Notes de transcription: Pour une plus grande cohérence de l'ouvrage, les majuscules ont été accentuées. De plus les errata incorporés entre l'avertissement et la première page ainsi qu'entre les pages 128 et 129 ont été corrigés dans le texte et repportés à la fin de l'ouvrage. Les primo (1º), secundo (2º) etc. qui figuraient sous la forme 1o, 2o... ont été transformés par souci de lisibilité en 1º, 2º... Le nom de l'auteur a été ajouté dans la première page de présentation.

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MANUEL

DES

DIFFICULTÉS LES PLUS COMMUNES

DE LA

LANGUE FRANÇAISE,

ADAPTÉ

AU JEUNE ÂGE,

ET SUIVI D'UN

RECUEIL

DE

LOCUTIONS VICIEUSES.

par Thomas MAGUIRE

QUÉBEC:
Imprimé et publié par FRÉCHETTE & Cie,
Nº. 13, RUE LAMONTAGNE,
Basse-Ville.

1841.

AVERTISSEMENT.

Le besoin d'un Manuel Lexique des difficultés de la langue française, se fait vivement sentir dans nos écoles de grammaire; et l'on a à regretter que le commerce ne nous fournisse pas les ouvrages de ce genre, qui se multiplient, depuis quelques années, sur l'ancien continent. C'est pour remedier en partie à ce défaut, que le présent travail, né de circonstances purement fortuites, a été préparé pour la presse: et en l'offrant au jeune âge, l'Auteur n'a garde de se présenter sous d'autre titre, que celui d'humble compilateur; titre qui doit lui demeurer entier, malgré quelques articles de sa création, devenus indispensables pour signaler des erreurs de langage particulières au Canada.

Les grammaires mises à contribution, pour la confection de ce petit livre, sont celles de Duvivier, de Chambaud, de Lequien, de Lhomond, de Letellier, de Galland, de Noël et Chapsal, etc. Les sources pures et abondantes des Dictionnaires de l'Académie, de Trévoux, de Boiste, de Rolland, de Gatel, de Noël et Chapsal, etc., ont été exploitées dans le même but: et il est essentiel d'ajouter, que les articles puisés dans ces riches trésors de la langue française sont reproduits textuellement, autant que les circonstances et le cadre étroit de l'ouvrage l'ont permis.

Ayant exposé les difficultés les plus communes de la langue, il était naturel de fournir un tableau des expressions incorrectes et dénaturées, qui en altèrent la beauté et les règles: voilà ce qui a donné lieu au Recueil de Locutions Vicieuses, placé à la suite du Manuel.

L'Auteur ne s'est point fait illusion sur la difficulté de sa tâche: il n'ignore pas qu'il ouvre un champ large à la critique. Heureux! si son livre attire l'attention de quelque Aristarque consciencieux, qui daigne en signaler les erreurs, au profit de la portion chérie de la société à laquelle il est destiné!

Du reste, si l'Auteur a aplani au jeune âge quelques-unes des aspérités dont la langue est hérissée, son but est atteint, son vœu accompli.

Québec, Octobre, 1841.


MANUEL

DES

DIFFICULTÉS LES PLUS COMMUNES

DE LA

LANGUE FRANÇAISE.

ABSOUDRE. J'absous, tu absous, il absout, nous absolvons, vous absolvez, ils absolvent. J'absolvais; point de prétérit défini. J'ai absous, j'absoudrai, j'absoudrais, absous, absolvons, absolvez, que j'absolve; point d'imparfait du subj. Absolvant, absous, absoute.

Dissoudre se conjugue de même.

ACADÉMICIEN est un membre d'une compagnie de savans: académiste, celui qui étudie les armes, l'équitation dans une académie.

ACCENT CIRCONFLEXE. On l'emploie pour les voyelles longues, et on le met,—1º. sur a long, lâche, tâche, château.—2º. sur l'avant dernier e des mots en eme: même, blême; excepté cependant les adjectifs numéraux ordinaux, comme deuxième, troisième, etc.—3º. sur l'i des verbes en aitre et oitre, comme paraître, accroître; dans tous les temps où i est suivi de t; il naît, il paraîtra, nous accroîtrons.—4º. sur l'o qui précède les finales le, me, ne: pôle, rôle, dôme, zône.—5º. sur le nôtre, le vôtre, mais non sur notre, votre.—6º. on l'emploie encore à la première et seconde personne plurielle du prétérit défini: nous aimâmes, vous aimâtes, nous reçûmes, vous reçûtes.—7º. à la troisième personne singulière de l'imparfait du subjonctif: qu'il fût, qu'il eût, qu'il aimât.—8º. on le pose aussi sur les adjectifs sûr, (pour signifier certain) mûr, etc., parce qu'on écrivait autrefois seur, meur, et enfin sur , participe du verbe devoir, pour le distinguer de l'article du. Toutefois ce participe ne prend l'accent circonflexe, ni au pluriel masculin, ni au féminin, tant singulier que pluriel, parce qu'alors il ne peut être confondu avec l'article du. Enfin on le met sur , participe du verbe taire, pour le distinguer du pronom tu, et sur crû, participe de croître, pour le distinguer de cru, participe de croire.

ACCORD du verbe avec ses sujets. Quand plusieurs substantifs ou pronoms composent les sujets, le verbe s'accorde avec le dernier substantif ou pronom;

1º. lorsque les mots formant les sujets sont synonymes: son courage, son intrépidité étonne les plus braves. Il est essentiel que les substantifs synonymes ne soient jamais unis par la conjonction et.

2º. lorsque les mots formant les sujets renferment une expression qui réunit en elle tous les mots qui précèdent, comme chacun, tout, rien, personne. Paroles et regards, tout est charmes en vous:—le temps, les biens, la vie, rien ne nous appartient.

3º. lorsque l'esprit s'arrête sur le dernier substantif, parce qu'il est d'un tel intérêt, qu'il fait oublier les autres:—ce sacrifice, votre intérêt, votre honneur, dieu vous le commande:—mon repos, mon bonheur semblait être affermi.

Lorsqu'un verbe a deux sujets de la troisième personne unis par la conjonction ou, on peut faire accorder le verbe avec les deux sujets, ou avec le dernier, et dire également bien—Pierre ou Paul le fera, ou, le feront. Cependant l'accord avec le dernier sujet parait préférable.

Cette règle s'applique à l'un l'autre, lorsqu'ils sont unis par la conjonction ou:—l'un ou l'autre vous écrira, ou vous écriront.

Cependant si les mots unis par ou sont de différentes personnes, l'usage demande que le verbe se mette au pluriel, et qu'il s'accorde avec la personne qui a la priorité:—c'est toi ou moi qui avons fait cela,—c'est toi ou lui qui avez dit cela:—lui ou moi nous serons peut-être assez heureux, etc.

Dans les phrases où deux substantifs, ou bien deux pronoms sont liés par une des conjonctions, de même que, aussi bien que, comme, non plus que, plutôt que, avec, ainsi que, et autres semblables, c'est avec le premier substantif que l'accord a lieu: la vertu, de même que le savoir, A son prix. C'est sa fille, plutôt que son fils, qu'il a déshéritée.

Après l'un et l'autre faut-il mettre le verbe au singulier, ou au pluriel?

L'Académie, Vaugelas, Marmontel, &c., sont d'avis que l'on peut se servir indifféremment du singulier ou du pluriel: mais presque tous les grammairiens, suivant Duvivier, se sont prononcés pour le pluriel.

Si l'un et l'autre était placé après le verbe, le pluriel serait de rigueur. Ils voulaient l'un et l'autre se promener.

Si les sujets sont exprimés par ni l'un ni l'autre, ou sont liés par ni répété, le verbe doit-il être mis au singulier ou au pluriel?

Duvivier répond qu'on est libre de se décider en faveur du singulier ou du pluriel, puisque l'Académie et les meilleurs auteurs ont fait usage indifféremment du singulier et du pluriel.

