[21] CHAPITRE II.

DE LA CONUERSION & DE LA MORT DE QUELQUES SAUUAGES.

VINGT-DEVX sauuages ont esté baptisez ceste année, si nous auions la cognoissance des langues, ie croy que la foy prendroit de grands accroissemens: nous n'osons encor confier le baptesme qu'à ceux que nous voyons en danger de mort, ou à des enfans qui nous sont asseurez: Car ne pouuant encore plainement instruire ces Barbares, ils mépriseroîent bien-tost nos saincts Mysteres, s'ils n'en auoient qu'vne legere cognoissance. Il est bien vray que si ce peuple estoit curieux de sçauoir, comme sont toutes les nations policées, que quelques-vns [22] d'entre nous ont vne assez grande cognoissance de leur lãgue, pour les instruire: mais comme ils sont profession de viure, & non pas de sçauoir; leur plus grand soucy est de boire & de manger, & non pas de cognoistre. Quand vous leur parlez de nos veritez, ils vous écoutent paisiblement; mais au lieu de vous interroguer sur ce sujet, ils se iettent incontinent sur les moyens de trouuer dequoy viure, monstrans leur estomach tousiours vuide, & tousiours affamé. Que si on sçauoit haranguer comme eux, & qu'on se trouuast en leurs assemblées, ie croy qu'on y seroit bien puissant, la bonté de Dieu sera tout reussir en son temps: venons à nos Neophytes. Le 16. d'Aoust de l'année passée 1634. vn peu apres le depart des vaisseaux, ie baptisay [276] à la mort vn ieune garçon aagé d'enuiron 12. ou 14. ans, les [23] Saunages le nommoient Akhikouch, nous luy auions destiné le nom de Dieudonné. Monsieur du Plessis Bochard General de la flotte l'auoit amené des trois Riuieres tout malade, & nous l'auoit donné pour luy sauuer si on pouuoit la vie du corps, & luy donner celle de l'ame: il n'a vescu chez nous que le temps necessaire pour estre sommairement instruit.