A UN AUBESPIN

Bel aubespin verdissant,
Fleurissant
Le long de ce beau rivage,
Tu es vestu jusqu'au bas
Des longs bras
D'une lambrunche sauvage.

Deux camps de rouges fourmis
Se sont mis
En garnison sous ta souche:
Dans les pertuis de ton tronc
Tout du long
Les avettes ont leur couche.

Le chantre rossignolet
Nouvelet
Courtisant sa bien aimée,
Pour ses amours alleger
Vient loger
Tous les ans en ta ramée.

Sur ta cyme il fait son ny
Tout uny
De mousse et de fine soye
Où ses petits esclorront,
Qui seront
De mes mains la douce proye.

Or vy, gentil aubespin,
Vy sans fin,
Vy sans que jamais tonnerre
Ou la cognée ou les vents
Ou les temps
Te puissent ruer par terre.