Il ajoute cependant qu'il se range à l'opinion de Wailly et de Marmontel qui veulent que quand les deux sujets concourent à l'action, l'on donne au verbe la forme plurielle, parce qu'il y a pluralité dans l'idée, et que l'on dise, ni l'un ni l'autre n'ont fait leur devoir:—Ni la douceur ni la force ne peuvent rien.

Mais si l'un des deux sujets seulement fait, ou reçoit l'action, parce qu'alors il y a unité dans la pensée, les mêmes grammairiens veulent que l'on mette le verbe au singulier, et que l'on dise, ni l'un ni l'autre n'est mon père:—Ce ne sera ni Mr. le Duc, ni Mr. le Comte qui sera nommé ambassadeur d'Espagne.

Lorsque le verbe qui suit ni répété, est au pluriel, on doit le faire accorder avec la personne qui a la priorité. Ni vous ni moi ne sommes coupables.—Ni vous ni lui n'avez fait cela.

Doit-on après un, une joint à de, des se servir du singulier ou du pluriel, et dire, c'est une des plus belles actions qu'il ait jamais fait: ou, c'est une des plus belles actions qu'il ait jamais faites?

La phrase dont il s'agit est elliptique: c'est comme s'il y avait, c'est une action des plus belles actions qu'il ait jamais faites. Pour résoudre la difficulté, il faut examiner si le pronom relatif que a pour antécédent le substantif en ellipse, ou le substantif pluriel placé après la préposition des. Dans le premier cas on emploie le singulier, et dans le second le pluriel. Or dans la phrase citée ci-dessus, il est évident que le relatif que se rapporte au substantif placé après la préposition; car il s'agit d'actions faites, et non pas d'une action faite. Le participe doit donc être mis au pluriel.

D'après ces principes il faudra dire au singulier, c'est un de nos meilleurs grammairiens qui a fait cette faute: et au pluriel; votre ami est un des hommes qui périrent dans la sédition.

ACCORD d'un adjectif qui suit plusieurs substantifs.

Quand un adjectif suit plusieurs substantifs régimes, soit régimes d'un verbe, soit régimes d'une proposition, et que cet adjectif ne se prononce pas au masculin comme au féminin, au singulier comme au pluriel, il ne s'accorde qu'avec le dernier des substantifs: mais il est sous-entendu après les précédens. Ce soupçon..excita des plaintes, et un mécontentement général.—C'est donc en vain qu'on met la véritable gloire dans l'honneur et la probité mondaine.

Mais un adjectif, placé après des substantifs régimes, se met au pluriel, si cet accord ne change pas la prononciation de l'adjectif.—Il sacrifie son repos et sa liberté pour la liberté et la félicité publiques.

ACQUÉRIR. J'acquiers, tu acquiers, il acquiert, nous acquérons, vous acquérez, ils acquièrent, j'acquérais, j'acquis, j'acquerrai, j'acquerrais, acquiers, acquérons, acquérez, que j'acquière, que nous acquérions, que j'acquisse, acquérant, acquis, acquise.

Conjuguez de même conquérir, reconquérir, requérir, s'enquérir.

ADJECTIFS ABSOLUS, (les) Parfait, universel, immortel, mortel, éternel, essentiel, divin, suprême, extrême, excellent, ne peuvent être précédés de mots qui expriment le plus ou le moins, par cela même qu'ils sont absolus, et rejettent toute comparaison. On ne peut dire, plus ou moins éternel,—mortel, &c.

ADJECTIF NUMÉRAL. Quelquefois l'adjectif de nombre cardinal remplace celui de nombre ordinal. Il est six heures;—l'an mil huit cent:—le cinq Mars,—guillaume quatre.

AIDER quelqu'un, c'est l'assister de sa bourse, de ses conseils:—aider à quelqu'un, c'est partager sa fatigue, sa peine:—aider à quelque chose, c'est y contribuer.

AÏEUL est le père du père ou de la mère. Au pluriel on dit aïeuls, quand on veut désigner préscisément le grand-père paternel et le grand-père maternel. Hors delà on dit aïeux, pour signifier tous ceux de qui l'on descend, et qui ont devancé nos aïeuls.

AIGLE, oiseau, est masculin. Aigle, drapeau, est féminin. Les Aigles Romaines. Aigle, constellation, est féminin.

AIGUILLON. Il y a quelques mots, comme, aiguillon, aiguille, aiguiser, arguer, inextinguible, et les noms propres d'Aiguillon, le Guide, de Guise, dans lesquels l'u se fait entendre, et que l'on prononce, é-gu-i-glion,—é-gu-i-lle,—é-gu-i-zé,—ar-gu-é,—inextin-gu-i-ble,—d'É-gu-i-glion,—le Gu-i-de,—de Gu-i-se.

AIR. On dit, cette femme a l'air bon, et non pas bonne, parce que bon se rapporte à l'air. Mais on dit, cette pomme a l'air cuite, et non pas cuit, parce que l'adjectif ne peut être dit ici du substantif air.

ALLER. On ne dit plus je vas, mais, je vais. L'impératif va prend une s euphonique quand il est suivi du pronom relatif y: vas y. Mais si après l'y il suit un verbe, l'Académie veut que l'on supprime l's. Va y mettre ordre.

AMOUR au singulier est masculin: au pluriel féminin, excepté quand il désigne les petits génies de la mythologie. Ces petits amours sont bien groupés.

À NEUF, DE NEUF. Refaire un bâtiment à neuf:—remettre un tableau à neuf, c'est les restaurer, les réparer.

Se faire habiller de neuf, c'est se faire faire des habits neufs.

ANCÊTRES. Nos ancêtres: nos aïeux: nos pères. Le siècle de nos pères a touché au nôtre: nos aïeux les ont devancés: nos ancêtres sont les plus reculés de nous.

ANIMAUX. Leurs parties principales.

On dit le pied d'un cheval, d'un bœuf, d'un cerf, d'un mouton, d'une vache, et des autres animaux chez lesquels cette partie est de corne.

On dit la patte d'un chien, d'un chat, d'un lièvre, d'un loup, d'un ours, d'un rat, et des autres animaux chez lesquels cette partie n'est pas de corne.

On dit les ongles d'un lion, les griffes d'un chat, d'un tigre, les serres d'un aigle, d'un épervier.

On dit la bouche d'un cheval, d'un bœuf, d'un âne, et en général en parlant des bêtes de somme.

On se sert du mot gueule en parlant des poissons, des reptiles, et de la plupart des quadrupèdes. On dit la gueule d'une carpe d'une truite, d'un brochet, d'un serpent, d'un lion, d'un tigre, d'un chien, d'un loup, d'un chat, &c.

On fait usage du mot bec pour les volatiles.

Quand on parle de cette partie qui comprend la gueule et le nez, on dit le groin d'un cochon, le muffle d'un cerf, d'un bœuf, d'un lion, d'un léopard, d'un tigre: le museau d'un chien, d'un renard, &c.

On donne le nom de défenses ou broches de sanglier aux deux grosses dents crochues et effilées qui sortent de sa gueule.

On appelle bois de cerf ou tête de cerf, le grand bois que cet animal porte sur le devant de sa tête, et qui tombe tous les ans au printemps.

Enfin on dit la hure d'un sanglier, d'un ours, d'un saumon, d'un brochet, pour la tête, lorsqu'elle est coupée.

ANIMAUX, leurs cris. L'abeille bourdonne, l'âne brait, le bœuf mugit ou beugle, la brebis bêle, le renard nasille, le cerf bramme, le chat miaule, le cheval hennit, (prononcez hanit) le chien aboie ou jappe, le cochon grogne, le corbeau croasse, la grenouille coasse, le lion rugit, le loup hurle, le serpent siffle, l'aigle et la grue glapissent ou trompettent, les petits chiens et les renards glapissent, les pigeons roucoulent, la perdrix cacabe, le moineau chuchète ou pépie, le paon braille ou criaille, le dindon glougloute, le poulet piaule, la poule glousse, le grillon grésillonne, l'oie siffle, le rossignol gringotte, &c.

