No. VII.
SECTION 1.
Extract from an intercepted despatch of Massena, dated July 10, 1810.
“Generals Romana and Carrera have gone to lord Wellington’s head-quarters, but the latter has not abandoned his Lines.”
General P. Boyer to S. Swartz, July 8.
“We are covering the siege of Ciudad Rodrigo, a place strong by its position and works, and which has been attacked with but little method. The English army is opposite ours, but, for good reasons, does not move: we compose the corps of observation; we are on the look out for them.”
SECTION 2.
Extrait du Journal du C. de B. Pelet, premier aide-de-camp du maréchal prince d’Essling.
“1810. 5 Août, à Ciudad Rodrigo.—Le capitaine du génie Boucherat arrive du 2e corps; il a fait la campagne du Portugal, 1807. Beaucoup causé avec lui sur ce pays. Il a fait la route de Lisbonne à Almeyda avec M. Mairet, et me remet un itinéraire qu’il en a dressé. Il prétend ces routes très difficiles; les rivières très encaissées, et inabordable sur les deux rives du Mondego. Celui-ci a peu d’eau, doit être guéable presque partout; et une partie de ses rives bien difficiles, et en certains endroits il n’y a pas plus de 20 toises de largeur; un seul pont sans chemin (je crois à Fornos;) mais la rivière n’est pas un obstacle aux communications des deux rives. La route d’Idanha, Castelbranco, &c. mauvaise, cependant non absolument impraticable à des pièces légères. Tage, très escarpé, rocailleux, profond jusqu’à Abrantés * * * * Au dessous de cette ville, ou plutôt au confluent du Zézère, le pays devient plat; le lit du Tage s’élargit; il n’y a plus que des collines même éloignées, et tout est très praticable. Les montagnes de Santarem sont des collines peu élevées, praticables, accessibles sur leur sommet, peu propres à être défendues ce qui est commune jusqu’à la mer pour celles de Montachique, qui sont des plateaux arrondis, accessibles à toute les armes; et on pourrait marcher ou manœuvrer dans toutes les directions. J’ai fait copier cet itinéraire.”
“1810. 7 Octobre, à Leyria.—Causé avec le général Loison des position de Montachique, ensuite avec le prince.”
“1810. 9 Octobre, à Riomajor. On dit que l’ennemi se retranche à Alhandra et Bucella. Les généraux Reynier et Foy ont une carte de Riomajor à Lisbonne; espèce de croquis fait à la hâte, d’après de bons matériaux, mais où la figure est très mauvaise. Je le fais copier.”
SECTION 3.
A Monsieur le maréchal prince d’Essling. Sur la hauteur en arrière de Moira, le 26 Septembre, 1810, à 10 heure ½.
J’ai l’honneur de vous adresser une lettre que je viens de recevoir du général Reynier et copie d’une réponse.
Vous trouverez également ci-joint une lettre du général Reynier adressée à votre excellence.
Je vous renouvelle, prince, l’assurance de ma haute considération.
(Signé) Le Maréchal Duc D’elchingen.
A Monsieur le maréchal duc d’Elchingen. St. Antonio, le 26 Septembre, à 8 heure du matin.
Depuis que le brouillard est dissipé, on apperçoit sur le Serra au delà de St. Antonio, cinq bataillons Portugais qui étoient à mi-côte et qui sont montés sur la crête à mesure que le brouillard s’est éclairci. Il y a de plus au col où passe le chemin, 6 pièces de canon et un détachement d’infantrie Anglaise, et à mi-côte une ligne de tirailleurs partie Anglais qui s’étend depuis le chemin qui monte du village de Carvailha à ma gauche, jusques vis-à-vis des postes du 6e corps, on voit des troupes sur les sommités qui font face au 6e corps; mais comme on ne les apperçoit que de revers, ou ne peut juger de leur nombre.
On ne peut deviner s’il y a des troupes en arrière, mais d’après l’organisation de la montagne dont les crêtes, sont étroites, et qui a des pentes rapides de chaque côte il ne doit pas avoir de terrain pour y placer de fortes réserves et manœuvres. Cela me parait une arrière garde mais la position est forte, et il faut faire des dispositions pour l’attaquer avec succès. J’attends des nouvelles de ce que l’ennemi fait devant vous pour faire aucun mouvement; si vous jugez que c’est une arrière garde et que vous l’attaquiez, j’attaquerai aussi. Si vous jugez convenable d’attendre les ordres de Monsieur le maréchal prince d’Essling, j’attendrai aussi, comme je pense qu’il viendra vers votre corps, je vous prie de lui faire parvenir le rapport ci-joint avec les vôtres.
