APPENDIX.
It is thought that the following document, written in Count Cavour’s own hand, may interest the reader. It is well known that the Italian Statesman was in the habit of supplying Panizzi from time to time with information, for the purpose of publication in the English newspapers.
(1852?)
“Peu de pays se sont trouvés placés dans une situation financière plus difficile que ne l’a été la Sardaigne après la désastreuse campagne du printemps 1849. Avec un trésor vide, le Gouvernement avait à songer à faire face aux frais de l’occupation étrangère qui dura plusieurs mois, à liquider les frais de deux guerres malheureuses, à fournir des secours aux nombreux infortunés qui venaient chercher en Piémont un refuge contre les atteintes de la réaction, partout ailleurs triomphante en Italie.
Plus tard il eut à pourvoir au payement de l’énorme indemnité de guerre stipulée en faveur de l’Autriche par la paix de Milan, et il dut songer à poursuivre les grands travaux publics entrepris par Charles-Albert qu’on n’eût pu interrompre sans éprouver d’immenses dommages.
Quand ou songe que toutes ces difficultés étaient aggravées encore par l’existence d’un papier ayant cours forcé, on sera forcé de convenir que M. d’Azeglio et ses collègues, en acceptant le pouvoir le lendemain de la bataille de Novara, firent preuve d’un grand courage et d’un dévouement sans bornes à leur Roi et à leur pays.
Le nouveau Ministre des Finances, M. Nigra, pourvit aux premiers besoins par un emprunt volontaire; par la vente de quelques rentes, anciennes propriétés des finances, et l’émission de bons du trésor, qui, sans avoir cours forcé, furent acceptés sans murmures par les employés du Gouvernement et les fournisseurs de l’armée.
Quelques mois plus tard, le calme et la confiance étant rétablis, toute crainte de réaction ayant disparu, grâce à la loyauté du jeune Roi, le Ministre jugea le moment venu pour contracter un emprunt à l’étranger.
Il parvint à le faire, à des conditions, qui eu égard aux circonstances financières et économiques de l’Europe, peuvent être considérées comme avantageuses.
Ce premier emprunt, négocié en Octobre, 1849, avec Mess. de Rothschild, fut suivi de deux emprunts contractés également avec cette maison l’année suivante. Avec les ressources qu’ils procurèrent au trésor, il fut possible de solder avec exactitude l’indemnité de guerre due à l’Autriche; de liquider les dépenses arriérées des deux campagnes de 1848 et 1849, et enfin de pousser avec vigueur les travaux des deux grandes lignes de chemin de fer qui coupent le pays en forme de croix; celle de Turin à Gênes, et de Gênes au Lac Majeur.
Mais ce n’était pas tout que de pourvoir aux besoins extraordinaires par des ressources extraordinaires, comme les emprunts et les bons du trésor; le Gouvernement devait songer à augmenter d’une manière permanente les recettes du trésor, afin de faire face aux charges que les nouveaux emprunts imposeraient dorénavant a l’Etat. Pour cela il fallait se résoudre à établir de nouveaux impôts.
Le Ministère ne recula pas devant cette tâche ingrate; rendue extrêmement difficile par la nécessité d’obtenir le concours franc et décidé d’une Chambre des Députés[Députés] jeune et sans expérience; qui devait nécessairement éprouver la plus vive répugnance à débuter dans ses travaux parlementaires, en imposant de nouvelles charges à ses commettants.
Dans la session de 1850, le Ministre des Finances obtint une augmentation sur les droits d’enrégistrement, et une extension des droits de timbre. La session suivante, le Parlement vota une nouvelle taxe sur les maisons; une taxe sur le commerce et l’industrie; un impôt sur les revenus possédés par des corps moraux; enfin une augmentation considérable dans les droits de succession tant en ligne directe que collatérale. Enfin dans la session actuelle, le successeur de M. Nigra, le Comte de Cavour, a proposé un nouvel impôt personnel et mobilier; l’augmentation d’un quart de l’impôt foncier; l’extension à toutes les provinces de l’Etat des droits de consommation sur le vin, et enfin plusieurs modifications aux lois sur l’enrégistrement et le timbre, destinées à rendre plus productives ces deux branches importantes du revenu de l’Etat.
