDÉE, s. f. Très-petite quantité, tant soit peu. Tu as du tabac, donne m'en une idée. Mes nouveaux souliers sont une idée étroits. Nous eûmes pendant notre promenade une idée de pluie.
IDÉE (AVOIR). J'ai idée, j'ai bien idée que nous aurons beau temps demain matin. As-tu idée de faire cette course avec nous? Tous les gens de l'équipage ont péri: a-t-on idée d'une pareille catastrophe? Français populaire. Dites: Avoir l'idée. J'ai l'idée de. A-t-on l'idée de, etc.
IDÉE, s. f. Avoir de l'idée, signifie: Avoir de l'intelligence, avoir un esprit fécond en expédients et en ressources. Votre nouvelle domestique n'est pas très-active, mais elle a de l'idée. Expression qui nous est très-familière.
IDOINE, s. m. Idiot, hébété. Il demeurait là planté comme un idoine. Terme curieux, qui doit appartenir au vieux français, et sur lequel pourtant les vieux lexiques que j'ai pu consulter ne donnent aucun renseignement. Dans les dictionnaires usuels, «Idoine» a le sens banal du mot latin idoneus (propre à, capable de).
ILAI, s. m. Jeu d'écolier, où tous les joueurs, moins un ou deux, se cachent aussi bien qu'ils le peuvent, tandis que les autres cherchent à les découvrir et à les atteindre. Jouer à ilai. Ilai courant; ilai cachant; ilai à la ramasse.
† IMAGE (UN). Tu auras un bel image à Pâques. Solécisme répandu partout, et qui a son origine dans le vieux français.
IMPROMPTU, s. m. Prononcez ein-pronp-tu.
† INCAN ou INQUANT, s. m. Encan, vente publique à l'enchère. Terme suisse-roman, savoisien, lyonnais, dauphinois, languedocien et vieux français. R. in quantum.
† INCANTER ou INQUANTER, v. a. Acheter à l'encan. La Mélanie a incanté un ébaragnoir, un guindre, et deux ou trois autres raufferies. Terme vieux français.
INCENDIE (UNE). Ce mot est masculin. «Un grand incendie.»
INCLINAISON DE TÊTE, s. f. Je lui faisais inutilement plusieurs inclinaisons de tête. On doit dire: Inclination de tête.
INCOMBANCE, s. f. Charge, inconvénient, conséquence désagréable. Vous avez là une fâcheuse incombance. En piémontais, incombensa. Le verbe neutre incomber, écheoir, ne se trouve que dans le dictionnaire de M. Bescherelle.
INDEMNISER, v. a. Prononcez la syllabe dem comme vous prononcez le mot dame (indamniser). R. damnum.
INDEMNITÉ, s. f. Prononcez ein-dame-ni-té.
INDIGESSION, s. f. Avoir une indigession. «Cette faute est tellement répandue en France, dit le grammairien Charles Martin, que les acteurs mêmes, au théâtre, prononcent de la sorte, sans soupçonner la faute grossière où ils tombent.» Il faut écrire et prononcer: «Indigestion.»
INDIVIS, adj. m. Prononcez ein-di-vi.
† INDUCATION, s. f. Éducation. Je veux que notre garçon reçoive une excellente inducation.
† INDUQUER, v. a. Induquer un enfant, élever un enfant.
INGRAT, ATE, adj. Désagréable, peu attirant, et qui inspire peu de confiance. Ne se dit en ce sens que dans les expressions suivantes: Figure ingrate; visage ingrat; air ingrat; mine ingrate. Ce sens, qui manque dans les dictionnaires modernes, n'a point d'équivalent exact en français.
INGRÉDIEIN, s. m. Orthographe et prononciation vicieuses du mot «Ingrédient,» lequel rime avec expédient.
† INORME, adj. Énorme.
INSOLENTER, v. a. Injurier, insulter. Là-dessus, trois bandits nous bavardèrent et nous insolentèrent.
INSTITUT, s. m. Institution, pensionnat, maison d'éducation. Un institut de garçons; un institut de jeunes demoiselles; un chef d'institut. Le mot «Institut» n'a pas ce sens. Voyez les dictionnaires.
INTENTION (ÊTRE D'). Nos dames sont d'intention de faire une partie de char. Dites: «Nos dames ont l'intention de, ou: Sont dans l'intention de,» etc.
INTENTIONNÉ DE. Qui a l'intention de. «Mme de Sév.*** étant intentionnée de partir pour Vienne en Autriche, désirerait trouver une personne qui,» etc. [Feuille d'Avis, année 1846.]
INTÉRÊT, s. m. Nous disons, et on le dit dans le français populaire: Mettre de l'intérêt à une chose, pour: «Prendre de l'intérêt à une chose.» Tu ne mets point d'intérêt à tes leçons d'écriture, ni à tes leçons de musique. Dites: Tu ne prends point d'intérêt, etc.
INTERFEUILLER, v. a. Un volume interfeuillé. Il faut que j'interfeuille cette brochure. Dites: Un volume interfolié; il faut que j'interfolie cette brochure. L'infinitif de ce verbe s'écrit: «Interfolier.»
INTIMÉMENT, adv. Moi et Victorine nous sommes intimément liées. Écrivez «Intimement» sans accent sur l'e.
INTITULÉ, s. m. L'intitulé d'un livre, l'intitulé d'un ouvrage. Dites: Le titre d'un livre; le titre d'un ouvrage.
† INTRINSECTE, adj. Ta montre, Jaquinet, a une valeur intrinsecte de trente francs. Dites: Valeur intrinsèque.
INTRUE, adj. et s. f. Il faudra bien nous débarrasser promptement de cette intrue. Dites: «Intruse.» Une intruse; une femme intruse.
INVECTIVER, v. a. Invectiver quelqu'un. Dites: Invectiver contre quelqu'un.
INVENTORISER, v. a. Inventorier, dresser un inventaire. Inventoriser un mobilier. Terme suisse-roman et savoisien.
INVERSION VICIEUSE. Je n'ai personne vu, je n'ai personne entendu, sont des phrases mal construites, des phrases mal sonnantes, et qui, très-familières à nos voisins du canton de Vaud, commencent à se répandre chez nous.
† IRAGNE ou IRAIGNE, s. f. Araignée. Iragne appartient au vieux français, et se dit dans le Berry, en Languedoc et sans doute ailleurs. Voyez ARAGNE.
† IRRUPTION, s. f. Éruption (à la peau). Après cette fièvre, il lui sortit une forte irruption.
ISCARIOLE ou ESCARIOLE, s. f. Escarole, sorte de chicorée à fleur large.
ISERABLE, s. m. Du bois d'iserable. Terme vaudois, savoisien et dauphinois. Dans le patois bourguignon on dit: ôzeraule; dans le patois de la Franche-Comté, iseraule ou euzeraule. Le mot français est: «Érable.»
