ENVOI A MON MARI.
Tandis, mon cher, que tes travaux
Me procurent ce doux repos.
Et cette heureuse insouciance
But incertain de l'opulence;
Mon ame l'abeille imitant
Aux pays d'esprit élancée
Cueille les fleurs de la pensée
Et les remet aux sentiment.
Mais helas! dans ce vaste champ
En vain je cherche la sagesse,
Près de moi certain Dieu fripon
Me fait quitter l'école de Zenon
Pour le charme de la tendresse;
"L'homme est crée pour être bon
Et non savant, dit il, qu'il aime,
Du bonheur c'est le vrai systême"
Je sens, ma foi, qu'il a raison.
DESCRIPTION
De la terre dans laquelle j'habitois, adressée à un homme très respectable que j'appellois mon Papa.
Que vous êtes aimable, mon cher Papa, de me demander une description de ma solitude. Votre imagination est gênée de ne pouvoir se la peindre. Vous voulez faire de Courcelles une seconde étoile du matin, et y lier avec moi un de ces commerces d'ames réservés aux favoris de Brama. Votre idée ne me perdra plus de vue, j'en ferai mon génie tutélaire. Je croirai à chaque instant sentir sa présence, ah! elle ne peut trop tôt arriver, montrons lui donc le chemin.
Quittant votre cité Rhémoise,
Ville si fertil en bons Vins,
En gras moutons, en bons humains,
Après huit fois trois mille toises
Toujours suivant le grand chemin,
On découvre enfin le village
Où se trouve notre hermitage.
Là rien aux yeux du voyageur
Ne presente objet de surprise,
Petit ruisseau, des maisons, une Eglise
Tout à côté la hutte du Pasteur;
Car ces Messieurs pour quelques Patenôtres.
Pour un surplis, pour un vêtement noir
En ce monde un peu plus qu'en l'autre
Ont droit près du bon dieu d'établir leur manoir.
Ce début n'est pas fort seduisant; aussi ne vous ai-je rien promis de merveilleux. Je pourrois cependant pour embellir ma narration me perdre dans de brillantes descriptions, et commencer par celle de notre clocher; mais malheureusement nous n'en avons point; car je ne crois pas que l'on puisse appeller de ce nom l'endroit presque souterrain où logent trois mauvaises cloches. Elles m'étourdissent par fois au point que sans leur baptême, je les enverrois aux enfers sonner les diners de Pluton et de Proserpine.
On apperçoit près de l'Eglise, entre elle et le curé, une petite fenêtre grillée, ceci est une vraie curiosité; c'est un sépulcre bâti par Saladin d'Anglure, ancien Seigneur de Courcelles il vivoit du tems des croisades, et donna comme les autres dans la manie du siécle. Il ne fut pas plus heureux que ses confreres. Son sort fut d'être prisonnier du vaillant Saladin dont il conserva le surnom. Sa captivité l'ennuyant, il fit vœu, si elle finissoit bientôt, de bàtir dans sa Seigneurie un sépulcre, et un calvaire à même distance l'un de l'autre qu'ils le sont à Jérusalum. C'est aussi ce qu'il fit.
Quand par une aventure heureuse,
Des fers du Vaillant Saladin
Il revint chez lui sauf et sain;
Mais la chronique scandaleuse
Qui daube toujours le prochain,
Et ne se repâit que de blame
Pretend que trop tôt pour Madame,
Et trop tard pour le Pelerin
Dans son Châtel il s'en revint.
Ce fut, dit on, le lendemain,
La veille, ou le jour que la Dame,
Croyant son mari très benin
Parti pour la gloire éternelle
Venoit de contracter une hymenée nouvelle.
La tradition étoit en balance sur ces trois dates; mais la malignité humaine a donné la préférence à la derniére, ensorte qu'il paroit trés sur que l'Epoux n'arriva que le lendemain.
Quel affront pour un chef couronné de lauriers!
Tel est pourtant le sort des plus fameux guerriers;
Ceux d'aujourd'hui n'en font que rire
Mais ceux du tems passé mettoient la chose au pis,
Ils n'avoient pas l'esprit de dire
Nous sommes quitte, et bons amis.
