CHAPITRE X.

DE LA NECESSITÉ, QU'IL Y A DE BIEN CATECHISER CES PEUPLES AUANT QUE LES BAPTISER.

[140] C'EST contre nature en quelque espece que vous le [102] voudrez prendre, que l'enfant aussi tost né, aussi tost se nourrisse, & soustienne de soy-mesme: car en fin, ce n'est pas en vain que les mammelles grossissent aux meres pour vn temps. Aussi est-ce contre raison ce que quelques vns se sont imaginez iusques icy: qu'il n'est point necessaire de faire autre despense apres ceste peuplade, que nous establissons en la nouuelle France, sinon pour du commencement y porter, & loger nos gens: estimans du reste qu'ils y trouueront assés de quoy s'entretenir, soit par la trocque, soit autrement. Cela est vouloir faire naistre des enfants auec les dents & la barbe; & introduire des meres sans mammelles, & sans laict: ce que Dieu ne veut pas. Il y faudra tousiours despenser les premiéres annees, iusques à ce que la terre suffisamment cultiuée, [103] les artifices introduicts, & les mesnages accommodés, le corps de la colonie ait prins vne iuste accroissance, & fermeté: & à cela faut se resoudre. Or tout de mesme, faut proceder pour le tẽporel; aussi conuient-il le faire, & à semblable proportion pour le spirituel. Bien catechiser, instruire, cultiuer, & accoustumer les Sauuages, & auec longue patience, & n'attendre pas, que d'vn an, ny de deux ils deuiennent Chrestiẽs, qui n'ayẽt besoin ny de Curé, ny d'Euesque; Dieu n'a point faict [142] encores de tels Chrestiens, ny n'en fera, comme ie croy. Car nostre vie spirituelle depend de la Doctrine, & des Sacrements, & par consequent de ceux qui nous administrent l'vn & l'autre, selon son institution saincte.