Les lois d’impôt votées en 1850 et 1851 ont déjà augmenté de 10 millions les ressources de l’Etat: celles que le Parlement discute dans ce moment doivent produire une somme de 10 autres millions encore.
Le budget des recettes de 1847 s’élevait à la somme de 87,000,000. Celui de l’année courante, calculé à 102,000,000 à raison de l’augmentation de la consommation du tabac sur 1847, et du nouveau produit pour le chemin de fer de Turin à Arquata, atteindra en définitive le chiffre de 104,000,000 à cause du majeur produit des impôts indirectes. Celui de l’année prochaine s’élèvera[s’élèvera] probablement à 114,000. Et celui de 1854, époque à laquelle le grand réseau de chemins de fer entrepris par le Gouvernement sera achevé, il atteindra certainement le chiffre de 117,000,000.
Malgré ces augmentations successives de recettes, on ne peut pas dire que le budget de 1854 présentera un parfait équilibre; car, sans se faire illusion, on ne saurait calculer les dépenses de cette année à moins de 120,000,000. Bien entendu que dans cette somme les dépenses des grands travaux publics ne sont pas comprises. Mais par contre dans le 120,000,000 se trouvent comprises les dépenses pour une armée de terre de 40 et plus mille hommes, et pour une augmentation de celle de mer, ainsi que pour autres dépenses improductives, qui ne pesaient pas en 1847. Toutefois lorsque le déficit apparent sera réduit à 3 ou 4 millions, on pourra dire qu’en réalité il n’existe pas. En effet la somme portée au budget de l’année courante pour fond d’amortissement s’élève à 7 millions; en 1854 elle sera plus considérable encore, et il s’en suit que si en 1854 le déficit ne dépasse pas 6 millions, il sera inférieur à la somme consacrée à l’extinction de nos anciennes dettes.
Dans cet état de choses, il suffirait pour présenter un budget en parfait équilibre, d’adopter le système que l’Angleterre pratique depuis plus de trente ans, en ne consacrant à l’amortissement que le surplus constaté des recettes sur les dépenses.
Pour arriver à ce résultat de grands sacrifices étaient et seront encore nécessaires. Il a fallu se résigner à augmenter les charges qui pesaient sur les contribuables avant les derniers événements de plus du 30%. Les impôts en 1847 étaient de entre 78 et 80 millions; ils seraient portés entre 108 et 110 millions. Les nouveaux impôts ont été votés et sont discutés par le Parlement avec un admirable patriotisme. Le pays les supporte avec une rare résignation; cela est dû à ce que le Piémont payait fort peu d’impôts en égard aux autres nations d’Europe, et que même avec tous les impôts susénoncés il payera toujours moins qu’en France, ayant égard à la population et à la richesse territoriale.
Cependant devant faire cette augmentation d’impôts aussi rapidement en peu d’années, il était à craindre qu’ils ne tarissent les sources de la richesse publique et qu’ils apportassent une crise, si l’on laissait subsister l’ancien système économique, fondé sur les principes de l’école protectioniste. C’est ce que le Ministère Sarde a senti. Aussi s’est-il décidé à mener de front et les lois de finance et les lois de réforme économique. Dès l’année 1840 il proclame résolument son intention[intention] d’appliquer le système du libre échange, en modifiant successivement toutes les lois qui avaient été faites dans le seul but de protéger quelques industries privilégiées.
Le Ministère débuta par l’abolition des droits différentiels de navigation. L’honneur de cette première mais décisive mesure appartient à un homme qui par le sublime courage déployé à son lit de mort a prouvé comment on pouvait allier, au sein du Catholicisme, les sentiments religieux les plus vrai et les plus purs, avec une indépendance complète de la Cour de Rome; au noble et généreux Sainte Rose,[[L]] dont le Piémont, après deux ans, pleure encore la perte.
[L]. Count Pietro di Santa Rosa, Statesman.
