No. VI.
EXTRACT FROM A REPORT MADE BY THE DUKE OF DALMATIA TO THE PRINCE OF WAGRAM AND OF NEUFCHATEL.
SECTION 1.
“Seville, August 4th, 1810.
“Par une décision de l’Empereur du mois de Fevrier dernier S. M. détermine qu’à compter du 1er Janvier toutes les dépenses d’administration générale du Genie et de l’artillerie seraient au compte du gouvenement Espagnol; aussitôt que j’en fus instruit je sollicitai S. M. C. d’assigner à cet effet une somme; mais je ne pus obtenir que 2,000,000, de réaux (533,000 f.) et encore le Roi entendait il que les payements ne remontassent qu’au mois de Fevrier; cette somme était de beaucoup insuffisante. Je n’ai cessé d’en faire la représentation, ainsi que Monsr. l’Intendant Général; nos demandes n’ont pas été accueillies, et pour couvrir autant que possible la différence j’ai du avoir recours aux recettes extraordinaires faites sans la participation des ministres Espagnols. J’espère que ce moyen réussira, déjà même il a produit quelques sommes. L’état que je mets ci joint fait connaître les recouvremens qui out été opérés sur les fonds de 533,000 f. du crédit mensuel à l’époque du 1er Août lesquels forment la somme de 3,731,000 f. mais indépendamment il y a eu des recettes extraordinaires pour au moins 500,000 f. qui ont reçu la même destination (les dépenses d’administration générale) antérieurement à cette époque. J’avais fait mettre à la disposition de Monsr. l’Intendant Général des Valeurs pour plus d’un million qui devait servir à payer une partie de l’armée. Mr. l’Intendant Général justifie de l’emploi de toutes ces sommes dans ses comptes généraux. Les ministres de S. M. C. n’admettent pas les comptes que je présente; d’abord ils ne veulent pas allouer la somme de 500,000 f. qui a été reportée a l’article des dépenses d’administration générale, s’appuyant sur ce sujet sur la décision du roi qui ne fait remonter ces dépenses que jusqu’au mois de Fevrier, quoique l’empereur ait expressement entendu que le mois de Janvier devait aussi y être compris, ils ne veulent pas non plus reconnaître les recettes extraordinaires, où ils prétendent en précompter le produit sur le crédit mensuel de 533,000 f. Il n’est pas dans mon pouvoir d’admettre leurs motifs, la décision de l’empereur est expresse et tant que je serai dans la situation délicate où je me trouve, mon devoir m’obligera de pourvoir aux besoins du service par tous les moyens praticables. Les recettes qui ont eu lieu en Andalusie ont servi à toutes les dépenses de l’artillerie, du genie, des état majors et de l’administration générale qui sont vraiment immenses, et quoiqu’on ait absolument rien reçu de France ni de Madrid, j’ai en même temps pu faire payer trois mois de solde à l’armée, c’est sans doute bien peu quand il est du 8 à 10 mois d’arrière à la troupe et que l’insuffisance des moyens oblige à augmenter encore cet arrière, mais ne recevant rien je crois qu’il m’était impossible de mieux faire. V. A. en sera elle même convaincue si elle veut s’arrêter un moment sur l’apperçu que je vais lui donner des charges que l’Andalusie supporte. On consomme tous les jours près de 100,000 rations de vivres et 20,000 rations de fourrage; il y a 2000 malades aux hôpitaux. La forteresse de Jaen, le fort de Malaga, l’Alhambra de Grenade, au dessus duquel on a construit un grand camp retranché; tous les châteaux sur les bords de la mer depuis le cap de Gata jusqu’à Fuengirola, le château d’Alcala la Réal, la place de Ronda, les anciens châteaux d’Olbera et de Moron, le château de Belalcazar, le château de Castillo de Los Guardias et plusieurs autres portes sur les frontières de l’Estremadura qu’on a dû aussi occuper. On a pourvu aux dépenses que les travaux devant Cadiz et la construction d’une flottille occasionment. On a établi à Grenade une poudrière et une fabrique d’armes, laquelle jusqu’à présent a peu donné, mais qui par la suite sera très utile. On a rétabli et mis dans une grande activité la fonderie et l’arsenal de Seville où journellement 1500 ouvriers sont employés. Nous manquions de poudre et de projectiles de feu et d’affûts. J’ai fait rétablir deux moulins à poudre à Seville et fait exploiter toutes les nitrières de l’Andalusie, à présent on compte aussi à Seville des projectiles de tous les calibres, jusqu’aux bombes de 12 pouces, tout le vieux fer a été ramassé, on a construit les affûts nécessaires pour l’armement des batteries devant Cadiz. On a fait des réquisitions en souliers et effets d’habillement dont la troupe a profité. J’ai fait lever dans le pays 2000 mules qui out été données à l’artillerie, aux équipages militaires et au Génie. J’ai fait construire et organiser un équipage de 36 pièces de montagnes, dont 12 obusiers, de 12 qui sont portés à dos de mulets et vont être repartis dans tous les corps d’armée. La totalité de ces dépenses ainsi qu’une infinité d’autres dont je ne fais pas l’énumération sont au compte du gouvernement Espagnol, et le pays les supporte indépendamment du crédit