APPELER. J'appelle, tu appelles, il appelle, nous appelons, vous appelez, ils appellent, j'appelais, j'appelai, j'appellerai, j'appellerais, appelle, appelons, appelez, que j'appelle, que nous appelions, que j'appelasse, appelant, appelé, appelée.

Ce verbe comme tous ceux qui sont terminés par eler, doublent la lettre l, quand après cette lettre on entend un e muet; c.-à-d. lorsque la lettre l est suivie de e, es, ent. J'appelle,—tu chancelles,—ils étincellent.

Cette règle est applicable aussi aux verbes dont l'infinitif est en eter. V. jeter.

APPLAUDIR. Comme on fait usage de ce verbe tantôt à l'actif, tantôt au neutre, il est indifférent de dire, applaudir aux acteurs, ou applaudir les acteurs: on lui a applaudi, ou, on l'a applaudi.

Le participe passé de s'applaudir s'accorde toujours. Ils se sont applaudis de leur conduite.

ARC-EN-CIEL. Au pluriel on écrit, arcs-en-ciel; mais on prononce, comme au singulier, ar-kan-ciel.

ARTICLE. On répète l'article et les adjectifs déterminatifs, mon, ma, mes, ton, ta, tes, ce, cette, un, etc.

1º. devant chaque substantif, les officiers et les soldats;—son frère et sa mère.

2º. devant deux adjectifs unis par et, lorsqu'ils ne qualifient pas le même substantif: les anciens et les nouveaux soldats,—vos grands et vos petits appartemens. Mais on dirait, les anciens et braves soldats;—vos grands et beaux appartemens, attendu que les mêmes soldats sont anciens et braves, et les mêmes appartemens grands et beaux.

Il n'est pas toujours aisé de connaître d'une manière précise les cas où l'on doit faire usage de l'article, et ceux où l'on ne doit pas s'en servir. Voici un principe général qui sera d'un grand secours pour les distinguer.

On doit employer l'article avant tous les noms communs pris déterminément, mais non avant ceux qu'on prend indéterminément.

Un nom est pris déterminément lorsqu'il est employé pour désigner tout un genre, toute une espèce, ou enfin un individu. la jeunesse est imprévoyante. Le mot jeunesse est genre parce qu'il désigne la totalité des jeunes gens. les hommes à prétention sont insupportables. Le mot hommes est espèce, parce qu'il est restreint à un certain nombre d'individus. Le roi est sage. Le mot roi, dans cette phrase, désigne un individu.

Un nom est pris indéterminément lorsqu'on s'en sert uniquement pour réveiller l'idée qu'on y attache: qu'on ne détermine rien sur l'étendue dont elle est susceptible; en un mot qu'on ne l'emploie pas pour désigner ni un genre, ni une espèce, ni un individu. Les chemins sont bordés de lauriers, de grenadiers, de jasmins. Les mots lauriers, grenadiers, jasmins étant indéterminés, ne prennent pas l'article.

REMARQUES.

Les noms de provinces et de royaumes peuvent être pris déterminément et indéterminément. On dit: je viens d'Angleterre, de France, sans l'article; parce qu'il suffit de regarder l'Angleterre ou la France comme terme d'où l'on part, et qu'il est inutile de penser à l'étendue de ces royaumes. Mais parce que les mots limites, bornes font penser à cette étendue, on dit; les limites de l'Angleterre, les bornes de la France.

L'usage permet que l'on dise indifféremment, les peuples de l'Asie ou les peuples d'Asie,—les villes de l'Angleterre ou les villes d'Angleterre.

Mais on dit avec l'article: les peuples de l'Asie ont toujours été faciles à subjuguer; parce que l'on considère ces peuples par rapport à l'étendue du pays qu'ils habitent.

On dit plus communément: il vient de l'Asie, de l'Europe, de l'Afrique. C'est une exception à la règle donnée plus haut.

Il y a des noms de royaumes et de pays qui veulent absolument l'article; et l'on dit toujours: les empereurs de la Chine—du Pérou—du Japon:—les habitants du Canada.

Les locutions suivantes sont donc vicieuses: je vais en Canada,..en Pérou:—il demeure en Canada,..en Japon. Il faut dire: je vais au Canada,..au Pérou;—il demeure au Canada,..au Japon.

Les noms Mercure, Jupiter, Vénus, Mars, Saturne, Herschel ne prennent pas l'article.

ASPECT, PERSPECTIVE, VUE. Aspect désigne des points de vue particuliers. Les vues de la Suisse offrent les aspects les plus agréables. Perspective est l'aspect des objets vus de loin. L'idée de vue est plus étendue que celle d'aspect.

ASSAILLIR. J'assaille, tu assailles, il assaille, nous assaillons, j'assaillais, j'assaillis, j'assaillirai, j'assaillirais, assaille, assaillons, assaillez, que j'assaille, que j'assaillisse, assaillant, assailli, assaillie.

Tressaillir se conjugue de même.

ASSEOIR. J'assieds, tu assieds, il assied, nous asseyons, vous asseyez, ils asseient, j'asseyais, nous asseyions, vous asseyiez, ils asseyaient, j'assis, j'assiérai ou j'asseierai, j'assiérais ou j'asseierais, assieds, asseyons, asseyez, que j'asseie, que nous asseyions, que vous asseyiez, qu'ils asseient, que j'assisse, asseyant, assis, assise..

Rasseoir se conjugue de même.

ASSURER veut un régime direct de personne quand il signifie témoigner: assurez le de mon estime: et un régime indirect lorsqu'il veut dire donner pour sûr: assurez lui que nous sommes réconciliés.

ATOCA. (Oxycoccum). Suivant Sarrasin, cité par Charlevoix, atoca est un mot indien, qui désigne la baie de la canneberge. Cette baie, que les anglais appellent cranberry, ne porte point de nom en français.

À TRAVERS veut un régime direct; à travers les champs: au travers est toujours suivi de la proposition de: au travers du corps.

AUCUN se met toujours au singulier: aucun chemin de fleurs ne conduit à la gloire: excepté quand il accompagne un substantif qui n'a pas de singulier, comme pleurs, ancêtres: ou qui, au pluriel, est pris dans un autre sens qu'au singulier, comme troupes, gages. On n'a fait aucunes fénérailles,—aucunes troupes ne sont mieux disciplinées.

AUSSI, AUTANT, sont deux adverbes de comparaison qui doivent être suivis de la conjonction que, et non de comme, autre adverbe de comparaison. Ne dites pas: il est aussi grand comme vous,—j'en ai autant comme vous,—dites il est aussi grand que vous,—j'en ai autant que vous. On dit: il est grand comme vous:—j'en ai comme vous.

AUSSI, SI. Toutes les fois que l'on veut simplement marquer l'extension d'une qualité, il faut prendre si: il n'est pas si fin, qu'on ne le puisse tromper. Mais quand on veut faire comparaison entre deux adjectifs, ou deux adverbes, il faut se servir d'aussi dans les phrases affirmatives: il est aussi poli qu'il est brave: mais si la phrase est négative il faut employer si: personne ne vous a servi si utilement que lui. Cependant il est bien des personnes qui emploient alors presque indifféremment si ou aussi, et disent, il ne sera pas aussi constant qu'il le dit,—ou,—il ne sera pas si constant qu'il le dit.

AUSSI BIEN QUE. Lorsque deux sujets sont unis par aussi bien que, le verbe s'accorde avec le premier sujet: le roi, aussi bien que ses ministres, veut la paix.

AUTOMNE, d'après l'usage le plus commun, est masculin quand l'adjectif précède: un bel automne: et féminin quand l'adjectif suit: une automne froide.

AUTOUR, ALENTOUR. Suivant les écrivains modernes autour est une proposition, qui a par conséquent un régime, et alentour un adverbe qui n'en a point. Il faut donc dire, la reine avait toutes ses filles autour d'elle; et non pas, alentour d'elle:—le roi était là, et ses gardes étaient alentour, et non pas, autour.

AUTRE QUE, TOUT AUTRE QUE, AUTREMENT QUE, marquant la comparaison, veulent ne devant le verbe suivant: il est tout autre que je ne pensais:—il parle autrement qu'il n'agit: excepté quand le premier verbe est négatif: il ne parle pas autrement qu'il agit.

