CHAPITRE VII.

[76] DE LA MEDECINE DES SAUUAGES.

[114] IL est asseuré, que les disettes grandes suffoquent l'esprit, & l'oppressent de leur importun & tyrannique seruice, en sorte qu'à peine peut-il reuenir à soy iamais, ou se regaillardir en quelques gentiles considerations: non pas mesme songer aux autres moindres necessitez pour leur aller au deuant, ou les alleger; preoccupé tousiours & violenté par les plus fortes. Nous voyons cecy en nos pauures Sauuages, lesquels pour ne viure qu'au iour à la iournée, & par consequent tousiours asseruis à la crainte de la faim, premiere, & plus forte necessité de toutes, n'ont moyen de cultiuer leur esprit en la recherche des [77] sciences; non pas mesme de se pouruoir des ars, & industries pour l'aisance, & ameliorement de la vie, ny pour fournir aux autres defauts, quoy que bien pressants. A ceste cause donc ils manquent non seulement de toutes lettres & beaux artifices; ains aussi (chose miserable) de medecine, soit pour l'entretenement de leur santé, soit pour le secours de leurs maladies, sinon en ce peu que ie diray.