Pendant que vous êtes en train de visiter nos antiquités courcelloises, il me prend envie de vous faire entrer dans notre réduit.
Quoique du titre de château,
Pompeusement on le decore,
Ne vous figurez pas qu'il soit vaste ni beau.
Tel que ces Grands que l'on honore
Pour les vertus de leurs ayeux
Pour tout mérite il n'a comme eux
Qu'un nom qui se conserve encore.
Ainsi pour vous en former une juste idée, ne cherchez votre modéle ni dans les romans, ni dans les miracles de féerie. Ce n'est pas même un vieux château fort, comme il en éxiste encore quelques uns dàns nos entours.
Point, on n'y voit fossé ni bastion
Ni demi-lune ni Dongeon,
Ni beaux dehors de structure nouvelle,
Mais bien une antique Tourelle
Flanquant d'assez, vieux bâtimens
Dont elle est l'unique ornement.
Un Poëte de nos cantons a dit assez plaisamment en parlant de ceci.
Sur les bords de la Vesle est un château charmant
N'allez pas chicaner, Lecteur impertinent)
(Le bâtiment à part, la Dame qui l'habite
Par ses rares vertus en fait tout le mérite.
Vous verrez tout-à l'heure s'il avoit raison.
Je ne m'arrêterai point à vous peindre la ferme quoi qu'elle tienne au château, ni l'attirail des animaux de toute espèce qu'elle renferme.
Ces spectacles vraiment rustiques
Offrent pourtant plus de plaisirs
A des regards philosophiques,
Que ce que l'art et les desirs
De notre insatiable espèce
Inventent tous les jours aidés par la mollesse.
Je vous ferai entrer tout de suite dans une grande cour de gazon où effectivement je voudrois bien vous voir. Deux manieses de Perrons y conduisent, l'un aux appartemens, l'autre à la cuisine. Commençons par ce dernier quoique ce ne soit pas trop la coutume.
Là chaque jour, tant bien que mal,
On apprete deux fois un repas très frugal,
Mais que l'appétit assaisonne.
Loin, bien loin, ces bruyans festins,
Toujours suivis des médecins
Où le poison dans cent ragoûts foisonne
Nous aimons mieux peu de mets bien choisis
De la Santé, moins de plats, plus de ris.
Voilà notre devise, mon cher Papa, je crois qu'elle est aussi la vôtre; notre réz de chaussée consiste en cuisine, office, salle à manger, chambre et cabinets, rien de tout cela n'est ni élegant ni commode.
Nos devanciers fort bonnes gens
N'entendoient rien aux ornemens
Et leurs désirs ne passoient guére
Les bornes du seul necessaire.
Ils étoient plus heureux et plus sages que nous, car la vraie sagesse n'est autre chose que la modération des desirs. D'après cette definition on pourroit, je crois, loger tout notre siécle aux petites maisons. Ce qu'il y a de plus agréable dans la notre est la vuë du grand chemin.
De ce chemin où chacun trotte
Où nous voyons soirs et matins
Passer toute espece d'humains;
Tantôt la gent portant calote,
Et tantôt de jeunes plumets,
Les rusés disciples d'Ignace
Puis ceux de la grace efficace,
Des piétons, des cabriolets
Tant d'Etres à deux pieds, sots, et colifichets,
Enfin cent sortes d'équipages
Et mille sortes de visages.
Ce tableau mouvant est par fois fort récréatif, il me paroit assez plaisant d'y juger les gens sur la mine, et de deviner leur motif, et le sujet de leurs courses.
Mais, Papa, qu'il est consolant
Voyant leurs soins et leur inquiétude
De jouir du repos constant
Qu'on goute dans la solitude.
A dire vrai, le spectacle du grand chemin, est celui qui m'occupe le moins; j'aime mille fois mieux nos promenades champêtres; avant de yous y conduire, il faut en historien fidelle vous rendre compte de notre chaumiére.
Vous croyez peut-être trouver un premier étage au dessus de la façade dont je vous ai parlé? Point du tout. Ne vous ai-je pas dit que nos péres préferoient l'utile à l'agréable: aussi ont ils mieux aimé construire de grands greniers que de jolis appartemens; mais en revanche ils out jetté quantité de petites mansardes sur un autre côté du logis. Ce dernier donne sur un verger qui fait mes délices, il est précédé d'un petit parterre, et finit par un bois charmant.