AUXILIAIRES. Il y a deux auxiliaires avoir et être: avoir marque l'action, et être l'état. Dans les verbes neutres qui prennent les deux auxiliaires, comme, accourir, disparaître, déchoir, passer, décider, périr, croître, éclore, demeurer, rester, cesser, échapper, monter, descendre, entrer etc., on emploie avoir, si c'est l'action que le verbe énonce que l'on a en vue: et être si c'est l'état que l'on veut exprimer. Ce sont les circonstances dont le verbe est accompagné qui indiquent lequel de ces deux points de vue on envisage: ainsi pour exprimer l'action, l'on dira avec avoir: elle a disparu subitement;—la fièvre a cessé hier;—la rivière a monté rapidement;—le baromètre a descendu en peu d'heures: et pour exprimer l'état qui suit l'action, l'on dira avec être; elle est disparue depuis un an:—la fièvre est passée depuis quelque temps;—il est montéil est descendu depuis une heure. Il faut excepter de cette règle les verbes neutres aller, arriver, choir, décéder, mourir, naître, tomber, venir, et les composés de ce dernier, comme devenir, intervenir, parvenir, revenir, survenir, lesquels prennent le seul auxiliaire être, quoique chacun d'eux exprime une action: c'est l'usage qui en a décidé ainsi; elles sont allées,—nous étions arrivés,—il sera venu.

Remarque. Convenir, contrevenir, subvenir, quoique formés du verbe venir, donnent lieu aux observations suivantes.

Convenir demande tantôt l'auxiliaire avoir, et tantôt l'auxiliaire être. Dans le sens d'être convenable, il prend avoir: et être dans le sens de demeurer d'accord. Cette maison m'a convenu, et je suis convenu du prix.

Contrevenir est employé par le plus grand nombre des écrivains avec avoir.

Subvenir prend toujours l'auxiliaire avoir.

AVANT veut un régime, auparavant n'en veut aucun. Ne dites pas, auparavant de partir, mais, avant de partir.

AVANT, DEVANT. Avant est pour l'ordre des temps; devant pour l'ordre des places. Le premier est opposé à après, le second à derrière.

Plusieurs auteurs font aussi usage d'avant pour l'ordre des places.

AVANT QUE rejette le ne. Dites, avant qu'il parte, et non, avant qu'il ne parte.

AVANT QUE DE, AVANT DE, sont employés indifféremment par les écrivains modernes: les prosateurs préfèrent même avant de.

AVOIR affaire à quelqu'un, suppose infériorité, dépendance de celui qui a affaire. Un plaideur a affaire à ses juges, et non avec ses juges.

Avoir affaire avec quelqu'un, c'est avoir à traiter avec lui: il faut éviter d'avoir affaire avec les fripons.

Avoir affaire de signifie avoir besoin de: il a affaire d'argent,—j'ai affaire de vous, ne sortez pas.

BARBARISME, (le) est l'emploi de mots inusités, ou pris dans un mauvais sens, ou mal associés: c'est aussi l'emploi de locutions insolites. Le solécisme est une faute grossière contre la syntaxe.

BÂTISSE, BÂTIMENT. Bâtiment est l'édifice entier: bâtisse n'en est que la partie comprenant la maçonnerie. Dites: la bâtisse de cette construction a couté fort cher: mais ne dites pas: je veux assurer cette batisse; je veux vendre cette batisse, pour signifier, je veux assurer cette maison, je veux vendre cette maison.

BEAUCOUP. Il s'en faut beaucoup marque différence de qualité: il s'en faut de beaucoup la différence de quantité: il s'en faut beaucoup qu'il soit aussi prudent que vous:—il s'en faut de beaucoup qu'il ait autant de connaissances que son cousin.

BÉARN, ancienne province de France; prononcez, Béar.

BÉNIT, TE, signifie consacré par l'église: pain bénit, eau bénite. Béni—e, a les autres significations de son verbe;—bénis sont les rois qui chérissent leurs peuples.

BIFTECK ou BIFSTECK de l'anglais, beef-steak, signifie tranche de bœuf saisie dans le beurre.

BLEU. L'adjectif bleu est invariable quand il est modifié par un autre adjectif, étant alors substantif. Des étoffes bleu fonçé, c.-à-d. d'un bleu foncé. Il en est ainsi de plusieurs autres adjectifs qui désignent les couleurs: des cheveux blond fonçé;—des robes rose tendre;—des draps vert foncé:—des cheveux chatain clair, etc.

BOSSER, BOSSUER. Bosser est un terme de marine. Bossuer signifie faire des bosses: dites j'ai bossué mon goblet, et non pas, j'ai bossé mon goblet.

BOUILLIR. Je bous, tu bous, il bout, nous bouillons, vous bouillez, ils bouillent, je bouillais, je bouillis, je bouillirai, je bouillirais, bous, bouillons, bouillez, que je bouillisse, bouillant, bouilli, bouillie.

BRAIRE n'est usité qu'aux temps et aux personnes qui suivent: braire, il brait, ils braient, il braira, ils brairont, il brairait, ils brairaient.

BRUIRE, n'est guère usité qu'à l'infinitif, aux troisièmes personnes de l'imparfait de l'indicatif, il bruyait, ils bruyaient, et au participe présent, bruyant. On entend bruire les vagues:—le vent bruyait dans la forêt.

BUREAU. Lieu où l'on expédie des affaires, où l'on travaille, où l'on délibère. Mais en parlant d'avocat, de notaire, il faut employer le terme étude, et dire, l'étude de tel avocat, l'étude de tel notaire.

Office pour signifier bureau est un barbarisme.

C ne se prononce pas à la fin des mots, estomac, broc, croc, accroc, marc, échecs, (jeu), tabac, jonc, lacs, (filets), arsenic, escroc, tronc, clerc, cric, porc, etc.

CALÈCHE est un carosse léger et découvert, dont le train porte sur quatre roues. Cabriolet est une voiture légère et suspendue, montée sur deux roues.

Calèche n'est donc pas synonyme de cabriolet; et c'est par conséquent une faute de l'employer comme tel.

D'un autre côté, l'on se sert souvent du mot cabriolet, pour désigner la petite charrette sans soupentes, dont l'usage est si commun: c'est encore, comme l'on voit, une faute à éviter.

CAMPAGNE. À la campagne exprime le séjour que l'on fait hors de la ville. Vivre à la campagne pour sa santé. En campagne signifie que l'on est en mouvement pour ces affaires, les troupes sont en campagne;—il s'est mis en campagne pour découvrir ce qu'il cherche.

CARRIOLE est une voiture à roues, et c'est abusivement que l'on applique ce terme à une de nos voitures d'hiver à patins. Traîneau est le mot propre. Traîneau signifie voiture sans roues pour faire des courses sur les neiges, sur les glaces.

Traîneau désigne aussi la voiture sans roues destinée au transport également sur les neiges, de faix, de charges, etc. Le mot traîne, pris dans ce dernier sens, est un barbarisme.

Traîneau est encore un assemblage de pièces de bois, pour traîner sur la terre des fardeaux lourds, des marchandises, etc.

Au mot traîneau quelques personnes substituent le terme anglo-américain sleigh. C'est une absurdité.

CARTOUCHE est féminin quand il signifie charge en rouleau d'une arme à feu: mais il est masculin lorsqu'il signifie ornement de sculpture, de peinture ou de gravure autour des inscriptions, des chiffres, des armoiries. le cartouche d'une carte géographique.

CENT au pluriel prend une s, deux cents chevaux: excepté lorsqu'il est suivi d'un autre adjectif de nombre: deux cent cinquante chevaux.

Quand il s'agit de la date, cent est toujours invariable; l'an mille huit cent.

CHARLES V, Empereur d'Allemagne, se prononce, et même s'écrit quelquefois, Charles-Quint.

CUEILLIR. Je cueille, tu cueilles, il cueille, nous cueillons, vous cueillez, ils cueillent; je cueillais, je cueillis, je cueillerai, je cueillerais, cueille, cueillons, que je cueille, que je cueillisse, cueillant, cueilli, cueillie.