ITALIEN, s. m. Pâtissier. Aller chez l'Italien. Expression connue à Paris, et sans doute ailleurs. La plupart de nos pâtissiers sont originaires de la vallée de l'Engadine (canton des Grisons), vallée où l'on parle italien. En Normandie, les pâtissiers sont appelés Suisses.
IVRER, v. a. Terme de charpentier. Cheviller, lier les joints d'un plancher au moyen de chevilles qui s'emboîtent d'une planche dans une autre. [P. G.]
IVRER (S'), v. pron. S'enivrer. Sais-tu une chose?—Eh quoi?—C'est que la Fanchette s'ivre.—Elle s'ivre! Ce n'est pas croyable. Terme languedocien, berrichon, etc.
Chacun s'ivre à sa manière
D'amour et de vin.
[Dancourt, Les trois Cousines, I, 1.]
J
JABOT, s. m. (fig.) Se donner du jabot, signifie: Se pavaner, se glorifier, faire parade de son propre mérite. En voilà un qui ne se donne pas mal de jabot. Locution fréquente chez nous et chez nos proches voisins, mais qui ne se trouve pas dans les dictionnaires.
JACASSE, s. f. Babillarde, causeuse fieffée. Terme parisien populaire, normand, etc.
JACQUES DÉLOGE ou DES LOGES, nom propre d'homme. Prendre Jacques Des Loges est une expression facétieuse qui signifie: Déloger, détaler sans bruit, s'échapper à la sourdine. Je devais le trouver chez lui ce matin, et recevoir mon loyer: bernique! il avait pris Jacques Des Loges. L'expression française populaire est: Il a pris Jacques Déloge pour son procureur.
JAIRE ou JARRE, s. m. Terme de boucherie. Jaire de veau, jarre de veau. Dites: «Jarret de veau.»
JAMBETTE, s. f. Jambon de l'épaule.
JANOT, nom propre d'homme. Battre Janot, déraisonner, radoter. [P. G.]
JAQUETER, v. n. Jacasser, caqueter.
JARAVATTE, s. f. Langue, au sens propre. Mener sa jaravatte, faire aller sa jaravatte, signifient: Jaser, bavarder.
JARICLE, s. f. Babillage, loquacité, verbiage. [P. G.]
JARJET, s. m. Terme de tonnelier. Jable, rainure pratiquée aux douves d'un tonneau pour arrêter les pièces du fond.
JARLE ou GERLE, s. f. Sorte de corbeille ronde. Voyez GERLE et [JERLE].
JARLOT, s. m. Cuvier ou grand baquet, destiné principalement à saler la viande de cochon. En Normandie on dit: Jalot; en vieux français, jale.
JARRETOU, s. m. et adj. Cagneux, qui a les genoux rapprochés et les pieds jetés en dehors. Dans la langue provençale, jarretier se dit des personnes et a le même sens.
JARRETOULE, s. fém. et adj. Cagneuse.
JASERON, s. m. Chaîne d'or à très-petits anneaux. En vieux français: Jaseran.
JASPINER, v. n. Disputer, taquiner, contredire. Terme rouchi, normand, etc. En français, «Jaspiner» signifie: Causer à tort et à travers.
JEAN-JEAN (UN). Un niais, un imbécile. En Normandie on dit: Un Janot.
JERLE, s. f., et JERLON, s. m. Cuve, petite cuve. Dans le Berry on dit: Jarlée.
JE T'EN MOQUE! Sorte de locution adverbiale, qui équivaut à: Point du tout, bernique. Nous comptions sur une lettre d'Alfred: mais je t'en moque! c'est un négligent. Benoît devait me payer ce matin: je t'en moque! Français populaire.
JETER (SE), v. pron. Se dit du bois et signifie: Se déjeter, se tourmenter, se courber, s'enfler, s'étendre. La fenêtre, faite d'un bois peu sec, s'était jetée. Terme français populaire.
JETON, s. m. Forcet, petite corde fort menue et fort pressée, que les cochers et les charretiers mettent au bout de leur fouet.
JICLER, v. a. Voyez GICLER.
JOINTE (UNE). Terme d'ouvrier. Le quart d'une journée de travail. Faire une jointe. La journée se compose de quatre jointes. Le charpentier ne viendra qu'après la première jointe.
JOLERIE, s. f. Poissonnaille, fretin, alevin. En languedocien, jol signifie: Petit poisson.
JOMBRER, v. n. Attendre, attendre avec ennui et avec impatience; nonchalanter; être privé d'une chose. Vous nous avez bien fait jombrer. Que jombres-tu là? Pourquoi jombres-tu ici au lieu d'aller travailler? Tu en jombreras de ces beaux abricots. Se dit aussi des choses. Quand vous aurez coupé ces branchages, laissez-les jombrer pour en ôter plus facilement les feuilles. Terme universellement connu dans les campagnes, et qui a des sens très-divers.
JONCHE, s. f. Arure, attelée de labour, espace de temps durant lequel on laboure sans dételer. Terme savoisien et dauphinois. En provençal on dit: Jhoûncho.
JORAN, s. m. Vent du nord-ouest. Voyez [VENT].
JORDONNER, v. n. et a. L'expression: Une Madame Jordonne, une demoiselle Jordonne, une servante Jordonne, est dans quelques dictionnaires modernes. De cette expression s'est formé notre verbe jordonner. Qu'a-t-elle donc à jordonner? Que vient-elle nous jordonner? Est-ce à elle de jordonner ici? Excellent mot de la langue familière, et qui exprime une nuance précise et délicate, savoir le commandement exercé avec sottise et vanité, à tout propos et hors de propos. M. Bescherelle et M. Francis Wey appellent cette expression un affreux barbarisme. M. Victor Hugo, au contraire, l'emploie et l'apprécie.
JOT, s. m. Endroit du poulailler où se perchent les poules. Les poules sont sur le jot; les poules sont à jot. A Rennes on dit: Joc; en Champagne, en Languedoc et en vieux français, jouc. De ce mot jouc s'est formé le verbe «jucher.»
JOTTU, TUE, adj. Qui a de grosses joues, joufflu.
JOU (EN.) Mettre en jou, coucher quelqu'un en jou. Écrivez et prononcez «En joue.» Mettre en joue, coucher en joue.
JOUAILLER, s. m. Orthographe et prononciation vicieuses (ou plutôt vieillies) du mot «Joailler.»
JOUAILLON, s. m. Jouereau, celui qui ne joue pas bien à quelque jeu ou qui joue petit jeu. [P. G.]
JOUFFLARD, ARDE, adj. et s. Joufflu. Une grosse joufflarde.
JOUIN, s. m. Écrivez et prononcez «Juin.»
JOUISSERIE, s. f. Jouissance, plaisir. Notre voisin Z*** s'est donné la jouisserie d'aller voir la grande Exposition de Londres.
JOUR, s. m. Dans le langage populaire: Au jour d'aujourd'hui signifie: Dans les circonstances actuelles, par le temps qui court. Au jour d'aujourd'hui toutes les carrières sont difficiles. Expression redondante, fort critiquée des grammairiens, mais énergique et d'un emploi continuel.
