[vi] Avant-Propos.

[30] A GRANDE raison (amy Lecteur) vn des plus anciẽs Prophetes, nous depeignant mystiquement soubs le sensible, & historial degast de la Iudée, les horribles rauages, exterminations, & ruines, que Satan opere, où sa fureur peut auoir le domaine, a dit emphatiquement; Au deuant de luy la terre est vn Paradis de delices, & derriere luy la solitude d'vn desert. Car certes, qui iettera ses yeux sur tout le vaste contour de la terre, & y considerera les nations illuminées du Soleil de Iustice, nostre Sauueur Iesvs-Christ, arrousées de son sang, & precieux Sacrement; nourries de sa grace & parole; viuifiées, & resiouyes de son [vii] esprit; cultiuées, & regies de ses diuins Offices, honnorées de son oracle, & presence réelle; Qui, dy-ie, contemplera cecy, aura grãde occasion de s'escrier, Qu'au deuant du destructeur infernal, Et, où il ne peut atteindre; la terre est vn Paradis de delices, ou toutes benedictions, mesmement temporelles, & seculiere felicité accompagnẽt les peuples; estant planté au milieu d'eux, le vray arbre de vie, nostre Redempteur Iesus-Christ. Mais au contraire, si lon destourne la veuë, & que lon regarde derriere ce maudit tyran, Lucifer, & par où il a peu exercer ses intolerables cruautez, on ne trouuera que destructions & solitudes, cris & lamentations, que desolatiõ, & ombre de mort. Ores il n'est ja besoin, que nous sortions hors de nostre hemisphere, pour voir à l'œil, & recognoistre [viii] ceste verité; La Grece, & la Palestine, [32] jadis vn bel Eden, auiourd'huy vn pitoyable desert nous sont deuant les yeux. Que s'il vous plaist que nous nous regardions nous mesmes, pour, touchãt à la main cela mesme, rendre loüange au liberal donateur de nos biens: Ie vous prie suiuons ce Soleil corporel, qui nous esclaire, & l'accompagnons en son couchant, pour sçauoir, à qui par droicte ligne de nous, il va donner le bon iour au delà de nostre Ocean, nous ayant icy recommandé au repos de la nuict. C'est la nouuelle France, ceste nouuelle terre, dy-ie, descouuerte premierement au dernier siecle, par nos François, terre iumelle auec la nostre, subiecte à mesmes influences, rangée en mesme parallele, située en mesme climat; terre vaste, & pour ainsi dire, infinie: [ix] terre que nous saluons, regardans nostre Soleil en son vespre: terre cependant, de laquelle vous pourrez meritoirement dire, si vous considerez Satan en front, & venant de l'Occident pour nous abbatre: Deuant luy est vn Paradis de delices, & derriere luy la solitude d'vn desert: Car en pure verité toute ceste region, quoy que capable de mesme felicité que nous, toutefois par malice de Satan, qui y regne, n'est qu'vn horrible desert, nõ guiere moins calamiteux pour la malencontreuse disette des biens corporels, que pour celle, qui absoluëment rend les hommes miserables, l'extreme nudité des parements, & richesses de l'ame: & ne faut ja en accuser le sol, ou malignité de la terre, l'air, ou les eaux, les hommes, ou leurs humeurs: Nous sommes tous faicts, & releuons de mesmes principes: [x] Nous respirons soubs mesme eleuation de pole, mesmes constellations nous temperent: & ne croy point, que la terre, laquelle produit là d'aussi hauts, & beaux arbres que les nostres, ne produisist [34] d'aussi belles moissons, si elle estoit cultiuée, D'où vient donc vne si grande diuersité? d'où ce tant inegal partage de bon, & mal heur? de jardin & desert? de Paradis, & d'Enfer? Que m'interrogerez-vous? Interrogez celuy, qui du Ciel aduisoit son peuple, de considerer ceste tant opposite diuision entre Esaü & Iacob, freres iumeaux, & comme cestuy-là estoit logé en l'air auec les dragõs, & bestes sauuages; & cestuy-cy en la moüelle, & mammelle de la terre auec les Anges.