Conjuguez de même recueillir, accueillir.

CH. Le ch dans plusieurs mots qui viennent du grec, ou de quelque langue orientale, se prononce comme k; tels sont: archéologie, archéologue, catéchumène, Chersonèse, Chalcédoine, chaldéen, chaos, chirographaire, chiragre, chirologie, chiromancie, Melchior, Melchisédech, Ochosius, Jéchonias, Achaïas, Archimélech, Ezéchias, Ezéchiel, exarchat, archiépiscopal, Michel-Ange, Achéloüs, archétype, etc.

Cette règle souffre quelques exceptions, comme, archevêque, archidiacre, archiprêtre, architecte, etc., dont le ch prend la prononciation française.

CHACUN, précédé d'un pluriel, prend après lui son, sa, ses, quand le régime direct est avant, ou que le verbe n'a pas de régime de cette nature: ils ont apporté leurs offrandes, chacun selon ses moyens;—ils se sont retirés, chacun dans sa chambre:—ils ont opiné, chacun à son tour.

Il prend leur, leurs lorsqu'il est suivi du régime direct: ils ont dit chacun leur avis: ils ont apporté chacun leurs offrandes.

Un chacun dit, un quelqu'un a pensé sont des locutions vicieuses: dites, chacun dit, quelqu'un a pensé.

CHAIR. Considéré comme aliment le mot chair se dit plus ordinairement des animaux terrestres et des oiseaux: chair de bœuf:—chair de mouton:—chair de perdrix: et c'est en ce sens que l'on dit, on ne mange point de chair en carême.

Chair se dit aussi quelquefois des poissons et des fruits: la chair du brochet:—la chair du melon. V. viande.

CHANTRE se dit pour le chant de l'église, et chanteur et chanteuse pour le chant profane. Cantatrice est une chanteuse de profession.

CHAQUE veut toujours un substantif après lui. Ainsi ne dites pas, ces livres me coutent quatre francs chaque: dites, quatre francs chacun.

CHOIR est usité seulement à l'infinitif. Un astrologue un jour se laissa choir.

CHOISIR. Ce verbe ne régit pas les substantifs quand ils sont sans article, ou sans préposition: on ne dit pas, il a été choisi président du comité, mais, il a été choisi pour président du comité.

CLORRE ou CLORE est usité à tous les temps composés, et de plus aux temps simples suivans; je clos, tu clos, il clôt, sans pluriel: je clorai, etc., je clorais, etc.: clos sans pluriel, clos, close.

Enclorre se conjugue de même.

CLUB, mot anglais, adopté depuis la révolution française, que l'on prononce klobe.

COLLECTIF. Il y a deux sortes de noms collectifs, le général qui représente une collection entière, et le partitif qui représente une collection partielle.

Tout verbe qui a pour sujet un collectif, s'accorde avec ce collectif, s'il est général: l'infinité des perfections de Dieu m'accable:—la totalité des enfans sacrifie l'avenir au présent; et avec le substantif qui suit le collectif, si celui-ci est partitif: une multitude d'hommes l'environnaient;—une troupe de barbares désolèrent le pays.

On distingue le collectif partitif au mot, un, une, dont il est presque toujours précédé, une quantité, une foule.

Remarque. Avec la plupart, employé absolument, le verbe se met toujours au pluriel. Le sénat fut partagé; la plupart voulaient que, etc.

COLORER une estampe est une faute. Dites colorier une estampe. Colorer c'est donner la couleur; ainsi le saffran colore l'eau. Colorier c'est appliquer les couleurs: une estampe coloriée.

COMMANDER. On emploie souvent, mais improprement, le mot recommander au lieu de commander, pour signifier la charge que l'on donne de faire quelque chose. Ainsi l'on dit, j'ai recommandé un habit,—une paire de souliers, au lieu de, j'ai commandé un habit,—une paire de soulliers.

COMME. Lorsque deux sujets sont unis par comme, ainsi que, le verbe s'accorde avec le premier sujet: l'enfer comme le ciel prouve un Dieu juste et bon:—la vertu ainsi que le savoir a son prix.

Comme ne doit pas remplacer que pour unir les deux termes d'une comparaison. Ne dites pas: César était aussi éloquent comme brave: dites, aussi éloquent que brave:—il est aussi grand comme moi: dites, que moi.

COMMENCER. Commencer à, désigne une action qui aura du progrès, de l'accroissement: cet enfant commence à parler. Commencer de, exprime une action complète, qui aura de la durée: il commença de parler à deux heures, et ne finit qu'à six.

COMPLU est toujours invariable, n'ayant pas de régime direct. Elle s'est complu dans ses enfans.

COMPRIS. Le participe compris, employé sans auxiliaire, est invariable, quand il précède le mot auquel il se rapporte: y compris cette somme; mais lorsqu'il le suit, il doit s'accorder avec lui: cette somme y comprise.

CONCORDANCE des temps de l'indicatif entre eux dans certains cas.

Lorsque deux verbes sont unis par la conjonction que, l'on met le second verbe au présent de l'indicatif, si ce second verbe exprime une vérité constante, ou une action qui se fait ou peut se faire dans tous les temps. J'ai toujours cru qu'il existait un Dieu rénumérateur et vengeur. Il faut dire... qu'il existe. J'ai toujours cru que quatre et cinq fesaient neuf. Il faut dire, font neuf. Je vous ai dit qu'il n'y avait rien de stable dans ce monde. Dites, qu'il n'y a rien de stable.

On se servira également du présent, s'il s'agit de quelque chose qui existe au moment que l'on parle, et l'on dira: je savais bien que vous êtes marié;—nous avons su que vous avez acheté une métairie:—on m'a rapporté que notre mère a été quelque temps malade; et non pas: je savais bien que vous étiez marié;—nous avons su que vous aviez acheté une métairie:—on m'a rapporté que votre mère avait été quelque temps malade. Au lieu du futur on se sert abusivement du conditionnel présent: on nous a dit que vous consentiriez à cette démarche:—votre frère m'a assuré que vous iriez à la campagne au printemps prochain;—le bruit a couru que je quitterais ce pays incessamment: il faut dire que vous consentirez; que vous irez: que je quitterai, attendu qu'il s'agit ici seulement d'exprimer que les actions de consentir, d'aller, de quitter, s'exécuteront dans un temps où l'on n'est pas encore.

Le conditionnel passé ne doit pas s'employer pour le conditionnel simple ou présent: j'aurais parié que vous m'auriez répondu: dites, que vous me répondriez.

CONCORDANCE des temps du subjonctif avec ceux de l'indicatif et du conditionnel.

Quand le verbe de la proposition principale est à l'imparfait, aux prétérits, au plus-que-parfait, ou à l'un des conditionnels, l'on met le second verbe à l'imparfait du subjonctif. Par conséquent au lieu des phrases sottement ridicules; il désirait que je chante;—je voudrais qu'il sorte;—le médecin a ordonné que vous preniez un bain; il faut dire: il désirait que je chantasse:—je voudrais qu'il sortit:—le médecin a ordonné que vous prissiez un bain.

Cependant avec le prétérit indéfini l'on peut mettre le second verbe au présent du subjonctif, quand il exprime une action qui se fait dans tous les temps. Dieu nous a créés pour que nous l'aimions.

CONFIRE. Je confis, tu confis, il confit, nous confisons, vous confisez, ils confisent; je confisais, je confis, je confirai, je confirais, confis, confisons, confisez, que je confisse, point d'imparf. du subj. confisant, confit, confite.

CONNEXITÉ dénote un simple rapport qui est dans la nature des choses: connexion énonce une liaison établie entre les choses.

CONSOMMER, CONSUMER. Consommer se dit de tout ce qui est susceptible d'être accompli ou perfectionné: un homme consommé dans les sciences: et consumer du tout ce qui ont susceptible d'être dévoré ou anéanti: il a consumé son temps et son argent.

