CHAPITRE XX. [i.e., xix.]

COMME MADAME LA MARQUISE DE GUERCHEUILLE OBTINT DU ROY LES TERRES DE LA [187] NOUUELLE FRANCE, & LE SECOURS QU'ELLE Y MOYENNA.

[230] LE sieur du Potrincourt estãt reuenu en France au mois d'Aoust de l'an 1611. ainsi qu'a esté dit cy deuant, esuentoit de tous costés la trace, & le moyen de pouuoir secourir ses gẽts, lesquels il sçauoit ne pouuoir long temps durer sans renfort, & rauitaillement nouueau. La peine estoit de trouuer quelque bon Æole, Roy des Autans Bursins, qui les voulust donner, non comme ils le furent à Vlysses, liés dans le cuir pour ne souffler pas, ains deliés, & de bon cours pour bouffer dans les voiles, car sans cela point de nauire ne sçauroit auancer. Or considerant que Madame la Marquise de Guercheuille affectionnoit extremement la conuersion des Sauuages; qu'ell'auoit [188] ja procuré des aumosnes aux Iesuites, à laquelle ils faisoit fort bõ accueil, & voyãt que plusieurs rares vertus brilloyent en elle, il cuida qu'elle pourroit bien encliner à ceste bonn'œuure. Il luy en parla, & ladicte Dame respondit, que volontiers ell'entreroit en l'association que le sieur Robin, & les Iesuites auoyent auecques luy pour le secours de Canada, moyennant que ce fust de la bonne volonté des associés, & qu'elle les aideroit trestous de bonn'affectiõ. Vous pouuez estimer si les Iesuites deuoyent [232] resister à ceste proposition, ou si le sieur Robin en estoit malcontent, à qui ja Canada ne pesoit que trop. Ainsi donc contract fut passé d'association. Ladicte Dame estant à ce autorisee par le sieur de Liencourt premier Escuyer de sa Majesté, & Gouuerneur de Paris son honnoré, [189] & digne mary. Par ce contract estoit arresté qu'icelle Dame dõneroit presentement mille escus pour la cargaison d'vn nauire, & moyennant ce ell'entreroit en part, & des profits que ledit nauire rapporteroit du pays, & des terres que sa Majesté auoit donné audit sieur de Potrincourt, ainsi qu'il est amplement porté dans la minute. En ce contract, le sieur de Potrincourt se reserue Port Royal & ses terres, & dit n'entendre point, qu'il entre en diuision, ny communication des autres Seigneuries, Caps, Haures, & Prouinces, qu'il donne à entendre d'auoir audit pays, outre Port Royal. Or Madame la Marquise somma ledit sieur de Potrincourt de produire les papiers & instruments, par lesquels il constast de ces siennes appartenances & domaine si grand; il s'excusa, disant, [190] qu'il les auoit laissé en la nouuelle France. Ceste response fit soupçõner ladicte Dame & comme ell'est prudente, engin ne luy manqua pas pour se garder d'estre surprise: car elle fit auec le sieur Pierre du Gua, dit de Monts, qu'il luy retrocedast tous les droicts, actiõs, & pretensions qu'il auoit, & auoit oncques eu, en la nouuelle France à cause de la donation à luy faicte par feu Henry le Grand. Item d'autre part, elle impetra lettres de sa Majesté à present regnant, par lesquelles donation luy est faicte de nouueau de toutes les terres, portes & haures de la nouuelle France dés la grande riuiere, iusques à la Floride, [234] horsmis seulement Port Royal. Et en ceste façon celuy qu'on eust pensé estre le plus fin se retrouua contre son opinion serré & confiné comm'en prison dedans son Port [181 i.e., 191] Royal, parce qu'en verité, il n'a, ny n'a iamais eu autres terres, Caps, ny aures, Isles, ny continent, sinon Port Royal, & sa coste: Là où maintenant la dicte Dame tient tout le reste par double tiltre, sçauoir est, & de donation ou cession du sieur de Monts, & de donation nouuelle faicte par sa Majesté à present regnant.