J’ai l’honneur de vous prier, Monsieur le maréchal, d’agréer l’hommage de mon respect.
(Signé) Reynier.
A Monsieur le Général Reynier. Sur la hauteur en arrière de Moira, le 26 Septembre 1810, à 10 heures ½ du matin.
Je reçois à l’instant, mon cher général, votre lettre de ce jour. Je pense qu’une grande partie de l’armée Anglo-Portugaise a passé la nuit sur la crête des montagnes qui domine toute la vallée de Moira. Un paysan dit qu’il existe de l’autre côté de ces montagnes une plaine assez belle d’une demi-lieue d’étendue, et très garnie d’Oliviers. Depuis ce matin, l’ennemi marche par sa gauche, et semble diriger ses colonnes principales sur la route d’Oporto; cependant il tient encore assez de monde à la droite du parc qui couvre le couvent des minimes nommé Sako; et il montre une 12ne de pièces d’artillerie. Le chemin de Coïmbre passe très près de ce courent.
J’ai envoyé ce matin un de mes aides-de-camp au prince d’Essling pour lui dire que nous sommes en présence, et qu’il serait nécessaire qu’il arrivât pour prendre un parti. Si j’avais le commandement, j’attaquerais sans hésiter un seul instant; mais je crois, mon cher général, que vous ne pouvez rien compromettre en vous échelonnant sur la droite de l’ennemi; et en poussant ses avant-postes, car c’est véritablement par ce point qu’il faudrait le forcer à faire sa retraite.
Je vous renouvelle, &c.
(Signé) Le maréchal Duc d’Elchingen.
SECTION 4.
A Monsieur le maréchal prince d’Essling, Commandant-en-chef, l’armée de Portugal, Paris, le 4 Décembre, 1810.
Monsieur le prince d’Essling, le général Foy que vous avez expédié est arrivé à Paris le 22 Novembre; il a fait connaître à sa majesté et dans le plus grand détail ce qui s’est passé et votre situation.
Dès le 4 Novembre le général Gardanne était en avant d’Almeida avec un corps de 6,000 hommes. Le compte d’Erlon avec les divisions Claparede, Conroux, et la division Fournier a dû se trouver à Guarda vers le 20 Novembre.
L’Empereur, prince, a vu par les journaux Anglais, que vous aviez établi des ponts sur le Tage et que sous en avez un sur le Zézère, défendu sur les deux rives pas de fortes têtes de pont. Sa majesté pense que vous devez vous retrancher dans la position, que vous occupez devant l’ennemi; qu’Abrantés se trouvant à 800 toises du Tage, vous l’aurez isolé de son pont et bloqué pour en faire le siège. L’Empereur vous recommande d’établir deux ponts sur le Zézère, de défendre ces ponts par des ouvrages considérables, comme ceux du Spitz devant Vienne. Votre ligne d’opérations et de communications devant être établie par la route de Garda, partant du Zézère, passant par Cardigos, suivant la crête des montagnes par Campinha et Belmonte, vous aurez toujours la route de Castelbranco et Salvatera pour faire des vivres.
Je viens de donner de nouveau l’ordre déjà réitéré plusieurs fois au duc de Dalmatie, d’envoyer le 5me corps sur le Tage entre Montalveo et Villaflor, pour faire sa jonction avec vous. L’Empereur croit qu’il serait nécessaire de s’emparer d’Alcantara, de fortifier et de consolider tous les ponts sur le Zézère et sur le Tage, d’assurer toutes vos communications en saississant les points favorables que peuvent offrir les localités pour fortifier de petites positions; des châteaux ou maisons qui, occupées par peu de troupes, soient à l’abri des incursions des milices.