CONSONNES. D'après l'ancienne appellation les consonnes, b, c, d, f, g, h, j, k, l, m, n, p, q, r, s, t, v, x, z, se prononcent, bé, cé, dé, effe, gé, ache, ji, ka, elle, emme, enne, pé, qu, erre, esse, té, vé, ixe, zède.

D'après la nouvelle appellation, elles se prononcent, be, ce, de, fe, ghe, he, je, ke, le, me, ne, pe, que, re, se, te, ve, xe, ze.

Cette nouvelle méthode fut proposée, par MM. du Port-Royal, et quoiqu'elle ait de grands avantages sur l'ancienne, elle resta long temps dans l'oubli, par cela seul quelle était contraire à la pratique générale. Mais enfin, dit Duvivier, l'empire du préjugé commence à s'affaiblir, et dans peu elle sera selon toute probabilité, la seule en usage.

Suivant cette nouvelle appellation, toutes les lettres de l'alphabet sont masculines; suivant l'ancienne, il y en a qui sont féminines et d'autres qui sont masculines. Les féminines, sont f, h, l, m, n, r, s: les masculines, a, b, c, d, e, g, i, j, k, o, p, q, t, u, v, x, y, z.

CONSTABLE. On sait que les devoirs de l'Officier de Paix en France, sont analogues à ceux du constable en Angleterre. Il est donc évident que l'on doit rejetter le mot anglais constable, puisque nous avons en français son équivalent.

Quant au mot français connetable, c'est une grave faute que de l'employer dans le sens d'Officer de Paix.

CONTINUATION est pour la durée: continuité pour l'étendue.

CONTINUER À se dit d'une chose que l'on fait sans interruption: continuez à bien vivre: continuer de d'une chose où il y à interruption: continuez de vous former le style.

CONTRAINDRE prend à ou de devant l'infinitif: c'est l'oreille et le goût qui en décident: contraindre quelqu'un à travailler, ou de travailler.

Il en est ainsi des verbes demander, s'empresser, et forcer.

COPIE n'est pas synonyme d'exemplaire, et c'est une faute de dire, j'ai acheté quelques copies de tel ouvrage: dites, quelques exemplaires.

COUDRE. Je couds, tu couds, il coud, nous cousons, vous cousez, ils cousent, je cousais, je cousis, je coudrai, je coudrais, couds, cousons, cousez, que je couse, que je cousisse, cousant, cousu, cousue.

COULEUR et COLORIS, en parlant d'un tableau, ont des significations bien différentes. Couleur est l'impression que fait sur l'œil la lumière réfléchie par chaque partie du tableau. Coloris est l'effet qui résulte de l'ensemble, et de l'assortiment des couleurs.

COULEUR est toujours féminin, excepté dans les mots composés, couleur de feu, couleur de rose, etc. Ainsi l'on dit; le couleur de feu est ma couleur favorite: cette étoffe est d'un couleur de rose charmant. On dit adjectivement, un ruban couleur de feu.

Un habit de couleur, une robe de couleur, sont un habit et une robe de toute autre couleur que le blanc et le noir.

COUPLE est féminin quand il désigne deux choses qui ne vont pas ensemble nécessairement: une couple de serviteurs,—de poulets,—d'œufs. Ils est masculin quand il désigne deux personnes unies par le mariage, ou qu'il se dit d'un mâle ou d'une femelle qu'on a appareillés ensemble: un couple d'époux,—un couple de pigeons.

COURIR prend deux r au futur simple, je courrai et au présent du conditionnel je courrais.

Il en est ainsi des verbes concourir, discourir, encourir, parcourir, secourir, mourir, accourir.

COUVERCLE est ce qui ferme en couvrant: ainsi on dit, couvercle d'un chaudron,—d'un pot,—d'une écuelle,—d'une soupière, etc. On doit se garder d'employer dans ce sens le mot couvert qui a une toute autre signification.

CRAINTE, PLAINTE. Autrefois l'on rejetait les participes féminins crainte et plainte; aujourd'hui on les emploie, et l'on dit: la chose que j'ai crainte,—la personne que j'ai plainte.

CRAINTE DE précède toujours un substantif: dites, crainte de pis, et non pas de crainte de pis. De crainte de se met devant un infinitif: dites, de crainte de tomber, et non pas, crainte de tomber.

CROIRE quelque chose, c'est l'estimer véritable; je crois la religion. Croire à quelque chose, c'est s'y fier, y avoir confiance: je crois à son innocence. Croire quelqu'un, c'est ajouter foi à ce qu'il dit: c'est un menteur, on ne le croit plus. Croire à quelqu'un, c'est croire à son existence: il croit aux revenans. On dit aussi dans ce sens, croire à la magie.

CULOTTE, vêtement d'homme de la ceinture aux genoux. On ne doit pas confondre culotte avec pantalon qui est un vêtement de la ceinture aux pieds.

D final sonne dans les noms propres David, Obed, Joad, etc.: et dans Sud (le midi).

En général le d final se fait sentir devant une voyelle, ou une h non aspirée. Cette règle néanmoins souffre beaucoup d'exceptions, surtout dans la conversation: ainsi dans ces phrases, chaud accablant,—bord escarpé,—froid épouvantable, le d est nul en prononciation.

On doit à cet égard consulter l'oreille, interroger l'usage.

DAME est un titre d'honneur qui s'étend aujourd'hui à toutes les femmes d'une condition un peu honnête. Mais c'est une erreur grossière de l'employer comme synonyme de femme mariée. Ainsi ne dites pas, la dame de Monsieur un tel; ni, votre dame; dites; la femme de Monsieur un tel: votre femme. Cette dernière locution, quoique correcte, doit être évitée néanmoins dans la bonne société: au lieu donc de dire, votre femme, dites Madame, en y ajoutant le nom du mari.

Une dame ne dit, mon mari, que dans l'intimité; en toute autre circonstance elle le nomme par son nom en l'appelant Monsieur. Mais il n'en est pas ainsi du mari; il serait ridicule qu'il dit en société, mon épouse ou Madame n: il doit dire tout simplement, ma femme.

Madame votre femme, Madame votre épouse sont des expressions de mauvais ton; moins ridicules néanmoins que, Monsieur mon père: Madame ma mère.

Une dame ne doit pas dire, quand j'étais fille, mais, quand j'étais demoiselle.

DANS, EN. Dans a un sens précis et déterminé: il est dans la ville: en a un sens vague et indéterminé: il est en ville. Dans marque le temps où l'on exécute les choses; il viendra dans un mois: et en, celui qu'on emploie à les exécuter: il a fait le voyage en un mois.

DE entre deux noms. Si le second nom ne sert qu'à spécifier la nature du premier nom, et par conséquent s'il n'est employé que dans un sens indéfini, dans un sens général, qui ne présente à l'esprit qu'une idée vague et confuse, l'idée de pluralité disparaît, et le second nom se met au singulier: des queues de cheval;—de l'huile d'olive;—des gens de plume.

Mais le second nom se place au pluriel, s'il désigne une chose qui se compte; une mesure de haricots;—un bouquet de roses,—un marchand de plumes (à écrire).

DÉCHOIR. Je déchois, tu déchois, il déchoit, nous déchoyons, vous déchoyez, ils déchoient, point d'imparfait, je déchus, je décherrai, je décherrais, déchois, déchoyons, déchoyez, que je déchoie, que tu déchoies, qu'il déchoie, que nous déchoyions, que vous déchoyiez, qu'ils déchoient, que je déchusse, point de participe présent, déchu, déchue.

DEDANS ne veut point de régime: dites, dans la ville, et non, dedans la ville; à moins que dedans ne soit précédé d'une préposition; par dedans la ville; ou employé en opposition avec un des adverbes dehors, dessus, dissous: il y à des animaux dedans et dessus la terre.

DE FACON QUE. De façon que, de manière que, de sorte que, demandent le subjonctif, quand l'idée tient du doute, de l'avenir: conduisez-vous de manière que vous méritiez l'estime des gens de bien: et l'indicatif lorsqu'elle est positive, et qu'elle a rapport au présent, ou passé: il s'est conduit de façon qu'il a mérité l'estime des gens de bien.