JOUR, s. m. Nous disons: On voit jour, on y voit jour, pour dire: Il fait jour, on y voit clair. Ces expressions, qui n'ont rien de choquant, manquent dans les dictionnaires.
JOUR, s. m. Au lieu de dire: Vivre du jour au jour; gagner sa vie du jour au jour, il faut dire: Vivre au jour la journée; gagner sa vie au jour la journée; ou bien: Vivre au jour le jour; gagner sa vie au jour le jour. Mais cette dernière expression est moins bonne, quoique reçue dans le dictionnaire de l'Académie.
JOUR, s. m. Nous disons: Du jour au lendemain, pour dire: D'un jour à l'autre. En été le poisson se gâte du jour au lendemain. Cette expression n'est pas française.
JOUR, s. m. Voyez D'UN JOUR L'UN.
JOUR SUR SEMAINE, s. m. Dites: Jour ouvrable. Ne venez pas me voir le dimanche, venez les jours sur semaine. Les Parisiens ne s'expriment pas différemment, et ils opposent aussi la semaine au dimanche. Ils affichent, par exemple, que: «Dans tel ou tel omnibus on paie vingt centimes en semaine, et trente centimes le dimanche.» Un parisien me disait: «En semaine les bals des Champs-Élysées sont plus tranquilles que les dimanches et jours de fête.»
JOURS, s. m. pl. Nous distinguons l'habit des jours de l'habit des dimanches. Quand tu rentres, Alfred, aie soin de mettre ta veste des jours. Le peuple de Paris dit dans le même sens: Cet habit est pour à tous les jours, c'est-à-dire: Pour mettre tous les jours ouvrables.
JUSTE (À), adv. Être à juste de pain, signifie: En avoir tout juste la quantité strictement nécessaire. Si tu invites toute la famille, nous serons à juste de couverts d'argent.
L
LA, pron. pers. Les gens de la campagne, soit dans notre canton, soit en Savoie, emploient d'ordinaire ce pronom à la place du pronom «lui» (à elle). Je m'aperçois que la Claudine part déjà pour le marché: dites-la de m'attendre. Drion a pris une tisanne qui la fera du bien. Notre Mariette n'a rien dormi cette nuit: c'est ses dents qui la font mal. Voyez LES.
LA, LE, LES. Ces articles sont mal à propos substitués aux pronoms personnels «notre» et «nos» dans les phrases suivantes et phrases analogues: Sais-tu comment se porte la tante? As-tu des nouvelles de l'oncle? Crois-tu que nous dînerons dimanche chez la cousine? Expressions fort triviales, et peu dignes d'une bouche de laquelle sort habituellement un langage correct.
† LA, art. La Rosalie va au Conservatoire. L'Émélie nous jouera du piano, et la Jenny nous citera. La, article, ajouté ainsi devant un nom propre de femme, est de la dernière vulgarité.
LABOURAGE, s. m. Chevaux de labourage. Dites: Chevaux de labour.
LÂCHER QUELQU'UN. L'abandonner, le planter là. Nous causions tranquillement avec Alphonse; mais quand il vit venir cette pége de N***, il me lâcha et disparut. Expression parisienne, etc.
LADIÈRE, s. f. Terme de couturière. Sorte de chanteau. Madame veut-elle qu'on lui fasse des chemises à ladière ou des chemises à l'allemande?
LADIÈRE, s. f. Voyez [LIADIÈRE].
LAGNER (SE), v. pron. Terme des campagnards. S'ennuyer de, faire avec dégoût. Cet enfant se lagne d'aller à l'école. Ça me lagne d'avoir demain un exercice au Plan-les-Ouates. R. vieux français, lanier, mou, lâche, paresseux.
LAIDERON (UN). Cette jeune fiancée que vous me vantez si fort n'est qu'un laideron. Dites: Une laideron.
LAIDERONNE (UNE). Auriez-vous jamais cru qu'une semblable laideronne trouverait un mari? Terme parisien populaire, etc. Dites: «Une laideron.»
LAIRE, s. f. Alouette. Chanter comme une laire, signifie: Chanter sans relâche, ne pas discontinuer son chant. En allemand, Lerche, en anglais, lark, veulent dire: «Alouette.»
LAISSER (S'EN). Ne pas faire une chose, s'en abstenir. Tu ne veux pas nous accompagner, Henri: eh bien! laisse-t'en, c'est-à-dire: Eh bien! demeure, fais à ta convenance. Vous refusez de scier ce bois pour cinquante sous: eh bien! laissez-vous-en, d'autres le scieront. Cette locution est dès longtemps critiquée par les grammairiens; mais le peuple, qui ne lit pas les grammairiens, continue de s'en servir, et il n'a pas excessivement tort.
LAIT, s. m. Lait de lotte, lait de carpe, etc. Terme savoisien, dauphinois et limousin. Dites: Laite ou lactance. C'est le nom qu'on donne à cette partie des entrailles de poisson qui ressemble à du lait caillé.
LAIT DE SERPENT, s. m. Tithymale, plante.
LAIT DE SON, s. m. Laiteron, plante dont les lapins sont friands. Nos campagnards disent: Laiteçon.
LAITIER, s. m. Endroit de la fromagerie où l'on tient le lait.
LAMBINERIE, s. f. Lenteur, nonchalance. Finiras-tu avec tes lambineries? Terme français populaire.
LAMBINOCHER, v. n. Augmentatif de lambiner. Qu'as-tu tant à lambinocher? Expression très-bonne et très-usitée à Genève.
LAMBOURET ou LAMBORET, s. m. Nombril. Terme savoisien. En provençal, on dit: Embourigo, d'où nous avons fait, par addition de l'article, l'embourigo, et ensuite lambouret.
LA MÊME CHOSE. Locution adverbiale qui signifie: Également, de même, tout de même, d'ailleurs, néanmoins, comme, de même que. Il pleut, et la même chose je sortirai. Ne lui demandez pas ce service: la même chose il ne vous l'accorderait pas. Malgré qu'on ne se voye pas souvent, la même chose on s'aime. Comment se porte Madame votre sœur?—Toujours la même chose. Faute générale. La même chose n'est jamais ni adverbe, ni conjonction. Mais on s'exprimerait correctement si, à cette question: Comment se porte votre sœur? on répondait: C'est toujours la même chose, c'est-à-dire: «C'est toujours le même état de chose; c'est toujours le même état de santé.»
† LA MIEN, LA TIEN, LA SIEN. Ces expressions barbares sont souvent mises à la place des trois pronoms personnels féminins: «La mienne, la tienne, la sienne,» dans le langage le plus populaire. Rends-moi cette plume, c'est la mien.—Non, ce n'est pas la tien. Cette faute se retrouve en Savoie et dans quelques provinces du nord de la France.
LANCHEBROTAGE, s. m. Flux de paroles inutiles et mal articulées; discours hors de propos, confus et embrouillé.