Dans la même session le Ministre Azeglio faisait sanctionner la réforme du tarif postal, au moyen de laquelle le système de la taxe unique a été substitué en Piémont, comme il l’avait été en Angleterre, aux droits progressifs en raison de la distance....
Aucune des industries qu’on disait devoir être frappées de mort par la concurrence étrangère n’a succombé. Quelques unes ont éprouvé un peu de gêne, des difficultés plus ou moins grandes dans leurs opérations. D’autres au contraire n’ont jamais été dans un état plus prospère que depuis qu’elles ont cessé d’être énormément protégées.
Nous citerons surtout les filatures et les manufactures de coton. Les fileurs, qui un moment s’étaient crûs ruinés, ayant repris courage améliorèrent leurs modes de fabrication, perfectionnèrent leurs machines, et par là ils réussirent non seulement à soutenir sur nos propres marchés la concurrence anglaise, mais encore à la faire aux produits étrangers sur les marchés des pays voisins et notamment ceux des Duchés de Parme et de Modène.
L’état des importations des cotons en laine prouve que cette assertion est loin d’être exagérée:—
| En effet dans le dernier semestre de l’année 1851 nous avons importé, quintaux métriques de coton | 66,000 | |
| Nous en avions importés dans les six mois correspondants de 1850 | 17,000 | |
| Augmentation | Q. m | 49,000 |
| Dans le premier trimestre de cette année l’importation a été de | Q. m. | 26,000 |
| Elle avait été en 1851 | 9,000 | |
| Augmentation | Q. m. | 17,000 |
Ces chiffres nous paraissent d’une éloquence irrésistible. Ces résultats d’ailleurs n’ont rien d’étonnant, si l’on réfléchit que nos industriels tirant la matière première directement de l’Amérique, elle ne leur revient pas plus chère qu’aux Anglais, grâce aux bas prix auxquels naviguent les marins Sardes; que la main d’œuvre est meilleur marché qu’à Manchester, et enfin que la force motrice qu’ils employent leur est fournie gratuitement par la nature. Avec ces éléments de prospérité, il n’est pas douteux que l’industrie du coton est appelée à prendre en Sardaigne un immense développement, et à être une des sources principales de la richesse du pays.
L’industrie des laines a été plus ébranlée que celle du coton. Peut-être parce qu’ayant été plus protégée, elle était relativement à celle-ci dans un état plus arriéré. Cependant elle ne présente aucun signe de décadence: au contraire, à en juger par le nombre et la perfection des machines que depuis quelques mois les principaux fabricants tirent de l’étranger, il est à croire que bientôt elle sera en mesure de lutter à l’intérieur et à l’extérieur avec les tissus de la France et de la Belgique.
L’industrie des fers n’a pas ralenti sa production; ayant amélioré ses produits, elle n’a pas dû consentir à une grande baisse de prix. Nous ne pouvons pas nous dissimuler toutefois qu’étant forcée à employer pour la production du fer le charbon de bois, cette industrie n’est pas susceptible de grands développements; mais qu’au contraire elle est condamnée à se restreindre à la production des fers de qualités supérieures à laquelle les minerais des Alpes sont singulièrement aptes.
Quant aux industries secondaires plus ou moins atteintes par la réforme, elles n’ont pas souffert notablement, et aucune d’elle n’a succombé jusqu’ici dans la lutte.
Les résultats financiers du nouveau système sont également satisfaisants. II suffit pour s’en convaincre de comparer le produit des douanes avant et après l’application du nouveau tarrif[tarrif]:—
| Les douanes avaient donné dans les derniers six mois de 1850 un produit de | Fr. | 9,965,000 |
| Dans les six mois correspondants de 1851 | 9,485,000 | |
| Diminution | Fr. | 480,000 |
| Pendant les quatre premiers mois de cette année les douanes ont produit | Fr. | 6,355,000 |
| Pendant les quatre mois correspondants de l’année dernière | 5,450,000 | |
| Augmentation | Fr. | 905,000 |
Si on objectait que les produits de l’année dernière avaient été affectés par la perturbation causée par la discussion des traités et de la réforme douanière; la comparaison de 1852 avec les années 1850 et celles antécédentes, confirmerait nos assertions: en effet le produit des quatre premiers mois de 1852 dans les provinces continentales a donné Fr. 6,355,280
| Des quatre premiers de 1850 a donné | 6,274,687 |
| ” 1849 ” | 5,733,361 |
| ” 1848 ” | 4,603,929 |
| ” 1847 ” | 5,932,835 |
| Augmentation de 1852 comparé à 1850 | Fr. 80,593 |
| ” ” 1849 | 621,919 |
| ” ” 1848 | 1,751,351 |
| ” ” 1847 | 422,445 |
Ces chiffres prouvent à l’évidence que la réforme radicale opérée dans le tarif, loin de causer un préjudice au trésor, lui a été singulièrement avantageuse; qu’en définitive elle a augmenté les recettes de l’Etat, tout en procurant un énorme soulagement aux contribuables.
