CHAPITRE XXXI. [i.e., xxx.]

LE DEPART DE PORT ROYAL, LES DIUERSES AUENTURES DES NAUIRES; & COMME NOUS FUSMES CONTRAINTS DE RELASCHER AUX AÇORES.

LE neufuiesme de Nouembre de ceste année 1613. les Anglois departirẽt de Port Royal en intention de s'aller rendre à [276 i.e., 278] leur Virginie, & y iouïr du butin l'hyuer suiuant. Or dés ce temps le Lieutenant Turnel, ne regardoit plus le P. Biard, que comme vn pendard abominable: il le detestoit encores d'auantage, quand il repensoit au passé: car par le passé, il auoit faict estat de le priser, & l'aymer pour sa naïfue simplicité, & ouuerte candeur. Mais ayant veu le tesmoignage par escrit de tant de François, qui l'asseuroyent estre naturel Espagnol, & meschant homme, il aimoit mieux croire, que le Iesuite fust menteur, que non pas tant d'autres, qui l'accusoyent. Par ainsi il haissoit d'autant plus irreconciliablement ceste si profonde & impenetrable dissimulation (comme il pensoit) d'vn Espagnol, contrefaisant le François, laquelle luy, homme reputé pour accort, & bien aduisé, n'auoit sceu descouurir [277 i.e., 279] en tant de temps; ains à laquelle il s'estoit laissé surprendre iusques à vne familiarité, & amitié grande. Telle estoit la cholere du Capitaine Turnel, lequel d'ores en auant i'appelleray absoluement Capitaine & non plus Lieutenant, parce que nous allons nous separer: escoutez comment.