CHAPITRE XXXII. [i.e., xxix.]

LA PRINSE, & INCENDIE DE PORT ROYAL, DEUX GRANDS DANGERS DU P. BIARD.

LE Capitaine Argal ayant ruiné saincte Croix; ne sçauoit comment addresser, & faire voile à Port Royal selon la commission qu'il en auoit, d'autant qu'il [265 i.e., 267] doutoit de s'aller engouffrer en si dangereuse plage sans conducteur bien cognoissant des lieux, & par l'exemple frais, qu'il auoit du P. Biard, il n'osoit attendre qu'aucun François l'y voulust cõduire, ou l'y conseiller sincerement. A ceste cause il se mit en queste de quelque Sauuage, & fit tant par ses courses, embusches, enquestes, & industries, qu'il surprint le Sagamo, homme tres-experimenté, & entendant au faict du pays; à la conduicte d'iceluy il vint à Port Royal. Or il y eust eu là sans doute du mal-heur pour le regard des François, parce que l'Anglois entrant à la Lune, dans le Port comm'il fit, & venãt anchrer à la veuë de l'habitation à plus de deux lieuës loin, si les Frãçois eussent veillé, ils auoyẽt beau moyen ou de se preparer au combat, ou de se desbagager: car à [266 i.e., 268] cause de la marée, l'Anglois ne fut deuant l'habitation qu'à dix, ou onze heures du iour suiuant. Ie ne sçay ce qu'on fit. Tant y a que l'Anglois mettant pied à terre ne trouua personne dans le fort, & vit des souliers & des hardes esparses. Par ainsi il eust double ioye en ceste prinse: l'vne qu'il ne trouua aucune resistance, [40] ce que iamais il n'eust pensé; l'autre qu'il rencontra vn assez bon butin, à quoy il ne s'attendoit pas.