Une onde toujours claire et pure
Y vient accorder souo murmure
Au son mélodieux de mille et mille oiseaux
Que cachent en tous tems nos jeunes arbrisseaux.
C'est là que votre fille se plait à rêver à vous, mon cher Papa, c'est dans ce réduit agréable qu'elle s'occupe tour à tour de morale et de tendresse.
Epictete, Pope, Zénon.
Et Socrate, et surtout l'ingenieux Platon,
Viennent dans ces lieux solitaires
Me prêter le secours de leurs doctes lumiéres:
Mais plus souvent la sœur de l'enfant de Cypris
Ecartant sans respect cette foule de sages
Occupe seule mes esprits
En y gravant de mes amis
Les trop séduisantes images.
Je n'entreprendrai pas de vous peindre nos autres promenades, elles sont toutes charmantes; un paysage coupé, quantité de petits bosquets, mille jolis chemins, nous procurent naturellement des beautés auxquelles l'art ne sauroit atteindre.
La Vesle borde nos prairies
Sur sa rive toujours fleurie
Regne un doux air de bergerie
Dangereux pour les tendres cœurs.
Là, qui se sent l'ame attendrie
S'il craint de l'amour les erreurs
Doit vite quitter la partie.
Quittons la donc, mon cher Papa; aussi bien ai-je seulement oublié de vous montrer la plus piéce de l'hermitage. C'est un canal superbe. Il a cent vingt toises de long sur douze de large, une eau courante et crystalline en rend la surface toujours brillante, cest la digne embléme d'un cœur ami, jugez si cette vuë me fait penser à vous.
De grands potagers terminent l'enclos de la maison. Si j'étois méchante je continuerois ma description, et ne vous ferois pas grace d'une laitue, mais je me contenteraide vous dire que le ciel fit sans doute ce canton pour des Etres broutans. Si les Israëlites en eussent mangé jadis, ils n'auroient ni regretté l'Egypte ni desiré la terre promise.
Voilà mon cher Papa une assez mauvaize esquisse du pays Courcellois.
L'air m'en seroit plus doux et le ciel plus serein
Si quelque jour, moins intraitable
Et se laissant flechir, le farouche Destin
Y conduisoit ce trio tant aimable
Que j'aime, et chérirai sans fin
Mais las! j'y perds tout mon latin,
Et ce que de mieux je puis faire
Est d'espérer et de me taire
I should have stopt here, and finished my present correspondence with you by leaving your mind harmonized with the above sweet stanzas of Madame des Jardins, but that it may seem strange, to give a specimen of one French Lady's literary talents, without acknowledging, that this kingdom abounds with many, of infinite merit.—While England can boast only of about half a dozen women, who will immortalize their names by their works, France can produce half an hundred, admired throughout Europe, for their wit, genius, and elegant compositions.—Were I to recite the names and writings only of female authors of eminence, which France has produced, since the time of the first, and most unfortunate Heloise, who died in 1079, down to Madame Riccoboni, now living, it would fill a volume. We have, however, a Carter, and a Barbauld, not less celebrated for their learning and genius than for their private virtues; and I think it may, with more truth be said of women, than of men, that the more knowledge, the more virtue; the more understanding, the less courage. Why then is the plume elevated to the head? and what must the present mode of female education and manners end in, but in more ignorance, dissipation, debauchery and luxury? and, at length, in national ruin. Thus it was at Rome, the mistress of the world; they became fond of the most vicious men, and such as meant to enslave them, who corrupted their hearts, by humouring and gratifying their follies, and encouraging, on all sides, idleness and dissolute manners, blinded by Cæsar's complaisance; from his almsmen, they became his bondmen; he charmed them in order to enslave them. When the tragedy of Tereus was acted at Rome, Cicero observed, what plaudits the audience gave with their hands at some severe strokes in it against tyranny; but he very justly lamented, that they employed their hands, only in the Theatre, not in defending that liberty which they seemed so fond of.