LANCHEBROTER, v. actif. Parler beaucoup et peu intelligiblement, jargonner. Finalement que t'a-t-il dit?—Il ne m'a rien dit: Il m'a lanchebroté un tas de bêtises auxquelles je n'ai rien compris. Voyez ENCHEBROTER.
LANDE ou LENDE, s. f. Lente, petit œuf d'où naissent les poux, et qui se colle aux cheveux. La tête du pauvre enfant était toute couverte de lendes. Français populaire et vieux français. A Neuchâtel et dans l'évêché de Bâle on dit: Un lent. R. lat. lens, lendis.
LANDINE, s. f. Lente. Voyez LANDE.
LANDRILLE, s. f. Voyez ANDRILLE.
LANGUIR DE, suivi de l'infinitif. Désirer, souhaiter ardemment. Je languis d'avoir achevé ce grand travail. Nous languissions tous de revoir notre beau lac. Te voilà, Édouard; je languissais de te rencontrer. Expression remarquable, connue en Suisse, en Savoie et dans le Midi.
LANGUIR QUE. Souhaiter ardemment que. Vous languissez bien que les vacances arrivent. En provençal on dit: Se languir, v. imp. Il me languissait de te voir, c'est-à-dire: Il me tardait de te voir.
LANI, s. m. Sac d'un tissu grossier. Un lani de riz. Terme savoisien et piémontais.
LANTERNE, s. f. Se dit d'une personne nonchalante, lambine, paresseuse, tant homme que femme. Notre associé, on peut le dire, est une lanterne, une lanterne magique. Terme parisien populaire, etc.
LANVOUI, s. m. Anvoie, orvet, serpent aveugle, anguille de haie. Les lanvouis ne sont pas venimeux. Ce terme a été formé du mot «Anvoie.» On a dit d'abord, avec l'article: L'anvoie; puis, faisant de l'article et du substantif un seul mot, on a dit: Lanvoie (une lanvoie); puis enfin, un lanvoui. R. anguis?
LAPAIS ou LAPAY, s. m. Grande oseille sauvage, patience, plante très-propre à purifier le sang. Tisane de lapais. En provençal on dit: Lapas, s. m.; en latin, lapathum.
LAPIDER QUELQU'UN, v. a. (fig.) Le fatiguer par des demandes réitérées, par des instances importunes. Finissez, enfants: vous me lapidez.
LARD (UN). Un cochon, un porc. Tuer un lard; saler un lard; élever des lards; engraisser des lards. Expression savoisienne et limousine, qui se retrouve en Sologne (département de Loir-et-Cher), et sans doute ailleurs.
LARGE, s. m. ou f. Mélèze, arbre bien connu. Bois de large; échalas de large. En vieux français: Larege. [Voyez Roquefort, Glossaire de la langue romane, t. II, p. 64.] R. lat. larix.
LARGE, s. m. Espace, place. Donner du large, signifie: Donner de l'espace. Mettez les trois enfants à une table à part, cela nous donnera du large. Expression très-connue, mais qui n'est pas dans les dictionnaires.
LARGEUR, s. f. Terme de couturière. Lé. Vous ajouterez une largeur à cette robe. Une demi-largeur (un demi-lé) suffira pour cette jupe.
LARMETTE, s. f. (fig.) Très-petite quantité. Une larmette de vin; une larmette d'eau de cerise. Employé au sens propre, le mot de larmette appartient au vieux français, et se trouve dans quelques dictionnaires.
LARRON, s. m. Terme des campagnards. Sorte de fourche de fer à deux cornes, destinée surtout à décharger les chariots de fumier.
LARRON, s. m. (fig.) Mouchon, filament enflammé de la mèche et qui fait couler le suif. Ôter un larron. Terme suisse-roman, signalé aussi dans le Dictionnaire du patois de Valenciennes.
LAVOIR, s. m. A Genève ce mot a deux sens, dont un n'est pas exact. Nous appelons lavoir l'endroit de la cuisine où on lave la vaisselle: ce sens est français. Nous appelons aussi lavoir, la pierre en forme de table, et légèrement creusée, sur laquelle on lave la vaisselle, et qui a un trou pour l'écoulement des eaux. Ce sens n'est-pas français; il faut dire: «Évier. Jeter des eaux par l'évier, par la pierre d'évier.» [Acad.]
LAVOIR, s. m. Nous disons figurément: Être dans le lavoir, pour: Être à même de réussir, être dans une position à faire son chemin. Expression fribourgeoise et savoisienne.
LAYETTE, s. f. Rayon, étagère. Ranger des livres sur une layette. Le mot de «Layette» est français; mais il n'a pas la signification qu'on lui donne chez nous.
LÉCHÉE (UNE). Très-petite quantité d'une chose qui se mange. Je te demande un morceau de ce pâté, et tu m'en donnes une léchée. «Lèche,» s. f., est français.
LÉCHEPOT, s. m. Se dit, par dérision, d'un homme qui va autour des marmites, tâtant les viandes et goûtant les sauces.
LÉCHEPOTER, v. a. Faire le léchepot. L'enfant se glissait dans la cuisine pour y léchepoter. Que viens-tu léchepoter ici, Janot?
LÉCHEPOTEUR, s. m. Voyez [LÉCHEPOT], qui a le même sens.
LÉCRELET ou LÉKERLET, s. m. Voyez ÉCRELET.
LÉGAT, s. m. Terme des campagnards. Don laissé par testament. Faire un légat. Il a eu pour sa part un légat de deux mille francs. Terme savoisien, méridional et vieux français. R. legatum. Le mot français est «Legs,» qu'on doit prononcer lai, comme la dernière syllabe du mot délai.
LÉGREFASSE, s. f. Grande tonne, tonneau monté sur place. Terme suisse-roman. En allemand, Lägerfass a le même sens.
LEIZETTE, s. f. Petit lézard. Voyez [LINZETTE].
LÉMENTE, s. f. C'est sous ce nom que les campagnards désignent la chouette effraie, strix flammea de Linné, laquelle aime à vivre dans nos habitations. Les autres espèces de chouettes, celles qui ne sont pas stationnaires, vivent dans les bois. R. lamenter.
LE MOINS DES MOINS. Le moins, au moins. Combien de temps durera ton voyage?—Six semaines pour le moins des moins. Expression curieuse, usitée sans doute ailleurs, mais que je n'ai vue consignée nulle part.
LENDE, s. f. Voyez [LANDE].
LENT, s. m. Cette viande sent le lent. Le lard prend très-vite un goût de lent. On dit en français: Un goût de relent.
LENTILLÉ, ÉE, adj. Lentilleux, semé de taches. Visage lentillé; peau lentillée. Notre mot de lentillé a un sens plus étendu que le mot français correspondant. Nous disons qu'une robe est lentillée, lorsqu'elle est tachée de boue. Me voilà toute crottée et lentillée. En français, lentille signifie: Tache de rousseur.