Vous sentirez, Monsieur le Prince d’Essling, l’avantage de régulariser ainsi la guerre, ce qui vous mettra à même de profiter de la réunion de tous les corps qui vont vous renforcer, pour marcher sur lord Wellington et attaquer la gauche de sa position, soit pour l’obliger à se rembarquer en marchant sur la rive gauche du Tage, ou enfin, si tous ces moyens ne réussissaient pas, vous serez en mesure de rester en position pendant les mois de Décembre et de Janvier, en vous occupant d’organiser vos vivres et de bien établir vos communications avec Madrid et Almeyda.
L’armée du centre qui est à Madrid, ayant des détachements sur Placentia, vos communications avec cette capitale ne sont pas difficiles.
Deux millions 500 mille francs destinés à la solde de votre armée sont déjà à Valladolid; deux autre millions partent en ce moment de Bayonne. Ainsi votre armée sera dans une bonne situation.
Votre position deviendra très embarrassante pour les Anglais, qui, indépendamment d’une consommation énorme d’hommes et d’argent, se trouveront engagés dans une guerre de système, et ayant toujours une immensité de bâtimens à la mer pour leur rembarquement. Il faut donc, Prince, travailler sans cesse à vous fortifier vis-à-vis de la position des ennemis, et pouvoir garder la vôtre avec moins de monde; ce qui rendra une partie de votre armée mobile et vous mettra à même de faire des incursions dans le pays.
Vous trouverez ci-joint des moniteurs qui donnent des nouvelles de Portugal, parvenues par la voie de l’Angleterre, datées du 12 Novembre.
Le Prince de Wagram et de Neuchâtel,
Major-Général,
(Signé) Alexandre.
SECTION 5.
A Monsieur le maréchal prince d’Essling, Commandant-en-chef, l’armée de Portugal, Paris, le 22 Décembre, 1810.
Je vous expédie, Prince, le général Foy que l’Empereur a nommé général de division; je vous envoie les moniteurs; vous y verrez que nous apprenons par les nouvelles d’Angleterre qu’au 1 Décembre, vous vous fortifiez dans votre position de Santarem.
L’Empereur met la plus grande importance à ce que vous teniez constamment en échec les Anglais, à ce que vous ayez des ponts sur le Zézère et sur le Tage; la saison va devenir bonne pour les opérations militaires, et vous aurez le moyen de harceler les Anglais et de leur faire éprouver journellement des pertes. Par les nouvelles des journaux Anglais, il parait qu’il y a beaucoup de malades dans leur armée, ils ne comptent que ———— 27 à 28 mille hommes sous les armes et un effectif de 31 milles, y compris la cavalerie et l’artillerie. La situation de l’armée Anglaise en Portugal tient Londres dans une angoise continuelle, et l’Empereur regarde comme un grand avantage de tenir les Anglais en échec, de les attirer et de leur faire perdre du monde dans des affaires d’avant-gardes, jusqu’à ce que vous soyez à même de les engager dans une affaire générale. Je réitère encore au maréchal duc de Trévise l’ordre de marcher sur le Tage avec le 5me corps.
Le comte d’Erlon, qui réunit son corps à Ciudad-Rodrigo, va profiter de ce moment où les pluies cessent pour reprendre l’offensive et battre tous ces corps de mauvaises troupes que se trouvent sur vos communications et sur vos flancs.
Vos ponts étant bien assurés sur le Zézère, la ligne de vos opérations la plus naturelle parait devoir être par la rive gauche de cette rivière.
Le général Foy, à qui l’Empereur a parlé longtems vous donnera plus de détails.
Le Prince de Wagram et de Neuchâtel,
Major-Général,
(Signé) Alexandre.
SECTION 6.
A Monsieur le maréchal d’Essling, Commandant-en-chef, l’armée de Portugal, Paris, le 16 Janvier, 1811.
Je vous préviens, Prince, que par décret impérial, en date du 15 de ce mois, l’Empereur a formé une armée du Nord de l’Espagne, dont le commandement est confié à Monsieur le maréchal duc d’Istrie qui va établir son quartier général à Burgos.
L’arrondissement de l’armée du Nord de l’Espagne est composé:—
1º. De la Navarre formant le 3e governement de l’Espagne.
2º. Des trois provinces de la Biscaye et de la province de Santander, formant le 4e gouvernement.
3º. De la province des Asturies.
4º. Des provinces de Burgos, Aranda, et Soria, formant le 5e gouvernement.
