IV

Bishop of Moulins to Earl Fitzwilliam

Mylord,

Les nouvelles bontés dont vous daignes me combler, me pénétrent d’une reconnoissance qu’il m’est impossible de vous exprimer; mais si j’ose vous le dire, ce sont encore moins ces bontés relatives au soulagement et au secours qu’elles me procurent qui me font éprouver tout ce qu’un cœur honnète et sensible doit sentir, que la lettre que vous m’avés fait l’honneur de m’écrire, tout ce que je craignois, étoit d’avoir pu vous déplaire par mon importunité et par mon indiscrétion et la manière aimable et obligeante sous tous les rapports, dont vous avés daigné me répondre, m’a fait éprouver une satisfaction dont il n’appartient qu’à un cœur tel que le vôtre de juger, si vous eussiés pu être témoin de ce qui se passoit en moi en la lisant, pensant comme vous le faites, je crois pouvoir assurer que vous auriés eu une véritable jouissance vous faites pour moi, Milord, bien au delà de ce que j’aurois pu espérer et en me mettant à portée par vos dons de me libérer de la dette onéreuse de £200 que j’ai contractée c’est me procurer un soulagement tel que je n’aurois pu l’espérer, et me mettre à portée de jouir de beaucoup plus de tranquillité et d’aisance et ce qui y ajoutera infiniment, ce sera de vous en être redevable, il me reste une grâce à vous demander, Mylord, c’est de me permettre d’aller un jour vous dire de vive voix et tout ce que je sens et tout ce que j’éprouve. J’ai pris la liberté, Mylord, de vous exposer tout ce qui s’étoit passé entre le transport office et moi relativement au jeune prisonnier qu’on m’avoit accordé pour domestique, et dont m’a privé en le faisant rentrer dans la prison, ma position vous est connue, et d’après cela il vous est aisé de juger qu’elle ne me permet pas d’avoir à mon service un domestique au même prix où sont les domestiques Anglois, d’ailleurs je ne parle point assés cette langue pour être servi par un Anglois, et cependant le malheureux état de ma santé, même une sorte de décence ne me permettent pas de n’avoir personne pour me servir, j’ai recours à votre protection, Mylord, et si par celle que vous daigneriés y mettre et l’intérêt que vous avés la bonté de prendre à moi, il étoit en votre pouvoir de me faire accorder soit par l’amirauté principalement, ou du transport office, j’ai pensé espérer non pas, le jeune homme qu’on m’avoit accordé, et que je ne réclame pas, pour des raisons particulières, mais celui que j’ai demandè à sa place nommé Sébastien Lequelleux, Mousse pris â bord de la Marie Françoise âgé d’environ 15 ans, aux mêmes conditions, mises à la liberté du premier, dont je joins ici le passeport en vous priant de ne pas vous en dessaisir et de le garder entre vos mains, parce qu’il peut m’être utile, passeport qui vous justifiera qu’on n’avoit point le droit de le reprendre, ni d’en user à mon égard comme on l’a fait, je vous en aurois une bien véritable obligation. Depuis que je n’ai eu l’honneur de vous voir j’ai beaucoup souffert de vomissements de sang auxquels je suis sujet, et il est bien dur—et bien pénible pour moi—si je hazarde cette demande, Milord; ce sont vos bontés seules qui m’inspirent cette confiance. Mais je vous supplie de la regarder comme non avenue et de n’y avoir aueun égard pour peu qui vous y voyez la moindre difficulté et qu’elle puisse vous compromettre sous le moindre rapport. Si je puis avoir le jeune homme que je demande c’est à vous seul que je veux en être redevable, c’est à vous seul qu’il sera accordé de manière que le Transport Office ne puisse voir dans tout cela que l’intérêt que vous daignés m’accorder. Pardonnés moi tant de liberté, tant d’importunités, mais un françois honnête et malheureux qui a le bonheur de vous voir, voit en vous son appui et son soutien.

J’ai l’honneur d’être avec respect, Mylord,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

L’Evêque de Moulins.

Stilton,
ce 27 Mars 1808.

[Translation]

My Lord,

The fresh bounties with which you deign to overwhelm me fill me with a gratitude which it is impossible for me to express, but if I dare say so, it is again, less, the kindnesses, in their relation to the comfort and help they have given me, which make me feel all that an upright and sensitive nature should feel, than the letter which you have done me the honour to write.

All that I feared was to displease you, by my importunity and indiscretion, but the amiable and obliging manner in which under all circumstances you have deigned to reply to me, has made me experience a satisfaction, of which only a heart like yours can judge. If you had been able to see what passed within me when reading it, I feel sure that you, thinking as you do, would have had real pleasure, and by putting me, through your gifts, in a position to free myself of this heavy debt of £200 which I have contracted, you have relieved me far beyond my expectations, and made it possible for me to enjoy much more peace and ease of mind—and what will add to it still more, is the fact of my being indebted to you. There still remains one more request, my lord, and that is to allow me to go and see you some day, and tell you in person all that I feel.

I have taken the liberty, my lord, of telling you all that passed between the Transport Office and me, about the young prisoner, whom they allotted to me, as servant, and of whom they deprived me, by sending him back to prison. My circumstances are known to you, and therefore it is easy for you to judge that they will not allow me an expensive servant, such as are the English ones, moreover, I do not speak the English language well enough to be served by one of these, and yet the unfortunate state of my health and a sort of propriety do not allow me to have any servants. I have recourse to your protection, my lord, and, if by what you deign to give me, and the interest which you have the goodness to take in me, it were in your power to have awarded to me, either by the Admiralty principally, or by the Transport Office, I might hope, not for the young man whom they allowed me before, and whom I do not ask back for private reasons, but for him whom I asked in his place, called Sebastian Sequelleux, a cabin boy, taken on board the Marie Françoise, aged about fifteen years, under the same conditions as the first whose passport I enclose, begging you not to give it up, but to keep it in your own hands, because it may be useful to me—a passport which will justify you that they had not the right to take him back again, nor to act in the manner towards me that they have done—I should be under a real obligation to you.

Since I had the honour of seeing you I have suffered much from vomiting of blood, to which I am subject, it is very hard and very trying for me, under these circumstances, to have no one near me. If I hazard this request, my lord, it is your kindness alone, which inspires this confidence, and I implore you to consider it null and void, if you see the least difficulty—and if it should compromise you in the least. If I can have the young man that I ask for, it is to you alone that I wish to be indebted, and to you alone that he will be granted, so that the Transport Office can see in all that, only the interest you have deigned to take in me. Forgive so much liberty, so much importunity—but an honest and unhappy Frenchman, who has the happiness to see you, finds in you his prop and stay.

I have the honour to be, with respect, my lord,

Your very humble and very obedient servant,

The Bishop of Moulins.

Stilton,
27th March 1808.