LE PLUS SOUVENT. Expression railleuse et populaire, par laquelle on nie ou on infirme ce qu'une personne vient d'avancer. Eh bien, Pierroton, est-il vrai que ce fameux héritage dont tu nous parlais, te passera loin du nez?—Oui, mon cher, le plus souvent. Ne partez pas avant moi, Messieurs; vous avez promis de m'attendre.—Oui, oui, le plus souvent; c'est-à-dire: N'y compte pas; ne t'imagine pas qu'on t'attende. Dans le français populaire on dit en ce même sens: Plus souvent.
LES, pron. pers. Les paysans emploient sans cesse les (accusatif) pour «leur» (à eux). Les blés souffraient beaucoup: cette pluie les aura fait du bien. Si ces messieurs aiment les croûtes dorées, on les en fera manger. Vos deux bouèbes font bien du train, maître Antoine.—Je les ai pourtant bien dit de se taire; mais je vais les parler sur un autre ton. Voyez [LA], t. II, p. 9.
LÉSINEUX, EUSE, adj. et subst. Être lésineux; devenir lésineux. Ce riche Oswald est un lésineux. Dites: «Lésineur, lésineuse.»
LESSIVE, s. f. Prononcez lé-ci-ve et non pas le-ci-ve.
LESSIVE, s. f. Ne dites pas: Avoir la lessive. Nous avons la lessive après-demain. Dites: Faire la lessive. Nous faisons la lessive après-demain.
LEUR, LUI, pron. pers. C'est parler mal que de dire avec les Méridionaux: Je leur suis parent, vous lui êtes cousin, etc.; il faut dire: Je suis leur parent, vous êtes son cousin.
LEURRE (UNE). Ce mot est aujourd'hui masculin; il était féminin dans l'ancien français. [Voyez le Dictionnaire français-anglais de Cotgrave.]
LEVAINS, s. m. pl. Mettre des levains aux pieds. Expression suisse et savoisienne. On dit en France: Sinapisme. Mettre des sinapismes.
LÉVE, s. f. Terme de chasse. Oiseau qui sert d'appeau.
LÉVE, s. f. Terme de certains jeux de cartes. Levée.
LÉVE, s. f. Terme des campagnards. Trouvaille, bénéfice. Faire une léve. S'emploie d'ordinaire ironiquement. Oh! la belle léve! C'est-à-dire: La belle chose! Le beau venez-y-voir! Le beau rien-du-tout!
LEVER LA TABLE. Desservir, dégarnir la table, ranger le couvert. Il faut lever la table, Josette; mais vous laisserez la nappe.
LEVER LE COUDE. Hausser le coude, boire beaucoup, faire excès de boissons enivrantes. Français populaire.
LE VOICI QU'IL... Dites: «Le voici qui. Le voici QUI vient. La voici QUI approche. Les voici QUI nous cherchent. Les voici QUI arrivent par le bateau.» Remarque importante et trop négligée.
LEVRAUT, s. m. Instrument à peser, peson, sorte de romaine. Terme suisse-roman et jurassien. En Savoie on dit: Levré ou levrai; en vieux français, lièvre. R. libra. Le Dictionnaire français-anglais de Cotgrave, lequel a enregistré une foule de provincialismes, n'a pas oublié levrault.
LIADIÈRES, s. f. pl. Nom que l'on donne, sur le lac de Genève, à certains courants irréguliers qui se forment parfois dans les eaux à différentes époques de l'année, et entraînent les bateaux malgré les efforts des rameurs. Ces courants vont tantôt dans une direction, tantôt dans une autre, et n'ont aucun rapport avec le courant qui amène les eaux du Valais à Genève. [P. G.]
LIASSE DE CLEFS, s. f. Trousseau de clefs, trousse.
LIASSE DE LINGES, s. f. Trousse de linges.
LIASSE D'OGNONS. Glane. Liasse de porreaux, liasse de radis, liasse de raves, liasse de scorsonères, etc. Dites: Botte de porreaux, botte de radis, botte de raves, botte de scorsonères. En français, «Liasse» signifie: Paquet de papiers, amas de papiers liés ensemble.
LICHEFRITE, s. f. Lèchefrite, ustensile de cuisine.
† LIERRE (LA). Boire sur la lierre. Ce féminin est un reste du vieux français. Depuis le commencement du dix-septième siècle on dit: «Le lierre.»
† LIÈVRE (UNE). Ce solécisme nous vient du patois (nă lîvră) et du vieux français. Dans le canton de Vaud, en Savoie et en Franche-Comté, les campagnards disent aussi: Une lièvre. En provençal, lèbre (lièvre) est féminin. Une des vallées des Vosges s'appelle vallée de la Lièvre.
LIGNU, s. m. Ligneul, fil poissé des cordonniers. On dit à Lyon: Ligneux; en Languedoc et en Provence, lignoou. Tirer le lignu, c'est: Exercer l'état de cordonnier.
LIMACE, s. f. Se dit figurément d'une personne lente, molle et nonchalante. Je vois venir notre limace. Arriveras-tu enfin, limace que tu es?
LIMOGE, s. m. Coton filé rouge, dont on se sert pour marquer le linge, etc.
LIN, s. m. Nous disons proverbialement: Se faire au lin de quelqu'un, pour: Se faire à ses habitudes, à ses goûts, à ses manières; adopter ses sentiments et ses opinions. Ce terme nous vient des campagnards. Lin est un mot patois qui signifie: «Lien.»
LINCEUIL, s. m. Linceul, drap de toile, drap mortuaire. Linceuil appartient au vieux français.
LINGE, s. m. Nous disons proverbialement d'une personne très-pâle: Elle est blanche comme un linge. Expression inconnue aux dictionnaires.
LINGÈRE, s. f. Ouvrière en linge. En France on appelle «Lingère» celle qui fait le linge et qui le vend.
† LINZARD, s. m. Lézard. Regarde voir ce linzard, Jacques.—Ensauve-toi, nigaud, c'est une serpent. Le féminin est linzarde.
LIONS, s. m. pl. Terme des campagnards. Se dit d'un mélange de légumes secs, comme fèves, haricots, lentilles, pois, dont on fait une soupe, qui s'appelle soupe aux lions, parce que le bouillon en est bien lié et très-farineux. [P. G.]
† LIQUERNE, s. f. Lucarne.
LIQUETTE, s. f. Très-petit bateau à pointe carrée; batelet pour une seule personne. Dans le canton de Vaud on dit: Liquette, loquette et lequette; à Neuchâtel, loquette. Ces divers termes semblent formés du mot patois likà ou lekà, lequel signifie: «Glisser.»
LIQUEURISTE, s. m. Liquoriste.
LISERET, s. m. Poser un liseret; mettre un liseret. Terme de couturière. Écrivez et prononcez «Liseré.»
LISIER ou LISIÉ, s. m. Eau de fumier, eau grasse. Dans le canton de Vaud on dit: Lisier, lisé ou lusé.
† LISSIVE, s. f. Lessive. Mettre la lissive; tremper la lissive; couler la lissive. Terme suisse-roman, savoisien, franc-comtois et parisien populaire. R. lixivia. A la fin du seizième siècle on écrivait encore avec un x, lexive.