5º. Des provinces de Palencia, Valladolid, Leon, Benevente, Toro, et Zamore, formant le 6e gouvernement.
6º. De la province de Salamanque.
Ainsi cet arrondissement comprend tout le pays occupé par les troupes Françaises entre la mer, la France, le Portugal, et les limites de l’arrondissement des armées du centre et de l’Arragon.
Cette disposition en centralisant le pourvoir, va donner de l’ensemble et une nouvelle impulsion d’activité aux opérations dans toutes les provinces du Nord de l’Espagne; et Monsieur le maréchal duc d’Istrie mettra un soin particulier à maintenir les communications entre Valladolid, Salamanque, et Almeida.
Je vous engage, Prince, à correspondre avec Monsieur le maréchal duc d’Istrie toutes les fois que vous le jugerez utile au service.
D’après les ordres de l’Empereur je préviens Monsieur le duc d’Istrie que dans des circonstances imprévues, il doit appuyer l’armée de Portugal et lui porter du secours; je le préviens aussi que le 9me corps d’armée serait sous ses ordres dans le cas où ce corps rentrerait en Espagne.
Le Prince de Wagram et de Neuchâtel,
Major-Général,
(Signé) Alexandre.
SECTION 7.
A Monsieur le maréchal duc de Dalmatie, Paris, le 24 Janvier, 1811.
Vous verrez par le moniteur d’hier, Monsieur le duc de Dalmatie, que les armées de Portugal étaient à la fin de l’année dernière dans la même position. L’Empereur me charge de vous renouveller l’ordre de vous porter au secours du prince d’Essling, qui est toujours à Santarem; il a plusieurs ponts sur le Zézère, et il attend que les eaux soient diminuées pour en jetter un sur le Tage. Il parait certain que le 9me corps a opéré sa jonction avec lui par le Nord, c’est-à-dire, par Almeyda.
L’Empereur espère que le prince d’Essling aura jetté un pont sur le Tage; ce que lui donnera des vivres.
Les corps insurgés de Valence et de Murcie vont se trouver occupé par le corps du général Suchet, aussitôt que Tarragone sera tombé entre nos mains, comme l’a fait la place de Tortose; alors Sa Majesté pense que le 5me corps et une partie du 4me pourront-se porter au secours du prince d’Essling.
Le Major-Général,
(Signé) Alexandre.
SECTION 8.
A Monsieur le maréchal prince d’Essling, Paris, le 25 Janvier, 1811.
Je vous préviens, prince, que Monsieur le maréchal duc de Dalmatie s’est mis en marche dans les premiers jours de Janvier avec le 9me corps d’armée, un corps de cavalerie, et un équipage de siège pour se porter sur Badajoz et faire le siège de cette place. Ces troupes ont dû arriver le 10 de ce mois devant Badajoz; je mande au duc de Dalmatie qu’après la prise de cette place il doit se porter sans perdre de tems sur le Tage avec son équipage de siège pour vous donner les moyens d’assiéger et de prendre Abrantés.
Le Prince de Wagram et de Neuchâtel,
Major-Général,
(Signé) Alexandre.
SECTION 9.
Au Prince de Wagram et de Neuchâtel, major-général, Paris, le 6 Fevrier, 1811.
Mon cousin, je pense que vous devez envoyer le moniteur d’aujourd’hui au duc de Dalmatie, au duc de Trévise, au général Belliard, au duc d’Istrie, aux commandans de Cuidad Rodrigo et d’Almeida, aux général Thiébaut, et aux généraux Dorsenne, Cafarelli, et Reille. Ecrivez au duc d’Istrie en lui envoyant le moniteur, pour lui annoncer qu’il y trouvera les dernières nouvelles du Portugal, qui paraissent être du 13; que tout parait prendre une couleur avantageuse; que si Badajoz a été pris dans le courant de Janvier, le duc de Dalmatie a pû se porter sur le Tage, et faciliter l’établissement du pont au prince d’Essling; qu’il devient donc très important de faire toutes les dispositions que j’ai ordonnées afin que le général Drouet avec ses deux divisions puisse être tout entier à la disposition du prince d’Essling. Ecrivez en même tems au duc de Dalmatie pour lui faire connaître la situation du duc d’Istrie, et lui réitérer l’ordre de favoriser le prince d’Essling pour son possage du Tage; que j’espère que Badajoz aura été prix dans le courant de Janvier; et que vers le 20 Janvier sa jonction aura eu lieu sur le Tage, avec le prince d’Essling; qu’il peut, si cela est nécessaire, retirer des troupes du 4me corps; qu’enfin tout est sur le Tage. Sur ce je prie Dieu, mon cousin, qu’il vous ait dans sa sainte et digne garde.