Ce que les contribuables ont gagné ne peut pas être évalué à moins de 7 ou 8 millions par an. En effet si les anciens tarifs étaient encore en vigueur, les importations effectuées dans les derniers 12 mois, auraient dû supporter une surtaxe équivalente à la somme susindiquée.
Si le trésor malgré ce bénéfice réalisé par les contribuables n’a pas perdu, c’est que la quantité des objets soumis aux droits a énormément augmenté.
Il ne faut pas croire toutefois que la consommation se soit accrue dans la proportion des chiffres que nous venons de citer. L’augmentation des recettes de la douane est due en grande partie à la diminution de la contrebande qui a presque entièrement cessé, tandis que par le passé elle s’opérait sur une immense échelle.
L’étendue des frontières des Etats Sardes par rapport à la surface de son territoire; la facilité qu’offre au commerce illicite la plupart des lignes qui les séparent des pays étrangers, faisaient que sous l’appâts de droits très élevés, la contrebande avait pris un énorme développement. Le Ministre des Finances dans la discussion des traités avait évalué l’importance des marchandises importées en fraude au tiers des importations totales; l’expérience est venue confirmer cette assertion qui ne reposait que sur des données approximatives.
La cessation presque complète de la contrebande ne sera certainement pas estimée par tous les hommes qui pensent que les intérêts moraux des populations ne sent pas moins sacrés que leurs intérêts matériels, comme un des moindres bienfaits de la grande réforme que le Piémont a accomplie à l’instar de la Grande Bretagne.
Encouragé par le succès qui avait couronné ses premières mesures, le Gouvernement Sarde s’est décidé à étendre aux produits du sol les principes qu’il avait appliqués aux produits de l’industrie, et à réduire les droits sur les denrées alimentaires étrangères.
Le pays produisant beaucoup de vins, les producteurs parvinrent sous le dernier régime à faire frapper les liquides étrangers de droits énormes. Avant 1847 les vins étaient soumis:
S’ils étaient d’une valeur de 20 fr. et au dessous, au droit de 16 par hect.;
S’ils étaient de valeur supérieure, au droit de 10 par hect., plus le 30% sur la valeur;
et les eaux-de-vie de 22 degrés et au dessous, au droit de 22 par hect.;
de degré supérieur, au droit de 40 par hect.
En 1850 un traité stipulé avec la France réduisit les droits
| à 14 pour les vins | au dessus de 20 fr. par hect.; |
| à 10 ” | au dessous de cette valeur. |
et pour les eaux-de-vie
| à 18 par hect., | celles de 22 degrés et au dessous; |
| à 30 ” | celles de degré supérieur. |
Malgré ces réductions, les droits étaient encore hautement protecteurs, surtout par rapport aux vins communs. En effet les vins du Languedoc ne pouvant être évalués à plus de 10 francs l’hectolitre, il s’en suit qu’ils avaient à payer, pour pénétrer en Piémont, un droit du cent pour cent sur la valeur.
La réduction du droit sur les vins présentait toutefois de sérieuses difficultés. La plupart des provinces du Continent et de la Sardaigne étant couvertes de vignobles, il était à craindre qu’une réforme un peu hardie ne soulevat parmi les producteurs et par contre-coup dans le Parlement, une opposition difficile à vaincre.