LISSU, s. m. Lessive, eau de cendres, eau détersive, rendue telle par la cendre ou par la soude. Du lissu sec. La couleuse, avant les chaudes, lave dans le lissu les ustensiles de cuisine les plus communs. Terme suisse-roman. En Savoie, à Lyon et en Dauphiné, on dit: Lissieu; en Provence, lissiou; en Franche-Comté et dans le Berry, lessu; à Bordeaux, lessif. R. lat. lix, licis.
LISTE, s. f. Bande mince de bois, règle de bois mince et étroite. Ajuster une liste. Terme suisse-roman, savoisien, méridional et vieux français.
LITEAU, s. m. Latte, morceau de bois refendu selon son fil, long, mince et étroit. Mettre des liteaux, clouer des liteaux. Les liteaux du plafond. Ce terme, peu usité en France, et qui ne figure point dans le dictionnaire de l'Académie, n'a pas, dans les dictionnaires qui l'ont recueilli, la signification genevoise.
LITELAGE, s. m. Lattis, ouvrage de lattes.
LITELER, v. a. Latter, poser des liteaux. Liteler une paroi; liteler un plafond. Paroi litelée. Dans le patois limousin on dit: Listela.
LOIN (ÊTRE). Être parti, s'être retiré. Les sauteurs de corde sont loin. Nos deux voyageurs étaient à peine loin que l'incendie éclata. Expression très-répandue.
† LOINTEUR, s. f. Éloignement, distance. J'avais marché sans le savoir sur le nid de ces guêpes, et elles me poursuivirent à une très-grande lointeur.
† LOIRIE, s. f. Hoirie, héritage, succession. Sur le conseil de Mr le notaire, nous avons accepté la loirie. Expression des campagnards.
LONG, s. m. S'étendre de tout son long. Les dictionnaires disent: «S'étendre tout de son long.»
LONGE, s. f. Une voiture à longe. Terme suisse-roman et savoisien. En France on dit: «Une voiture à flèche.»
† LONGE (À LA), loc. adv. A la longue. Un peu de patience, Monsieur, à la longe vous en viendrez à bout.
LONGEOLE, s. f. Terme de boucherie. Andouille. En patois: Landiùle. Au sens figuré, longeole se dit d'une femme ou d'une fille très-grande et très-maigre. Se dit aussi des choses. Quelle longeole de pipe tu as là. Nos jardiniers donnent plus particulièrement le nom de longeole à une sorte de longue pomme de terre.
LONG FEU. Au sens figuré, faire long feu en quelque endroit, signifie: Y demeurer longtemps, s'y arrêter, y séjourner. J'ai dû me rendre à l'invitation d'Ambroise, mais je n'y ai pas fait long feu.
† LOQUET, s. m. Hoquet. Avoir le loquet. Souffrir du loquet. Terme parisien populaire, etc. Loquet s'est formé de «hoquet,» par addition de l'article le en tête du mot.
LORGNE, s. m. Oiseau de notre lac, espèce de plongeon.
† LOTON, s. m. Laiton. Une montre en loton. On lit dans une Ordonnance du Petit Conseil sur les monteurs de boîtes, en l'an 1710: «Est défendu à tous maîtres de faire aucun mélange dans leurs ouvrages d'or avec du loton.» Terme suisse-roman, savoisien et piémontais.
† LOTTE (UNE). Une hotte. Il tomba, ayant sur le dos sa lotte pleine de terraille. Terme suisse-roman et savoisien. Après avoir dit: «La hotte,» en aspirant l'h, on a dit: L'hotte, sans aspiration; puis beaucoup de personnes s'imaginant que lotte était le substantif lui-même, elles y ont joint l'article, et nous avons eu l'expression la lotte.
LOUETTE, s. f. Luette, épiglotte. Avoir la louette basse. Terme français populaire.
LOUISE, s. f. Jeton de cuivre à l'usage des enfants dans certains jeux. Payer avec des louises. Au jeu de l'oie on marque d'ordinaire avec des louises.
LOUP, s. m. (fig.) Terme des campagnards. Écuyer, faux bourgeon qui croît au pied d'un cep.
LOURD, adv. Beaucoup, considérablement. Tu as là de bien beaux pistolets, mais ils doivent t'avoir coûté lourd.
LOURDEUR, s. f. Pesanteur. Elle se plaignit tout à coup d'une lourdeur dans la tête qui nous inquiéta. Ce sens du mot lourdeur n'est pas dans les dictionnaires.
LOURDISE, s. f. Lourderie, faute grossière contre le bon sens ou contre la bienséance. Faire lourdise sur lourdise. Les dictionnaires disent que ce mot a vieilli. On s'en sert habituellement chez nous.
LOURIOU, s. m. Loriot, oiseau.
LOUSTIQUE, adj. Gai, content, joyeux, gaillard. Les premiers jours de printemps nous rendent loustiques. Nous n'étions que six à ce repas, mais tous six en belle humeur et loustiques. Comment vous portez-vous, voisin?—Sans être tout à fait loustique, je suis déjà beaucoup mieux. Les dictionnaires français qui ont recueilli ce mot ne lui donnent pas cette signification, laquelle pourtant est la véritable. R. all. lustig.
LOVAT, s. m. Tique de marais, insecte qui s'attache aux oreilles des bœufs et des chiens. Nous disons aussi: Louvat et lovet.
LUC, s. m. Sizerin, sorte de linotte.
† LUCAIRNE, s. f. Voyez [LUQUERNE].
LUCHERAN, s. m. Nom que les campagnards donnent à la chouette et au chat-huant. Dans le patois vaudois on dit: Lutzerou et lutzerein.
LUGE, s. f. Sorte de traîneau sans ferrure, en usage dans les montagnes qui nous avoisinent, et qui sert à transporter le blé, le foin, le bois, etc.
LUGER (SE), v. pron. Terme des enfants. Aller en luge, aller sur un grand ferron. Dans le patois vaudois on dit: Ludji ou liuzi; et dans le dialecte du Jura, se lutchi signifie: Glisser sur la glace.
† LUI LA. Tu crois que je lui la donne, cette belle paume: je lui la prête. Dites: Je LA lui donne, je LA lui prête. Prends ces dix sous, et tu lui les donneras. Dites: Tu LES lui donneras.
LUIRE, v. n. Briller, éclairer. Les yeux des chats et ceux des loups luisent dans la nuit. Expression méridionale, etc.
LUISET, s. m. Petite lucarne. On a dit anciennement: Huiset (diminutif de huis, porte); de là, l'huiset avec l'article, et le luiset.
LUMIGNON, s. m. Sorte de petit lampion, sorte de veilleuse. J'irai me coucher sitôt que vous aurez préparé le lumignon. Expression connue dans le Berry et sans doute ailleurs. En français, «Lumignon» signifie: Bout de la mèche d'une chandelle ou d'une bougie qui achève de brûler.