(Signé) Napoleon.
P.S. Je vous renvoie votre lettre au duc d’Istrie, faites le partir.
SECTION 10.
A Monsieur le maréchal prince d’Essling, commandant-en-chef l’armée de Portugal, Paris, le 7 Février, 1811.
Je vous envoie, prince, le moniteur du 6, vous y trouverez les dernières nouvelles que nous avons du Portugal; elles vont jusqu’au 13 Janvier, et annoncent que tout prend une tournure avantageuse. Si Badajoz a été pris dans le courant de Janvier, comme cela est probable, le duc de Dalmatie aura pu faire marcher des troupes sur le Tage, et vous faciliter l’établissement d’un pont. Je lui en ai donné et je lui en réitère l’ordre; l’Empereur espère que la jonction des troupes de ce maréchal a eu lieu maintenant avec vous sur le Tage.
Les deux divisions d’infanterie du corps du général Drouet, vout rester entièrement à votre disposition d’après les ordres que je donne à Monsieur le maréchal duc d’Istrie, commandant en chef l’armée du nord de l’Espagne; je lui mande de porter son quartier général à Valladolid, d’établir des corps nombreux de cavalerie dans la province de Salamanque afin d’assurer d’une manière journalière sure et rapide la correspondance entre Almeyda, Cuidad Rodrigo et Valladolid, et nous envoyer promptement toutes les nouvelles qui pourront parvenir à l’armée de Portugal.
Je lui prescris de tenir à Ciudad Rodrigo, un corps de 6,000 hommes qui puisse éloigner toute espèce de troupe ennemie de Ciudad Rodrigo et d’Almeida, faire même des incursions sur Pinhel et Guarda, empêcher qu’il se forme aucun rassemblement sur les derrières du 9me corps et présenter des dispositions offensives sur cette frontière du Portugal.
De réunir une forte brigade de la garde impériale vers Zamora d’où elle sera à portée de soutenir le corps de Ciudad Rodrigo, et où elle se trouvera d’ailleurs dans une position avancée pour agir suivant les circonstances.
De réunir une autre forte brigade de la garde à Valladolid où elle sera en mesure d’appuyer la première et de réunir le reste de la garde dans le gouvernement de Burgos.
Par ces dispositions, prince, les deux divisions d’infanterie du 9me corps, seront entièrement à votre disposition et avec ce secours vous serez en mesure de tenir longtems la position que vous occupez; de vous porter sur la rive gauche du Tage; ou enfin d’agir comme vous le jugerez convenable sans avoir aucune inquiétude sur le nord de l’Espagne, puisque le duc d’Istrie sera à portée de marcher sur Almeyda et Ciudad Rodrigo et même sur Madrid, si des circonstances inattendues le rendaient nécessaire.
Dès que le duc d’Istrie aura fait ses dispositions il enverra un officier au général Drouet, pour l’en instruire et lui faire connoître qu’il peut rester en entier pour vous renforcer.
Le général Foy a dû partir vers le 29 Janvier de Ciudad Rodrigo, avec 4 bataillons et 300 hommes de cavalerie pour vous rejoindre.
Le Prince de Wagram et d’Neuchâtel,
Major-Général,
(Signé) Alexandre.
SECTION 11.
A Monsieur le maréchal duc d’Istrie, Guarda, le 29 Mars, 1811.
Mon cher Maréchal, vous aurez appris notre arrivée aux frontières du Portugal, l’armée se trouve dans un pays absolument ruiné; et avec toute ma volonté et la patience de l’armée, je crains de n’y pouvoir tenir 8 jours, et je me verrai forcé de rentrer en Espagne.