Pour arriver plus facilement à son but, le Ministère se décida à faire de la réduction des droits sur les vins et les eaux-de-vie l’objet de négociations avec la France, afin d’en obtenir en retour une diminution des droits qui pèsent sur deux de nos principaux articles d’exportation—les huiles et les bestiaux. Dans ce but un nouveau traité fut signé avec la France, qui parmi les concessions réciproques qu’il stipulait, réduisait les divers droits sur les vins au droit uniforme de 3,30 par hectolitre; et ceux sur les eaux-de-vie
à 5, 50 de 22 degrés et au dessous,
à 10 — de degré supérieur.
Lorsque le traité fut connu, une vive émotion se manifesta parmi les propriétaires de vignobles. Toutefois cette émotion n’eut pas de suite dans les provinces du Piémont; elle ne prit pas de couleur politique et elle ne tarda pas à se calmer. Le parti libéral avait trop ouvertement prôné les théories du libre échange, pour pouvoir embrasser la cause des producteurs de vins: et quant au parti rétrograde, il est trop faible pour exercer une influence sérieuse sur le public ou sur les masses.
Il n’en fut pas de même en Savoie. Quoique prise dans son ensemble, cette partie des Etats Sardes ne produise pas le vin qui est nécessaire à sa consommation, la province de Chambéry possède une grande quantité de vignobles, et les propriétaires de vignes y exercent une influence considérable. Il était naturel par conséquent qu’il ne fissent créer dans la capitale de la Savoie une agitation très-vive. Le parti rétrograde, qui est beaucoup plus nombreux et puissant dans cette ville que partout ailleurs, sut en profiter avec une extrême habilité il parvint à donner, à une question purement locale, le caractère d’une question nationale pour la Savoie.
La Savoie compte bien plusieurs députés libéraux; mais malheureusement ils étaient en congé lorsque le traité fut présenté à la Chambre; de sorte qu’au premier abord la Députation Savoisienne parut unanime pour repousser le traité.
Plus tard, il est vrai, cet état fâcheux se modifia. Plusieurs Députés s’empressèrent de quitter leurs montagnes pour venir protester contre les doctrines illibérales de leurs collègues. Néanmoins ils ne parvinrent pas à détruire l’impression produite par ceux-ci, et il était facile à reconnaître que le principal obstacle que rencontrerait le traité dans les Chambres, viendrait de l’opinion que la Savoie lui était en grande majorité hostile.
C’est pourquoi, le Ministre des Finances, dans le discours prononcé a cette occasion, s’est attaché à traiter la question spécialement du point de vue savoyard.
Malgré cette tendance spéciale, ce discours contient une exposition exacte et consciencieuse des principes économiques et politiques qui guident depuis trois ans le Cabinet dont M. d’Azeglio est le chef. C’est pourquoi nous avons pensé qu’il pouvait présenter quelque intérêt pour le public anglais, que nous savons animé d’une si vive sympathie pour une nation généreuse qui, au milieu des plus graves difficultés et des obstacles de tous genres, a su demeurer fidèle à la cause de l’ordre et de la liberté; tout en accomplissant une réforme économique non moins étendue, non moins considérable, toute proportion d’ailleurs gardée, que celle qu’une suite d’hommes d’Etat célèbres a opéré en Angleterre avec un si éclatant succès.
The following are the originals of which translations have been given at pages [156] and [193] of Volume II.
“27 Agosto, 1856,
14, Cambridge Terrace, Hyde Park.
“Pregiatissimo Signor Mio,
Ho esaminato il Catalogo della Biblioteca per ciò che risguarda l’arte e la scienza militare: è assai sprovvista delle opere più istruttive, e che sono uscite a luce durante e dopo le guerre di Napoleone. Così è pure dell’ United Service Institution, a cui sono stato ammesso per consultare le opere che mi abbisognano pel componimento del lavoro militare che ho tra mano. In seguito di ciò ne ho fatte venire parecchie dalla Francia a mie spese; ma in appresso avrei d’uopo di consultare l’opera, di cui le accludo il titolo, e La grande Tactique du Marquis de Ternay, Colonel d’Etat Major. Quelle opere, in ispecie quella di Martray, non mi è dato procurarle perchè troppo dispendiose. Se ella credesse di proporre alla Biblioteca di farle venire, sarebbe per me una grande utilità. L’opera di Ternay, edizione di Parigi, non deve costare più di franchi 25; quella di Bruxelles assai meno.