mensuel de 533,000 f. et des recettes extraordinaires que je fais opérer lorsqu’il y a possibilité dont l’application a lieu en faveur de l’administration générale de l’armée, du Genie, de l’artillerie, des états majors, des frais de courses et des dépenses secrettes. Ces charges sont immenses et jamais le pays n’aurait pu les supporter si nous n’étions parvenus à mettre de l’ordre et la plus grande régularité dans les dépenses et consommations; mais il serait difficile de les augmenter, peut-être même y aurait il du danger de chercher à le faire; c’est au point que malgré que nous soyons à la récolte il faut déjà penser à faire venir du bled des autres provinces, le produit de l’Andalusie étant insuffisant pour la consommation de ses habitans et celle de l’armée. Cependant S.M.C. et ses ministres qui sont parfaitement instruits de cette situation ont voulu attirer à Madrid les revenues de l’Andalusie: je dis les revenues car leurs demandes dépassaient les recettes; des ordres ont même été expédiés en conséquence aux commissaires Royaux des Préfectures et je me suis trouvé dans l’obligation de m’opposer ouvertement à l’effet de cette mesure dont l’exécution eut non seulement compromis tous les services de l’armée, mais occasionné peut être, des mouvemens séditieux; d’ailleurs il y avait impossibilité de la remplir, à ce sujet j’ai l’honneur de mettre sous les yeux de V.A. extrait d’une lettre que j’eus l’honneur d’écrire au roi le 13 Juillet dernier et copie de celle que j’adressai à Monsieur le marquis d’Almenara, ministre des finances, le 30 du même mois pour répondre à une des siennes, où il me peignait l’état désespérant des finances de S.M.C. Je supplie avec instance V.A. de vouloir bien rendre compte du contenu de ces lettres et du présent rapport à S.M. l’empereur.
“J’aurai voulu pour que S.M. fut mieux instruite de tout ce que s’est fait en Andalousie pouvoir entrer dans des détails plus étendus; mais j’ai dû me borner à traiter des points principaux, les détails se trouvent dans ma correspondance, et dans les rapports de Monsieur l’intendant général sur l’administration. Cependant d’après ce que j’ai dit S.M. aura une idée exacte des opérations administratives et autres qui ont eu lieu, ainsi que de l’état de ses troupes et des embarras de ma situation: elle est telle aujourd’hui que je dois supplier avec la plus vive instance S.M. au nom même de son service de daigner la prendre en considération: j’ai des devoirs à remplir dont je sais toute l’étendue, je m’y livre sans réserve mais la responsabilité est trop forte pour que dans la position où je me trouve je puisse la soutenir; en effet j’ai à combattre des prétentions et des intérêts qui sont évidemment en opposition avec ceux de l’armée et par conséquent avec ceux de l’empereur; je suis forcé par mes propres devoirs de m’opposer à l’exécution des divers ordres que le roi donne et faire souvent le contraire. J’ai aussi constamment à lutter contre l’amour propre des chefs militaires, que souvent peuvent différer d’opinion avec moi et naturellement prétendent faire prévaloir leurs idées. Toutes ces considérations me font regarder la tâche qui m’est imposée comme au dessus de mes forces et me portent à désirer que S.M. l’empereur daigne me faire connaître ses intentions ou pourvoir à mon remplacement et mettre à la tête de son armée dans le midi de l’Espagne, un chef plus capable que moi d’en diriger les opérations. Je me permettrai seulement de faire observer à ce sujet que le bien du service de l’empereur commande impérieusement que toutes les troupes qui sont dans le midi de l’Espagne depuis le Tage jusqu’aux deux mers suivent le même système d’opérations, et soyent par conséquent commandés par un seul chef lequel doit être dans la pensée de l’empereur, et avoir ses instructions afin que le cas se présentant où il lui serait fait opposition d’une manière quelconque, il puisse se conduire en conséquence et parvenir au but qui lui sera indiqué; tout autre système retardera la marche des affaires et occasionera inévitablement des désagréments qu’on peut autrement éviter.”
“J’ai l’honneur, &c.
“(Signé) Le Maréchal Duc de Dalmatie.”
SECTION 2.
Intercepted Letter from marshal Mortier to the emperor, 13th July, 1810.
SIRE,
L’état de nullité où je suis depuis que Monsieur le duc de Dalmatie, major général, a pris l’initiative de tous les movemens même le plus minutieux de 5eme corps rend ici ma presence tout à fait inutile, il ne me reste que le chagrin de voir d’excellentes troupes animées du meilleur esprit, disseminées dans toute l’Andalusie et perdant tous les jours de braves gens sans but ni résultat. Dans cet état des choses je prie V.M. de vouloir bien me permettra des me retirer à Burgos pour y attendre des ordres s’il ne juge pas à propos de m’accorder un congé pour retourner en France, congé que reclame ma santé à la suite d’une maladie grave dont je suis à peine convalescent.
J’ai l’honneur, &c. &c.
Le Mareschal Duc de Trévise.