J’écris à Mr. le Cte. d’Erlon pour qu’il fasse approvisionner Almeyda et Rodrigo; ces deux places n’auraient jamais dû cesser d’avoir pour 3 mois de vivres aux quels ou n’aurait pas dû toucher sous aucun prétexte; et ma surprise est extrême d’apprendre qu’il n’y a que pour 10 jours de vivres à Almeyda. Je lui écris aussi de prendre une position entre Rodrigo et Almeyda, avec ses deux divisions; vous sentez combien il est nécessaire, qu’il se place à portée de marcher au secours d’Almeyda.
Si je trouvais des vivres, je ne quitterais pas les frontières d’Espagne et du Portugal, mais comme je vous l’ai dit, je ne vois guère la possibilité d’y rester * * * *
(Signé) Le Prince d’Essling.
SECTION 12.
A Monsieur le maréchal duc d’Istrie, Alfayates, le 2 Avril, 1811.
Mon cher Maréchal, le pays que l’armée occupe ne pouvant en aucune manière le faire vivre, je me vois forcé de la faire rentrer en Espagne. Voici les cantonnements que je lui ai assignés et l’itinéraire de marche de chaque corps d’armée * * * *
(Signé) Le Prince d’Essling.
SECTION 13.
A Monsieur le maréchal duc d’Istrie, Rodrigo, le 5 Avril, 1811.
Mon cher Maréchal, je suis arrivé avec toute l’armée sur Ciudad Rodrigo, mes troupes depuis plusieurs jours sont sans pain; et je suis obligé de faire prendre sur les approvisionnments de Rodrigo 200 mille rations de biscuit, que je vous prie d’ordonner de remplacer avec les ressources qui peuvent se trouver à Salamanque et Valladolid. Nous partirons ensuite pour les cantonnements que j’ai eu soin de vous faire connaître. J’espère que vous aurez bien voulu faire donner des ordres aux intendans de province, d’y faire préparer des vivres, seul moyen d’y faire maintenir l’ordre.
Je compte séjourner 3 à 4 jours ici pour voir si l’ennemi ne s’approcherait pas des places.
(Signé) Le Prince d’Essling.
SECTION 14.
A Monsieur le maréchal duc d’Istrie, Salamanque, le 15 Avril, 1811.
Mon cher Maréchal, ma position devient toujours plus allarmante; les places appellent des secours; je ne reçois pas de réponses de vous à aucune de mes demandes; et si cet état de chose se prolonge, je serai forcé de faire prendre à l’armée des cantonnements où elle puisse vivre, et d’abandonner les places que je ne suis pas chargé de défendre et encore bien moins d’approvisionner, mes troupes manquant absolument de vivres.
(Signé) Le Prince d’Essling.
SECTION 15.
A Monsieur le maréchal due d’Istrie, Paris, le 3 Avril, 1811.
Le general Foy est arrivé, Monsieur le maréchal duc d’Istrie, ainsi que les deux aides-de-camp du maréchal prince d’Essling, le capitaine Porcher, et le chef d’escadron Pelet. Il parait que le prince d’Essling avec son corps d’armée prend position à Guarda, Belmonte, et Alfuyates. Ainsi il protège Ciudad Rodrigo, Almeyda, Madrid et l’Andalousie. Ses communications doivent s’établir facilement avec l’armée du midi par Alcantara et Badajoz. Si ce qu’on ne prévoit pas, le prince d’Essling étoit vivement attaqué par l’armée Anglaise, l’empereur pense que vous pourriez le soutenir avec une 15ne. de milles hommes. L’armée du centre doit avoir poussé un corps sur Alcantara. L’armée du midi sera renforcée par ce que vous aurez déjà fait partir, et d’après le prince d’Essling, elle va se trouver assez forte pour ne rien craindre de l’ennemi * * * *
(Le reste est sans intérêt.)
Le Major Général,
(Signé) Alexandre.
SECTION 16.
A Monsieur le maréchal duc d’Istrie, Salamanque, le 17 Avril, 1811.