† LUMINON, s. m. Orthographe et prononciation vicieuses du mot «Lumignon.» Une boîte de luminons. Terme valaisan, savoisien, limousin, berrichon, etc.
LUNE, s. f. Lunaison, intervalle d'une lune à une autre. Il pleuvra toute cette lune. Faute générale dans le Midi.
LUNE, s. f. Terme d'écolier. Lorsque deux palets ou deux boules se trouvent à une égale distance du but, les joueurs disent: C'est lune. [Glossaire de Gaudy.]
LUPPE, s. f. Huppe, oiseau. Terme vaudois.
† LUQUERNE ou LUCAIRNE, s. f. Raccommoder la luquerne. Terme suisse-roman et lyonnais. En français: «Lucarne.» R. lucerna.
M
MÂCHE-MOLLE, s. f. Se dit d'une personne apathique, flasque, lâche au travail, et qui indique par ses allures cette disposition. Ce terme, que nous regardons comme très-expressif, est formé du verbe mâcher et de l'adverbe mollement. On dit aussi quelquefois: Mâche-mou, en parlant d'un homme.
MÂCHILLER, v. a. Mâchonner, mâcher avec difficulté ou avec négligence. Mâchiller du papier. Terme français populaire.
MÂCHILLON, s. m. Objet que l'on mâchille.
MÂCHILLIÈRE, adj. Dent mâchillière. Dites: «Mâchelière.»
MACHIN, s. m. MACHINE et MACHINANTE, s. f. Mots d'un grand secours dans la conversation familière, et qui suppléent à tous les noms quelconques d'objets ou de personnes qui ne se présentent pas promptement à la mémoire. Tends-moi ce machin. Donne-moi cette machinante, pour faire un trou à la cloison. Français populaire.
MÂCHURE, s. m. Nous appelons taches de mâchure, les taches que l'on se fait autour des marmites. On les appelle aussi mâchuron (du mâchuron). Terme connu chez nos proches voisins. Le verbe «Mâchurer,» v. a., est français.
MADOTE, s. f. Poire madote. Dites: Poire amadote: terme formé par corruption du mot Damoudot ou plutôt dame Oudet, «laquelle dame était du village de Demigni, entre Beaune et Châlons, et eut la première de ces fruits en ce pays-là.» [Voyez Lacombe, Dictionnaire du Vieux langage, t. Ier, p. 23.]
† MADOU, s. m. Amadou.
† MAGINER, v. a. Voyez ÉMAGINER.
MAGNIN, s. m. Drouineur, chaudronnier ambulant. Quand le temps est très-sombre et le ciel très-chargé, nous disons figurément et facétieusement: Il va pleuvoir des magnins. Magnin est un terme suisse, savoisien, franc-comtois et vieux français. En Bourgogne on dit: Maignier; en Berry, mignan; à Metz, magni; en Normandie, magnan. La première édition du dictionnaire de l'Académie française [1694] dit: Maignen. En vieux français, magnan signifie: «Chaudron.»
MÂGNU ou MAGNU, s. m. Lourdaud, homme épais de corps et d'esprit, butor. Un gros mâgnu. Voyez donc ce mâgnu qui m'a brisé ce miroir.
MAIGRIR, v. a. La maladie t'a maigri. Les chagrins vous ont beaucoup maigri. «Maigrir» est un verbe neutre. Il faut dire: «Amaigrir.» La maladie t'a amaigri.
MAIGROLET, ETTE, adj. Maigrelet. La femme est une grosse pitaude; le mari est écouairu et maigrolet.
MAIGRULE, s. f. Fille ou femme très-maigre.
MAILLER, v. neutre. Se dit de la viande qui a été cuite trop fraîche, et qui s'aplatit, s'étend, s'écrase sous la dent plutôt que de se couper. Ce veau est d'une bonne qualité: c'est dommage qu'il maille.
MAILLER, v. actif. Tordre, tortuer, fausser, froisser, marteler. Mailler une clef. Mailler une branche de chêne pour en faire une rioute (un lien). Tout en croyant plaisanter, il a fini par mailler le bras de sa sœur. Terme franc-comtois. R. malleus. «Mailler» est français dans des acceptions différentes.
MAILLOT, s. m. Maillet, mailloche, gros marteau de bois. On dit à Bordeaux: Mailloc.
MAIN, s. f. Nous disons figurément d'une personne ouverte et loyale: Elle a le cœur sur la main. L'Académie dit: «Elle a le cœur sur les lèvres.»
MAINS CHAUDES. Sorte de jeu. Jouer à mains chaudes. On dit en France: Jouer à pied de bœuf.
MAINS NOIRES. Nous disons, sous forme d'encouragement, à un ouvrier qui se rebute d'une occupation pénible: Les mains noires font manger le pain blanc, c'est-à-dire: Le travail procure l'aisance.
† MAIRERIE, s. f. L'hôtel de la mairerie. Français populaire et vieux français. On dit aujourd'hui: «Mairie.» Hôtel de la mairie.
MAIS, adv. Terme des campagnards. De nouveau, derechef, encore une fois, en sus. Voyez cette coffe qui a mais sali sa robe. Voilà beaucoup de niolles dans le Jura, il pleuvra mais. Oh! la maladroite, la voilà mais par terre. Ton ouvrage est mal fait, Joson, il faudra mais le recommencer. Ce sens n'est pas dans les dictionnaires.
MAL, adj. des 2 genres. Mauvais. Ce vin n'est pas mal. Ton thème de prix n'est pas mal. En vieux français, mal était adjectif. On disait, par exemple, male femme, pour: Méchante femme: male bouche, pour: Mauvaise bouche; male mort, pour: Mort funeste; male fortune, pour: Infortune; et nous disons encore à Genève: Male vie, pour: Mauvaise vie. Le mot «Malheur» n'est autre chose que la réunion des deux mots male heure, mauvaise heure. En provençal, mal an signifie: Mauvaise année.
MAL, s. m. Nous disons: Se faire mal, pour: Se blesser. Elle s'était fait mal au doigt. Il s'est fait mal au pied. Cette expression, fort connue en Suisse, en Savoie, en Provence et ailleurs, n'est pas mentionnée dans les dictionnaires.
MAL, s. m. Plaie, ulcère. L'enfant du pauvre Doguet est plein de mal. Français populaire.
MALADIE, s. f. L'expression faire une maladie, est si répandue, si claire et si commode, qu'elle mériterait presque d'être française. Ce qu'il y a de certain, c'est que cette phrase: «J'ai eu une maladie,» forme une cacophonie horrible, dont l'oreille délicate du peuple ne s'accommodera jamais. J.-J. Rousseau a dit: «Il est singulier que je n'ai jamais fait de grandes maladies à la campagne.» [Confessions, liv. VI.]
MALADIER, v. n. Être malade, languir, traîner. La pauvre Alix ne veut pas maladier longtemps. T. des campagnards.
MALADISTE, adj. Enfant maladiste; jeune fille maladiste. Dites: Maladif, maladive.
MALAGNOU ou MARAGNOU, s. m. Muscardin, petit mammifère rongeur, du genre des loirs.
