ÉPILOGUE

Le Fantôme est venu de la trentième année.
Ses doigts vont s'entr'ouvrir pour me prendre la main,
La fleur de ma jeunesse est à demi fanée,
Et l'ombre du tombeau grandit sur mon chemin.

Le Fantôme me dit avec ses lèvres blanches:
"Qu'as-tu fait de tes jours passés, homme mortel?
Ils ne reviendront plus t'offrir leurs vertes branches.
Qu'as-tu cueilli sur eux dans la fraîcheur du ciel?"

—"Fantôme, j'ai vécu comme vivent les hommes:
J'ai fait un peu de bien, j'ai fait beaucoup de mal.
Il est dur aux songeurs, le siècle dont nous sommes,
Pourtant j'ai préservé mon intime Idéal!…."

Le Fantôme me dit: "Où donc est ton ouvrage?"
Et je lui montre alors mon rêve intérieur,
Trésor que j'ai sauvé de plus d'un noir naufrage,
—Et ces vers de jeune homme où j'ai mis tout mon coeur.

Oui! tout entier: espoirs heureux, légers caprices,
Coupables passions, spleenétique rancoeur,
J'ai tout dit à ces vers, tendres et sûrs complices.
Qu'ils témoignent pour moi, Fantôme, et pour ce coeur!

Que leur sincérité, Juge d'en haut, te touche,
Et, comme aux temps lointains des rêves nimbés d'or,
Pardonne, en écoutant s'échapper de leur bouche,
Ce cri d'un coeur resté chrétien: Confiteor!