SCÈNE PREMIÈRE.

Le Jardin de Marguerite.

(Au fond, un mur percé d'une petite porte. A gauche, un bosquet. A droite, un pavillon dont la fenêtre fait face au public. Arbres et massifs.)

Sie.    (seul). (Il est arrêté près d'un massif de roses et de lilas.)

I. Faites-lui mes aveux, Portez mes vœux, Fleurs écloses près d'elle, Dites-lui qu'elle est belle ... Que mon cœur nuit et jour Languit d'amour! Révélez à son âme Le secret de ma flamme! Qu'il s'exhale avec vous Parfums plus doux!... (Il cueille une fleur.) Fanée!... hélas! (Il jette la fleur avec dépit.) Ce sorcier que Dieu damne M'a porté malheur! (Il cueille une autre fleur qui s'effeuille encore.) Je ne puis sans qu'elle se fane Toucher une fleur!... Si je trempais mes doigts dans l'eau bénite?...

(Il s'approche du pavillon et trempe ses doigts dans un bénitier accroché au mur.)

C'est là que chaque soir vient prier Marguerite! Voyons maintenant! voyons vite!... (Il cueille deux ou trois fleurs.) Elles se fanent?... Non!... Satan, je ris de toi ...

II. C'est en vous que j'ai foi; Parlez pour moi! Qu'elle puisse connaître L'ardeur qu'elle a fait naître, Et dont mon cœur troublé N'a point parlé! Si l'amour l'effarouche, Que la fleur sur sa bouche Sache au moins déposer Un doux baiser!...

(Il cueille des fleurs pour former un bouquet et disparaît dans les massifs du jardin.)