DEHORS ne veut point de régime: dites, hors de la ville; à moins que dehors ne soit précédé d'une préposition: passer par dehors la ville; ou employé en opposition avec un des adverbes dedans, dessus, dessous: j'en voyais et dedans et dehors nos murailles.

DÉJEUNER, DÎNER, SOUPER. Ces trois verbes veulent la préposition avec devant un nom de personne: et la préposition de devant le nom de la chose que l'on mange, j'ai déjeûnédînésoupé avec mon ami: j'ai déjeûné de café: j'ai dîné d'un bon pâté.

On dit, de quoi avez-vous déjeûnédînésoupé? et non pas, avec quoi avez-vous déjeûné? etc.

DÉLICE au singulier est masculin; au pluriel féminin: mon plus grand délice,—mes plus chères délices.

DÉLIVRER dans le sens de livrer ne peut avoir deux régimes de personnes. Ainsi on dit bien, délivrer des marchandises à quelqu'un: mais on ne doit pas dire, délivrer un prisonnier à quelqu'un.

DEMAIN. On dit, demain matin, demain soir de préférence à demain au matin, demain au soir.

DEMEURER prend avoir pour exprimer que le sujet n'est plus au lieu, dans l'état dont il est question: il a demeuré six mois en Italie:—il a demeuré longtemps captif.

Il prend être pour marquer que le sujet n'a pas changé de lieu, d'état: deux cens hommes sont demeurés sur le champ de bataille:—il a reçu une blessure, et est demeuré infirme.

DEMI reste invariable quand il précède le substantif: une demi-heure: une demi-verge: et s'accorde en genre seulement lorsqu'il suit le substantif: deux heures et demie.

DÉPLU. Le participe déplu est toujours invariable: ces Messieurs se sont déplu à la campagne:—ces Dames se sont déplu.

DE QUI, DONT, DUQUEL. De qui ne se dit que des personnes, ou des choses personnifiées. Dont et duquel se disent des personnes et des choses; mais en général dont est préférable: un arbre dont le fruit est excellent, et non pas, un arbre duquel, etc. Cependant duquel doit être préféré à dont;

1º pour éviter une équivoque; la bonté du Seigneur de laquelle nous ressentons les effets.

2º lorsque le mot auquel se rapporte ce pronom relatif est suivi d'une préposition: l'homme à la réputation duquel vous voulez nuire; et non pas, l'homme à la réputation dont, etc.

DÉSESPÉRER QUE, étant accompagné d'une négation, veut ne devant le verbe qui suit: je ne désespère pas qu'il ne vienne.

DÉSHONNÊTE, MALHONNÊTE. Il ne faut pas confondre ces deux mots. Le premier est contraire à la pureté: le second à la civilité, à la droiture.

DESSUS, DESSOUS ne veulent pas de régime: ne dites donc pas, dessus la table, dessous le lit: dites sur la table, sous le lit: à moins que ces adverbes ne soient précédés d'une préposition: par dessus les murs, par dessous la jambe: ou employés en opposition: il y a des livres dessus et dessous la table.

DIRE. De tous les composés de dire, il n'y a que le verbe redire qui se conjugue absolument comme dire: redire fait donc au présent de l'indicatif, vous redites, et à l'impératif redites.

À l'égard des verbes dédire, contredire, interdire, médire, prédire, on dit au présent de l'indicatif, vous dédisez, vous contredisez, vous interdisez, vous médisez, vous prédisez, et à l'impératif, dédisez, contredisez, interdisez, médisez, prédisez.

DISCONVENIR. Lorsque disconvenir est accompagné d'une négation, il veut ne devant le verbe suivant; je ne disconviens pas qu'il ne soit habile.

DISPUTER. Lorsque disputer signifie, prétendre concurremment à, il prend le pronom personnel, et alors il est suivi d'un régime direct: on se dispute la prééminence,—un rang,—un héritage. Employé dans un sens absolu, signifiant avoir contestation, il ne prend pas ce pronom: ainsi ne dites pas, vous avez tort de vous disputer,—ils se se sont longtemps disputés: dites, vous avez tort de disputer: ils ont longtemps disputé.

DISTINGUER DE se dit des choses analogues; distinguer la bienfaisance de la charité; distinguer d'avec, se dit d'objets différens: distinguer l'or d'avec l'argent.

DONC se prononce donk devant une voyelle, et au commencement d'une phrase, ou d'un membre de phrase; et aussi quand la phrase indique l'indignation, la colère, etc.

DOUTER accompagné d'une négative veut ne devant le verbe suivant: je ne doute pas que vous ne réussissiez. Le participe passé de se douter s'accorde toujours avec le second pronom; il se sont doutés de cela.

DRESSER. Dites, les cheveux me dressent à la tête, et non sur la tête.

DROIT. On dit, Mademoiselle marchez droit, et Mademoiselle marchez droite. Le premier veut dire, marchez en ligne droite: droit est un adverbe, et se rapporte au verbe marchez: le second signifie tenez-vous droite en marchant.

DU, DE LA, DES sont employés devant les substantifs communs, pris dans un sens partitif; c.-à-d., pour désigner une partie, une portion des personnes ou des choses dont on parle: il a du papier; c.-à-d., quelque papier:—vous avez de l'encre; c.-à-d., quelque encre:—nous avons acheté des plumes; c.-à-d., quelques plumes: excepté quand le substantif dans un sens partitif, est précédé d'un adjectif; alors on emploie simplement de; il a de bon papier:—vous avez de bonne encre:—nous avons acheté d'excellentes plumes.

On ne doit donc pas dire; j'ai mangé de la bonne viande:—j'ai bu du bon vin:—voilà du beau papier: dites, j'ai mangé de bonne viande:—j'ai bu de bon vin:—voilà de bon papier.

DU GUESCLIN. On ne fait point sonner l's de ce nom d'homme.

DURANT. Cette préposition se met quelquefois après son régime; sa vie durant.

Durant exprime une durée continue; pendant marque un moment, une époque.

Durant que, n'est plus usité.

ÉCHOIR, n'est guère d'usage au présent de l'indicatif qu'à la troisième personne du singulier, il échoit, qu'on prononce et qu'on écrit quelquefois il échet: point d'imparfait de l'indicatif, j'échus, j'écherrai, j'écherrais, point d'impératif, qu'il échée, qu'ils échéent, que j'échusse, échéant, échu, échue.

Échoir construit avec les adverbes bien et mal, se dit des personnes; vous ne sauriez que bien échoir;—je suis mal échu.

Noël veut qu'aux temps composés échoir prenne avoir et être. Duvivier prétend au contraire que le participe du verbe échoir se construit avec le seul auxiliaire être.

ÉCLAIRER. Lorsqu'on donne ordre de porter une lumière à quelqu'un qui passe par un endroit obscur, il faut dire, éclairez à Monsieur, et non pas, éclairez Monsieur.

ÉCLORE, il éclôt, ils éclosent, il éclora, ils écloront, il éclorait, ils écloraient, qu'il éclose, qu'ils éclosent, éclos, éclose. Il n'est usité qu'aux temps et aux personnes ci-dessus, et de plus à la troisième personne du singulier et du pluriel des temps composés.

EFFORCER À. (s') S'efforcer à, a rapport aux forces physiques; s'efforcer à courir:—s'efforcer à porter un fardeau. S'efforcer de, a rapport aux facultés intellectuelles: s'efforcer d'être plaisant:—s'efforcer de paraître calme.

ELLE, EUX, ELLES, précédés d'une préposition, ainsi que les prénoms, lui, leur, ne se disent que des personnes, ou des choses personnifiées: il ne faut donc pas dire, cette maison menace ruine, n'approchez pas d'elle:—ce cheval est méchant, ne lui touchez pas. Dans ces cas on se sert des pronoms en et y; n'en approchez pas;—n'y touchez pas: ou bien on donne une autre tournure à la phrase si les pronoms en et y ne peuvent y entrer.