L’opera che sto compiendo sarà in Inglese, e conterrà tutto che deve sapersi in campagna dal sottotenente delle tre armi onde si compone un esercito, fino allo Stato Maggior Generale inclusivamente. E un peso assai grave, molto più che deve essere ristretto in un volume tascabile, e riunire concisione, chiarezza, e utto lo scibile militare. Io mi riprometto tuttavia di, riuscire sia pei buoni studi che feci fino da giovane come per l’assiduità, e diligenza che vi metterò. E tuttavia un lavoro che non posso recare a termine prima di sei o otto mesi.
Mentre sto scrivendo, posso però disporre di alcune ore al giorno per altre occupazioni; ed amerei, se fosse possibile, di dare alcune lezioni di lingua e letteratura italiana, e di arte e scienza militare. Per questa seconda parte io già fui Maggiore di Stato Maggiore, e posso dare lezioni assai estese: per la prima pure sono alquanto innanzi.
Sino ad ora io condussi una vita oltremodo agitata e di mezzo sempre ai pericoli: fui per conseguenza a carico della famiglia, che soffrì non lievi perdite a mia cagione. Ed ora mettendomi un po’ più tranquillo ho in animo di trar profitto delle mie cognizioni, mentre sto aspettando il desiderato momento in cui possa di nuovo battermi per la nostra indipendenza. Per far conoscere che sarei pronto a dar lezioni mi si consiglia di mettere un avviso nel Times. Io non vorrei far ciò. Sembrerebbe che volessi profittare del buon nome che ho, benchè immeritamente. Credo invece che, ove la S. V. volesse, potrebbe assai giovarmi col mezzo delle sue relazioni. Comunque sia, io me ne starò piena mente ai consigli di lei.
Ella però non conosce la mia privata vita: su ciò le do ampie facoltà, e può indirizzarsi agli stessi miei nemici o di opinioni, o di partiti, o di altra specie, chè tutti ne abbiamo. Quanto alle lingue conosco benissimo la francese, e mi disimpegno quanto all’inglese per lezioni private.
Le ho scritto la presente, perchè temeva di recarle disturbo; se avrà la cortesia la S. V. di darmi un cenno, potrò recarmi da lei quando le piacerà, onde prender su quanto le ho scritto miglior consiglio.
Venendo ora alle cose politiche, io non so nulla di positivo: mi tengo, siccome le dissi, indipendente da ognuno: e se il Governo sardo stimasse di potersi valere di quel poco ch’io valgo in qualunque impresa per quanto audace potesse essere, io sono sempre pronto. Beninteso per la indipendenza della mia patria: per la quale fin da che conobbi non ebbi mai quiete, e sagrificai tutto. Nel dire di essere pronto a dar mano al Governo sardo non sono influenzato che dall’amore del mio paese, e dalla convinzione che oggi, se egli vuole, è il solo Governo che possa fare l’Italia indipendente, una e grande: ed io mi reputerò felice se in un fatto d’importanza e di gravi conseguenze per gli oppressori dell’Italia potrò adoperarmi con tutte le forze, e finire anche una vita che non fu per me fino ad ora che triste, passionata e melanconica. Mi perdoni questa espansione d’animo.
Da quanto sento, pare che il mio libretto abbia avuto qualche incontro anche in Piemonte presso qualunque partito: certo che io nulla esagerai; mi studiai per anco di far conoscere che debbesi sagrificare qualunque principio politico alla indipendenza nazionale; ed io così feci fino dalla mia prima prigionía del 1844.
Non mi occorrendo altro significarle, la supplico di avermi per iscusato, e rispettosamente me le offro
Di Vostra Signoria
Umilissimo e devotissimo servitore
“Felice Orsini.”
“Leri, 24 Ottobre (1859).