MON CHER MARECHAL,
Le général Reynaud, commandant supérieur à Rodrigo, ainsi que le général Marchand, qui est avec sa division autour de cette place, me rendent compte que 2 divisions Portugaises avec une division Anglaise ont pris position aux environs d’Almeyda. Quoique cette place ait encore des vivres pour une 20ne de jours, et que les Anglais et les Portugais meurent de faim dans leurs positions, il faut faire des dispositions pour les chasser au delà de la Coa, et pour ravitailler cette place. Je vous propose en conséquence, mon cher maréchal, de mettre à ma disposition 12 à 1500 chevaux, ceux de l’armée de Portugal n’étant en état de rendre aucun service; je vous demande de plus une division d’infanterie pour placer en réserve. Vers le 24 ou le 29, ces forces se joindront aux 6 divisions que je compte réunir de l’armée de Portugal pour attaquer l’ennemi, s’il nous attend dans ses positions et le chasser au delà de la Coa. Il est impossible de faire faire le moindre mouvement à toutes ces troupes, du moins à celles de l’armée de Portugal pour attaquer l’ennemi; si on ne peut leur faire distribuer pour 10 jours de biscuit et avoir de l’eau de vie à la suite de l’armée. Je vous demande encore 15 à 18 pièces d’artillerie bien attelées, celles à mes ordres étant hors d’état de marcher. Avec ces moyens, nul doute que l’ennemi ne soit déposté et chassé hors des frontières de l’Espagne et au delà de la Coa. Mon cher maréchal, je vis ici au jour le jour; je suis sans le sol, vous pouvez tout; il faut donc nous envoyer du biscuit, de l’eau de vie, du pain et de l’orge. Ce sera avec ces moyens que nous pourrons manœuvrer. Il ne faut pas perdre un instant. Il est très urgent de marcher au secours d’Almeyda. C’est à vous à donner vos ordres; et vous me trouverez porté de la meilleure volonté à faire tout ce qui sera convenable aux intérêts de S. M.
(Signé) Le Prince d’Essling.
SECTION 17.
A Monsieur le maréchal duc d’Istrie, Salamanque, le 22 Avril, 1811.
MON CHER MARECHAL,
J’ai reçu votre dépêche. Toutes vos promesses de vous réunir à moi s’évanouissent donc dans le moment où j’en ai besoin, ravitailler Almeida et Rodrigo est la 1re opération et la seule qui peut nous donner la faculté de rendre l’armée de Portugal disponible, lorsqu’on n’aura plus rien à craindre sur le sort des places. En y jettant pour 3 à 4 mois de vivres, on peut ensuite établir plusieurs colonnes mobiles; on peut envoyer des troupes à Avila et Ségovie; on peut au besoin appuyer le mouvement de l’armée d’Andalousie. Mais ne serait il pas honteux de laisser rendre une place faute de vivres, en présence de deux maréchaux de l’Empire? Je vous ai déjà prévenu de la nullité de ma cavalerie, de l’impossibilité où se trouvent les chevaux d’artillerie de rendre aucun service. Vous savez aussi que je dois envoyer le 9me corps en Andalousie; je voulais aussi le faire concourir avant son départ au ravitaillement des places. Pouvez vous, mon cher maréchal, balancer un seul instant à m’envoyer de la cavalerie et des attelages d’artillerie? Si vous voulez garder votre matériel? Ne vous ai-je pas prévenu que je commencerais mon mouvement le 26? et vous paraissez attendre le (22) une seconde demande de ma part. Vous le savez aussi bien que moi, perdre un ou deux jours à la guerre est beaucoup; et ce délai peut avoir des suites fâcheuses qu’on ne répare plus.
Quand je vous ai dit que je ne réunerais que 6 divisions; c’était pour ne pas tout dégarnir des points importans occupés par les corps d’armée; mais de la cavalerie et de l’artillerie sont un secours dont je ne puis me passer. Je vous prie en conséquence, mon cher maréchal, de me faire arriver de la cavalerie et des attelages d’artillerie à marches forcées. Réflechissez qu’une fois les places réapprovisionnées, je pourrai disposer des ⅔ de l’armée, et que cette opération passe avant tout.
En m’offrant de nous envoyer les attelages pour 16 pièces, vous aurez bien entendu, sans doute, mon cher maréchal y comprendre ceux nécessaires pour les caissons des pièces.
(Signé.) Le Prince d’Essling.
SECTION 18.
A Monsieur le maréchal duc d’Istrie, Salamanque, le 24 Avril, 1811.