MALAISE, adj. Ne dites pas: Je me sens tout malaise; dites: J'ai beaucoup de malaise, ou employez une expression équivalente. Voyez AISE.
MALAISÉE, s. f. Dans le langage le plus familier, faire danser à quelqu'un la malaisée signifie: Lui administrer une correction, le rosser, l'étriller.
† MALATRU, TRUE, substantif. Malotru, malotrue. Un malatru nous vint au rencontre et nous agonisa.
MALATRU, TRUE, adjectif. Se dit des choses et signifie: Usé, délabré, en mauvais état. Des malatrus souliers; un malatru chapeau. Voyez, mon bon Monsieur, l'état misérable où je suis; je n'ai que cette malatrue veste et ce crouye pantalon. Dans le vieux français, malotru ou plutôt malostru et malestruz, adjectifs, signifiaient: Chétif, misérable. R. malè structus. Dans le langage français actuel, «Malotru» n'est pas adjectif.
MALCOMMODE, adj. Incommode, peu commode. Voiture malcommode; fauteuil malcommode.
MALCOMPLAISANT, ANTE, adj. et s. Peu complaisant, qui manque de complaisance. Tu es une malcomplaisante, Fanny.—Malcomplaisante toi-même. Terme généralement connu et usité, mais que nul dictionnaire n'a encore admis.
MALCONTENT, ENTE, adj. Mécontent. L'Académie dit que le mot de malcontent a vieilli. Il est fort habituel chez nous.
MAL DU PAYS, s. m. Maladie du pays, nostalgie. Avoir le mal du pays; succomber au mal du pays. Terme suisse-roman et savoisien. C'est la traduction littérale du mot allemand: Heimweh.
MALEMPARÉE, s. f. Mauvaise tournure d'un événement, mauvaise tournure d'une affaire. Quand il a vu la malemparée, et que la querelle s'échauffait, il a prudemment levé le pied. Terme vaudois, savoisien, etc.
MAL EN TRAIN, adj. Peu en train, mal disposé, détraqué, sans courage au travail. Je me sentais tout mal en train. Voyez ENTRAIN, s. m.
MALET, s. m. Convulsions nerveuses des enfants au maillot. Le malet bleu; le malet blanc. Le rire du malet. Sirop pour le malet. Terme suisse-roman et savoisien.
MALEVIE, s. f. Ce mot signifie littéralement: Mauvaise vie, et se dit de certaines choses qui sont à la fois très-mauvaises et excessives dans leur genre. Ainsi, un vacarme de malevie, est: Un vacarme épouvantable. Une faim de malevie, est: Une faim dévorante. On dit de même: Une colère de malevie, un désordre de malevie, etc. On se sert aussi du mot de malevie pour éviter celui de «diable.» Cet enfant a la malevie pour faire tout ce qu'on lui défend. C'est bien la malevie si je ne viens pas à bout de ce travail. Faire ces tours d'escamotage, ce n'est pas la malevie. Terme suisse-roman.
MALHONNÊTE, substantif des 2 genres. Impoli, indiscret. Vous êtes un malhonnête, Monsieur: passez votre chemin. Voyez ces deux malhonnêtes, qui ne daignent pas nous saluer. «Malhonnête» n'est jamais substantif.
MALICE, s. f. Donner une malice, signifie, dans le langage des campagnards: Donner un sort, jeter un sort, ensorceler. Les paysans, non-seulement de notre canton, mais encore de toute l'Europe, croient qu'on peut ensorceler eux, leur bétail et leurs récoltes, au moyen de paroles, de drogues ou de plantes. [P. G.]
MALIN, LIGNE, adj. Difficile, en parlant des choses. Grimper au haut de cet arbre, voilà qui est malin! c'est-à-dire: Voilà une belle prouesse!... Français populaire.
MALINE, adj. et s. f. Orthographe et prononciation vicieuses du mot «Maligne.» La fièvre maline. Terme français populaire et vieux français. Nous disons de même: Consiner, manifique, companie, cliner les yeux, etc.
MALLE, s. f. Nous disons trivialement d'un homme ivre: Il a sa malle.
MALMÛR, ÛRE, adj. Qui n'est pas assez mûr. Fruit malmûr. Terme de la Suisse romane, etc.
MALOTTE, s. f. Motte de terre. En Savoie, malotte se dit non-seulement des mottes de terre, mais aussi des boules de neige que font les enfants.
MANCHE, s. f. Nous disons proverbialement d'un homme ferme, habile, résolu et qui sait ce qu'il se veut: Il ne se mouche pas de la manche. L'Académie dit: Il ne se mouche pas SUR la manche.
MANCHE, s. m. Queue. (fig.) Nous disons figurément: Tenir le manche de la poêle, pour signifier: Conduire une affaire, en avoir la direction principale. C'est Monsieur tel qui est le grand meneur; c'est lui qui tient le manche de la poêle. On dirait en français: C'est Monsieur tel qui tient la queue de la poêle.
MANCHE DE VESTE, s. f. Avoir les jambes en manche de veste, est une expression burlesque qui signifie: Avoir les jambes torses et contrefaites; être mal bâti; «avoir les jambes en faucille,» comme s'exprime le Dictionnaire du Bas langage, t. Ier, p. 378.
MANCHETTES, s. f. pl. Nous disons proverbialement d'un vêtement, d'un ajustement quelconque qui est trop beau pour la personne qui en est parée: Cela lui va comme des manchettes à un cochon.
MANDEMENT (LE). Habiter le Mandement. S'établir dans le Mandement. Les principaux villages du Mandement sont: Bourdigny, Peney, Satigny, Dardagny et Russin. Voici l'origine de ce terme. Au commencement du seizième siècle, l'évêque de Genève possédait à quelques lieues de sa résidence trois petits territoires ou mandements, savoir ceux de Thiez, de Jussy et de Peney, et chacun d'eux avait son châtelain qui administrait au nom du prélat. Le mandement de Thiez fut perdu après la Réformation. Ceux de Jussy et de Peney sont restés à la république; celui de Peney seul a conservé le nom de mandement. Ainsi l'expression de mandement signifie: District, juridiction, territoire confié par l'évêque à l'administration d'un châtelain ou d'un bailli. Aucun dictionnaire usuel, ni même le Glossaire roman de Roquefort, n'ont signalé cette signification, assez notable, du mot mandement. Le district d'Aigle (canton de Vaud), était anciennement divisé en quatre mandements. Dans le latin du moyen âge, on disait: Mandamentum.
MANGEOIRE, s. f. Auget de cage, petit bocal où l'on place la mangeaille d'un oiseau. «Mangeoire,» en français, ne se dit que de l'auge où mangent les chevaux. En languedocien, manjhadou a le sens de notre mot mangeoire.
MANGER, v. a. Nous disons proverbialement d'une personne fort riche: Elle mange l'or à la cuiller. On dit en français: «Elle remue l'argent à la pelle,» expression moins énergique peut-être que la nôtre.