“Carissimo Panizzi,
La vostra lettera del 17 andante mi fu consegnata solo ieri, troppo tardi per potere rispondervi lo stesso giorno. Mi affretto a farlo questa mattina, benchè io stimi che questa risposta debba giungere a Londra quando la questione del Congresso sarà stata decisa.
Che allo stato delle cose, a fronte degl’impegni assunti a Villafranca e sino ad un certo punto confermati a Zurigo dall’Imperatore, un Congresso europeo sia una necessità, parmi cosa evidente. Ove il Congresso non si riunisse, e la Francia impedisse l’Italia centrale dall’uscire del provvisorio col contrastare le decretate fusioni, quei paesi sarebbero esposti a gravi pericoli. Nelle Romagne gli uomini superlativi, e colà ve ne son molti, potrebbero spingere Garibaldi a tentare un’impresa nelle Marche e fors’anche negli Abruzzi; a Modena l’occupazione per parte dell’Austria dell’Oltrepò Mantovano, conseguenza inevitabile del trattato, potrebbe far nascere collisioni dannose; la Toscana forse potrebbe sopportare più a lungo una condizione incerta, ma anche colà le mène dei retrivi secondate dai preti produrrebbero forse gravi perturbazioni. Il Congresso adunque è richiesto dagli stessi interessi dell’Italia. Ciò ammesso, l’Inghilterra deve parteciparvi e per decoro suo e pel bene nostro. L’Austria non contrasterà il suo intervento, e ammetterà le sue riserve, quando si stabilisca che nel medesimo non abbia a farsi parola delle provincie sulle quali conserva il suo impero. E duro l’avere a rinunziare ad alzare la voce a favore dell’infelice Venezia; eppure è forza il far tacere le più vive simpatie per non sacrificare il possibile al desiderabile.
L’Austria, rassicurata sul Veneto, dovrà acconsentire alia massima inglese, che si abbia a rispettare i voti degl’Italiani. Per dare a questa forma più diplomatica, basterebbe il dire che le Potenze s’impegnano a non imporre colle armi una forma qualunque di governo ai popoli dell’Italia centrale. Questo è il principio di non intervento già, proclamato dall’Imperatore nei suoi scritti e nei suoi discorsi. Propugnato dalla Francia e dall’Inghilterra e fors’anche dalla Russia, sarà subíto dall’Austria ed accettato dalla Prussia.
Passando quindi alla costituzione del Congresso, non esito a pronunziarmi per l’esclusione delle Potenze minori. Se si trattasse solo dei Ducati e della Toscana, il loro intervento sarebbe giovevole; ma siccome la questione la più ardua e dirò pure la più importante è quella delle Romagne, temerei che il Papa avesse a trovare nella Spagna e nel Portogallo ardenti difensori.
Il Congresso riunito, la condotta dell’Inghilterra non può essere dubbia. Proporrebbe dapprima che i voti dei popoli legalmente espressi ricevessero la sanzione dell’Europa. Questa proposta essendo rigettata, proporrebbe che i popoli venissero interrogati pel mezzo del suffragio universale, da constatarsi dai rappresentanti del Congresso. Questa proposta troverebbe appoggio nella Francia, e sarebbe probabilmente accettata.
Quando nol fosse, l’Inghilterra dovrebbe entrare in una fase negativa e contrastare le proposte dell’Austria ed anche quelle della Francia. Il Duca di Modena essendo da tutti, non esclusi i suoi congiunti, abbandonato, non si avrà a combattere che la ristaurazione della Casa di Lorena in Toscana, l’installazione della Duchessa di Parma a Modena, ed il ristabilimento del dominio papale nelle Romagne.