MON CHER MARECHAL,
Je me rends demain à Ciudad Rodrigo, où toute l’armée sera réunie le 26. Le ravitaillement de la place d’Almeida est du plus haut intérêt pour les armes de S. M; et il eut été bien à désirer que les secours que j’ai en l’honneur de vous demander nous eussent été envoyés. L’ennemi parait avoir de 20 à 29 mille hommes autour de cette place. Vous dire que je n’aurai en cavalerie que 15 à 1800 hommes, et seulement 20 pièces de canon pour toute l’armée, c’est vous faire sentir, mon cher maréchal, combien votre secours m’eut été nécessaire au moins sous deux rapports, pour votre armée même et pour la tranquillité du nord de l’Espagne. Je n’ai pas ménagé mes instances auprès de vous. Si mes efforts n’étaient pas heureux; votre dévouement pour le service de l’Empereur, vous ferait certainement regretter de ne pas les avoir secondés avec les moyens que vous m’aviez fait espérer, avant que j’en eusse besoin.
(Signé.) Le Prince d’Essling.
SECTION 19.
A Monsieur le maréchal duc d’Istrie, Rodrigo, le 29 Avril, 1811.
MON CHER MARECHAL,
Vos lettres sont inconcevables. Dans celle du 20, vous me dites que vous ne pouvez me donner aucun secours. Par celle du 22, vous me dites que le 25 ou le 26 vous me joindrez partout où je serai, et que la tête de votre colonne arrivera à Salamanque le 26. Par celle que je reçois à l’instant, vous me dites, que votre cavalerie et votre artillerie se trouvent encore le 27 à une journée en arrière de Salamanque; et vous concluez que mon mouvement doit être fini; et vous me témoignez vos regrèts de n’avoir pû y coopérer. Convenez, mon cher maréchal, que si l’armée de Portugal recevait un échec, vous auriez bien des reproches à vous faire. Je vous ai demandé de l’artillerie et des attelages et encore plus positivement de la cavalerie; vous avez sous différens prétextes éludé ma demande. Toutes les troupes qui sont en Espagne, sont de la même famille. Vous êtes, jusques à ce qu’il y ait de nouveaux ordres, chargé de la défense et de l’approvisionnement des places d’Almeida et de Rodrigo. Je n’aurais pas mieux demandé que d’employer l’armée de Portugal sous me ordres à défendre ces places, à marcher au secours de l’armée du midi; mais comment puis-je le faire sans vivres?
Je compte faire mon mouvement demain matin. J’ignore quelle pourra être l’issue de ce mouvement; si ma lettre vous arrive dans la journée de demain, votre cavalerie et votre artillerie pourraient toujours se mettre en mouvement dans la nuit pour arriver après demain 1er Mai à Cabrillas. Je vous prie de faire filer sans s’arrêter le biscuit, la farine, le grain que vous n’aurez pas manqué de réunir à la suite de vos troupes. Il est instant que ces ressources comme beaucoup d’autres, arrivent à Rodrigo; cette place n’aura pas pour 15 jours de vivres. A mon départ d’ici, il faudra que des convois considerables y soient envoyés.
(Signé) Le Prince d’Essling.
SECTION 20.
A Monsieur le maréchal duc de Raguse, Paris, le 20 Avril, 1811.
MONSIEUR LE DUC DE RAGUSE,
Vous trouverez ci-joint l’ordre de l’Empereur qui vous donne le commandement de l’armée de Portugal. Je donne l’ordre au maréchal prince d’Essling de vous remettre le commandement de cette armée. Saisissez les rènes d’une main ferme; faites dans l’armée les changemens qui deviendraient nécessaires. L’intention de l’Empereur est que le duc d’Abrantes et le général Reynier restent sous vos ordres. S. M. compte assez sur le dévouement que lui portent ses généraux, pour être persuadé qu’ils vous seconderont de tous leurs moyens.
L’Empereur ordonne, Monsieur le duc de Raguse, que le prince d’Essling en quittant l’armée n’emmène avec lui que son fils et un de ses aides-de-camp. Mais son chef d’état-major, le général Fririon, le colonel Pelet, ses autre aides-de-camp, tous le officiers de son état-major doivent rester avec vous.
Toutefois, Monsieur le duc, je vous le répète S. M. met en vous une confiance entière.
Le Major Général, &c.
(Signé.) Alexandre.