Placés après le verbe être les pronoms lui, elle, eux, elles ne se disent que des personnes: est-ce Monsieur votre père?c'est lui;—est-ce votre sœur qui a écrit?c'est elle;—sont-ce là vos cousins?ce sont eux.

Mais aux questions suivantes, où il s'agit de choses et non de personnes: est-ce là votre chapeau?est-ce là votre épée?sont-ce là vos livres?sont-ce là vos plumes?—il ne faut pas répondre, oui, c'est lui,—c'est elle,—ce sont eux,—ce sont elles: il faut répondre ce l'est aux deux premières questions, et ce les sont aux deux dernières.

EMPIERRER et EMPIERREMENT. (Dict. de Boiste) Empierrer c'est mettre un lit de pierres sous l'aire du gravier pour le consolider. Empierrement signifie le lit de pierres, ou l'action de les poser. V. ferrer.

EMPÊCHER QUE, veut toujours ne devant le verbe suivant: j'empêcherai qu'il ne vienne.

EN. Lorsqu'il est question de choses, on se sert du pronom relatif en, au lieu du pronom possessif, ainsi il faut dire; ce livre me plaît, la reliure en est belle, et non pas, sa reliure est belle:—cette statue est belle, mais la tête en est trop petit, et non pas sa tête est trop petite.

Au jeu de cartes on dit, jouer en pique—en cœur, etc., et non pas, du pique,—du cœur. V. son, sa.

ENGAGER prend à ou de devant l'infinitif: il s'engagea à payer, ou de payer.

ENNOBLIR (prononcer an-noblir,) c'est donner de l'éclat, du lustre: les beaux arts ennoblissent une langue.

Anoblir c'est donner des lettres de noblesse: la Reine Victoire l'a anobli.

ENNUYANT marque l'action, et ennuyeux l'état. Un homme ennuyant ennuie actuellement par ses discours, ou de quelqu'autre manière: un homme ennuyeux est celui qui par sa simplicité, par l'habitude de bavarder, etc., a tout ce qu'il faut pour ennuyer. Ennuyeux se dit des personnes et des choses: ennuyant des personnes seulement.

ENTRE. L'e final d'entre s'élide seulement dans les verbes réfléchis, dont le simple commence par une voyelle: s'entr'aider, s'entr'ouvrir: et de plus dans entr'acte, entr'autres, et quelquefois devant eux, elles: c'est à volonté: entr'eux, entr'elles, ou entre eux, entre elles.

ENTRE-NUIRE. (s') Le participe passé de s'entre-nuire est toujours invariable: ils se sont entre-nui.

ENVIRON ne doit pas être suivi de la conjonction ou: ne dites pas; une somme d'environ quatre ou cinq cens livres sterling: dites; une somme de quatre ou cinq cens livres sterling: ou bien, d'environ quatre à cinq cens livres sterling. La raison en est qu'environ et ou expriment chacun quelque chose de vague: leur réunion forme un pléonasme vicieux.

Environ ne doit pas être suivi de de: dites, il était environ deux heures, et non, environ de deux heures.

ESPÉRER QUE portant à l'esprit une idée de futur, ne doit pas être suivi d'un verbe au présent ou au passé: j'espère que vous vous portez bien:—j'espère que vous avez réussi. Dites: je me flatte que vous vous portez bien;—je pense que vous avez réussi.

C'est une faute grossière de dire; espérez un moment, pour attendez un moment.

ESSAYER prend à ou de devant l'infinitif qui suit: essayer à ou de combattre: c'est le goût qui en décide.

ET. La conjonction et donne lieu à plusieurs remarques.

1º. Elle ne doit pas unir les mots synonymes; ainsi ne dites pas, une douceur et une aménité admirable;—il est érudit et savant; dites, une douceur, une aménité admirable:—il est érudit, savant.

2º. Elle ne doit pas non plus unir deux membres de phrases commençant chacun par une des conjonctions, plus, moins, autant. Dire, plus on étudie, et plus on aime l'étude, serait une faute: dites: plus en étudie, plus on aime l'étude.

3º. Elle ne peut unir que des mots de même nature, c.-à-d., un substantif à un substantif, un verbe à un verbe, etc.: d'où il suit que l'on ne doit pas dire, il aime le jeu et à étudier, mais, il aime le jeu et l'étude.

ET CÆTERA. Quand il est question de choses, l'on dit, et cætera; quand il s'agit de personnes, il faut dire, et autres, ou, et d'autres, ou, et les autres.

ÊTRE. Le verbe être précédé de ce se met au pluriel, lorsqu'il est suivi de la troisième personne du pluriel: ce sont les Romains;—ce sont eux;—c'étaient nos amis;—ce seront nos ennemis, qui..

Mais on dirait avec le verbe être au singulier, c'est le travail et l'application;—c'est nous;—c'est vous;—c'était nous;—ce sera vous; aucun de ces mots ne formant la troisième personne du pluriel.

Remarque. Quelques auteurs emploient le singulier, quoique le verbe soit suivi de la troisième personne du pluriel. Racine dit, ce n'est pas les Troyens: l'Académie écrit, est-ce les Anglais?

Le temps du verbe être précédé de ce est déterminé par le verbe suivant: ainsi il faut dire: ce sera nous qui répondrons; et non pas, c'est nous qui répondrons;—ce fut Cicéron qui sauva la république; et non pas, c'est Cicéron qui sauva la république.

Lorsque le verbe être précédé de ce, est suivi d'une préposition, comme dans, c'est à vous; c'était de nous; ce sera pour mes enfans; on fait usage de la conjonction que: c'est à vous que je m'adresse;—c'était de nous que vous parliez;—ce sera pour mes enfans que je travaillerai. Si au lieu de cette conjonction, on employait à qui, dans la première phrase; dont ou de qui dans la seconde; et pour qui dans la troisième; l'on violerait les règles de la grammaire, en ce que l'on donnerait deux régimes indirects aux verbes, je m'adresse, vous parliez, je travaillerai, tandis qu'ils n'en doivent avoir qu'un. On dit de même, c'est ici que je demeure;—c'est là que je vais: et non pas, c'est icije demeure;—c'est làje vais. Dans ces phrases, ce ne sont pas, il est vrai, deux régimes indirects qui marquent le même rapport, mais deux adverbes qui expriment la même circonstance, et dont un seul suffit.

Après le verbe être précédé de ce, l'on met à et de devant l'infinitif: c'est à moi à,—c'est à vous à,—c'est à lui à, éveille une idée de tour: c'est à moi de,—c'est à vous de,—c'est à lui de, exprime une idée de droit ou de devoir. Ainsi l'on dira, c'est à moi à jouer, c.-à-d., c'est mon tour de jouer: c'est à moi de commander, c.-à-d., c'est mon droit, c'est mon devoir de commander.

On dit souvent il a été pour il est allé, et vice-versa. La règle à suivre en cela est que toutes les fois que l'on suppose le retour du lieu, il faut dire, il a été, j'ai été: et lorsqu'il n'y a pas de retour, il est allé. Ainsi, Pierre est allé au sermon, signifie que Pierre n'est pas de retour du sermon: Pierre a été au sermon, veut dire que Pierre est de retour du sermon. Les locutions, je suis allé le voir;—je suis allé le visiter, sont vicieuses; il faut dans l'une et l'autre phrase dire, j'ai été.

Il est essentiel de remarquer que ce n'est que dans les temps composés, qu'on emploie le verbe être pour le verbe aller; il est allé à la messe,—il a été à la messe: ne dites, pas: il fut à la messe,—il fut jusqu'à Rome: mais, il alla à la messe,—il alla jusqu'à Rome.

EUPHONIE; terme de grammaire qui signifie prononciation agréable. L'euphonie fait changer quelquefois un mot, comme quand on dit mon amitié pour ma amitié; et quelquefois ajouter certaines consonnes, comme dans ces locutions, va-t-en;—vas-y;—si l'on vous demande: où les lettres t, s, l, font éviter le son désagréable qui résulte de la rencontre de deux voyelles.

ÉVANGILE est masculin. Ne dites pas, la dernière évangile,—à la dernière évangile, mais, le dernier évangile,—au dernier évangile.