Queste determinazioni si possono combattere non solo in virtù dei diritti dei popoli, ma altresì e più efficacemente ancora nell’interesse del principio monarchico, e delle idee d’ordine e di conservazione. Se si vuole che la rivoluzione ora schiacciata non ritorni minacciosa e potente, non bisogna porla a fronte di Governi deboli, senza radici, senza forze nè fisiche nè morali; se si vuole che i troni sieno rispettati, conviene non farvi sedere Principi disprezzati e disprezzabili, il di cui solo nome è in contrasto irritante col sentimento ora dominante in Italia, il sentimento nazionale. Ritorni il Granduca o suo figlio a Firenze; ed in men di un mese la Toscana sarà il quartier generale di Mazzini e della rivoluzione militante. Forse si dirà che la Duchessa di Parma è donna forte e non disprezzata. Quando ciò fosse vero, non si potrebbero cancellare le memorie del padre cotanto odiose, ed ispirare fiducia nel figlio. D’altronde quel sistema dei compensi che se vorrebbe applicare a favore di questo ramo borbonico, è in urto diretto coi sentimenti e le idee che dominano ora in Europa. I Modanesi sarebbero feriti nella loro dignità, quando si vedessero assegnare in guisa di douaire alla vedova dello scellerato Duchino di Parma. Meglio per loro la ristaurazione dell’antico sovrano. In quel caso sarebbero vittima di un falso principio; ma non sarebbero trattati come un branco di pecore, di cui si dispone per fare accetare da una delle parti contraenti condizioni da lei riputate onerose.
Il Trattato di Vienna ha molte parti odiose; pure è men odiabile di quel di Campoformio.
Rispetto alle Romagne sarà facile all’Inghilterra il far respingere l’idea delle riforme papali. Accettandola, si fa peggio che una cosa odiosa, si fa una cosa ridicola. Non e necessario di essere un gran statista nè gran teologo per rimanere convinti che il Papa non solo non vuole, ma non può acconsentire a serieriforme. Finchè sarà Papa e Re, dovrà in coscienza impiegare le forze del Re per fare rispettare i decreti del Pontefice. La separazione dei due poteri non è possibile. Il Papa non può acconsentire nè alla libertà dell’insegnamento, nè alla libertà dei culti, nè alla libertà della stampa. Non può tollerare le libertà municipali, salvochè per queste s’intenda la facoltà di regolare a beneplacito dei Municipi le strade consortili ed i lastricati delle strade. Il Papa, come Papa, subirà, più facilmente la perdita di una provincia, che non la promulgazione nei suoi Stati del Codice civile napoleonico. La ristaurazione papale deve impedirsi ad ogni costo; è questione non solo italiana, ma d’interesse europeo. Importa a noi, ma importa pure all’Inghilterra, alla Prussia, alla Russia stessa, a tutti i paesi ove si vuole lo sviluppo della civiltà, il quale richiede come condizione essenziale la separazione assoluta dei due poteri. Se il Papa conseguisse una vittoria in Italia, la tracotanza e l’orgoglio dei Cullen e dei McHale crescerebbe a dismisura, e l’Europa sarebbe minacciata in non lontano avvenire dal pericolo di lotte religiose analoghe a quelle dei secoli scorsi. Si ceda su tutto anzichè sacrificare le Romagne. La lor causa, lo ripeto, è la causa della civiltà.
Quando l’Inghilterra riesca ad allontanare le proposte austro-franche, torni a mettere in campo le primitive sue, ed ove non prevalgano, proponga l’unione immediata di Parma e Carrara al Piemonte e lo stabilimento di un Governo provvisorio, ma fortemente costituito, che riunisca sotto di sè Firenze, Modena e Bologna.
Ecco il mio parere, ve lo do per quel che vale. Lontano dagli affari, con poche relazioni coi Ministri, ignoro forse molte cose che modificare potrebbero la mia opinione. Tuttavia giudicando la questione dell’Italia centrale dai dati che sono in certo modo acquistati alla storia, porto ferma opinione che, ove l’Inghilterra seguisse la via de me tracciata, riuscirebbe nell’intento di assicurare le sorti dell’Italia centrale con utile nostro e gloria sua.
Addio, carissimo amico; proseguite a perorare la nostra causa presso la nobile nazione inglese, ed i vostri sforzi non rimarranno sterili. Ripeto ora quel che dicevo in febbraio alla Camera ed all’Italia: Gli uomini di Stato, che hanno onorata la loro camera col compiere l’emancipazione dei neri, non vorranno condannare l’Italia ad eterno servaggio.
Vostro affezionatissimo amico
“C. Cavour.”
THE END